Lucie Castets | Quai n°8
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse directe
Comment avez-vous vécu l'annonce de votre nomination comme possible Premier ministre ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Connaissiez-vous bien Olivier Faure avant cet appel ?
- 1:30OuverteRéponse directe
Comment les partis ont-ils procédé pour vous sélectionner ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Pourquoi votre nom est-il apparu selon vous ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Vous étiez directrice des achats à la ville de Paris, militante de gauche, comment avez-vous été amenée à côtoyer les partis ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Qui avez-vous appelé en premier après l'appel d'Olivier Faure ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:30Lucie CastetsFait
« On a pensé à toi. »
- 3:30Lucie CastetsFait
« Ils m'avaient choisi en raison de mon engagement pour les services publics. »
- 5:30Lucie CastetsFait
« Je lui dis que moi j'ai trouvé que leur façon, leur positionnement à ce moment-là ne me convenait pas. »
- 7:00Lucie CastetsFait
« Je suis libre explicitement. »
- 8:30Lucie CastetsPromesse
« Nous ferons des compromis, nous bâtirons des compromis texte par texte à l'Assemblée nationale. »
- 13:00Lucie CastetsFait
« Sans aucun doute, mais ça a déjà changé ma vie, ce qui s'est passé à l'été. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Lucie Castets. -Bonjour. -Bienvenue. -Merci. -Oon va parler d'un événement qui vous a fait éclore dans l'actualité.
On est le 23 juillet 2024. On est quelques semaines après la dissolution de l'Assemblée nationale. On est 15 jours après des élections législatives qui ont donné à la France une majorité de gauche, mais pas une majorité absolue.
Il s'agit qu'Emmanuel Macron trouve un Premier ministre pour gouverner le pays. Et la gauche, les quatre partis d'une coalition qui forment le Nouveau Front Populaire, le Parti communiste, La France Insoumise, le Parti Socialiste, les Ecologistes, décident de vous désigner, Lucie Castets, comme possible Premier ministre et de proposer votre nom. Comment vous avez vécu cet instant ? -Déjà, ce qui est important de savoir, c'est que cette proposition m'a été faite quelques 24 heures avant l'annonce à la France.
J'ai eu très peu de temps pour digérer cette information. Et puis surtout, c'est un coup de fil d'Olivier Faure le lundi midi, donc la veille, le 22, qui met du temps à me dire : "On a pensé à toi." Quand je vois son nom s'afficher sur mon téléphone, je me demande pourquoi il m'appelle. -Vous le connaissiez bien ? -Non.
J'avais animé un débat un an plus tôt à La Charité-sur-Loire avec les quatre chefs de parti, les quatre représentants des partis. Et j'avais enregistré leur numéro parce que j'avais dû les briefer sur la nature du débat, sur l'organisation un an plus tôt. Mais je n'avais pas eu de contact particulier. -Et vous savez comment ils ont procédé pour vous sélectionner ?
Est-ce qu'il y avait plusieurs noms ? Plusieurs choix ? -Je crois qu'ils se sont d'abord posé la question de désigner l'une ou l'un des leurs comme le candidat pour être Premier ministre.
Evidemment pour des raisons que vous comprenez très bien, politiques, ils n'ont pas réussi à s'accorder sur le fait de désigner un membre ou une membre de leur force politique et donc ils ont élargi la réflexion à des représentants de la société civile. Et il se trouve que je suis apparue à ce moment-là. -Et pourquoi vous êtes apparue ?
Pourquoi, selon vous, avez-vous su pourquoi vous ? -Ce qu'ils m'ont dit, c'est qu'ils m'avaient choisi en raison de mon engagement pour les services publics. Et ce que je pense, ce qui m'a été rapporté, c'est que mon nom était remonté par divers canaux, notamment par des gens avec qui j'avais travaillé sur des sujets économiques, avec qui j'avais réfléchi dans différents groupes de réflexion et différents engagements associatifs. -Il faut savoir que vous, vous étiez à l'époque directrice des achats à la ville de Paris, que vous aviez un passé militant quand même, puisque vous étiez connue comme une personnalité de gauche, que vous avez un temps appartenu au Parti Socialiste, que vous avez fait des grandes études quand même, Sciences Po, l'Ecole Nationale d'Administration, et vous n'étiez pas une inconnue quand même pour la plupart de vos interlocuteurs à gauche. -Pour les partis, non.
Pour certains chefs de partis peut-être. Ce qui est sûr, c'est que j'ai été une compagne de route de la gauche depuis un moment, notamment depuis la création du collectif Nos Services Publics, dans lequel j'étais active et pour lequel j'étais porte-parole. Donc, à l'occasion de la présentation de ces travaux, on a été amené à rencontrer plein de représentants des partis de gauche et aussi d'autres partis.
On parle à tous ceux qui veulent nous entendre sur les sujets de services publics. Donc, c'est comme ça que j'ai été amené à côtoyer les représentants des partis de la gauche. -Qui avez-vous appelé quand vous avez appris cette nomination ? -En fait, j'étais en conversation par SMS avec ma compagne, parce que quand le nom d'Olivier Faure est apparu sur mon portable, on était en train de s'envoyer des SMS de la vie courante.
Et j'étais en même temps en train de monter sur mon vélo pour aller rejoindre un ami pour déjeuner. Et je lui ai dit : "Olivier Faure m'appelle." Et là, elle me dit : "Il veut peut-être te proposer d'être première ministre." Et moi, j'ai répondu quelque chose comme, "Ahah", ça me paraissait inenvisageable. -Votre réponse à Olivier Faure, ça a été oui immédiatement ?
Ou alors, vous avez posé des conditions. Est-ce que lui vous a posé des conditions ? Comment ça s'est passé ? -C'était pas oui immédiatement, on a eu une discussion, 7moi même au départ j'étais extrêmement surprise de la proposition et je crois que je lui ai dit "Ah mais vous en êtes vraiment là ?" et je pense pas que c'était un défaut d'amour propre de ma part mais plus...
J'étais quand même largement inconnue du grand public et c'était une grande surprise pour moi, enfin quand j'ai vu son nom j'ai pas pensé que c'était ce qu'il s'apprêtait à me proposer. Il m'a dit : "Est-ce que tu es d'accord pour que je teste ton nom auprès des autres forces politiques du Nouveau Front Populaire ?" "Oui, mais ne leur dis pas que tu m'as parlé, comme ça, ça me laisse le temps de réfléchir." C'est quand même une proposition vertigineuse.
Je ne suis pas sûre d'être à la hauteur de ça. Et donc, "Laisse-moi un peu de temps." Et ensuite, j'ai été déjeuner avec cet ami.
C'est un copain, donc je ne le connais pas très bien. Je ne lui ai pas raconté. Mais évidemment, pendant ce temps-là, mon esprit allait bon train.
Ensuite, j'avais un après-midi extrêmement chargé au travail, donc j'ai tenu mes réunions et tout ça. Et puis à ce moment-là, je ne savais pas si les autres partis considéraient mon nom acceptable ou pas. Je n'avais aucune idée de la manière dont c'était en train d'être traité par les partis politiques.
Le lendemain matin, pas de nouvelles particulières. J'ai eu une confirmation par SMS que mon nom avait été suggéré aux autres forces politiques. Et c'est seulement ensuite, à l'heure du déjeuner, où j'enregistre, à l'époque, j'enregistrais un podcast qui s'appelle "On n'a pas tout essayé", un podcast de discussion avec des chercheurs, avec des intellectuels plutôt de gauche.
On allait enregistrer le dernier épisode de la saison. Je mets le casque sur les oreilles et là, mon téléphone sonne : Manuel Bompard. Et donc, je décroche et je lui dis : "Pardon, mais je dois te rappeler dans une heure parce que j'enregistre un podcast." Je pense qu'il est un peu étonné.
Il doit se dire... -Elle prend ça à la légère ? -Je ne sais pas s'il se dit ça, ou s'il se dit, au moins, elle pose un peu le décor.
Et une heure après, comme convenu, je le rappelle. Et à ce moment-là, ce n'est pas tellement que je pose des conditions, c'est que lui me demande s'il y a des éléments dans nos positions qui m'ont semblé problématiques ? -Il y en avait ? -Evidemment, on parle du 7 octobre. -Le 7 octobre, attention, c'est l'attaque du Hamas contre Israël, contre des Israéliens, et une façon d'aborder le sujet de la part de La France Insoumise, qui ne reconnaît pas le Hamas comme un mouvement terroriste, et qui a un discours un peu différent du reste du personnel politique sur cet événement.
Et ça, vous, ça vous gêne ? -Oui, je lui dis que moi j'ai trouvé que leur façon, leur positionnement à ce moment-là ne me convenait pas et que c'est un des exemples que je lui donne. Et puis je parle aussi dans les faits récents de la posture de Jean-Luc Mélenchon qui disait : "Tout le programme, rien que le programme", en lui disant ça ne va pas faciliter la tâche de toute la gauche alors qu'on est informé, on est très au courant du fait qu'on a une majorité relative et non absolue.
Et que je ne vois pas comment, en pratique, on parvient à gouverner ce pays-là en disant que tout le programme devrait être mis en oeuvre à court terme. Ce dont, je pense, il convient. C'est une question de stratégie politique.
Et donc, on parle de ça, voilà. Et ensuite, on raccroche. La conversion est très cordiale.
Ensuite, je vais à l'hôtel de ville parce que j'ai des réunions. Je suis directrice des finances de la ville de Paris. Et avant que je rentre en réunion, Jean-Luc Mélenchon m'appelle. -Ah ! -Et on a la même conversation, encore plus détaillée.
Et voilà, on reparle des points que j'ai soulevés comme étant problématiques, mais la discussion est aussi très cordiale. Moi, je dis ce que j'en pense, à aucun moment...
En fait, je n'ai pas du tout fait acte de candidature, donc je ne suis pas dans une posture où j'essaie de convaincre. Je dis simplement ce que je pense et je les laisse. -Et finalement, ça convient alors ? -Ca a l'air de convenir. -Il ne vous impose aucun élément de langage ? -Aucun. -Vous êtes libre ? -Je suis libre.
Je suis libre explicitement. -Bien sûr. -En revanche, ce qui est très peu su et ce que des journalistes ont cru, ils ont cru que le soir même, il y avait une armée de communicants qui débarquaient chez moi, que je recevais des dizaines de pages d'éléments de langage.
Rien de tout ça. Les partis étaient soulagés d'avoir trouvé un nom. Quand il est annoncé, ensuite, il ne se passe rien du côté des partis.
J'ai des gens... -Il se passe une chose du côté de la présidence de la République.
Puisque Emmanuel Macron dit le soir : "Je ne nomme pas un Premier ministre dans la foulée parce qu'il y a les Jeux Olympiques." Les Jeux Olympiques commencent peu après. Et je nommerai un Premier ministre qu'après les Jeux Olympiques.
Comment réagissent les médias ? Est-ce que vous êtes surpris par la réaction des médias à l'énoncé de votre nom ? -Non, je ne suis pas surprise.
Moi, j'ai été prise dans un tel tourbillon médiatique que je n'ai pas analysé et pesé chaque mot formulé par la presse. Je pense que la réaction était assez hétérogène, aussi en fonction de l'origine politique, de la couleur politique des médias concernés. J'ai senti une grande curiosité, mais pas d'hostilité marquée. -Le 12 août, vous envoyez une lettre.
Vous-même, alors vous allez nous dire comment vous l'avez rédigée, écrite, en disant : "Je suis prête à travailler avec tout le monde, tous les partis qui constituent l'échiquier politique, sauf un, une formation qui s'appelle le Rassemblement National." Est-ce que le fait de ne pas vouloir dialoguer ou avoir langue avec le Rassemblement National, n'était pas un handicap d'emblée, en sachant que vous vous coupiez d'une force politique qui était quand même majeure, et qui est majeure aujourd'hui, dans le paysage politique français ? -Je me permets un tout petit détour sur ce courrier, puisque vous l'abordez.
Déjà, quand vous me disiez, "Est-ce que les partis vous ont posé des conditions", et je répondais que non. Et en réalité, ce courrier, c'est moi qui l'ai proposé aux partis. Au début, ils n'étaient pas favorables de signer avec moi, parce qu'autant de gens qui signent...
Je leur disais que ça me semblait extrêmement important qu'on le signe de manière collective. J'ai pris l'initiative de rédiger ce courrier, qui leur ai fait valider, puis j'ai essayé de les embarquer tous dans ce signal d'être prêt à faire des compromis, à construire des compromis au Parlement. Et je pense que c'est très important, et ça n'a pas été assez commenté, puisqu'on a dit : "Vous êtes dans une posture, le programme rien que le programme". notamment en renvoyant aux propos de LFI de Jean-Luc Mélenchon, alors que Mathilde Panot, présidente du groupe à l'Assemblée nationale, a signé ce courrier.
Elle ne l'a pas signé à reculons, ce n'est pas l'impression que j'ai eue. Et ce courrier disait : "Nous ferons des compromis, nous bâtirons des compromis texte par texte à l'Assemblée nationale". Ensuite, sur le Rassemblement national.
Non négociable. C'est très important de marquer ce point et je ne regrette pas du tout cette posture et que j'ai eue personnellement à ce moment-là. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à mon sens, un des grands messages des élections législatives à la suite de la dissolution par Emmanuel Macron, c'était qu'il y a un barrage républicain par les électeurs qui décident de répondre à cet appel au barrage républicain en se tournant vers parfois des candidats qui ne sont pas de la couleur politique qu'ils choisiraient s'ils étaient totalement libres pour faire barrage au RN.
Et donc ça me semblait important de tenir compte de cette posture. Et par ailleurs, moi je ne partage rien avec le Rassemblement National, aucune de leurs propositions et je pense qu'ils ont un programme dangereux pour la France donc c'était important de marquer cette posture républicaine-là vis-à-vis du RN. Et dernier point sur ce sujet, c'est important de dire aussi qu'on ne s'adresse pas au RN Néanmoins, les propositions qu'on formule, y compris celles qu'on a formulées cet été, en grande partie tournées vers le fait de rebâtir nos services publics, s'adressent aux électeurs du RN, dont certains n'épousent pas les thèses racistes du RN, mais votent Rassemblement National par sentiment légitime d'abandon par la puissance publique. et qu'ils aimeraient voir leur service public être restauré, voir l'Etat à leur chevet, à leur côté, leur permettre d'avoir une vie digne dans des conditions acceptables.
Et je pense que, dans ce cas, on aurait été tout à fait en mesure de s'adresser à l'électorat du RN. -Précisément, Lucie Castets, il y a un point essentiel à savoir, c'est que, vous êtes une spécialiste de l'organisation des services publics. Vous avez beaucoup étudié ce sujet.
Vous avez même écrit depuis un essai sur ce thème. Et vous avez une thèse fondatrice qui dit que la détérioration des services publics dans notre pays, que chacun constate, c'est un des motifs de progression du Rassemblement national. -Oui, souvent on s'appuie sur des travaux qui montrent que les idées racistes progressent dans notre société.
Je pense que c'est en partie vrai, mais je pense que ce n'est pas le seul moteur du vote en faveur du RN. Et la détérioration des services publics est un moteur. Le sentiment d'abandon par la puissance publique d'une grande partie de la population, notamment la population qui est en périphérie, soit en périphérie urbaine, soit dans des zones rurales, ils peuvent sentir un abandon et donc se tourner vers un parti dont on perçoit un discours qui est, à mon sens, totalement fallacieux, mais qui sera un discours de restauration de la grandeur de l'Etat, restauration des services publics.
Totalement fallacieux d'une part parce que le programme économique du RN ne permettraient en aucun cas de financer les services publics. Et d'autre part, parce que les services publics que le RN nous propose sont des services à rebours de l'esprit fondateur des services publics, des services publics universels, accessibles à tout le monde, dans les mêmes conditions. -Deux autres thèmes importants dans votre corpus idéologique, si je puis dire.
Le féminisme, enfin l'égalité entre hommes et femmes, c'est un point sur lequel vous insistez beaucoup. L'écologie aussi est très présente dans ce que vous défendez. Le temps passe, comme le train dans lequel nous sommes, et on arrive fin août, et il y a un rendez-vous important, c'est le rendez-vous avec le président de la République qui a décidé de recevoir toutes les formations politiques.
Et donc vous êtes à la tête d'une représentation du Nouveau Front Populaire, qu'est-ce qui se passe dans ce rendez-vous ? -Alors, on a préparé cet entretien tous ensemble. -Vous êtes combien ? -On est douze. -Comme les douze apôtres. -Il y a les chefs de partis et les présidents de groupes au Parlement, donc Assemblée nationale et Sénat.
On a préparé cet entretien et nous sommes convenus que j'introduis la discussion une fois que le président de la République me donne la parole et qu'ensuite, c'est plutôt moi qui réponds aux questions du président. Et que, dans un second temps, les représentants des partis peuvent adresser des questions au président de la République. C'est comme ça que ça se passe.
Le président de la République fait d'abord une courte introduction en expliquant dans quel contexte lui se situe et quel est le sens de sa démarche de recevoir tous les représentants politiques. -Il vous fait bonne figure ? -Oui, il sait le faire, il est extrêmement affable, aimable, courtois.
Et il introduit très brièvement. Ensuite, moi, je prends la parole pour lui dire aussi dans quel état d'esprit on se situe, dans quel état d'esprit je suis, moi, en disant que je suis très respectueuse des institutions, mais qu'à ce titre-là, précisément, nous considérons collectivement que le président de la République se doit de se tourner vers la gauche pour désigner un Premier ministre ou une Première ministre, en l'occurrence. Et je lui dis, dans quel état d'esprit, s'il choisit de respecter la logique institutionnelle, je me situerai vis-à-vis de lui. -Vous, Lucie Castets, vous êtes la moins connue de tous.
Vous êtes à côté de chefs de parti, de chefs de groupe à l'Assemblée nationale ou au Sénat, face au président de la République. Vous devez être très impressionnée, non ? Ca doit être particulier, non ? -C'est très particulier.
Bien sûr, je suis impressionnée, mais en même temps, ça fait... -Ca coule facilement ? -Oui, sur le moment.
J'ai bien préparé. J'ai peu dormi parce que la veille, j'étais aux universités d'été...
à Tours d'Europe Ecologie Les Verts donc je dormais à l'hôtel à Tours et je repassais par Paris et repartais aux universités d'été des communistes donc vraiment saut de puce à Paris en passant par l'Elysée j'ai bien préparé, je sais ce que je veux dire au président, je me sens d' une certaine façon soutenue aussi par ce que j'ai vu depuis un mois et par ce que j'ai entendu depuis un mois de la part des gens...
Le groupe est très soudé. Le groupe est très soudé et nos messages sont très clairs et ça me semble important à ce moment-là d'une certaine façon d'être à la hauteur de la mission qui m'a été confiée par tous ceux assis autour de moi. Donc je me sens forte de ça et forte du mandat que les électeurs ont donné à la gauche à ce moment-là et donc c'est le devoir de responsabilité qui me tient debout. -Là où vous vous sentez investie. -Voilà.
J'ai le sentiment qu'il faut que je sois à la hauteur de ça. Sonc, c'est ça qui parle face au président de la République. -Sauf que peu après, une fois qu'il a reçu toutes les formations, décide, enfin dit, ça ne sera pas vous, madame Lucie Castets, parce que vous serez immédiatement censurée. -Oui, mais ne nous détrompons pas.
Quand j'arrive à l'Elysée, je ne me dis pas : "Je vais à mon entretien d'embauche et je suis sûre d'avoir le travail à l'issue de cet entretien". Pas du tout. Je me dis que je dois être à la hauteur de ce que les Françaises et les Français qui ont voté pour la gauche ont espéré et le message d'espoir qu'ils ont envoyé en votant comme ça pendant ces élections, alors que ce n'étaient pas du tout les pronostics, rappelons-nous des sondages.
Je me dois d'être à la hauteur et je me dois aussi de tenir une ligne face au président. Ca ne veut pas dire que je me berçais d'illusions sur sa posture, mais il fallait être à la hauteur aussi pour ne lui donner aucun prétexte pour écarter la gauche sur un prétexte de faiblesse de ce que la gauche aurait montré. -Sauf que, quand il annonce que ça ne sera pas la gauche et ça ne sera pas Lucie Castets, j'ai eu le sentiment, et tout le monde a eu le sentiment, je pense, vous, vous avez continué quand même à y croire, parce qu'en vous disant, qu'il ne va pas trouver qui que ce soit, si vous permettez l'expression, et il va être obligé de revenir vers nous. -Je ne me faisais aucune illusion sur la propension d'Emmanuel Macron à désigner quelqu'un à gauche, notamment parce que j'avais conscience du fait qu'il restait plusieurs semaines avant la reprise des travaux au Parlement, et je savais qu'il était effrayé par le fait qu'on allait faire passer des textes par la voie réglementaire, notamment des textes sur la politique économique, qui allaient remettre en question son programme mis en ouvre depuis des années.
C'était notre intention, qui était tout à fait transparente et il me semblait qu'il était très peu probable qu'il prenne cette voie. Mais il y avait des indicateurs qui me laissaient penser qu'il pouvait se tourner vers la gauche. Notamment parce que des gens de son entourage me disaient, proche ou moins proche... -Vous aviez des... -Oui. -Des relations avec le cabinet ? -J'avais des relations, soit des messages interposés, soit des relations directes.
Et on me faisait savoir que certaines personnes de son entourage lui disaient : "Tu devrais désigner Lucie Castets comme Première ministre." notamment pour lever l'hypothèque. Parce que la censure arrivera probablement rapidement.
Et donc, "Faites ça, parce que ça permettra de montrer que vous avez respecté la logique institutionnelle." Et ça enlèvera cet argument à la gauche qui disait, à juste titre, à mon sens, le Président de la République n'écoute pas la décision du scrutin. -Parce que la logique, c'est effectivement de nommer un Premier ministre parmi le groupe le plus puissant, plus fort du Parlement, même s'il n'y a pas de majorité absolue.
C'est clair. Finalement, ça ne sera pas vous. Ca aurait changé toute votre vie de devenir Premier ministre ?
Ce n'est pas définitif, vous pouvez l'être encore. -Sans aucun doute, mais ça a déjà changé ma vie, ce qui s'est passé à l'été, oui, je suis passée de l'ombre à la lumière, et je suis passée d'une carrière administrative avec un engagement associatif important, mais quand même secondaire par rapport à ma carrière professionnelle, à basculer dans un univers politique. -Vous n'émargez pas dans un parti politique, pour autant ? -Non, j'ai pas vocation à le faire, mon rôle... -Mais vous êtes de gauche. -J'ai des convictions de gauche. -Vous auriez pu entrer à l'Assemblée Nationale, si vous aviez été élue, parce qu'il y a eu une législative partielle dans l'Isère, vous avez été à un moment pressentie, on s'est dit que vous alliez concourir, et finalement vous avez refusé, parce que vous avez refusé, si vous aviez été élue, de siéger avec La France Insoumise. -Oui, il se trouve que cette circonscription avait été attribuée dans l'accord électoral pour les législatives entre les différents partis de gauche, attribuée à La France Insoumise.
Le député élu à ce moment-là était donc un député Insoumis. Ce député a démissionné parce qu'il a été mis en cause dans des affaires... il me semble, de viols et d'agressions sexuelles et donc il y avait une législative partielle à la suite de sa démission.
Il ne m'a pas semblé possible de siéger avec les Insoumis parce que mon travail de cet été, une partie de mon travail était d'incarner le Nouveau Front Populaire, donc l'ensemble de cette union-là et il se trouve que La France Insoumise, mais au même titre peut-être que le Parti Socialiste, faisait figure de force politique polaire dans ce groupe politique. dans cet ensemble. Et donc, ça me semblait compliqué de donner un point à l'un ou à l'autre en siégeant dans un des groupes. -Vous auriez voulu quoi ?
Etre indépendante ? -Oui, on avait envisagé plusieurs solutions. C'était une discussion qu'on avait avec les partis.
Soit de faire une appartenance tournante, ce qui ne s'est jamais vu, mais ça pouvait être intéressant et dans la continuité de ma posture de l'été. donc d'aller de groupe en groupe, tous les six mois ou tous les ans, ou alors de siéger dans le groupe qui était le plus composite, qui représente des forces politiques les plus variées à gauche, le groupe écologiste et social. Et il se trouve que les Insoumis n'ont pas souhaité renoncer à l'attribution antérieure à mon arrivée sur la scène politique de cette circonscription de l'Isère à leur groupe.
Et donc, on n'a pas trouvé d'accord et j'ai choisi de ne pas me présenter. -Aujourd'hui, votre vie est dans la politique ? -A la fois dans la politique, je continue à essayer d'oeuvrer dans la construction d'une offre politique d'union de la gauche.
Je pense que les électeurs de gauche attendent majoritairement ça et que c'est la seule manière de pouvoir prétendre gagner les élections présidentielles. Et je pense surtout que c'est absolument fondamental de faire une offre programmatique solide qui permette de répondre aux difficultés et aux crises que nous sommes en train de traverser. -Vous êtes toujours sur le terrain ? -Oui, bien sûr, et toujours engagée sur les questions de services publics qui sont, vous le savez, une question qui me tient à coeur. -On dit actuellement en France depuis quelques années, que les Français penchent volontiers à droite.
Or vous, vous dites que justement c'est pas du tout ça, la France est un pays d'électeurs de gauche qui s'ignorent. -Exactement. -Comment vous expliquez cette affirmation ? -Je ne l'explique pas toute seule, je m'appuie sur des travaux notamment d'un ouvrage de Vincent Tibéry qui a écrit "La droitisation de la France, mythes et réalités", qui montre, et c'est aussi là-dessus que je fonde mon ouvrage, qui montre qu'en réalité, il y a eu progressivement un basculement dans ce qui explique le moteur du vote des Françaises et des Français, que progressivement, on est allé d'enjeux économiques et sociaux à une détermination du vote par des questions plus culturelles au sens large, identitaires, etc.
En lien avec la place croissante que prennent les questions identitaires et culturelles dans le débat public. Quand on dit identitaires et culturelles, c'est au sens très large, ça peut être par exemple les questions de voile, de laïcité, d'immigration, etc. Et donc ce que je dis moi, c'est que si on abandonne la question de la lutte contre le racisme, de la lutte en faveur de l'égalité de toutes et de tous, etc., Si on fait de la question économique et sociale un déterminant plus flagrant et plus majeur du vote des Françaises et des Français, alors il est clair que la majorité des Françaises et des Français ont plutôt intérêt à voter pour la gauche qui propose des politiques économiques. -C'est son terrain de jeu initial. -Oui exactement.
Et je trouve que c'est très intéressant de voir que la gauche a un peu renoncé progressivement à s'intéresser à ce terrain-là et à proposer des choses ambitieuses en matière économique et financière. -La gauche a un avenir ? -Bien sûr, bien sûr, mais... -Avec vous ? -Je ne sais mais je pense que... -Vous voulez jouer un rôle ? -Oui, notamment pour proposer des alternatives programmatiques, parce que je pense...
La gauche a un avenir, je dirais même que la gauche est l'avenir. -Merci Lucie Castets. -Merci à vous.
Olivier Faure