Incendies : la sidération, les polémiques et la facture
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adoptez Antikal. ... - S.Brakhlia: Bonsoir.
Bienvenue. Pas avant des semaines, voire des mois en Gironde...
Le feu ne sera pas éteint avant la rentrée, annonce la Fédération des pompiers. E.Macron est sur le point d'arriver sur place.
On va parler des enjeux de cette visite ainsi que des premières polémiques qui surgissent, alors que le feu brûle toujours. 220 000 personnes évacuées dans le département depuis mercredi dernier, 42 000 ha brûlés. Avec la canicule et les températures qui vont de nouveau grimper, l'inquiétude ne redescend pas.
Plusieurs autres incendies sont encore en cours en France, notamment dans les Hautes-Alpes, en Haute-Corse, dans le Var et les Landes. Avec l'urgence, il faut envisager les conséquences économiques importantes de ces catastrophes et la facture risque d'être lourde. Sur qui va-t-elle peser?
On en parle avec nos invités en plateau. P.Dessertine, vous êtes économiste, professeur à l'université Paris Panthéon-Sorbonne.
Je cite votre livre: "L'Horizon des possibles". Le colonel J.Boulanger est là, porte-parole de la Sécurité civile et des pompiers.
N.Berrod, vous êtes journaliste, chef adjoint du service santé-sciences pour "Le Parisien-Aujourd'hui en France". Je cite votre livre: "Urgence vitale".
Enfin, S.Duraffourd, vous êtes porte-parole du site Assurland.com, un comparateur d'assurances en ligne pour les particuliers et les professionnels.
Bienvenue sur ce plateau. On va commencer par un point lexical, car on commence à s'y perdre. Le ministre de l'Intérieur, L.Nunez, disait à la mi-journée que le feu en Gironde est "stabilisé".
Ca veut dire quoi? - Col J.Boulanger: Ca veut dire qu'il n'est pas fixé.
Un feu fixé ne progresse plus. S'il est stabilisé, ça veut dire qu'il n'est pas fixé, donc que la situation est stabilisée, comme son nom l'indique...
Si on compare le nombre d'hectares brûlés d'hier et celui d'aujourd'hui, c'est le même, 42 000 ha. On voit que le feu n'a pas progressé. Mais avec les conditions météo qui s'annoncent, on sait qu'il y a des risques de reprises de ce feu, donc de nouvelles progressions.
Tant qu'on n'est pas sûr que ce feu ne progressera plus, on dit que la situation est stabilisée. C'est le cas aujourd'hui et encore demain, selon les conditions météo qu'on nous annonce. Mais lorsque le feu n'est pas maîtrisé ni stabilisé, il est en propagation libre.
Il se propage sans qu'on puisse le maîtriser. - S.Brakhlia: C'est là qu'on va essayer de comprendre les différents stades qui font que le feu évolue.
Aujourd'hui, on est sur un feu en Gironde qui est stabilisé. Il faut qu'il soit fixé avant de pouvoir être éteint? - N.Berrod: Oui, et ça prendra des semaines, voire des mois, pour en venir totalement à bout.
Le précédent feu de Landiras en Gironde en 2022, s'était déclaré en automne. Là, les pompiers ont bénéficié depuis hier d'une météo légèrement moins défavorable. Il a fait moins chaud ce week-end qu'en fin de semaine dernière et quelques gouttes de pluie sont tombées la nuit dernière.
Pas de quoi compenser la sécheresse historique qu'on vit actuellement, mais ça a entraîné un peu d'humidité dans l'air et ça a aidé les pompiers à faire en sorte que ça reste comme hier. Le problème, c'est que la météo est relativement clémente, là, mais on sait qu'elle va de nouveau être très défavorable à partir de demain. Une nouvelle vague de chaleur débute en France.
On aura à nouveau 40 degrés dans le Sud-Ouest mercredi. Ca va donner à nouveau des conditions propices à la propagation d'un feu, même s'il faudra voir aussi par rapport au vent. Les pompiers sont des humains, comme tous les travailleurs.
Quand il fait plus chaud, c'est plus compliqué pour eux de travailler. Ils sont aussi davantage sollicités pour autre chose que le feu, pour du secours à personnes. Pour toutes ces raisons, la météo qui arrive ne va pas du tout aider les pompiers et les secouristes à tenter de fixer cet énorme feu. - S.Brakhlia: On est donc sur un feu stabilisé.
La Fédération des pompiers disait ce matin qu'il ne serait pas éteint avant la rentrée. Ca ne veut pas dire que les gens ne pourront pas rentrer chez eux entre-temps? - Col J.Boulanger: C'est ce que je voulais rajouter, pour rassurer les populations.
Un feu éteint, pour nous, ça veut dire quoi? Ca veut dire qu'il n'y a plus une seule fumée, plus une seule fumerolle, plus aucun foyer résiduel sur le feu. Fontainebleau, aujourd'hui, il y a toujours 120 sapeurs-pompiers sur le site en train d'éteindre le feu.
En Gironde, vous avez en plus un couvert végétal fait de tourbe. Il va falloir aller en profondeur pour aller chercher les foyer résiduels. Ca va mettre énormément de temps.
Quand il n'y aura plus aucun risque pour les populations, en termes de flammes ou de fumée, les gens pourront réintégrer leur logement. C'est d'ailleurs déjà le cas dans les Landes, où un certain nombre de personnes ont pu rejoindre leur logement. - N.Berrod: La préfète a dit hier que tant que le feu n'était pas fixé, il n'y avait pas de retour pour les gens évacués. y avoir des retours à domicile. - S.Brakhlia: L.Nunez était tout à l'heure très pessimiste sur la saison qui s'annonce.
Il dit qu'elle sera encore très compliquée. Ce n'est que le début? - P.Dessertine: On est dans une situation, je parle toujours sous le contrôle du colonel, qui est extrêmement compliquée cet été.
On le savait depuis longtemps, avec la sécheresse qui a commencé dès le mois de mai. On a des températures très hautes. La végétation est importante, parce que nous avons eu un hiver très pluvieux.
La végétation s'est beaucoup développée et elle est toute sèche. On a ce problème dans les forêts et aussi dans le secteur de l'agriculture. On a en plus des tout petits rendements, donc plein d'endroits où on n'a pas moissonné.
On a vraiment un cocktail explosif. Comme on l'avait déjà dit, mais il faut le répéter sans cesse, les modèles de dérèglement climatique, depuis des années et des années...
Je lisais le rapport de 2012 du Giec...
Les rapports de 2022 sont très précis à ce point de vue. Il y a une augmentation des feux dans le monde entier. Peut-être que nous, Français, on s'est sentis un peu moins exposés que d'autres immenses feux qui ont eu lieu.
Aujourd'hui, 42 000 ha, mais au Canada, il y a eu 18 millions d'hectares, 24 millions d'hectares en Australie sur un feu. En 2024, on a dit que le record pour l'Europe, c'était 400 000 ha. Mais vous aviez 18 millions en Sibérie...
Tout d'un coup, on se rend compte qu'avec ces conditions extrêmes, nous sommes avec un risque très fort que d'autres feux se déclenchent. La nature aujourd'hui est inflammable. - S.Brakhlia: Colonel, vous étiez ce matin au ministère de l'Intérieur lorsque la cellule de crise se déroulait avec le président de la République et le Premier ministre.
Comment ça s'est passé? - Col J.Boulanger: Ca s'est très bien passé, dans un climat vraiment de grande écoute, de grande concentration du président de la République, qui a posé beaucoup de questions pour bien comprendre la situation, les enjeux et aussi les scénarios possibles.
Cette cellule interministérielle de crise, quand elle est présidée par le président de la République ou le Premier ministre, c'est une cellule de décision. C'est le moment où les ministres et le président de la République prennent un certain nombre de décisions. Avant cela, il y a la réunion de la cellule situation, qui fait le point sur la situation dans tous les secteurs, à 360 degrés.
Avant cela encore, il y a la cellule anticipation qui travaille parfois 24h/24. Ca a été le cas ces derniers jours, pour envisager les différents scénarios possibles en fonction du sens du vent, notamment. - S.Brakhlia: C'est la météo qui décide dans ces cas-là? - Col J.Boulanger: Beaucoup, en effet.
C'est tout ce travail d'anticipation de situations qui est présenté au président de la République et au Premier ministre, aux ministres, de manière à ce que des décisions soient prises. C'est ce qui a été fait ce matin, dans un climat studieux de grande responsabilité. Tous les sujets ont pu être traités. - S.Brakhlia: Voilà 6 jours que pompiers combattent les flammes en Gironde.
Un feu dont ils n'ont toujours pas la maîtrise totale, malgré leurs efforts. La canicule est prévue pour demain. On fait le point, - Le désastre, voilà tout ce qu'il reste de la commune du Porge, 175 maisons réduites en cendres et des habitants abattus. - C'est désastreux...
Je ne vois plus rien. Je vois de la désolation, la maison de mes ancêtres...
Ma grand-mère est née dans la maison et il n'y a plus rien. - La douleur, mais aussi la colère. - On nous a un peu abandonnés pour Cap-Ferret.
Hier, il n'y avait plus personne. Tous les pompiers sont partis sur le Cap-Ferret. Peut-être qu'on a un peu moins d'argent et qu'on est un peu moins classés qu'eux.
Au Porge, on a tout perdu. - Les pompiers luttent pourtant depuis 5 jours contre un brasier grand comme 4 fois la taille de Paris. Il est totalement imprévisible. - On est complètement impuissants.
Il va trop vite... - 2500 pompiers au bord de l'épuisement. - On est partis nombreux mais on fait comme on peut.
C'est la guerre! - Et comme dans une guerre, l'armée est entrée dans la bataille, avec notamment l'avion A400M qui, depuis ce week-end, largue du retardant. A terre, des engins militaires pour débroussailler et des pompiers de toute la France venus en renfort. - En solidarité avec nos frères d'armes.
Ils nous ont demandé et le chef de bataillon a décidé d'envoyer des personnels pour aider nos camarades. C'est normal. - Autre appui de taille: les civils, venus en nombre.
Enorme élan de solidarité des agriculteurs, qui luttent avec leurs tracteurs et leurs cuves à eau. - On est les bienvenus car on arrive avec une capacité de volume assez importante. Ils ont besoin de notre capacité d'eau.
On ravitaille aussi les grosses citernes à côté, qui arrosent sur le bord des routes. - Les incendies sont stabilisés mais pas encore fixés. Ils se propagent encore entre Biscarrosse et Saumos.
Les flammes sont à 15 km de la capitale bordelaise. Un nuage appelé "orage de feu" s'est formé dans le ciel. - L.Nunez: Dans la nuit de vendredi à samedi, cet incendie a développé un nuage pyrocumulonimbus, c'est-à-dire un nuage qui provoque des arcs électriques, qui projette de la matière incandescente très loin et qui monte très haut en altitude.
C'est un phénomène qu'on n'avait jamais observé sur le territoire national. - Alerte rouge déclenchée sur la qualité de l'air et sur les particules fines. La région, ultra touristique, est devenue une zone à éviter. - Franchement, j'incite fortement les touristes qui, à la veille des vacances du mois d'août...
J'incite fortement les touristes à ne pas venir, à ne pas rejoindre la Gironde, tant que le feu n'est pas fixé. - E.Macron a convoqué un conseil interministériel de crise ce matin.
Il se rendra ce soir en Gironde pour rencontrer les forces mobilisées et les élus. - S.Brakhlia: Le président de la République est attendu sur place, mais la préfète vient de dire à tous les Français: "Ne venez pas en Gironde:" Ca a été mal perçu? - P.Dessertine: La Gironde, c'est grand!
Vous avez des territoires viticoles, comme Saint-Emilion, qu'on peut aller visiter aujourd'hui. A l'endroit où il y a l'effort, évidemment, il faut surtout ne pas venir. Mais il faut se garder De déclarations trop radicales et trop définitives. - S.Brakhlia: Question. - Col J.Boulanger: Pour l'instant, il n'y a qu'un seul kit qui existe au monde, produit par Airbus.
C'est celui qui a été utilisé hier ou avant-hier, d'ailleurs... depuis avril 2025.
On ne découvre pas ce process. Cet engin est intégré aujourd'hui dans les actions défensives. L'A400M ne va pas larguer son retardant directement sur le feu.
Il va le larguer en amont, pour éviter que lorsque le feu va arriver sur une zone, il passe cette zone identifiée comme devant protéger des points sensibles. C'est un engin d'action défensive. - S.Brakhlia: Mais on n'en a qu'un seul? - Col J.Boulanger: Il y a plusieurs A400M, mais on n'a qu'un seul kit.
Pour l'instant! On est sur une démarche expérimentale. Avant-hier, le largage qui a eu lieu était certes un largage opérationnel, et il devrait y en avoir un autre aujourd'hui, mais c'était néanmoins un largage expérimental. - S.Brakhlia: Ca veut dire que sans les hommes au sol, l'A400M, c'est bien, mais pas suffisant? - N.Berrod: On en parle beaucoup parce que c'est un peu la nouveauté, ce sont de belles images, ces 20 000 l de retardant qui tombent d'un coup.
Mais ça ne va pas régler le feu à lui tout seul. Ca peut au mieux être une petite aide. Vous avez beaucoup d'autres moyens aériens qui sont mobilisés, et des hommes au sol.
C'est quelque part le feu parfait pour tester ce dispositif. C'est une aide bienvenue. Mais il ne faut pas avoir cet avion militaire comme un sauveur. - S.Brakhlia: Sur les hommes au sol, on en a assez? - Col J.Boulanger: Je complète juste...
Cet avion ne pourra pas être utilisé dans n'importe quelles conditions. C'est un avion qui n'a pas d'efficacité dès qu'il y a du relief. Là, le terrain d'opérations s'y prête tout à fait.
Est-ce qu'il y a assez d'hommes? Il y en a beaucoup, en tout cas. C'est quelque chose d'exceptionnel et d'inédit en France.
Vous avez 2500 sapeurs-pompiers, 1500 militaires, 450 bénévoles des associations agréées de la Sécurité civile. Faites l'addition, ça fait un nombre très important d'hommes au sol. On parle de l'A400M, mais sans le travail au sol, l'appui aérien ne sert à rien.
C'est à regarder dans sa complémentarité. On peut toujours dire qu'il en faut plus...
Mais il faut surtout s'organiser, et c'est ce que nous faisons à la Sécurité civile, des relais. Nos sapeurs-pompiers, qu'ils soient professionnels ou volontaires, sont fatigués de ces canicules qui s'enchaînent, de ces feux de forêt. Ils sont toujours animés du même esprit, de la même rage de vaincre ce feu.
Il faut travailler afin de s'inscrire dans la durée. Le ministre de l'Intérieur le disait ce matin, on sait que les choses ne sont pas terminées. La Gironde, d'accord, mais la saison des feux va encore durer.
Les canicules aussi s'enchaînent. Il faut aussi porter secours aux gens. On est sur différentes missions. - S.Brakhlia: C'est pour ça que mobiliser les militaires, c'était très important et nécessaire? - P.Dessertine: Oui.
On est vraiment avec cette idée que sur le terrain, il faut des humains. Ils sont capitaux dans la lutte et dans la réflexion, dans la gestion de ce qui se passe. C'est capital que sur ce front, puisqu'on utilise vraiment des termes militaires, vous ayez suffisamment de personnes qui soient suffisamment aguerries et qui soient prêtes à aller dans ces conditions extrêmes.
Je sais que vous êtes le porte-parole, mais on voulait dire aussi au nom de la population française, l'admiration, le remerciement de toute la population française vis-à-vis de ces personnes qui prennent des risques vitaux. Nous avons eu des décès, malheureusement, y compris en Gironde il y a quelques jours. Ce sont des gens qui risquent leur vie, avec ce côté parfois désemparé...
Ils sont face à un phénomène tellement gigantesque...
Ils se demandent s'ils arriveront à faire quelque chose. Mais c'est quelque chose qu'il faut souligner sans cesse. Il y a de vraies réflexions, de vrais problèmes, sur les finances publiques, par exemple, sur l'indemnisation...
Pour un pompier volontaire, elle est ridicule par rapport aux risques qu'il prend. Et même pour les trimestres de retraite qu'ils pourraient avoir...
Quand vous avez des gens qui passent 20 ou 40 ans comme pompiers volontaires, on leur dit qu'ils vont avoir 3 trimestres...
Il y a une polémique incroyable. Toute cette organisation a été faite pour faire face à des moments exceptionnels, mais ils reviennent sans cesse. Vous évoquiez la fatigue...
Si vous avez d'autres feux qui se déclenchent, et c'est très possible, ce sont les mêmes personnes, les mêmes humains qui vont être au front. Il y a là quelque chose qui doit nous interroger sur la manière dont on doit s'organiser, face aux conséquences du dérèglement climatique, à des événements qui deviennent malheureusement récurrents. - S.Brakhlia: C'est primordial d'avoir des hommes et des femmes aguerris face au feu.
Seulement, on les a tous vus dans les images récemment, il y a des Français qui ont envie de prêter main-forte aux secours. On a vu par exemple des agriculteurs venir aider les pompiers. C'est une bonne ou une mauvaise idée, d'un point de vue sécurité? - Col J.Boulanger: Alors...
Tout d'abord, les sapeurs-pompiers volontaires, c'est 80 % des effectifs de sapeurs-pompiers. Vous dites que l'indemnisation est faible, il faut déjà se dire qu'un engagement pareil, c'est un engagement citoyen. C'est toute la différence entre le pompier professionnel, dont c'est le métier, et le pompier volontaire qui contracte un engagement citoyen sans notion de contrainte.
Il fait ça sur son temps libre, à côté de son travail, de ses études. Ce n'est pas l'indemnisation qui compte, pour le sapeur-pompier volontaire, c'est le sens citoyen de son engagement. Sur les agriculteurs, et sur d'autres...
On a vu aussi des habitants venir avec une pelle, en baskets, en t-shirt, pour taper sur le feu...
Je crois qu'il faut déjà remercier la bonne volonté des gens. La solidarité fonctionne à plein sur cet événement et ça, il faut le souligner. - S.Brakhlia: Stéphanie, à côté de vous, qui connaît bien les assurances, peut nous dire qu'ils prennent des risques inconsidérés? - S.Duraffourd: On a vu des chaînes de solidarité très importantes sur les régions touchées.
Après, effectivement, je pense qu'il faut pouvoir s'engager dans le respect des règles de sécurité, qui sont dictées par les pompiers sur place. - S.Brakhlia: A Marcheprime et à Lège-Cap-Ferret, en Gironde, on a vu des bulldozers militaires retourner la terre.
On voit un flot d'images et on ne comprend pas forcément tout ce qui se passe. Pourquoi ce sont des bulldozers militaires qui retournent la terre? - Col J.Boulanger: C'est ce qu'on appelle des coupes tactiques.
Sur les images, il y avait des arbres, avant. On enlève le combustible. - S.Brakhlia: Pour créer un mur invisible? - Col J.Boulanger: Au sol, on rase toute la végétation de manière à ce que quand le feu va arriver sur cette zone, il n'y aura plus de combustible.
Ca permet de ralentir sa progression. Il faut que ces zones, qu'on appelle des pare-feux, soient suffisamment larges pour éviter les sautes de feu. On ne fera pas des pistes d'un kilomètre de large, mais on a vu qu'avec le vent, les projections vont très loin.
Cette zone pare-feu est faite sur 50 km. Il y a 200 engins civils et militaires qui sont à pied d'oeuvre actuellement sur 50 km, et je crois que les travaux sont sur le point d'être terminés, pour faire cette zone pyro-résistante. - N.Berrod: Ce sont notamment ces sautes de feu qui peuvent expliquer la différence entre les hectares brûlés ou parcourus.
Les hectares parcourus, ça peut être des endroits où le feu a épargné le sous-bois. La préfète hier a remercié l'élan de solidarité mais elle a bien mis en garde les agriculteurs sur le fait que toute initiative individuelle n'est pas forcément bonne. Il faut s'inscrire sur une plateforme mise en place par la préfecture de la Gironde pour que l'aide apportée soit organisée de façon collective.
Après, on peut insister aussi sur toute la solidarité. Il y a plus de 200 000 évacués qui sont aujourd'hui dans des gymnases, dans des grandes salles, dans des centres...
Il faut les loger, les nourrir, leur apporter des soins...
Il y a toute la solidarité purement citoyenne, au-delà de la Gironde. On voit bien que les capacités d'accueil en Gironde sont dépassées, donc il y a d'autres départements qui aident. Quand tous ces gens vont rentrer chez eux, que certains vont découvrir que leur maison n'a pas tenu aussi bien qu'ils l'auraient espéré, il y aura toute la partie accompagnement sur la durée.
On est partis sur des années d'accompagnement psychologique. - S.Brakhlia: On a tous entendu cette phrase pendant le sujet diffusé, un habitant qui disait: "On nous a abandonnés pour le Cap-Ferret.
Nous, on a moins d'argent." Toutes les petites communes autour du Cap-Ferret ont l'impression d'avoir été mises de côté, que les secours ont privilégié le Cap-Ferret, beaucoup plus riche. - Col J.Boulanger: Est-ce que vous connaissez le nombre d'habitations en Gironde impactées par ce feu? - S.Brakhlia: D'habitations brûlées? - Col J.Boulanger: Impactées.
Il y en a 240. Combien on a d'habitations en Gironde dans cette zone? Je ne les ai pas comptées...
Mais c'est bien sûr plusieurs milliers, des dizaines de milliers. Alors oui, ce pauvre monsieur, je me mets à sa place, il a tout perdu...
Il faut rendre hommage à ces personnes qui ont tout perdu. Mais est-ce qu'on parle de tout ce qu'on a réussi à sauver? Là où habite monsieur, on a sauvé des maisons, des commerces, des zones d'activité.
Est-ce qu'on en parle? On ne parle que de ce qui a brûlé. Prenez de la hauteur, regardez la forêt dans ce secteur.
Vous verrez que tout est forestier. Ce qui a brûlé, c'est beaucoup trop, bien entendu. Un hectare de brûlé, c'est 1 ha de trop.
Mais toute la forêt ne brûlera pas. Toute la forêt qu'on sauve, grâce à nos actions, il faut aussi en parler. C'est ce qu'on appelle dans notre jargon la valeur du sauvé.
On n'en parle pas, on ne parle que de ce qui est détruit. - S.Brakhlia: Philippe, vous qui venez de là-bas, vous entendez ces personnes et ce début de polémique, les habitants de ces communes qui se disent sacrifiées au profit de Bordeaux. - P.Dessertine: Quand on est face à des événements d'une telle ampleur, il est évident qu'à certains moments, autour de Bordeaux...
Vous avez des sites stratégiques, des sites Seveso, où il peut y avoir des conséquences extrêmement graves. Il y en a plusieurs dizaines. Là, les autorités ont dit qu'il fallait mettre le maximum parce qu'on pourrait aller sur des catastrophes encore plus graves.
Je connais bien Le Porge aussi. Il n'a pas été abandonné, loin s'en faut. C'est une ligne de front très importante.
Les pompiers sont toujours là. Mais quand vous êtes avec un incendie dans une zone aussi large, avec autant de conséquences possibles, il est évident qu'à un certain moment, les autorités disent...
Par exemple, il y a le centre d'essais pour ne plus avoir d'explosion atomique. C'est un centre hypersensible, au milieu de la forêt. Il est évident qu'il est capital qu'on le préserve. - S.Brakhlia: Mais pour le Cap-Ferret, il y a quoi? - P.Dessertine: Quand on est victime, on a le sentiment d'être un peu délaissé.
Après, on aura des enquêtes, des examens précis sur comment ont été prises les décisions, mais il est trop tôt aujourd'hui pour en parler. Il est certain que dans des situations pareilles, il doit y avoir un certain nombre de décisions prises par les autorités. - N.Berrod: Après, au début de cet incendie, avec la force et la direction des vents, il y avait un risque important que le feu se propage sur la presqu'île du Cap-Ferret.
Après, le vent a tourné, c'est pourquoi le feu est remonté vers l'est. Il y avait un risque réel, l'évacuation a été décidée. Sur la partie qu'on a sauvée, il faut dire et redire que parmi les civils, aucun mort n'est à déplorer.
En Espagne, il y a eu des décès dans des incendies gigantesques. Parmi les civils, il n'y a pas de victime mortelle, notamment parce qu'il y a eu toutes ces évacuations. En 1940, plus de 50 000 ha brûlés et plus de 80 décès parmi les pompiers et les volontaires, à l'époque.
Il y a quand même une différence. C'est dû à toute la prévention, pour évacuer les vies humaines. Après, il y a tous les animaux, qui n'ont pas été épargnés... - S.Brakhlia: Je reviens sur la question des moyens à disposition pour que les professionnels secouristes puissent travailler.
Je regardais le financement des secours en France. Les départements, les collectivités territoriales sont ceux qui financent largement les secours, à hauteur de 60 %. C'est plus de 5 milliards de dépenses chaque année.
Faut-il revoir ce financement pour avoir justement plus de moyens, plus d'hommes et de femmes professionnels? - Col J.Boulanger: Le financement est triple.
Il y a le financement des départements, effectivement, le financement par les communes et intercommunalités...
On peut dire 60-40, c'est peut-être ces chiffres-là...
En général, c'est 50-50. Les départements touchent, de la part de l'Etat, une partie de la taxe sur les contrats d'assurance, ce qu'on appelle la TSCA. L'Etat verse une partie de cette taxe aux départements, qui la reversent aux services d'incendie et de secours.
Les départements contribuent au financement, les communes et intercommunalités, et puis l'Etat participe aussi par la TVA, qui est reversée aux services départementaux d'incendie et de secours sur la partie investissement. Il y a également des mesures très particulières qui ont été prises, par exemple après le feu de Landiras en 2022. Le président de la République s'est engagé à ce que l'Etat investisse massivement dans le renouvellement des engins de feu de forêt et dans l'augmentation de leur nombre.
C'est ce qu'on appelle le pacte capacitaire. 150 millions d'euros ont été donnés par l'Etat aux collectivités, de manière à ce que les pompiers puissent acheter de nouveaux camions. - S.Brakhlia: Et ça s'est concrétisé? - Col J.Boulanger: On est au milieu du gué.
Sur les 1000 engins achetés dans le cadre de ce pacte capacitaire, en 2026, on est à 550 engins achetés et livrés. Les autres viendront d'ici 2028. Un camion de pompiers, ce n'est pas un Lego qu'on fait en 10 minutes.
Ca prend du temps pour être produit. L'Etat participe à ces efforts pour réarmer les sapeurs-pompiers. - P.Dessertine: Il est évidemment trop tôt.
On est dans les événements. Mais pour le coup, c'est vrai que l'incendie de 2022, qui était encore dans la région...
On se dit qu'on n'a pas tiré toutes les leçons de cet incendie. On retrouve des problèmes qu'on avait connus en 2022. Mais il est clair que plus ça va, plus nous avons des événements de plus en plus gigantesques.
La méga-tempête de 99, c'est 9 à 10 milliards. En 2021, les grandes inondations d'Allemagne pendant l'été, c'est 40 milliards. Les incendies de Californie, c'est 250 milliards...
On est sur des sommes astronomiques. Quand vous regardez le travail de résilience...
C'est bien sûr combattre, quand ces événements terribles se produisent, mais c'est surtout investir pour qu'ils ne se reproduisent pas. On a des capacités qui devraient être mobilisées de façon beaucoup plus forte. Il y a un tel coût.
Un tel événement se produit...
C'est d'ailleurs souvent difficile de mesurer exactement combien ça a coûté réellement. Celui-ci va peser lourd en termes financiers. Ca doit nous obliger à repenser complètement l'investissement à faire au préalable, pour la lutte et pour la prévention, ainsi que pour la résilience. - S.Brakhlia: Face aux images impressionnantes, on a tous ressenti de l'impuissance et de la tristesse.
Non seulement les flammes ravagent tout sur leur passage, mais le sort des évacués pose question. Sont-ils bien pris en charge? Les personnes âgées, les personnes vulnérables ont-elles accès aux soins qui leur sont nécessaires?
Quand vont-ils rentrer chez eux? - Une ville épargnée par les flammes devenu refuge pour des dizaines de sinistrés. - Messieurs-dames, comment ça va? - Ca va bien. - C'était la panique. - Depuis 3 jours, Redouane écoute, réconforte, organise. - Il y aura des tomates, du melon et des spaghetti bolognaise pour ce soir.
On a aménagé vendredi dernier le gymnase. On l'a réquisitionné, on a installé la moquette avec des lits de campagne afin d'accueillir des personnes rescapées. J'ai une expérience de 21 ans au sein de l'armée en gestion de crise.
Cette partie-là, je la maîtrise correctement. Mais seul, je ne peux rien faire. Je suis de retour. - La réalité du terrain et la débrouille, pour ce jeune maire fraîchement élu en mars dernier.
Parmi la soixantaine de sinistrés, de nombreuses personnes âgées pour lesquelles il a fallu acheter en urgence des médicaments. - C'est de la bricole, c'est made in France. On est connus pour ça!
Au sein du ministère des Armées et même parmi les Français, on est connus pour ça. - Monique ne sait pas encore quand elle pourra rentrer chez elle. Elle cherche un peu de réconfort auprès de ses compagnons d'infortune. - Heureusement qu'on est accueillis comme ça.
C'est ce qui nous fait supporter ces moments défavorables, difficiles à vivre. C'est ce qui nous redonne un peu le sourire. On est tous logés à la même enseigne.
On a tous peur de perdre la même chose. - Jean-Claude et Josiane rencontrent une bonne âme, une habitante qui propose de les héberger. - Je ne sais pas combien de temps on va rester... - Eh bien, moi non plus!
Mais vous pouvez rester le temps nécessaire! Il n'y a pas de souci. - Ca réjouit, ça met du baume au coeur.
C'est gentil. On ne peut pas refuser. - J'ai vécu une évacuation ici il y a 4 ans, en 2022.
J'ai eu la chance d'avoir de la famille pas loin. Là, j'ai appris que ces personnes avaient dormi dans leur voiture. C'est absolument impossible.
Donc elles viennent à la maison ce soir. - Merci! - Un incendie monstre, et l'angoisse d'un maire qui redoute à son tour d'être contraint d'évacuer. - Je demande aux autorités qu'on ait quand même des lieux identifiés, avec une capacité d'hébergement.
Je veux qu'on puisse dire qu'on est attendus à Dax, ou à Mont-de-Marsan. Mais quand on parle du "Sud", ça me paraît aberrant. - Depuis les incendies en Gironde mercredi dernier, 220 000 personnes ont été contraintes de quitter leur habitation. - S.Brakhlia: 220 000 personnes évacuées en Gironde et dans les Landes.
Votre mère, Philippe, en fait partie. Comment va-t-elle? - P.Dessertine: Elle va bien. 92 ans.
Elle a vécu l'exode en 1940, à 6 ans. Elle avait l'impression de vivre la même chose. C'est ce que racontent les personnes âgées. "On quitte tout brusquement.
On a cette chose qui s'effondre." Vous oubliez de prendre les médicaments, les affaires, et après, vous vous dites: "Est-ce que je vais retrouver quelque chose?" Par rapport à ce que vous évoquiez au départ, ma maman, les personnes de son âge qui sont parties avec elle, ce qu'elle regarde tous les jours aux infos, c'est "quand elles vont pouvoir revenir".
On ne sait pas quand. Ca peut être des semaines...
On voit que là, le côté débrouille qu'évoquait le maire de Belin-Béliet, c'est qu'on est super bons en débrouille, mais au bout d'un moment, il faut que quelque chose de plus structuré se mette en place, qu'on ne peut pas vivre des semaines dans un gymnase. - S.Brakhlia: Stéphanie, vous avez aussi été surprise par cet exploit d'avoir évacué autant de personnes sans panique, sans heurts.
La logistique a été bonne. - S.Duraffourd: Oui.
On peut saluer l'organisation mise en place. Déplacer 200 000 personnes en si peu de temps, ça reste admirable. Bien évidemment, on pense à toutes ces personnes qui vont revenir dans les jours qui viennent sur leur lieu de domicile et découvrir un peu quelle va être l'ampleur des dégâts.
Il faut quand même rappeler qu'il y a eu des mesures qui ont été annoncées ce matin pour toutes les personnes qui ont dû quitter leur résidence principale. Il y a une prise en charge de leur relogement, du jour où on leur a demandé d'évacuer au jour où on va les autoriser à revenir sur place. - S.Brakhlia: C'est au maximum 3 semaines de prise en charge. - S.Duraffourd: Oui.
Les contrats d'assurance habitation prennent en charge parfois à hauteur de 3, 4 ou 5 jours le relogement en cas de situation critique. Là, ça s'étend jusqu'à 3 semaines. Il y a eu un délai de déclaration de sinistre qui a été allongé jusqu'au 31 août.
Ca va laisser à ces personnes une souplesse avant de revenir chez elles. - S.Brakhlia: Beaucoup de personnes âgées parmi les évacués, des personnes malades, vulnérables.
L'organisation actuelle permet-elle de bien les prendre en charge, avec médicaments et soignants à disposition? - N.Berrod: En tout cas, pour les personnes qui étaient dans des Ehpad et qui ont été évacuées, le CHU de Bordeaux a rouvert des lits.
Il a lancé un appel à volontaires auprès de ses médecins. Des centaines de médecins se sont portés volontaires pour porter main forte. Ca a permis à l'hôpital de rouvrir des lits et d'accueillir des patients.
Un Ehpad qui avait été fermé a rouvert pour accueillir ces gens. Je pense aussi à toutes les personnes qui ont des maladies chroniques à domicile, qui avaient des médicaments...
Elles n'ont plus leur pharmacie ni leur médecin traitant. L'accès aux soins va également se poser. Les masques FFP2 sont en priorité pour les personnes vulnérables...
Sans parler des conséquences psychologiques. J'en disais un mot tout à l'heure. Il y a les conséquences immédiates, les gens qui sont stressés, qui ne savent pas quand ils vont retourner chez eux.
Ca va se faire par phases, comme à Biscarrosse, dans les Landes, quartier par quartier. Là, peut-être que ce sera une commune, puis une autre. Et puis, il y a les conséquences sur le long terme.
Dans les incendies en Gironde il y a 4 ans, une enquête a été faite, qui a interrogé plusieurs centaines d'habitants du département. Un quart présentait Toujours plusieurs mois et plusieurs années après des signes de troubles de stress post-traumatique. Il y a tous ces effets sur la santé, qui sont majeurs, à la fois aujourd'hui, entre les impacts des fumées et les soins du quotidien, qui sont moins bien assurés pour les personnes qui étaient à domicile, qui prenaient des traitements, qui avaient des appareils pour mieux respirer...
Il faut voir comment ça peut tenir sur la durée. Si ça dure. Ce feu pourrait ne pas être fixé tout de suite.
Il y a aussi l'impact à long terme, avec un suivi psychologique qui va devoir être mis en place sur la durée. - S.Brakhlia: Je vais revenir sur les fumées.
C'est une question très importante. Sur l'hôpital de Bordeaux, qui est quand même en tension, avant que la canicule ne recommence, le directeur général du CHU a dit ceci. 220 000 personnes évacuées.
Il a raison sur la comparaison? - Col J.Boulanger: Tout à fait.
Sur ces 220 000 personnes, on a évacué les touristes qui sont rentrés chez eux. Il faudrait faire... - S.Brakhlia: Ca fait quand même du monde encore sur place. - Col J.Boulanger: Oui.
Ca fait du monde à prendre en charge. Il y a toute cette dimension de logistique d'accompagnement des personnes. Il faut savoir qu'il y a aujourd'hui 30 psychologues qui sont sur les lieux, dans ces différents lieux d'accueil des personnes évacuées, pour justement les accompagner psychologiquement.
On sait que c'est quelque chose qui peut marquer. Ca, c'est fait. Et puis, il faut aussi ne pas sursolliciter les soignants.
On sait qu'on va encore faire une canicule. Il ne faut pas sursolliciter les sapeurs-pompiers. Comme on voyait hier soir, dans la nuit, des gens qui piétinaient le feu pour l'éteindre...
On se brûle ou on s'intoxique au monoxyde de carbone, il faut appeler les sapeurs-pompiers...
Ces pompiers qui sont mobilisés pour ces choses-là ne sont pas disponibles pour lutter contre le feu. Il faut avoir cette vision globale des choses, si on veut arriver à bien prendre en charge ces personnes. - S.Brakhlia: Sur ces immenses fumées noires qui posent question...
Les seuils d'alerte aux particules fines ont été dépassés dans certains endroits. On parle de 4 départements. Il y a un danger pour la santé? - N.Berrod: Pour la santé des personnes vulnérables, en particulier, des personnes qui ont déjà des maladies respiratoires chroniques.
On voit depuis plusieurs jours...
Chaque matin, on a des cartes qui sont établies, avec les prévisions de taux de particules fines dans l'atmosphère. On voit bien que, selon la direction des vents, le panache de fumée ne connaît pas de frontières, il va jusqu'en Occitanie, jusqu'en région Auvergne-Rhône-Alpes, avec des taux différents, mais la zone du pays concerné par ces fumées pleines de gaz et de particules fines toxiques, elle s'étend bien au-delà de la Gironde et même de la Nouvelle-Aquitaine. Ca peut être dangereux.
C'est pour ça que les personnes fragiles, qui ont des maladies chroniques, qui ont de l'asthme, les enfants ou les personnes âgées, on leur recommande de rester chez elles, de pas sortir en pleine journée, de mettre des linges humides sur les ouvertures, de portes et de fenêtres et puis, il y a ces masques FFP2. - S.Brakhlia: L'Etat a envoyé 2,2 millions de masques. - N.Berrod: Ils filtrent l'air qu'on respire, mais les personnes qui ont déjà les bronches obstruées qui ont du mal à bien respirer, avec un masque, c'est plus compliqué de respirer.
La canicule qui arrive va encore aggraver l'effet des fumées. Quand il fait très chaud, il y a un effet naturel que produit l'organisme: l'hyperventilation. C'est pour mieux supporter les chaleurs.
On respire davantage l'air mais il reste moins facile à respirer, c'est très compliqué. Par ailleurs, la chaleur affaiblit les muqueuses. Les polluants entrent plus facilement dans l'organisme.
La chaleur peut aussi provoquer des pics de pollution à l'ozone qui s'ajoutent aux autres pics de pollution aux particules fines. - S.Brakhlia: Donc la canicule va compliquer la tâche? - Col J.Boulanger: Oui.
C'est pour ça qu'il faut protéger ces personnes vulnérables. Il faut protéger les populations. Là, on voit des masques...
On parle de ces 2,2 millions de masques disponibles gratuitement dans les pharmacies. - S.Brakhlia: Il faut le dire. - Col J.Boulanger: Ils sont à disposition gratuitement.
L'Etat a déjà fait une nouvelle commande de 2 à 3 millions de masques pour le réassort. On est bien dans cette logique d'anticipation, de mise à disposition gratuite de masques dans les pharmacies. L'objectif numéro 1, c'est de protéger les populations, et en particulier les gens plus vulnérables. - S.Brakhlia: Il faut protéger les populations.
On accueille les habitants dans des gymnases ou dans des salles polyvalentes. Mais ces personnes s'inquiètent évidemment pour leurs maisons. Les feux, mais aussi des pillages possibles.
Là-dessus, qui assure la sécurité de ces maisons pendant que ces habitants sont mis à l'abri? - S.Duraffourd: Effectivement, dans les contrats d'assurance, on a 2 garanties qui vont jouer: la garantie incendie, pour les dommages liés au feu, et puis la garantie vol, pour toutes les personnes qui auront connu un cambriolage.
La sécurité sur place...
J'imagine qu'il y a des patrouilles... - Col J.Boulanger: Plus de 1000 gendarmes et policiers sont déployés sur place. - S.Brakhlia: Qui ont pour tâche de surveiller les habitations? - Col J.Boulanger: Oui, et les axes routiers. - S.Brakhlia: On pourrait se dire que pendant ces moments dramatiques, il n'y aurait pas de cambriolages, mais c'est le cas.
Ca arrive. - S.Duraffourd: C'est des choses qu'on voit aussi quand il y a des phénomènes d'inondation et que des villages entiers sont évacués.
Je ne sais pas dans quelle mesure les assureurs ont le droit d'envoyer, en raison des normes de sécurité, des personnes sur place. Mais les contrats d'assurance prévoient parfois du gardiennage. Quand on doit quitter son logement, il faut quand même avoir comme réflexe de fermer les volets, la porte d'entrée...
Laisser les portails ouverts, je crois, que ça a été demandé pour laisser laisser l'accès aux pompiers. Mais si on peut fermer son logement...
On parle de partir avec ses papiers, mais le nom de son assureur, c'est toujours important. Il y a des gens qui ne savent pas chez qui ils sont assurés. Avoir ses papiers à portée de main, c'est un réflexe à avoir. - S.Brakhlia: En parallèle du combat contre le feu, les autorités commencent à regarder de près les conséquences économiques de la catastrophe.
Les assurances sont appelées à sortir le chéquier. - Prendre de la hauteur pour comprendre l'ampleur des dégâts. Des maisons éventrées, des voitures calcinées et une facture à venir déjà redoutée.
Impossible de chiffrer dès aujourd'hui le coût de la catastrophe, mais les assureurs vont devoir indemniser des centaines d'habitants. Pour les entreprises aussi, les conséquences sont déjà lourdes. Emilie tient un restaurant, à quelques kilomètres seulement de zones qui ont brûlé. - Ah!
On est pas là pour rien. - Ce matin, soulagement à l'arrivée du premier client. - Un couvert? - Oui. - Installez-vous à une table.
On va s'occuper de vous. - En temps normal, elle fait 30 couverts pour le déjeuner. Deux fois moins aujourd'hui. - Je pense pas que je vais avoir grand monde, vu la situation.
Il y a le feu à Cestas, partout...
Mais bon, on est restés ouverts, parce qu'on pense qu'on va quand même avoir un peu de monde. C'est le chiffre d'affaires coupé en deux. C'est un juillet catastrophique. - Difficile pour la gérante de se projeter sur les semaines à venir. - Par rapport à ce qui se passe en ce moment, il y a moins d'entrées et moins de plats. - Réduire la carte pour limiter les coûts...
Emilie redoute une baisse de son activité. - Le mois de juillet, il nous reste quoi, une semaine à faire? Cette dernière semaine, non, mais si ça continue, j'espère qu'on aura des aides.
Je sais pas comment on va faire. - 13 000 entreprises dans le département ont déjà été évacuées. Pas d'activité normale.
Le gouvernement promet d'être là en soutien. - S.Papin: On est là dans le droit commun de l'activité partielle.
Toutes les entreprises auront le droit à ouvrir l'activité, le chômage partiel...
Elles sont toutes concernées par cette clause de l'incendie. - 100 000 salariés pourraient être placés en chômage partiel. Tous les secteurs sont concernés, de l'autoentrepreneur aux grands groupes industriels, contraints de réduire leurs activités.
A l'ouest de Bordeaux se trouve toute une concentration de sites liés à la défense, à l'aéronautique ou au domaine spatial. Des sites industriels sensibles à mettre en sécurité. - Pendant la nuit, nous avons engagé des travaux de terrassement et de génie autour d'un certain nombre de sites sensibles pour créer des pare-feux, pour supprimer toute nappe végétale, pour ne pas donner des raisons au feu d'avoir du combustible. - Les maires en première ligne pour accompagner les entreprises.
La commune de Cestas, entièrement évacuée, a installé une cellule de crise à quelques kilomètres en banlieue bordelaise. Les appels s'enchaînent. Les problématiques sont multiples. - Il y a des produits...
Tous nos supermarchés locaux, par exemple, m'ont contacté en me demandant: "Qu'est-ce qu'on fait? On va avoir des tonnes de fruits et de légumes à jeter. Qu'est-ce qu'on en fait?
Vous avez des lieux où on peut les amener?" Notre travail, c'est d'essayer de coordonner tout ça. - L'inquiétude est particulièrement forte pour les professionnels du tourisme.
La saison estivale représente pour certains 60 à 80 % du chiffre d'affaires de l'année. - C'est catastrophique. On est au début de la saison, mais on se doute que ça va faire le même effet qu'en 2022.
Il y avait eu 40 % de baisse à l'été 2023. Après, tout le monde est revenu. Il y a eu des campagnes de communication.
C'était quand même des forêts qui avaient disparu. Le bassin d'Arcachon ne se limite pas qu'à des forêts. Le gouvernement s'est engagé à nous accompagner dans ces difficultés. - Potentielle piste pour soutenir les entreprises, la mise en place de nouveaux prêts garantis par l'Etat, comme pendant le covid. - S.Brakhlia: Une question simple.
Pourquoi l'état de catastrophe naturelle n'a pas été décrété? - P.Dessertine: Ca n'en fait pas partie.
Ce n'est pas une catastrophe naturelle. - S.Duraffourd: 9 fois sur 10, les incendies ont une origine humaine, intentionnelle ou accidentelle.
Ils n'entrent pas dans ce régime d'indemnisation. - S.Brakhlia: Et avec le réchauffement climatique, la sécheresse? - S.Duraffourd: Même.
Par contre, la sécheresse en fait partie. C'est un risque qui va coûter très cher aux assurances dans les années à venir. - S.Brakhlia: C'est une annonce faite par Bercy: les assureurs prendront en charge les frais de relogement des personnes évacuées en Gironde, et dans le Var.
Ca allonge la durée d'indemnisation pour le relogement. On parle de 100 000 à 200 000 personnes. Question évidente... - S.Duraffourd: Le prix des assurances habitation augmente depuis plusieurs années, dans toutes les régions.
Aucune région n'est épargnée même si, quand on regarde la carte des prix, on voit que les régions du sud de la France, aujourd'hui, coûtent plus cher qu'ailleurs car elles sont directement exposées aux risques climatiques. Il y a une conjonction de phénomènes. Les coûts de reconstruction sont en augmentation.
Ca pèse sur le coûts des assurances. Et puis, on a ce risque climatique qui concerne toutes les régions. Ca va coûter aussi cher.
On va avoir des maisons qui seront... - S.Brakhlia: Le Français qui habite dans le Nord ne peut pas se dire: "Je vais voir ma prime assurance augmenter car il y a eu des incendies au Cap-Ferret"? - P.Dessertine: On a quelque chose de nouveau qui apparaît.
Le modèle ancien ne fonctionne plus, y compris pour les assurances. Les grands feux qui sont considérés comme les plus coûteux de l'histoire, on était à 1 dollar indemnisé par les assurances et 12 dollars de dépenses. La plupart des agriculteurs n'assurent pas, en Gironde, car ça coûte trop cher.
Ce sont des pertes très importantes qui peuvent faire que des exploitations, comme des entreprises, vont aller au tapis. Le représentant de la CCI de Bordeaux ce matin le rappelait. Ce sont des circonstances dans lesquelles la plupart des entreprises ne sont pas assurées. - N.Berrod: L'habitant du Nord, à Lille, en revanche, ne peut plus se dire "les feux de forêt, c'est dans le Sud", car aujourd'hui, toutes les régions...
On a des territoires qui sont à risque élevé de départs de feu de forêt. Il y a très souvent une origine humaine. Le feu gigantesque, en Gironde, visiblement, c'est un chantier de débroussaillage qui est à l'origine de ce feu.
Et si le feu a pris une telle ampleur, c'est parce que le réchauffement climatique a rendu les conditions météo naturelles...
Ca a permis à ce feu de se propager autant. Le système actuel ne peut plus suffire à anticiper les chocs qu'on va avoir à l'avenir. On fait parfois des émissions ici en hiver, quand on a des inondations.
On parle des assureurs. L'été arrive, on passe à autre chose. Là, il ne faudrait pas qu'à la rentrée, on passe à autre chose en se disant que la saison des feux est finie.
Il faut que cette saison des feux historiques, l'été caniculaire, l'été probablement le plus chaud qu'on ait jamais vécu en France, nous permet de réfléchir à tout réinventer pour mieux anticiper les chocs climatiques. - S.Brakhlia: Une nouvelle manière de voir les choses.
Je reviens à cette question. Pour ceux qui ont perdu leur maison, leur commerce, comment va se passer le calcul de la prise en charge du sinistre? On est tous concernés.
Quand on calcule le capital mobilier, qu'on a tendance à sous-évaluer pour pas payer trop cher sa prime assurance. - S.Duraffourd: On va avoir des personnes qui vont découvrir qu'elles ne savaient pas pourquoi elles étaient assurées.
Si votre maison a été totalement incendiée...
On va calculer le coût de la reconstruction. Ce n'est pas la valeur de la maison si vous souhaitiez la revendre. C'est combien ça coûte de la reconstruire aujourd'hui.
Et puis, tout ce qui était contenu dans la maison, c'est le capital mobilier. Quand vous souscrivez votre contrat d'assurance, vous déterminez que vous possédez pour 20 000 euros de biens, 30 000 euros...
C'est le montant total que les assureurs...
C'est le maximum que les assureurs vous indemniseront. Mais bien souvent, on sous-évalue ce capital mobilier. On oublie de le réévaluer.
Aujourd'hui, on a des habitations qui contiennent de plus en plus de domotique, d'électroménager de haute valeur...
On possède des biens qui coûtent plus cher, mais on ne le dit pas à son assureur. Le jour où on perd tout, il y a un côté très déceptif. Il y a aussi des gens qui n'avaient pas la garantie pour l'extérieur. - S.Brakhlia: Un petit aparté en rapport avec l'émission de samedi, ce sylviculteur que nous avions rencontré...
On tient à rappeler qu'il oeuvre pour rendre la forêt plus résiliente et on voulait saluer son engagement en ce sens. On en vient à vos questions. Question. - S.Duraffourd: Les maisons seront reconstruites...
La question, c'est quand. Il va falloir estimer le montant de ces reconstructions. Il faut avoir le temps de faire venir des experts.
Les maires peuvent-ils s'y opposer...
Toute décision doit être motivée. - P.Dessertine: Je comprends la question, comme on a pu avoir, par exemple, lorsque vous avez des inondations brutales.
On dit qu'on a construit dans des zones à risques. Là, quand vous êtes sur un incendie de ce type, on peut se poser la question de si on est trop près de la forêt, mais c'est un événement tellement incroyable que c'est compliqué de dire, pour une commune: "Cet endroit, c'est compliqué." On peut avoir des endroits où on va se dire qu'il ne faut pas construire.
La reconstruction sera longue. Il va falloir évacuer, chiffrer puis reconstruire. - S.Brakhlia: Question. - S.Duraffourd: Très clairement, en 2026, on a déjà une augmentation du prix des assurances de 13 % à l'échelle nationale.
Au 1er janvier 2025, on a eu une 1re revalorisation. L'Etat a déjà acté de réévaluer ça tous les 5 ans. On aura encore une augmentation. - S.Brakhlia: Question. - N.Berrod: La Gironde fait partie des territoires du Sud, avec le Var et les Pyrénées-Orientales, propices à des départs de feu.
Il y a des grandes forêts, des bois qui peuvent facilement s'embraser. Les conditions météo qu'on a aujourd'hui, encore une fois, avec cette sécheresse historique, la quasi absence de pluie, le vent et la faible humidité, ça a formé un cocktail parfait pour qu'à la moindre étincelle, ça s'embrase. J'insiste sur un point: les départements du nord, on a vu la Bretagne en 2022, ne peuvent plus se sentir épargnés par les départs de feux de forêt. - S.Brakhlia: Question. - Col J.Boulanger: C'est un produit chimique qui est fait notamment d'oxyde ferreux, qui se dépose sur la végétation.
C'est un produit qui empêche, par ses propriétés chimiques, le feu d'enflammer les végétaux qui en sont recouverts. - S.Brakhlia: Est-ce que c'est toxique pour la végétation et pour l'homme? - N.Berrod: Des tests ont été faits en amont par le fabricant et par la Sécurité civile pour s'assurer que les effets étaient les plus limités possible.
Je parle sous le contrôle du colonel... - Col J.Boulanger: Il ne faut pas en manger ni en boire.
Ce n'est pas le but. - N.Berrod: C'est comme quand on fait des opérations de démoustication.
On balance des produits qui tuent les moustiques. Ca peut aussi tuer des insectes parasites. C'est la question de la balance entre les bénéfices et les risques. - S.Brakhlia: Question. - Col J.Boulanger: Ils ne sont pas rémunérés, mais indemnisés. - S.Brakhlia: Ils n'ont pas un salaire. - P.Dessertine: 8,71 euros de l'heure. - Col J.Boulanger: En moyenne.
Ca dépend des grades. - P.Dessertine: Vous avez des artisans, des chefs d'entreprise, qui sont pompiers volontaires.
Pendant le temps qu'ils sont là, leur activité professionnelle en pâtit. - Col J.Boulanger: Le but, c'est que ça n'en pâtisse pas.
Des conventions sont faites avec les employeurs. Les employeurs, et le ministre de l'Intérieur a demandé aux préfets d'accentuer les signatures de conventions et de libérer les sapeurs-pompiers volontaires...
C'est une convention qui donne, dans certaines conditions, la possibilité à l'employeur de libérer son employé. Mais ce n'est jamais contre l'activité professionnelle. - P.Dessertine: Si c'est lui le patron... - Col J.Boulanger: C'est un libre engagement. - S.Brakhlia: Merci à tous les 4 d'avoir participé à cette émission.
A 20h, une nouvelle édition spéciale du journal avec J.-B.Marteau.
Bonsoir, Jean-Baptiste. - J.-B.Marteau: Oui.
Je vous retrouve ce soir en direct de Gironde pour une nouvelle édition du 20h. Nous allons passer la journée aux côtés des pompiers, ceux qui luttent pied à pied pour que le feu soit contenu dans cette lisière de forêt. Derrière, il y a l'agglomération bordelaise.
Emmanuel Macron