Attaques de prisons et des agents pénitentiaires : 65 faits en 10 jours
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est intéressant de chercher des Américains et de leur dire de quitter cet enfer qu'on leur fait, tout ce qui se passe autour des grandes universités qui ont refusé de passer sous le licol de ce qu'on leur impose le savent très bien. - A.-E.Lemoine: Le gouvernement au chevet des agents pénitentiaires.
Le Premier ministre, Le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice sont allés à la prison Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, à la rencontre des surveillants directement menacés à leur domicile. Ils sont notamment visés par des jets de cocktails Molotov. Il y a eu une soixantaine d'attaques du même genre en seulement 10 jours.
Une jeune surveillante du nord de la France a été prise pour cible sur le parking de son domicile juste après son service. - Il n'y a pas forcément de problème à l'extérieur. Je me suis dit que c'était l'uniforme qu'ils attaquaient.
Je n'ai vu personne m'observer ou me suivre. Mais jamais je ne me serais dit qu'un jour, j'aurais pu être attaquée à l'extérieur. Jamais.
Quand je me déplace jusqu'à mon domicile ou du domicile au travail, je ne me sens pas en sécurité. Je regarde derrière moi. Quand il y a une voiture qui passe, j'ai peur qu'on me tire dessus. - A.-E.Lemoine: Bonsoir.
Vous êtes délégué général et secrétaire général adjoint du syndicat Ufap-Unsa Justice. - A.Caby: Depuis 10 jours, c'est un peu plus calme, même si on ne sait pas si l'événement qui a eu lieu aujourd'hui à Toulouse est en lien avec cette affaire. - A.-E.Lemoine: Les attaques sont répétées, coordonnées.
On imagine que l'inquiétude monte, que les agents pénitentiaires imaginent qu'ils peuvent être à leur tour des cibles potentielles. - A.Caby: L'inquiétude existe, mais le sentiment qui prévaut dans les établissements pénitentiaires...
On est une corporation qui reste très solidaire. Les personnels pénitentiaires font front et font bloc. On a un changement de prisme carcéral qui s'applique avec l'ouverture des établissements de haute sécurité.
On imagine qu'il y a un lien entre les annonces et le régime de détention qui a été voté par la loi et qui est passé au Sénat. - A.-E.Lemoine: Ce qui est sûr, c'est que le personnel pénitentiaire de ces super prisons aura un statut particulier, une protection particulière, notamment l'anonymat.
Vous la réclamez pour l'ensemble de la profession. Ce ne sont pas ces agents des super prisons qui sont visés, mais les agents des prisons françaises moyennes, ordinaires. - A.Caby: Tout à fait.
L'anonymisation, c'est nous qui l'avons portée et soutenue auprès du parlementaire et du ministre, qui l'a soutenue également. On appelle à cette anonymisation pour l'ensemble du personnel pénitentiaire. Aujourd'hui, vous déposez plainte.
Vous allez à la barre, on a votre patronyme jusqu'à votre numéro de Sécurité sociale. On arrive à biaiser sur l'adresse, mais ça donne déjà beaucoup d'informations. A l'intérieur d'un établissement, il y a des notes de service mais aussi des obligations légales qui nous obligent à afficher des délégations.
Vous avez une ribambelle de noms et de prénoms qui sont affichés. On donne accès au patronyme des personnels pénitentiaires et on se retrouve menacé à l'extérieur. - A.-E.Lemoine: A l'extérieur et à l'intérieur.
Avec une population de plus en plus violente au sein des prisons? Faire poser un bracelet électronique, c'est compliqué? - A.Caby: C'est compliqué.
On exige que ces poses de bracelet se fassent à 2 agents, a minima. Mais l'administration pénitentiaire n'a pas encore adopté cette règle. On envoie des agents seuls parfois lors d'astreintes à plusieurs centaines de kilomètres de la résidence administrative pour poser un bracelet électronique sans aucune mesure de sécurité.
Aujourd'hui, on doit se battre pour que ce soit fait dans des commissariats. On envoie des personnels d'administration pénitentiaire poser des bracelets dans des zones où la police ou la gendarmerie rentrent avec beaucoup de difficultés. Tout ça n'est plus entendable.
On ne peut pas faire une visite à domicile seul dans des secteurs bien trop dangereux. On exige le binômage, aujourd'hui. A l'intérieur des détentions, on se retrouve seul aujourd'hui.
Ce n'est déjà plus acceptable pour nous. On se retrouve parfois seul face à 200 détenus. On a des établissements surpeuplés.
L'Etat français ne prend pas le taureau par les cornes. On exige de travailler en équipes mobiles. Un personnel pénitentiaire est affecté à un étage, à une coursive, et gère quelques dizaines ou centaines de détenus.
Si on a 4 étages, on veut que le personnel travaille à 4 et ouvre toutes les portes à 4 pour sécuriser les mouvements et inverser le rapport des forces. Quand vous ouvrez la porte seul face à 3 ou 4 détenus, vous êtes l'autorité de l'Etat, vous imposez la force de par votre professionnalisme, mais le rapport du nombre est à l'avantage des détenus. On veut pouvoir sécuriser nos personnels et limiter nos agressions.
Il y a eu plus de 4000 agressions sur le personnel l'année dernière. - E.Tran Nguyen: Il y a eu 65 faits en seulement 10 jours. 150 enquêteurs sont sur le coup.
F.Bayrou a rappelé la détermination de son gouvernement. Il a donné son interprétation des faits. - F.Bayrou: Ce sont des réseaux qui, tout d'un coup, croyaient être en situation d'impunité, les maîtres absolus, et qu'ils pouvaient continuer leurs actes de délinquance.
Tout d'un coup, ils voient la perspective de détention plus sévère, plus rigoureuse, sans les moyens de continuer à exercer leurs activités néfastes depuis la prison. Ca veut dire qu'ils se sentent inquiétés dans leur toute-puissance. Ces attaques montrent que l'action du gouvernement et de l'Etat touchent justement. - E.Tran Nguyen: Vous avez la même analyse derrière le fameux "défense des droits des prisonniers français"?
Vous pensez que les prisonniers se sentent empêchés par les nouvelles mesures du gouvernement? - A.Caby: On voit une coïncidence avec l'ouverture des établissements de lutte contre la criminalité organisée.
Automatiquement, ces détenus qui ont libre cours dans leur cellule avec des téléphones portables et qui organisent un trafic de l'intérieur vers l'extérieur, vont se retrouver limités. - E.Tran Nguyen: Ca va être efficace? - A.Caby: Nos homologues européens qui ont mis en place ce système, et notamment l'Italie, qui est un exemple dans la lutte contre la mafia depuis les années 90...
Le garde des Sceaux s'en est inspiré. On pense que ça peut fortement limiter leurs moyens d'action et leur pouvoir de nuisance, et leur capacité à nuire à la société. - P.Cohen: Ils sont divisés, entre syndicats, là-dessus. - A.Caby: A ma connaissance, il n'y a qu'une organisation syndicale qui était plus timorée que les autres.
Mais on a quand même 3 grandes organisations sur 4 qui soutenaient le projet pleinement. Mais je pense qu'on va limiter leur capacité d'action. Ils ont peur de ça.
Si on n'a plus accès au business, on perd sa place au sein de ce réseau et ça devient beaucoup plus compliqué pour eux. Ils perdent un peu leur pouvoir. Les mettre sous cloche, créer un établissement étanche, ça vient perturber l'économie souterraine qui alimente le narcotrafic dans le pays. - A.-E.Lemoine: Ce qui expliquerait ces attaques et ces intimidations.
Gérald Darmanin