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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 31 juillet 2026 7 min

Iran : les mots de la guerre : Les proxys : des relais armés au service de l'Iran

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Locuteur 1

France Culture Iran, les mots de la guerre Épisode 5, les proxys, l'axe de résistance iranien.

0:13
Locuteur 3

Les proxys et l'axe de résistance iranien, en compagnie de Pierre Razou, directeur académique de l'Institut Fondation Méditerranéenne d'études stratégiques, et Bernard Hurcad, géographe et membre de la rédaction d'Orient 21. Qu'est-ce que ça signifie un proxy, Bernard Hurcad ?

0:32
Locuteur 2

C'est un groupe qui défend un état principal, un groupe non étatique, installé dans un pays étranger, et qui va servir un peu d'appoint, de complément non officiel à une politique gouvernementale, en l'occurrence celle de l'Iran. Et donc l'Iran a ainsi développé, dans les pays voisins, des groupes alliés, proxys, des alliés non officiels, qu'il va financer, armer, entraîner, pour faire sa propre politique et ne pas être engagé directement dans les combats dans les pays voisins. Pierre Razou.

1:02
Locuteur 4

Dans ce cas précis, il s'agit donc bien sûr des milices alliées de l'Iran, qui sont finalement faciles à téléguider et à instrumentaliser, parce que le point fondamental, c'est que pendant des décennies, l'Iran et Israël refusaient l'affrontement direct. C'est-à-dire que depuis, finalement, le milieu des années 1980, directement ou indirectement, Israël et l'Iran s'affrontent, mais au lieu de le faire directement comme on le voit aujourd'hui en ce moment, et comme on l'a vu en juin 2025 et à plusieurs reprises en 2024, là l'affrontement était clandestin, c'est-à-dire par milices interposées, par actions clandestines, par actions de sabotage, par assassinat, par attentat, etc.

Donc le proxy, la milice finalement que vous pouvez téléguider, c'est très pratique, parce qu'elle vous permet d'agir sans apparaître en premier rideau, et donc en vous permettant de dire à nous, c'est pas nous, ce sont ces milices-là. Aujourd'hui, la logique a radicalement changé, parce qu'en fait, aujourd'hui, il y a un affrontement direct entre Israël et l'Iran, entre les Etats-Unis et l'Iran, puisque les proxys servaient à taper aussi bien, finalement, en priorité Israël, mais aussi tous les adversaires de l'Iran, y compris des pays occidentaux, y compris les Etats-Unis.

Ils l'ont fait pendant la guerre Iran-Irak pour affaiblir les intérêts français, la France qui soutenait Saddam Hussein, ils l'ont fait contre les Etats-Unis, et ils le font régulièrement, y compris contre les monarchies du Golfe, ainsi de suite. Donc aujourd'hui, à partir du moment où il y a une guerre directe, ouverte, déclarée, et que l'on voit tous les jours entre l'Iran et Israël, eh bien en fait, ces milices perdent de leur intérêt, c'est-à-dire qu'elles deviennent non plus l'instrument prioritaire, mais un petit peu l'outil de dernier recours que vous activez si tout va mal.

Et le deuxième point, c'est que depuis le 7 octobre 2023, et donc les attentats du Hamas en Israël, et la réaction d'Israël, les proxys, entre guillemets, de l'Iran ont été tous affaiblis les uns après les autres. Si on fait un état des lieux, aujourd'hui, je ne parle même pas du Hamas, qui de mon point de vue n'est pas véritablement un proxy, mais qui a plutôt été utilisé, si vous voulez, comme quand Lénine parlait d'idiot utile, c'est-à-dire ceux qu'on peut manipuler pour affaiblir votre adversaire.

Mais le vrai proxy, c'est le Hezbollah, le Hezbollah libanais, mais qui aujourd'hui est extrêmement affaibli, qui a vu son secrétaire général, à l'époque Hassan Nasrallah, assassiné, ses cadres décapités. Et donc aujourd'hui, le Hezbollah est au plus bas. Et dans les autres proxys, les milices chiites syriennes ont été anéanties avec la chute de Bachar al-Assad. Donc aujourd'hui, il reste les Houthis, mais les Houthis au Yémen, qui sont soutenus directement par l'Iran.

Mais ces fameux Houthis, qui sont de plus en plus autonomes et qui regardent davantage, finalement, vers Moscou et Pékin, voire même Washington, que vers Téhéran, parce que Téhéran n'est plus capable de leur livrer les missiles balises.

4:12
Locuteur 2

Et oui, Téhéran est impuissant. Bernard Hurkade. Oui, c'est évidemment très important ce que dit Pierre Rezou. Les proxys étaient très importants pour protéger l'Iran, en quelque sorte. Mais aujourd'hui, il y a un retour sur le territoire iranien, sur le nationalisme iranien. L'Iran a envoyé des missiles et des drones en avril 2024, directement depuis l'Iran, alors qu'on s'attendait à ce que soient les armes du Hezbollah qui tapent sur Israël. L'Iran dit désormais, je me défends tout seul. Je ne fais plus confiance à mes proxys qui, par ailleurs, ont été éliminés et qui sont très compliqués à gérer sur le plan de la politique intérieure. Il y a un repli sur le territoire iranien.

L'Iran gère directement la guerre depuis son territoire. Et donc, la République islamique a développé des images du nationalisme qui était digne du chat. Et donc, ce repli sur le territoire est important. Mais, comme disait Pierre Rezout, ces proxys, maintenant, sont utilisés, pas directement dans la guerre. Le Hezbollah n'a pratiquement pas d'activité. Il a des difficultés au Liban. Mais les armes du Hezbollah sont toujours là. Donc, si, dans quelques jours, dans quelques semaines, l'Iran est en grande difficulté, il pourra, à ce moment-là, réveiller ce qui reste de ses proxys. Les outils sont très autonomes, mais ils pourraient éventuellement donner un coup de main.

Le Hezbollah pourrait également donner un coup de main, etc. Autrement dit, ce n'est pas fini. Mais l'essentiel, c'est que les proxys sont devenus des alliés qu'on peut abandonner dans le cadre d'un marché international. Ils ont été des agents de l'exportation de révolutions islamiques. Et dans une négociation avec les États-Unis, on pourrait dire, bon, les proxys, je les raille de la carte. Et concentrons-nous sur les intérêts nationaux de l'Iran.

5:37
Locuteur 3

Alors, justement, on comprend l'intérêt de l'Iran dans ce contexte, mais l'intérêt, Bernard Ourkad, par exemple, des outils ?

5:45
Locuteur 2

Ils sont loin de l'Iran. Ils ont leur stratégie autonome. Ils ne contrôlent donc pas l'étroit d'Hormuz, mais l'étroit de Bamdan Blandeb, la mer rouge. Ils ont leur propre stratégie. Et désormais, par leur capacité donnée par les Iraniens, ils sont capables d'être reconnus internationallement. C'est ce qu'ils comptent. Mais éventuellement, s'ils entraient vraiment en compétition, ça pourrait être pour l'Iran, mais ce n'est pas leur priorité. L'Iran défend le territoire national aujourd'hui. Et, petit détail, pas en très longtemps, le Hezbollah était l'élément pour détruire Israël et reconquérir Jérusalem. Bon, c'était le grand discours islamiste classique.

Mais actuellement, on avait effectivement... Le Hezbollah a été éliminé. Et quelques mois plus tard, c'est l'Iran qui est attaqué. Autrement dit, le Hezbollah était à la fois un élément de la propagande islamique, mais un élément aussi pour défendre le territoire national iranien et pour protéger l'Iran d'une attaque israélienne. Donc, cette dualité islam et nationalisme a été très utile dans le cadre du Hezbollah pour protéger l'Iran.

6:42
Locuteur 3

Merci beaucoup, Pierre Razou, Bernard Ourcade. Sous-titrage Société Radio-Canada