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interviewBLAST (sur YouTube)· 11 mai 2023 11 min

JEAN-LUC MÉLENCHON, L’ÉPOUVANTAIL PRÉFÉRÉ DE LA MACRONIE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

A bas la mauvaise République ! A bas la mauvaise République ! A bas la mauvaise République !

Moi quand j'entends un leader de premier plan haranguer ses militants en mettant dans la même phrase « A bas » et puis « La République » ça me met particulièrement mal à l'aise. Monsieur Mélenchon, qui lui appelle quasiment à la sédition. Jean-Luc Mélenchon qui souffle sur les braises.

Moi je ne partage pas du tout ce que dit Mélenchon quand il parle de mauvaise République. Mais lui qui connaît parfaitement le sens des mots a choisi une nouvelle fois la provocation. On croyait que la République c'était lui, ben on comprend aujourd'hui que la mauvaise République c'est les autres.

Jean-Luc Mélenchon dit, en fait, il rajoute « mauvaise », mais il dit « A bas la République », en réalité, il n'est plus...

Pour vous c'est « A bas la République » ? Bien sûr, parce que moi je pensais plutôt que le message c'était vivement la 6ème République. Mais ça c'est un prétexte, il ajoute évidemment un qualificatif...

Pour vous il n'est pas républicain, Jean-Luc Mélenchon… Mais il est sorti de l'arc républicain Jean-Luc Mélenchon. « A bas la Mauvaise République », dit-il. Chacun le sait bien, pour Jean-Luc Mélenchon, la seule bonne République c'est lui.

Comme le sait parfaitement quiconque s'intéresse un tant soit peu à la vie politique française, ça fait pas mal d'années que Jean-Luc Mélenchon estime que les institutions de la Vème République concentrent trop de pouvoir dans les mains du président de la République, et qu'il milite par conséquent pour le passage à la VIème République. Vous voulez un régime parlementaire ? Non, c'est eux qui décideront.

Je pense qu'un président c'est bien. Ça incarne la nation, mais ça dépend quels pouvoirs on lui donne. Si on lui donne les pouvoirs qu'on a donnés à celui-ci et au précédent, c'est tout à fait disproportionné.

C'est une monarchie présidentielle que je juge absurde. C'est donc de manière très cohérente qu'il a dénoncé le 1er mai dernier ce qu'il appelle la mauvaise République. A bas la mauvaise République !

A bas la mauvaise République. Oui, alors je ne sais pas vous, mais moi quand j'entends un leader de premier plan haranguer ses militants en mettant dans la même phrase « A bas » et puis « la République », ça me met particulièrement mal à l'aise. Si on demande à un enfant de 3 ans normalement structuré ce qu'il comprend de cette dénonciation, sa réponse sera évidemment qu'elle n'est absolument pas antirépublicaine et que si Mélenchon appelle à en finir avec la mauvaise République, c'est au contraire.

Et quoi qu'on pense par ailleurs de cet attachement, parce qu'il est très profondément et très sincèrement attaché au cadre républicain et parce qu'il souhaite donc une bonne République où le pouvoir serait plus équitablement distribué. Mais lui qui connaît parfaitement le sens des mots a choisi une nouvelle fois la provocation. On croyait que la République c'était lui, ben on comprend aujourd'hui que la mauvaise République c'est les autres.

Cet enfant de 3 ans aura donc parfaitement bien compris la signification des propos de Mélenchon. C'est simple ! Ben oui !

Emmanuel Macron, Elisabeth Borne et Gérald Darmanin, dont rien ne permet a priori de supposer qu'ils seraient beaucoup moins perspicaces que cet enfant, doivent eux aussi avoir saisi le sens de ses propos. Mais ils ont fait comme s'ils ne l'avaient pas compris et cela leur a permis de lancer contre leur hauteur des attaques totalement extravagantes. Emmanuel Macron, chef de l'État français, a ainsi déclaré que les Insoumis faisaient, je cite, « la courte échelle au Rassemblement national » avant de les traiter de factieux.

Elisabeth Borne, Première ministre, a de son côté décrété que ce qu'elle appelle « les nouvelles outrances de Mélenchon » s'inscrivaient dans ce qu'elle présente comme une remise en cause permanente de nos institutions. Monsieur le Président, vous évoquez également les nouvelles outrances du leader de la France insoumise. Elles s'inscrivent dans une remise en cause permanente de nos institutions.

Elles sont une nouvelle étape pour saper la confiance de nos concitoyens dans notre démocratie. Gérald Darmanin quant à lui, s'en était déjà pris à Jean-Luc Mélenchon le mois dernier dans le journal du dimanche, en le traitant de pyromane, puis en l'accusant d'essayer d'obtenir par le désordre ce qu'il n'obtient pas par les urnes. Que l'extrême gauche essaye d'avoir par le désordre ce qu'elle n'a pas pu avoir dans les urnes. et d'avoir un projet absolument épouvantable, la révolution.

Le moment que nous attendions est venu, exécutez l'ordre 66. Oui mon seigneur. Et la semaine dernière le ministre de l'Intérieur a remis ça en déclarant cette fois que le candidat Insoumis à la dernière élection présidentielle appelait quasiment à la sédition, que tout lui était bon pour faire de la démagogie et pour exciter une partie de la population et qu'il portait par conséquent une part de responsabilité dans les violences qui ont émaillé la manifestation parisienne du 1er mai.

Qui lui appelle quasiment à la sédition. Vous trouvez qu'il y a une forme d'ambiguïté, qu'il n'y a pas eu suffisamment de condamnations ? C'est entre l'ambiguïté et la complicité au moment où nous parlons.

Où est la condamnation contre les gens qui attaquent les forces de l'ordre ? A coup de cocktail molotov. En résumé, pour les plus hauts représentants du pouvoir macroniste, Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis sont des factieux, des démagogues séditieux qui encouragent les violences et qui, en fragilisant ainsi la démocratie, font la courte échelle au Front National.

C'est une très belle histoire, C'est une romance d'aujourd'hui. mais malheureusement, et comme à chaque fois que les macronistes construisent un récit, elle n'a strictement aucun rapport avec la réalité. Dans le monde réel, en effet, ce n'est pas l'opposition de gauche qui se vautre dans la démagogie la plus crasse.

C'est le gouvernement qui a par exemple très sérieusement soutenu que sa réforme des retraites permettrait à des millions de salariés de bénéficier, après 43 années de labeur, d'une pension d'un montant minimum de 1200 euros, avant de reconnaître, quand cette gigantesque mystification a été mise en évidence, que cette magnifique promesse concernerait en réalité 10 à 20 000 personnes, grand maximum. Surtout que dans le monde réel, ce n'est pas l'opposition de gauche qui sape la confiance des Français et des Françaises dans la démocratie, comme le prétend Elisabeth Borne. C'est le chef de l'État, Emmanuel Macron, qui a voulu neutraliser les corps intermédiaires, rouage essentiel de la démocratie représentative et sociale, lorsqu'il a catégoriquement refusé de recevoir les syndicats.

Il considère qu'il n'y a pas eu de proposition alternative, alors que la CGT, comme je suppose les autres organisations syndicales, ont fait des propositions alternatives, mais il ne considère que les propositions alternatives ne sont valables que si on est d'accord avec lui. Alors soit il a une méconnaissance totale de notre système, et là c'est très grave, soit il se fout de notre gueule, pour être très clair. C'est sa Première ministre qui, après avoir menti sur ses effets, a refusé de soumettre cette réforme des retraites, dont les Français ne veulent pas, au vote des députés, et qui a préféré l'imposer par un nouveau recours à l'article 49.3, le 11ème depuis l'automne dernier.

Depuis plusieurs semaines, les Français qui ont parfaitement compris que le pouvoir les avait ainsi privés de toute représentation, descendent massivement dans la rue pour protester contre ce coup de force. C'est le 49.3 de trop.

Car le gouvernement n'est pas passé en force sur n'importe quel texte, mais sur un projet de loi rejeté par une majorité de Français. Et qui a provoqué les mobilisations parmi les plus importantes du pays depuis 30 ans. Et sans surprise, le gouvernement fait tout pour leur enlever aussi cette liberté.

Lorsqu'il n'interdit pas purement et simplement des rassemblements syndicaux pacifiques au prétexte qu'ils troubleraient l'ordre public, Il réprime les manifestations contre la réforme des retraites avec une telle férocité que l'Organisation des Nations Unies, manifestement effarée par ces violences policières, qui ont fait d'innombrables blessés, dont certains très gravement, vient de recommander à la France d'empêcher un usage excessif de la force par les forces de l'ordre lors des manifestations, d'enquêter sur les violations présumées commises par ces forces de l'ordre et de les former régulièrement à la gestion des manifestations. Il n'y a pas de violences policières. Mais soyons juste et reconnaissons que ces excès de zèle ne sont pas systématiques.

Le 6 mai dernier, par exemple, plusieurs centaines de néofascistes se sont rassemblés à Paris où ils ont défilé cagoulés en lançant des appels à la révolution nationale et européenne. Et ça s'est parfaitement bien passé pour eux. « Bon bien sûr je vois bien ce qui vous plaît dans le nazisme.

D'ailleurs qui pourrait vous jeter la pierre ? Moi-même parfois il m'arrive de me fâcher. » Lorsqu'il s'agit d'encadrer les manifestations contre la réforme des retraites, Le ministre de l'Intérieur ne lésine jamais sur les moyens.

Il se fait même une gloire d'annoncer que des milliers de gendarmes et de policiers sont déployés dans la capitale. Mais les extrémistes de droite qui ont manifesté le 6 mai ont bénéficié de leur côté d'un traitement beaucoup plus agréable. L'encadrement policier de leur cortège est resté tout à fait discret.

Et surtout, les macronistes, sans doute trop occupés à brailler que les Insoumis faisaient la courte échelle à l'extrême droite, n'ont pas du tout accusé ces manifestants d'extrême droite d'être des factieux, de vouloir saper la confiance de nos concitoyens dans la démocratie ou de vouloir faire la révolution. Deux jours plus tard, le 8 mai, Emmanuel Macron était à Lyon pour rendre hommage non plus à celui qu'il appelle le grand soldat Pétain, comme il avait voulu le faire en 2018, mais cette fois-ci à Jean Moulin et à la Résistance. Car après tout, ce n'est pas parce qu'on a voulu fêter un bourreau qu'on ne peut pas célébrer ses victimes cinq ans plus tard.

Je ne fais aucun raccourci, mais je n'occulte aucune page de l'histoire. Et Maréchal Pétain a été, pendant la Première Guerre mondiale, aussi un grand soldat. Voilà.

C'est une réalité de notre pays. Le chef de l'État, qui entretient semble-t-il un rapport un peu élastique avec la dignité, n'a pas pu s'empêcher de profiter de ce moment de solennité pour glisser dans son discours une allusion aux propos de Jean-Luc Mélenchon sur la mauvaise République et pour lui répondre La République française n'est par définition ni mauvaise ni néfaste, elle est nécessaire, vitale, juste. Cette élucubration occulte complètement le minuscule détail que la République est d'abord ce qu'en font celles et ceux qui s'en voient confier la charge ou la présidence.

Mais elle est bien commode car elle permet de justifier par avance les pires atteintes à l'état de droit pourvu qu'elle soit perpétrée sous le couvert de la défense des valeurs de la République. Merci de nous prévenir, monsieur le Président. La République sera bientôt réorganisée et deviendra la première puissance galactique impériale pour une société fondée sur l'ordre et la sécurité.

JEAN-LUC MÉLENCHON, L’ÉPOUVANTAIL PRÉFÉRÉ DE LA MACRONIE — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote