Retailleau/ Wauquiez : un duel à distance - C dans l'air 13.05.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- Retailleau/Wauquiez, fin du match ce week-end, ou pas. - C.Roux: Un mot sur ce qui se dessine dans cette bataille interne, qui s'est beaucoup faite sur les sujets liés à la sécurité entre B.Retailleau et L.Wauquiez? - C.Barbier: Ca a été une bataille où ils ont évité le pire.
C'est une bataille qui n'a pas élevé le débat. On n'a pas eu d'idées neuves. Ca a donné l'impression que la droite perdait une occasion alors qu'elle veut recréer du clivage droite-gauche, apparaître comme un parti qui invente quelque chose et qui propose un horizon nouveau.
Ca a été une bataille domestique. Un proche de Wauquiez me disait que B.Retailleau fait 70 % des votes en Ile-de-France, que L.Wauquiez fait 70 % en Auvergne-Rhône-Alpes et qu'ils sont à égalité un peu partout ailleurs.
Ca donnerait la victoire à B.Retailleau. L.Wauquiez est dans la bataille suivante, pour la présidentielle. - C.Roux: Y a-t-il eu des propositions portées par le ministre de l'Intérieur, candidat, qui soient de nature différente de celles portées par le RN? - C.Barbier: Il y a eu des affirmations sur des terrains un peu exogènes.
Sur l'Algérie, il a marqué des points. Il est allé s'installer sur des territoires idéologiques qui étaient hors de son portefeuille. Sur son portefeuille, il a dû renoncer à sa grande loi sur l'immigration.
Il n'aura pas le temps de faire une nouvelle grande loi d'organisation de la police. Il est un peu le ministre du verbe. - C.Roux: Question.
Après les images qu'on vient de commenter, après le constat que vous venez de faire les uns les autres, il est aussi comptable de son bilan? - E.Sire-Marin: On a une concurrence entre 2 candidats LR.
Je le comprends. Ce qui m'inquiète, c'est vraiment au niveau de l'Etat. On a deux ministres régaliens, G.Darmanin et B.Retailleau.
Chacun est en roue libre. C'est quelque chose qui m'inquiète. - C.Roux: Pourquoi? - E.Sire-Marin: Comme si le Premier ministre ne coordonnait pas du tout l'action de ces deux ministres régaliens.
Chacun fait des annonces tous les 3 à 4 jours. B.Retailleau a proposé une remise en question totale du système judiciaire...
Pardon, monsieur Darmanin. Je confonds toujours. D'aller vers un système à l'américaine. - C.Roux: Des mesures très spectaculaires, on peut peut-être le préciser. - E.Sire-Marin: Une médiation obligatoire avant chaque affaire judiciaire, faire exécuter les peines d'un mois, alors que les prisons sont pleines et débordent...
Il va falloir peut-être installer des tentes. - C.Barbier: C'est un peu prévu. - E.Sire-Marin: 3000 places annoncées en mars pour juin.
Un plaider-coupable criminel comme aux Etats-Unis. Tout ça, il n'aura pas le temps de le faire. - C.Roux: Quand on évoque les violences, il dit que 60 % des personnes récidivent dans les 5 ans.
Est-ce que c'est la preuve que les peines ne sont pas adaptées, que lorsqu'une personne est sanctionnée, elle récidive dans 60 % des cas? - E.Sire-Marin: Ils récidivent lorsque ce sont des peines d'emprisonnement ferme.
Lorsque la personne sort de prison sans aucun accompagnement, il y a beaucoup de récidives. Quand ce sont des peines alternatives à l'incarcération, on ne peut pas toujours en mettre...
Là, il y a un taux de récidive beaucoup plus bas. Réfléchissons, comme les autres pays d'Europe, comme l'Allemagne, les pays scandinaves...
L'Allemagne prononce beaucoup de peines alternatives à l'incarcération. Elle a beaucoup moins de prisonniers. Elle a 20 millions de population en plus et 13 000 prisonniers en moins.
Les Allemands réussissent là où nous échouons complètement. La France est le pays d'Europe où le taux d'incarcération est en augmentation permanente, tout le monde le dit. Quand B.Retailleau ou G.Darmanin cite des chiffres, c'est pour les peines d'emprisonnement ferme. - C.Roux: Les gens qui nous regardent entendent ce constat.
Ils voient les images sur les réseaux sociaux, d'une violence sans limite, avec le fait que ce sont désormais des personnes dépositaires de l'autorité...
De l'autre côté, ils entendent des politiques qui sont toujours avec des propositions, une forme de surenchère...
Et en même temps, on a l'impression qu'on n'avance pas sur ces sujets. On s'y prend mal? - A.Bauer: On n'utilise pas les outils dont on dispose et on donne au système judiciaire pénitentiaire une paupérisation telle qu'elle devient ridicule et honteuse quand on fait des comparatifs européens.
Je vais faire simple. 100 personnes, totalement inconnues des services de police, commettent un délit ou un crime. 65 % ne recommenceront jamais.
Cela est dû à la pression des pairs. La pression sociale suffit, parce que les parents, les éducateurs, le parrain, quelqu'un leur dit de ne pas recommencer. - C.Roux: Et les autres? - A.Bauer: Les 40 autres... 30 vont recommencer au moins une fois.
Ceux-là ne peuvent pas être traités comme les autres, puisqu'ils ont recommencé. Pour eux, il faut un dispositif d'accompagnement intelligent qui passe par le préventif, le dissuasif et parfois la sanction. Celui qui a recommencé une 2e fois peut le faire une 3e fois. - C.Roux: Vous ne commencez pas par la sanction? - A.Bauer: Les 5 % restants produisent une activité criminelle.
Si vous regardez ceux qui sont interpellés...
Le problème de notre système judiciaire n'est pas sa dureté ou sa sévérité, mais sa lenteur. Entre le moment de la 1re interpellation et le moment de la 1re condamnation véritable exécutée, qu'elle soit alternative ou pas, il se passe un temps invraisemblable qui n'a aucune efficacité. Les autres pays qui fonctionnent bien fonctionnent avec moins de prison ferme, mais une rapidité d'exécution des courtes peines très rapide.
Sortir rapidement et pas 6 mois plus tard, quand c'est trop tard, avec des gens qui passent en prison ferme au bout de la 35e comparution. On intervient très vite et très tôt. On rétablit un processus en disant ce qui est autorisé et interdit.
La déstructuration du service public concerne autant l'éducation, le social, le policier et le militaire. Le grand désastre du président de la République sur cette affaire a été son absence totale de compréhension et d'intérêt pour le régalien. Il a pensé que l'économique et le marché réglaient tout.
La démonstration en matière militaire, éducative, pénitentiaire, ce n'est pas la bonne réponse à la question. - A.Goutard: Il faut souligner le bon sens des Français.
Quand on les interroge sur ce qui résoudrait le problème d'insécurité en France, tous évoquent l'éducation. Les Français ne s'y trompent pas. Quand on leur demande qui pourrait résoudre le problème de sécurité en France, ils répondent le RN.
Il propose plutôt plus de sanctions. Il y a un paradoxe français. Il est assez compréhensible.
On explique aux Français qu'il y a une augmentation de l'insécurité, donc tout le monde a envie que ça se résolve rapidement. En même temps, dans le fond, lorsqu'on interroge des politiques, ils nous disent: "Ce n'est pas mettre des policiers, c'est éduquer les jeunes, mieux régenter les réseaux sociaux." Tout le monde a la recette.
Cette recette coûte extrêmement cher. Quand N.Sarkozy a voulu mettre en place la possibilité pour les délinquants les plus jeunes et les plus durs de s'en sortir au travers de pensions... 50 000 euros par an et par jeune. - A.Bauer: L'angle mort du ministère de l'Education, c'est la famille.
Quand l'autorité publique de l'instituteur arrive, c'est déjà trop tard. Comment entrer dans la vie des familles
Bruno Retailleau