Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRadio J — L'interview politique· 21 avril 2026 13 min

Jean-Marie Le Guen - L'interview politique du 21/04/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonjour Jean-Marie Le Gouen. Bonjour David. Vous avez été député PS de Paris, secrétaire d'État en relation avec le Parlement dans le gouvernement de Manuel Valls et secrétaire d'État au développement dans celui de Bernard Cazeneuve. Ça c'était pendant le quinquennat de François Hollande. On va bien sûr parler de politique française, mais un mot sur la situation au Moyen-Orient. Le cessez-le-feu est censé expirer demain soir, heure de Washington, et la tension continue de monter. Escalade navale, dialogue de sourds. Envoie d'une délégation américaine à Islamabad, mais Téhéran se refuse pour l'instant à négocier sous la menace pendant que Donald Trump, lui, les multiplie, les menaces.

Est-ce que vous comprenez la stratégie américaine ?

0:48
Jean-Marie Le Guen

Écoutez, je ne dois pas être le seul à ne rien comprendre et à être finalement très inquiet, parce que cette absence de stratégie, cette légèreté avec laquelle il y a une communication contradictoire, quasiment de façon quotidienne, c'est très inquiétant parce qu'évidemment, on ne peut en rien apprécier les discours, je ne sais pas, de M. Trump. Et en même temps, on est très inquiet du fait qu'il risque d'être mis dans une situation d'impasse absolue. Et avec lui, quoi qu'on en pense, et malgré tout ce que nous pensons de mauvais vis-à-vis de sa politique, être mis dans le même camp, en quelque sorte, c'est donc une impasse plus globale pour l'Occident.

Donc voilà, une grande inquiétude, une grande colère qui n'a pas besoin de se démontrer à l'égard de l'attitude de M. Trump.

1:48
Présentateur

Est-ce que vous craignez les conséquences économiques pour les Français du choc pétrolier en cours ? Même si le ministre de l'économie, Roland Lascur, qui avait employé l'expression, s'est tout de suite excusé d'avoir employé ce terme pour ne pas affoler les marchés. On a le prix à la pompe, mais bientôt, la hausse des coûts de production, la hausse des prix, la baisse du pouvoir d'achat, etc. Le fameux cercle vicieux qui pourrait déboucher sur une colère sociale.

2:12
Jean-Marie Le Guen

Oui, alors, moi, je ne suis pas en responsabilité, donc je pense qu'on peut dire les choses telles qu'on les ressent. C'est-à-dire, je crois, effectivement, à une espèce de crise économique rampante, décrite comme celle que vous l'avez dit. Encore qu'en même temps, j'insiste là-dessus, elle peut être aussi salutaire, parce qu'on ne peut pas continuer à être aussi dépendant qu'on l'est en matière d'énergie, de régions qui sont très instables, pour faire simple et direct. Alors, ensuite, je ne crois pas à la colère sociale. Je crois que ça, on se fait peur, on essaye de copier les gilets jaunes.

Enfin, on regarde toujours ce qui s'est passé avant, c'est toujours utile, mais je n'y crois pas, parce que je pense que les faits s'imposent d'eux-mêmes. Une chose est de ne pas comprendre telle ou telle attitude gouvernementale, fût-elle de bonne augure, comme l'affaire des 80 km heure, ou les ronds-points, ou tout ce qu'on veut. Mais autre chose est de constater que là, il y a une guerre, on comprend tout à fait comment et pourquoi l'essence augmente, etc.

Notre fragilité vis-à-vis de ça, il n'y a pas d'issue, il y a évidemment à être solidaire de populations en grande souffrance, mais en même temps, il n'y a pas d'issue que de sortir du bourbier énergétique dans lequel on s'est mis depuis des années.

3:23
Présentateur

Le plan de gouvernement, le plan annoncé par Sébastien Lecornu il y a une semaine, d'électrification, ça vous semble être de bonne augure ?

3:30
Jean-Marie Le Guen

Oui, je pense que ça va dans le bon sens, à condition de mettre les moyens, il faut être peut-être plus imaginatif, il faut être aussi, ne pas avoir peur de parler peut-être aux Français en étant solidaires des plus fragilisés par cette situation. Je pense aux agriculteurs qui ne peuvent pas réfléchir à 5 ans pour avoir un tracteur électrique, en attendant ils ont à sortir la récolte, donc il y a évidemment sur ces points-là des choses à faire. Mais il y a aussi des habitudes à changer, les nôtres, tous autant que nous sommes. On revient à la vitesse diminuée de 10 ou de 20 km heure la vitesse sur une autoroute, c'est changer le prix à la pompe pour prendre ça.

Donc il va falloir, on ne peut pas continuer comme avant, puisque comme avant ça nous emmène droit dans le mur.

4:20
Présentateur

Donc c'est une opportunité aussi pour changer de modèle. Alors Ilana le rappelait, en Israël c'est le Yom Azikaran, un jour du souvenir des victimes du terrorisme et des soldats israéliens tombés au combat. Mais pour la gauche française, c'est aussi un triste anniversaire, même si bien sûr on ne va pas faire de comparaison. Le 21 avril 2002, c'était le grand traumatisme pour le Parti Socialiste, auquel vous avez appartenu avec l'élimination de Lionel Jospin dès le premier tour de la présidentielle. Et puis c'est devenu une habitude, pas de candidat socialiste au deuxième tour en 2017, pas non plus en 2022. Est-ce qu'il faut vraiment s'habituer ?

Est-ce qu'il y aura un candidat social-démocrate ou socialiste en finale en 2027 ?

4:57
Jean-Marie Le Guen

Il y aura sûrement au moins un candidat social-démocrate, comme on dit, même si je n'aime pas beaucoup cette appellation, va se courant de la gauche républicaine, elle sera représentée. La question est peut-être de savoir par qui, mais ce n'est pas forcément le plus intéressant. La question est plutôt de savoir pourquoi. Est-ce que cette gauche peut se mettre dans la situation avec le problème que vous soulevez ? C'est-à-dire, est-ce qu'elle a une chance d'être présente, non seulement au second tour, mais de l'emporter ? Ça fait deux conditions qui ne sont pour l'instant pas remplies par cette gauche social-démocrate.

Et donc si la problématique n'est pas de l'emporter complètement, avec un ordre du jour crédible, eh bien à ce moment-là, c'est plutôt à quoi ça sert ? Donc la question, et d'ailleurs la gauche, et peut-être aussi la société politique, je dirais d'une façon générale, c'est pas vloviens, on se présente et on explique, alors qu'on part de 5 ou 6%, qu'on va gagner l'élection présidentielle. Bon, c'est vrai pour Retailleau, par exemple. Quel est son ordre du jour stratégique ? Je parle ordre du jour comme Bonaparte en parler en matière de campagne. Bon, à quoi ça sert ? Pour aller où ? Comment il fait ?

Donc c'est vrai pour le PS, c'est vrai pour LR, c'est vrai pour un certain nombre de personnes qui ont un égo débordant qui les amène à se présenter à l'élection présidentielle. Ce qui est pathétique du point de vue...

6:21
Présentateur

J'ai compté quasiment une cinquantaine de candidats, tous partis confondus, de Mélenchon à Bardella et Le Pen, avec évidemment un trop-plein chez vous, dans la gauche républicaine, dans le bloc central où il y a 10 candidats, plus ou moins crédibles, plus ou moins crédibles, et 5 ou 6 chez LR. Qu'est-ce qui se passe avec cette inflation de candidatures ?

6:40
Jean-Marie Le Guen

C'est une présidentialiste grave qui atteint une classe politique extraordinairement médiocre. Et c'est le docteur qui parle. C'est une classe politique extrêmement médiocre, où les égaux, etc. Alors, je veux bien, parce que je suis assez tolérant quand même, qu'on puisse caresser l'idée, mais à ce moment-là, on tient un discours global qui ne peut pas être centré autour de « je vais être président de la République ». Je repense à cette campagne de 2022, où notre candidate, je parle de Nidalgo, qui a terminé à, je ne sais plus, 1,6%, expliquait qu'elle allait être candidate, et elle avait un programme 360 degrés, etc.

Tout ça est ridicule, on prend les Français pour des idiots, moralité des électeurs, ils ont voté soit pour Mélenchon, un certain d'entre eux malheureusement, et d'autres avaient voté directement pour Macron, parce que les électeurs, ils comprennent que ça ne sert à rien leur vote. Vous leur dites « vous êtes socialiste ». Oui, je suis socialiste, mais à quoi ça sert de voter pour un candidat socialiste ? s'il n'a pas une stratégie. Ça peut être soit pour être élu, je reviens à ma problématique, soit pour expliquer à quoi va servir le vote socialiste. C'est ça la question qui est posée.

7:51
Présentateur

Alors, vous dites, peu importe le qui, finalement, le plus important, c'est le pourquoi. Mais il y a aussi la question de la personnalité, et on voit pour l'instant deux candidats dans, on va dire, l'orbite, le courant social, démocrate ou socialiste, c'est François Hollande et Raphaël Glucksmann. Pour vous, quel est le meilleur des deux ? Ou peut-être que vous pensez à un troisième ?

8:11
Jean-Marie Le Guen

Écoutez, honnêtement, d'abord, je n'en sais rien, je verrais bien ce qui est… Je n'ai pas envie de répondre à votre question, parce que ça serait trop facile, ça serait hypocrite de ma part, de leur donner des qualités de candidature, pas de personne, mais de candidature qu'ils n'ont pas au point de départ, et ça serait trop méchant de ma part de les critiquer. Donc, je n'ai pas envie, excusez-moi, de rentrer dans cette dynamique-là.

8:38
Présentateur

En tout cas, pour démêler cette épidémie de présidentialité aiguë, comme vous le disiez, il va falloir trouver un remède. Et beaucoup de gens se demandent si ce n'est pas la primaire. Selon un sondage Ipsos BVA qui a été publié il y a une semaine, les Français les veulent, ces primaires, à droite, mais aussi à gauche. À gauche, le projet de primaire sans LFI est approuvé par 60% des sondés. Et à droite, une primaire de la droite et du centre hors RN est plébiscitée par 58% des participants. Ça veut dire qu'en tout cas, il y a une demande dans l'opinion pour pouvoir désigner le candidat de ces courants.

9:14
Jean-Marie Le Guen

Je ne crois pas du tout que l'opinion publique est une connaissance et une appréciation fine, j'allais dire. Je suis désolé, ce n'est pas gênant d'expliquer que tout le monde n'est pas un spécialiste en primaire. Moi, j'ai connu un certain nombre de primaires. J'en ai connu une en 2017. Je sais que sont venus voter non pas des gens du Parti Socialiste seulement, mais des gens qui venaient d'ailleurs, en l'occurrence de l'extrême-gauche, voire même de milieux communautaires, pour dire les choses comme elles sont. Qui ont voté pour Benoît Hamon. Qui ont voté pour Benoît Hamon. Écartant un Montebourg, mais surtout un Valls. Bon, voilà. Alors, on arrête, quoi. Ce sont des manipulations.

Maintenant, je comprends que dans l'aspiration des gens à la primaire, c'est simplifiez-nous le problème. On ne veut pas avoir les 50 candidats dont vous parliez, David. Donc, voilà. Cette aspiration-là, elle est légitime.

10:03
Présentateur

Alors, la présidentielle, c'est dans un an tout juste. Et pour en revenir aux sondages, qui ne sont que des sondages et qu'une photographie à l'instant T, rappelons, mais qui donnent quand même des indications du rapport de force, Jordan Bardella, c'est le grand favori du premier tour. Je dis bien du premier tour. Autour de 35%, grosso modo. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce qu'il est possible d'arrêter l'irrésistible ascension du Rassemblement national ? Tout à fait.

10:27
Jean-Marie Le Guen

D'abord, les résultats des élections municipales, si on regarde dans le détail, montrent quand même, par plusieurs aspects, une sorte de plafond de verre, où on voit bien qu'il y a une force puissante, malheureusement, qui est celle de l'extrême droite dans notre pays, mais qu'elle trouve ses limites. Je prends le cas de Toulon de façon assez exemplaire, Nice étant un autre sujet lié à la problématique locale et à la personnalité des deux candidats qui n'étaient peut-être pas équivalents. Et ensuite, je crois qu'il y a un plafond de verre.

Deuxièmement, il y a quelque chose dans l'esprit du temps, lié sans doute à la dramatisation de la situation au plan international, que la polémique, l'aventure, l'esprit de clivage, etc., est moins présent et commence à faire réfléchir les Français. Ce que je dis là n'est pas forcément marqué par les sondages, mais à mon avis, moi, c'est ce que je ressens. Les gens veulent du sérieux, du crédible ? Je pense qu'il y a une certaine forme d'inquiétude qui vient se substituer à la colère ou allez-vous faire voir, etc., etc.

Le ras-le-bol, la colère, le positionnement qui est très présent dans l'état d'esprit des Français, le positionnement de colère et de ras-le-bol, me semble-t-il est contrebalancé par une véritable inquiétude, ce qui n'est pas toujours que positif, par un véritable besoin de précaution, de sérieux, etc. Donc, voilà, je dirais que, un, il y a toujours un refus de l'extrême droite ancré dans la population française, et deux, il y a un climat qui n'est pas si évident pour l'extrême droite. Voilà.

12:11
Présentateur

Donc, ce n'est pas inéluctable. Qu'est-ce que vous inspire ces conquêtes réalisées par la France insoumise, une grande ville gagnée, Roubaix, une autre, Saint-Denis, et une implantation dans un certain nombre de banlieues importantes, la Courneuve, Creil-Vénitieux ? Pourquoi la banlieue est-elle sensible à l'offre politique de Mélenchon ? Quelles conclusions il faut en tirer pour 2027 et la présidentielle, justement ?

12:31
Jean-Marie Le Guen

Alors, je dirais, pour aller vite, qu'on s'est fait complètement avoir dans la lecture des résultats des élections municipales. Il y a un certain nombre de résultats que vous soulignez, Saint-Denis, mais il y a une exploitation politique remarquable par Mélenchon, le soir du premier tour, qui veut nous faire croire qu'il a gagné les élections municipales, etc. Ce qui, un, sera vérifié au second tour, c'est quand même l'échec global de tout ce qui est en liaison avec LFI, je veux dire, par la défaite à Toulouse et ailleurs. Donc voilà, je pense qu'il y a une limite à tout ça, là aussi, et encore une fois, les extrêmes ne sont pas si bien portés.

13:14
Présentateur

Merci, Jean-Marie Le Gouen, d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Excellente journée à vous. Merci à vous. Merci beaucoup, David. Rendez-vous demain, 7h45. Votre invité sera Marc Toiti, essayiste et spécialiste économique.