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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 13 octobre 2025 11 minContradictoireMixte

Nouveau nouveau gouvernement Lecornu : "Nous sommes toujours dans une logique descendante, qui vient de l'Élysée"

Au micro : Mathilde MunozSource d'origine 3 locuteurs

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Temps de parole

  • Invité35 %
  • Présentateur22 %
  • Présentateur 219 %
  • Auditeur16 %
  • Auditeur 27 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7. La parole est à vous maintenant, France Inter vous ouvre son antenne, journée spéciale pour recueillir vos témoignages, vos idées, vos sentiments sur la crise politique que traverse la France. A mes côtés en studio, Olivier Roucan, bonjour. Bonjour. Vous êtes politologue, enseignant-chercheur en sciences politiques, chercheur associé au CERSA, c'est le centre d'études et de recherche de sciences administratives et politiques. Et tout de suite, un premier auditeur. Bonjour Thomas.

0:31
Auditeur

Bonjour.

0:32
Présentateur

Alors, comment traversez-vous la crise politique actuelle ? Quel est votre ressenti ? Écoutez, je suis un peu inquiet évidemment, comme beaucoup de monde, mais surtout ce que je constate, c'est qu'il y a eu une des solutions, donc il y a plus d'un an, en 2024, on a eu plusieurs premiers ministres, et en fait, j'ai l'impression qu'il n'y a jamais eu de réelle négociation de la part de Macron. Donc il n'y a pas eu de compromis entre la droite et la gauche. Or, pour rappel quand même, la Belgique, il y a quelques années, a mis plus d'un an pour former un gouvernement. L'Allemagne, citée en exemple, peut mettre jusqu'à trois mois pour en former un.

Donc je me demande pourquoi en France, j'ai envie de dire, de la population, en passant par les journalistes, les politiques, on ne veut pas accepter qu'il y ait justement des compromis et des négociations. Il faudrait prendre plus de temps, selon vous ? Il n'y a pas besoin de se précipiter, c'est ça ? Alors, moi, je ne suis pas un spécialiste des problèmes divers et variés, mais enfin, je pense qu'effectivement, qu'est-ce qui vaut mieux ? Un an et demi, à peu près, où c'est le bazar total, où, maintenant, on ne peut pas revenir en arrière, mais prendre son temps et puis ensuite mettre le temps qu'il faut pour savoir qui va être ministre de l'éducation, qui va être ministre des armées, etc.

etc., prendre son temps et savoir ce qu'on fait. Et puis, si rien ne marche, si au bout de... On ne va peut-être pas attendre, comme en Belgique, un an sans rien faire, mais si au bout de trois, quatre mois, il n'y a pas de solution, d'abord, le président, il peut démissionner. Il n'a pas fait de faute grave dans le sens... Je ne pense pas qu'une destitution... Je ne vois pas le rapport, mais bon, il y a des présidents dans la Ve République qui ont démissionné après une défaite aux élections. Restez avec nous, Thomas. Je vais m'adresser à Olivier Roucan, qui va rebondir à votre propos. Olivier Roucan, on va trop vite en France ? On ne prend pas assez le temps de discuter ?

On va plus vite que notre voisin européen ? Pour constituer un gouvernement ? Il y a une précipitation ?

2:48
Invité

Il y a une question de temps, mais il y a aussi une question, je dirais, de dynamique. C'est-à-dire que nous sommes toujours, et ce gouvernement l'indique à nouveau, une nouvelle fois, dans une logique descendante. C'est-à-dire qu'il vient de l'Elysée. Or, si l'on veut avoir une chance de trouver des accords et de passer des compromis, je dirais, il faut partir du bas. C'est-à-dire, ici, de l'Assemblée nationale. Parce que le gouvernement, s'il a une chance de tenir, c'est face aux députés.

Et donc, nous, nous sommes restés sur une pratique présidentialiste, où l'on pense que le Premier ministre et le gouvernement, leurs responsabilités, finalement, ils la doivent plus devant le Président que devant l'Assemblée.

3:28
Présentateur

Mais ça, ça prendrait plus de temps, du coup ?

3:30
Invité

Alors, ça prendrait sans doute plus de temps, parce qu'en plus, nos partis politiques sont peu habitués, sous la Ve République, dans tous les cas, à ce genre de négociations. Même s'ils commencent, à mon avis, à s'y faire. Mais ça prend du temps. Ensuite, l'idée de rester un moment sans gouvernement, ou avec un gouvernement démissionnaire. Alors, il est vrai qu'un an, c'est beaucoup pour la France, mais on peut envisager cette hypothèse. Mais là encore, à condition que la société s'adapte.

C'est-à-dire que, quand vous n'avez pas un gouvernement politique, ou tel qu'il vient d'être nommé, vous avez les acteurs du milieu économique qui disent, « Oh là là, c'est la catastrophe, tout va s'effondrer, l'économie ne va plus tourner. » Bon, comme ce monsieur l'a indiqué, dans d'autres pays, cela se passe, et l'économie tient. Et nous, sous la Quatrième République, il y avait des gouvernements très fréquents qui changeaient, en tout cas très fréquemment, et ça, l'économie tenait. Donc voilà, il faut que notre société s'adapte à cette nouvelle réalité politique, qui traduit d'ailleurs une fracturation de notre société.

4:29
Présentateur

Merci beaucoup pour vos explications, Olivier Roucourt. Et merci pour votre appel, Thomas. Nous sommes en ligne maintenant avec un autre auditeur, Christophe. Christophe, vous êtes à Tismons. Quel est votre sentiment sur la situation politique actuelle ? Est-ce qu'elle vous inquiète, comme le précédent auditeur ? Est-ce qu'elle vous navre ? Est-ce qu'elle vous met en colère ?

4:48
Auditeur

Alors, moi, j'ai... Bonjour. Bonjour à tout le monde et aux auditeurs. Moi, j'ai une vision très détachée, que j'ai appris à avoir beaucoup de recul à travers le temps. J'arrive à la soixantaine, donc j'ai connu la politique depuis les années Mitterrand. Et en fait, tout ce que je me rends compte, c'est qu'au fil des élections, que ce soit de droite ou de gauche, on élit plus un bouc émissaire ou un souffre-douleur plutôt qu'un président. Très vite, le président élu devient très vite impopulaire. On est dans une violence politique pas possible. Et donc, moi, j'ai pris du recul par rapport à ça.

Et par exemple, aux jeunes que j'ai au boulot, au travail, je leur apprends à avoir ce recul pour être plus ou moins modéré, pour mieux apprécier la situation plutôt que de se jeter dans un corps ou dans l'autre.

5:41
Présentateur

Mais parce que cette crise ne pèse pas dans votre vie de tous les jours ? Il n'y a pas d'incidence directe ?

5:47
Auditeur

En fait, moi, je la vois à travers la violence qu'il y a dans la vie publique aujourd'hui, qu'on n'avait pas forcément avant. On a la violence politique, on a la violence quotidienne de tous les jours. C'est tout le temps des insultes dans les transports en commun. C'est tout le temps des gens qui passent très vite à une certaine forme de violence. Et j'ai l'impression que c'est un peu entraîné aussi par le monde politique où, effectivement, on ne voyait pas ça avant, de demander très vite des destitutions ou des démissions, tout ça.

Donc, moi, personnellement, non, je reste avec un regard assez détaché de par mon rôle aussi extra-professionnel où, effectivement, je prends beaucoup de recul et je regarde un peu comment marche la civilisation.

6:38
Présentateur

Olivier Roucan, je rappelle que vous êtes politologue. Vous aussi, vous trouvez que la vie politique est plus violente qu'avant ?

6:43
Invité

Oui, mais comme ce monsieur l'indiquait, la société, sans doute, il y a plus d'agressivité, plus de tensions dans l'air. Alors, c'est dû à beaucoup de choses, mais sur le plan culturel, cela est alimenté, on le sait bien, par cette façon que nous avons aujourd'hui de communiquer dans l'instant, avec la volonté de clasher, notamment sur les réseaux sociaux. Maintenant, cette logique des réseaux sociaux et de l'instantanéité, ce monsieur indique bien que la société apprend à la tempérer. Il ne faut pas... ça se passe encore relativement bien dans les relations sociales. C'est vrai qu'il y a de l'agressivité, mais enfin, quand même, nous ne vivons pas dans les réseaux sociaux. Donc, il y a...

Et puis, alors, cette tempérance dont ce monsieur parle, les Français en font preuve. Il y a des éléments positifs. L'an dernier, ils sont massivement allés voter aux élections. C'est plutôt un signe de vitalité démocratique, même si ensuite, le résultat pose quelques soucis de cohérence et d'ordre politique. On est dans une période de travail des repères. Il faut faire preuve, sans doute, de cette sorte de philosophie. Bon, il y a plus d'agressivité, c'est vrai, mais malgré tout, nous pouvons essayer de mettre en place un nouvel ordre politique dans les années qui viennent. Le problème, c'est de reposer des repères.

On a l'impression que c'est une époque où il faut refonder un certain nombre de repères, et notamment, je dirais, idéologiques.

8:08
Présentateur

Olivier Roucan, on a le temps de prendre un troisième auditeur en ligne. C'est Xavier, c'est vous. Vous êtes en direct d'Aubagne. Alors, comment vous vivez ce moment politique ? Le fait qu'on ait renommé, en l'espace d'une semaine, le même Premier ministre, avec un nouveau gouvernement annoncé hier soir. Comment vous le vivez, Xavier, vous, ce moment ?

8:25
Auditeur

Alors, moi, ce que je vois, c'est des gens qui sont pleins de bonne volonté. Certaines personnes, donc qui sont justement aux responsabilités. d'autres font preuve, effectivement, plus d'ambition personnelle pour les prochaines présidentielles ou autres. Mais en fait, on a les hommes politiques qu'on mérite. Et moi, je vois mes concitoyens qui sont bien souvent motivés pour la défense de leurs intérêts personnels plutôt que pour la défense de l'intérêt général, plutôt que pour une France plus juste, plus équitable. Donc, effectivement, on a des hommes politiques qu'on pourrait qualifier d'égoïs, mais nous, électeurs,

9:07
Locuteur

avons-nous le sens

9:07
Auditeur

de l'intérêt général lorsque nous votons ?

9:10
Présentateur

Donc, la classe politique ne serait que le reflet de nous-mêmes, des citoyens que nous sommes, c'est ça ? C'est ce que je veux dire, oui. Olivier Roucan ?

9:18
Invité

Oui, alors, ce qui vient d'être dit est reproché aux femmes et aux hommes politiques depuis assez longtemps. Et les indicateurs sont très négatifs. Il y a une perception très négative depuis longtemps de la politique et du personnel politique. à tort, d'ailleurs, en partie. Simplement, il se passe quelque chose, c'est qu'il est vrai qu'on avait constaté ça aux Etats-Unis il y a quelques années, le monde politique clive davantage pour exister du fait de ce système de communication qu'on a évoqué. Et ça, cette polarisation souhaitée qui est beaucoup due aussi à l'influence des communicants dans le monde politique, cela a des conséquences démocratiques assez néfastes et négatives.

9:57
Présentateur

D'où la volonté de renouveler, comme l'a dit Sébastien Lecournus, son gouvernement en incluant des personnes de la société civile parmi les ministres ? Il y en a huit, cette fois-ci.

10:05
Invité

Huit, voilà. Bon, il faudra voir si cela tient face aux députés. Il y avait déjà eu une expérimentation de cette affaire sous Michel Rocard. ça n'avait pas été très durable. Il faudra voir cette fois-ci.

10:18
Présentateur

Merci Olivier Roucan, enseignant-chercheur en sciences politiques. Merci aux auditeurs également qui nous ont appelés. Si vous n'avez pas pu passer à l'antenne, sachez que la journée spéciale se poursuit dans la grande matinale. L'entraîne vous sera ouverte à partir de 8h45. Et merci à tous ceux qui ont coordonné cette antenne ouverte. Joachim Tailleb, Adelor Sugier, Capucine Aubert, Ostandard également, Nayel Zourdani, à la réalisation Cédric Diallo, à la préparation Elisame Chin et Fabien Etché-Copar et à la rédaction en chef Mickaël Thébault. Le 5-7 se poursuit dans une poignée de secondes.