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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 2 août 2017 10 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

DISCOURS SUR LA MER À L'ASSEMBLÉE NATIONALE - Jean-Luc Mélenchon

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:35Jean-Luc MélenchonChiffre
    « nous sommes un territoire plus grand que la Chine elle-même »
  • 0:45Jean-Luc MélenchonChiffre
    « le territoire national s'est accru de 10% »
  • 0:55Jean-Luc MélenchonChiffre
    « La mer contient 75 fois l'énergie dont nous avons besoin à terre »
  • 1:10Jean-Luc MélenchonChiffre
    « La mer contient une quantité infinie de variétés d'espèces, dont 85% sont inconnues »
  • 1:40Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 90% du commerce mondial passe par la mer »
  • 3:20Jean-Luc MélenchonChiffre
    « un rapport de l'Union Européenne établissait que les déversements en mer opérés par les centrales nucléaires européennes équivalaient à un accident nucléaire majeur par an »
  • 5:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 8 des grandes métropoles mondiales sont sur les bords de la mer »
  • 5:10Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 50% de la population mondiale vit aux bords de la mer »
  • 5:30Jean-Luc MélenchonChiffre
    « nous n'avons qu'un rapport sur 103 »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

C'est une circonstance assez particulière qui va nous permettre de nous exprimer, non pour nous contredire mais pour nous compléter. Saisissons-la au bond et je veux le faire. Toutes les occasions pour les Français de parler de la mer et de son importance, dans la vie de la patrie, sont à saisir.

On a dit l'importance que le territoire maritime avait pour les Français. On a évoqué le fait que nous étions le deuxième territoire maritime du monde et je m'amuse à constater que si on fait la part de la France immergée et de la France émergée, et bien nous sommes un territoire plus grand que la Chine elle-même. Mais ce n'est pas que pour cette raison ni parce que notre territoire maritime s'est encore accru de 10% -- c'est que le territoire national s'est accru de 10%, c'est une première dans l'Histoire, sans qu'un coup de fusil n'ait été tiré -- par l'identification de la continuité des plateaux continentaux.

Je crois que l'on en n'a pas fini avec ce processus. Il faut le suivre avec sérieux et l'accompagner avec sérieux. Je suis sûr que les autorités françaises, quelles qu'elles soient, en prennent soin.

Mais ce n'est pas seulement pour ça. C'est parce que si nous sommes si puissants alors nous sommes responsables. Nous sommes la France.

La mer contient 75 fois l'énergie dont nous avons besoin à terre. La mer est moins connue que ne l'est la surface de la lune. N'est-ce pas incroyable?

La mer contient une quantité infinie de variétés d'espèces, dont 85% sont inconnues. Alors même qu'il y a là une sorte de trésor pour la connaissance humaine qui pourrait pourvoir à répondre à tant de défis intellectuels et scientifiques qui sont posés à l'humanité. Mais pourtant, nous les Français, c'est notre histoire longue, nous avons longtemps et pour ainsi dire, quasi tout le temps, méconnu l'importance de la mer pour nous.

Déjà, Richelieu disait que les larmes de la France avaient souvent un goût salé, celui de l'eau de mer, mal comprise par eux. Je crains qu'il en aille de même encore aujourd'hui, je le regrette. Mais il n'y a pas que nous.

Le rôle des océans dans la régulation thermique a été un peu l'absent de la COP 21. Le rôle des océans dans la conservation de la biodiversité reste l'absent des réflexions scientifiques internationales alors même que maints indicateurs nous permettent de savoir que nous sommes peut-être entrés dans la sixième extinction massive de la biodiversité. Enfin, le rôle des océans et des mers, dans la transition écologique, est mal compris.

Alors que, si nous prenons soin de la mer, pour en tirer et lui demander ce dont nous avons besoin et si nous le faisons, enfin, avec les méthodes qui doivent être celles de la recherche de l'harmonie dans les rapports des êtres humains avec la nature, tirant tous les enseignements de ce que notre temps nous a appris, alors nous aurons soin de la Terre. En quelque sorte, l'aval commandera l'amont. C'est pourquoi c'est un si grand enjeu pour nous tous.

La mer, en quelque sorte, est la deuxième chance de la civilisation humaine au moment où les signes sont innombrables qui nous montrent qu'elle roule à la catastrophe. Je voulais le dire parce que, bien sûr nous traitons d'une convention sur la haute mer, j'en parlerai dans un instant, on ne doit pas s'arrêter à ça. Mais notre responsabilité doit être évoquée dans tous ses aspects.

Alors, le texte de cette convention nous amène à réfléchir. Naturellement, la piraterie est un problème et qui le nierait, ne tiendrait pas compte des réalités de notre temps. 90% du commerce mondial passe par la mer.

Et c'est d'ailleurs parce que ce commerce est si bon marché que nous pouvons délocaliser, relocaliser les marchandises et délocaliser la production à bon compte. Le jour où le transit maritime changera de coût, vous verrez que les flux commerciaux changeront aussi. Il y a un grand intérêt pour nous, à nous assurer de la liberté de passage dans les océans mais surtout à en propager l'état d'esprit.

Cette liberté ne doit pas être simplement qu'un prétexte ou un droit de passage à prédation, à vocation prédatrice. Non, non. La liberté de circulation en mer soulève dorénavant des problèmes d'un type nouveau qu'il nous faut étudier et nous, Français, intervenir.

Hélas, la fonte des glaciers libère des passages. J'observe avec tristesse qu'on ne discute pas à temps de la fonte des glaciers mais davantage de savoir à qui appartient ce qu'il y a en dessous et qui va pouvoir y passer. Ce sont des conflits qui s'annoncent, qui mêlent les problèmes de puissance avec ceux d'accès aux ressources.

La Russie, les États-Unis d'Amérique, le Danemark... combien d'autres sont en compétition pour le passage par les voies du grand Nord.

Et de la même manière, avant même que les territoires sont libérés, on voit se multiplier les occasions de prédation irresponsables. C'est pourquoi, pour ma part, j'avais pris le parti de soutenir les militants de Greenpeace, je l'avais fait dans une pétition avec monsieur Noël Mamère lorsqu'ils furent interceptés par les Russes alors qu'ils avaient abordé une plateforme. Je sais bien que prendre pied sur une plateforme et l'occuper, c'est un acte de piraterie au sens strict du terme.

Mais tout le monde voit bien qu'il ne s'agissait pas de piraterie en vue de piller, mais d'un acte militant. Et nous avons pu, dans la commission, nous dire tous d'accord pour dire que le moment était venu de bien poser des bornes qui permettent de discerner ce qui relève de la piraterie et ce qui relève de ce qu'on va appeler avec des guillemets, des « mouvements sociaux en mer. » Car si la mer est un tel enjeu, eh bien naturellement, elle devient aussi lieu de conflits, on vient de le dire, entre les puissances mais aussi entre ceux qui ont des idées différentes sur la manière d'utiliser ce que la mer nous propose.

Je veux donc dire que si on doit veiller à lutter contre la piraterie, il faut le faire avec les moyens d'État. M. le ministre, je vous le dis, je désapprouve absolument la décision prise par M.

Ayrault d'autoriser les milices sur les bateaux de passage. C'est à la Marine Nationale d'assurer la protection des navires français et des voies de passage par le territoire maritime français. Bien sûr, il faut leur en donner les moyens.

Mais il ne peut pas y avoir d'autres violences que la violence légitime celle de l'État et donc de son armée. Nous luttons contre la prolifération de certains matériaux : chimiques, bactériologiques, nucléaires. Sur la chimie, je déplore que, 20 ans après avoir signé les accords de Paris, certaines grandes nations comme les États-Unis ou la Russie n'aient toujours pas démantelé leurs arsenaux.

Il n'est donc pas étonnant qu'il finisse par s'en trouver une partie qui circule, qui tombe dans des mains dans lesquelles nous ne voudrions pas qu'elle tombe. De la même manière, il n'est pas acceptable, à propos des déchets nucléaires, qu'on continue à autoriser ou à pratiquer le déversement en mer de déchets qui ont à voir avec la pollution de la radioactivité. Un rapport de l'Union Européenne établissait que les déversements en mer opérés par les centrales nucléaires européennes équivalaient à un accident nucléaire majeur par an.

Non, ce n'est pas acceptable ! Il n'est pas acceptable non plus que, lorsque les vaisseaux qui transportent les matériaux à jeter en mer sont arraisonnés par des militants politiques comme ceux de Greenpeace, il leur soit répondu en leur jetant des tonneaux sur leurs embarcations. J'achève.

Nous traitons des grands fonds et du grand large. la France DOIT agir avec la plus grande fermeté pour que s'ouvre une discussion à propos des droits juridiques applicables à ces espaces. Aujourd'hui c'est la « res nullus » ou presque.

Comme c'est à personne, personne ne s'en soucie ni a le droit d'y intervenir. Le monde est ainsi fait, puisqu'il se resserre, puisque la population est toujours plus nombreuse, puisque 8 des grandes métropoles mondiales sont sur les bords de la mer, puisque 50% de la population mondiale vit aux bords de la mer. Alors, tout ce qui concerne la mer doit relever de la régulation internationale et c'est à l'ONU de s'avancer.

Je ne suis pas d'accord pour qu'on voit 25 autorisations de prospection dans les grands fonds, données par un comité de l'ONU dont les normes ne sont pas stabilisées, et auquel nous, Français, nous ne participons pas assez. L'exploitation des grands fonds ne doit pas être abandonnée à la logique du Far-West. La Loi, la régulation internationale, l'ONU doivent intervenir.

Voilà, monsieur le ministre, mes chers collègues, les enjeux que je voulais placés. J'ai proposé que notre commission des relations internationales crée une mission ou un rapport. Ma foi, je ne pensais pas qu'on m'en trouverait indigne.

Pourtant je note que nous n'avons qu'un rapport sur 103. Eh bien, peu importe qui mènera ce rapport. Je pense que la représentation nationale doit se saisir de la question des grands fonds.

Car c'est dans les grands fonds aussi que commence le respect du territoire national des Français et de leur espace maritime. Merci. (prés. d'ass.) Merci M.

Mélenchon.