Martine Aubry
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Bonjour Martine Aubry, la victoire de la gauche à l'Assemblée, c'est dans la poche ?
Non, rien n'est jamais dans la poche, surtout avec une abstention aussi forte, deux ou trois points de plus qu'en 2007, où c'était déjà important. Mais je crois quand même que les Français hier ont voulu donner un signe de confiance à François Hollande, au changement qu'il a déjà engagé avec son gouvernement, et ont voulu lui donner les moyens d'agir. Je crois que c'est là-dessus qu'il faut insister. Il faut une forte majorité pour pouvoir continuer l'emploi, la croissance, la justice, le redressement du pays.
Mais vous venez de le souligner, pas de grande mobilisation de l'électorat, pas d'enthousiasme après l'élection de François Hollande, c'est décevant ?
Écoutez, ça devient une habitude en France, malheureusement, entre la présidentielle et les législatives, il y a 20% de Français en moins qui se déplacent. Moi je voudrais vraiment leur dire que la situation de notre pays est vraiment grave, et que le président de la République a besoin, pour redresser au plus vite notre pays, d'avoir une large majorité. Et qu'il faut se mobiliser. Il faut se mobiliser si on est favorable au tout pour l'emploi. Eh bien, on voit ce que fait aujourd'hui le gouvernement.
Bernard Guetta vient de parler de ce que fait le président de la République en Europe pour laisser de côté l'austérité redémarrer vers une politique de croissance et d'emploi, tout en réduisant, bien sûr, les déficits. Eh bien, il faut peut-être un coup de collier de plus pour assurer vraiment une belle majorité.
Une majorité absolue à l'Assemblée avec vos alliés d'Europe Écologie Les Verts, c'est aujourd'hui le scénario le plus probable. Une majorité dans laquelle vous ne serez pas embêté par le front de gauche, qui n'est pas très vaillant, et pas par Jean-Luc Mélenchon qui ne sera pas à l'Assemblée Nationale.
En effet, je l'avais dit, je pense qu'il fallait à énormément un élu de terrain qui connaisse bien les difficultés des Français là-bas et qui leur apporte des réponses extrêmement concrètes. Voilà, ceci dit, Jean-Luc Mélenchon a fait... Une erreur ? Non, je ne dirais pas ça, a fait un score qui montre que ses talons sont là, sa capacité à parler à des hommes et des femmes qui sont en difficulté. Moi, mon seul souci, c'est que Mme Le Pen soit battue, et Philippe Kemmel, je l'ai toujours dit, était le meilleur candidat et il faut que...
parce qu'il est connu, parce qu'il est de là, parce qu'il est déjà en train de réindustrialiser cette circonscription en tant que maire de Carvin, président du plus grand site industriel Delta III, et les gens le savent. Et donc, vraiment, là, il faut qu'il ne manque pas une seule voix, non seulement de la gauche, mais aussi des Républicains contre Marine Le Pen pour que Philippe Kemmel puisse l'emporter.
Jean-Luc Mélenchon n'avait rien à faire à Hénin-Beaubon ?
Non, on est dans une période, on a encore une semaine, moi, pas de petites phrases, pas de mots qui fâchent, parce que surtout, je pense que l'enjeu est beaucoup plus grand, elle nous dépasse, c'est celui de donner les moyens à notre pays de se redresser.
Pas de mots qui fâchent, mais il y a des situations qui fâchent, des situations compliquées pour le second tour. D'abord, le cas de La Rochelle. Avez-vous appelé l'adversaire dissident de Ségolène Royal, Olivier Falorni, pour lui demander de se retirer ?
Alors, j'ai essayé de le joindre sans succès, j'ai eu en revanche longuement Ségolène Royal. Moi, je le redis à Olivier Falorni, aujourd'hui, avec beaucoup de force, tout le monde va respecter la règle. Je l'ai redit hier, nous devons nous désister pour le candidat de gauche le mieux placé. Et quand en plus, il s'agit de Ségolène Royal, qui est présidente, une très grande présidente de Poitou-Charentes, qui a été notre ancienne candidate à la présidence de la République, quand on est de gauche, on ne va pas essayer de battre une camarade, et qui plus est celle-ci, avec les voix de la droite. C'est insupportable. Je le dis à Olivier Falorni, il doit retirer sa candidature.
Ce sont toutes les règles que nous appliquons avec le reste de la gauche. J'ai eu, bien sûr, Pierre-Laurent, Cécile Duflo, nous essayons tous de respecter ces règles, qui sont les nôtres, et il n'est pas acceptable qu'un camarade, bien sûr exclu aujourd'hui, du Parti Socialiste, oui, mais enfin, c'est un homme de gauche. On n'est pas élu, encore une fois, avec les voix de droite, pour battre notre ancienne candidate à la présidence de la République, présidente de la région. Ce n'est pas possible. Voilà, donc, je réutérerai mes appels, et je l'ai fait par le voile vous-même, n'arrivons pas à le joindre par ailleurs.
La voile est ondée. Mais s'il se retire, Falorni, les électeurs de La Rochelle n'auraient pas le choix. Au second tour, quelle serait la légitimité de Ségolène Royal, si elle est élue sans adversaire ?
Si vous voulez, on peut quand même additionner les voix de Falorni et les voix de Ségolène pour se rendre compte qu'elle a effectivement une majorité de gauche qui vient vers elle. Et il y a beaucoup de cas comme ceux-là, vous savez, ce n'est pas le seul. Il y a beaucoup d'endroits où il n'y a qu'un seul candidat au second tour, parce que le deuxième n'a pas obtenu le pourcentage des électeurs inscrits pour se maintenir. Je le vois par exemple avec la mère de Denain, qui est une femme formidable, qui va être élue au second tour sans opposant. Il y a d'autres cas. Voilà, c'est les règles de la démocratie, c'est les règles de la République.
Et si elle gagne, Ségolène Royal, elle a vocation à présider l'Assemblée nationale ?
Vous savez, moi, je prends toujours les choses les unes après les autres. Je sais qu'elle le souhaite, elle l'a redit hier. Pour l'instant, je souhaite, moi, qu'elle soit élue. Je pense que ce serait une erreur profonde, je dirais, par rapport à ce qu'elle représente dans notre pays, par rapport à ce qu'elle représente pour les jeunes, par exemple, de ne pas lui permettre d'être élue et de ne pas le faire dans des conditions que je viens de rappeler qui ne sont pas acceptables.
Est-ce que vous confirmez, Martine Aubry, que là où la gauche s'est éliminée, comme à Aubagne ou à Givore, dans le Rhône, vous appelez à voter UMP ?
Oui, nous, nous n'avons pas besoin de réunir le comité politique, comme le fait aujourd'hui l'UMP, pour prendre une position qui a toujours été la nôtre, le désistement républicain. Nous appelons à faire battre le Front National et à voter... Quel que soit le candidat UMP ? Alors, il y a peut-être un ou deux cas que nous devons regarder. Quand l'UMP lui-même, en fait, la droite populaire, a appelé à voter, a dit qu'il voterait pour l'extrême droite si le PS était devant, nous allons le regarder. Mais je ne suis pas sûre que ce cas existe encore aujourd'hui. Donc, gardons la règle, qui est pour nous une règle générale, c'est appeler à battre le Front National.
Et là où le PS est qualifié, mais après être arrivé en troisième position, et là où il y a un risque d'élection d'un candidat du FN, comme à Carpentras avec Marion Maréchal-Le Pen, demanderez-vous le retrait de votre candidat ?
Oui, c'est ce que nous devons regarder tout à l'heure. J'ai une réunion juste après. Dans tous les cas où le Front National peut gagner, mais il faut qu'on regarde les chiffres de manière très précise, nous ferons ce qu'il faut.
Dans l'Aisne, pourquoi votre candidat se maintient-il face aux dissidents et sortants René Dozière ?
Oui, j'ai vu ça ce matin, nous allons en parler aussi tout à l'heure. Oui, nous avons encore quelques cas, mais vous savez, il y a 10% de dissidents à chaque élection, il y en avait 10% là, il nous reste moins de 10 cas à traiter, j'en ai déjà réglé quelques-uns cette nuit. Nous allons essayer de régler le maximum de cas ce matin pour être sur l'essentiel. L'essentiel, c'est que le 17, cette majorité soit forte de la gauche, évidemment, pour le Président de la République, pour mettre en place son projet. Pour moi, c'est la seule chose qui compte.
Vous savez qu'on s'intéresse aux trains qui arrivent en retard ici. Oui, mais bien sûr, mais encore une fois,
il reste très peu de cas.
Des dissidents qui sont venus parfois bousculer les accords entre socialistes et Europe Écologie-Les Verts, comme à Guingamp ou à Lyon, où l'écologiste Philippe Mérieux dénonce le sabordage du maire Gérard Collomb. Il a raison ?
Il a raison de dire que l'accord n'a pas été respecté, et je le regrette profondément, surtout s'agissant d'un grand élu comme Gérard Collomb. Philippe Mérieux était le candidat de la majorité présidentielle avec François Hollande, et je regrette la façon dont ça s'est passé à Lyon. À tout point de vue, parce que je pense qu'une élection, c'est aussi engager une signature. François Hollande le montre d'ailleurs. Les Français me l'ont beaucoup dit dans cette campagne. Nous sommes fiers que le président de la République et le Premier ministre respectent ces engagements. Quand on a des engagements vis-à-vis de ses alliés, on doit aussi les respecter.
C'est ce que je vais faire ce matin pour les quelques cas qui restent lorsqu'il y a des difficultés. Je regrette que ce soit passé comme cela à Lyon.
François Bayrou en situation très difficile à Pau à cause de son vote en faveur de François Hollande. Ça vous inspire un commentaire, Martine Aubry ?
Je crois l'avoir déjà dit. Nous, nous avons à la fois salué la position qu'avait prise François Bayrou d'appeler à voter François Hollande au nom des valeurs. Parce qu'il l'avait bien dit, c'était ces dernières semaines d'une droite qui se lançait vers l'extrême droite ou vers la droite extrême qu'il avait choqué et au nom des valeurs. Mais il avait dit lui-même, dans une certaine cohérence politique, je ne partage pas le projet de François Hollande. Et je le combattrai même sur plusieurs points. L'éducation nationale, l'Europe par exemple. Et donc vous ne lui avez fait aucun cadeau ? Non, pas du tout. Mais ce n'est pas un cadeau. On est en politique, on défend des idées.
Et justement, nous ne sommes pas dans le marchandage. François Bayrou ne nous l'a pas demandé. Il l'a réitéré d'ailleurs. Il ne nous l'a pas demandé. Et je pense d'ailleurs que, dans sa circonscription, cela n'aurait eu aucun effet. Regardez, la candidate de gauche est très haut. Ça n'aurait eu aucun effet. Et je pense même que ses électeurs auraient dit, il nous a trahis. Donc il n'a rien demandé. Nous avons tout simplement suivi sa cohérence propre. Il ne veut pas être dans la majorité présidentielle. Et on élit des députés quand même pour voter des lois. Des lois d'un projet qu'il combattait. Il ne l'a pas demandé.
Moi, s'il devait ne pas être élu, je pense que ce serait dommage pour le débat démocratique. Je le dis. Mais aujourd'hui, les habitants ont parlé. Et c'est aujourd'hui la candidate de gauche et du Parti Socialiste qui est la mieux placée. Voilà. Donc je crois qu'il faut se dire les choses simplement. Et finalement, François Bayrou a suivi une cohérence. Et donc nous n'avons fait que respecter cette cohérence.
Dernière chose, Martine Aubry, avez-vous un message à adresser, là ce matin, aux dirigeants de l'UMP qui auront à se prononcer tout à l'heure sur des cas de second tour où ils doivent arbitrer entre la gauche et le Front National ?
Vous savez, j'ai été tellement meurtrie par ces dernières années, le débat de l'identité nationale jusqu'au discours de Grenoble. Les dernières semaines, avec ces ponts entre une droite qui devenait extrême dans certains cas pour rejoindre l'extrême droite, qu'on n'a plus rien à leur dire. Hier soir encore, je l'ai vu. Moi, je suis heureuse en tout cas que le Parti Socialiste soit au même niveau que l'UMP, l'UMP qui réunit toutes les droites. Nous, nous avons gardé, respecté nos alliés, leur sensibilité, que ce soit le Parti Communiste, les radicaux, les verts. Nous avons passé avec les radicaux, les citoyens, les verts, des accords. Et aujourd'hui, nous sommes au même niveau que l'UMP.
Moi, je veux simplement leur rappeler que leurs électeurs, finalement, ont besoin sans doute de retrouver ce qu'était la droite auparavant. Les gaullistes n'existent malheureusement presque plus. On fait des ponts avec l'extrême droite pour des raisons électorales. Je remarque que depuis le 6 mai, l'UMP n'a pas passé une heure à s'interroger sur son échec. Ils ont continué à défendre mollement d'ailleurs le projet, la hausse de la TVA, continué à retirer un fonctionnaire sur deux. Et c'est ça qui arriverait si jamais ils devaient remonter et à leur querelle personnelle et à leur ambition personnelle. Je suis bien placé pour savoir que quand on fait cela, les Français s'écartent de vous.
Je voudrais simplement dire une chose aux Français, une dernière. Nous, nous n'essayons pas d'avoir une victoire d'un camp contre un autre. François Hollande essaye de rassembler les Français autour de la justice, autour du redressement et autour des valeurs de la République. Et donc, il faut plutôt le conforter. J'ai d'ailleurs vu beaucoup d'électeurs de Nicolas Sarkozy qui m'ont dit écoutez, on va peut-être passer au premier tour voté, on ira peut-être au second parce qu'il faut laisser sa chance à François Hollande, notre pays va mal. Eh bien oui, laissons-lui sa chance de redresser en rassemblant au maximum les Français.
Dans le dialogue qui a été entamé d'ailleurs par le Premier ministre, c'est tout ce que j'ai à dire. Pour le reste, l'UMP est face à ses responsabilités. On ne laisse pas un parti d'exclusion arriver au cœur de la République. En tout cas, moi, ça a toujours été ma position et ça demeure la nôtre.
Merci Martine Aubry d'être venue ce matin au micro de France Inter. Il est 8h35. Sous-titrage ST' 501