La montagne de plus en plus plébiscitée l’été, au risque de la saturation ?
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Des randonneurs en file indienne sur le Tour du Mont-Blanc ou le GR20 en Corse. Ces files d'attente impressionnantes au pied des Dolomites en Italie ou ces zones de bivouac qui n'ont rien à envier à la fréquentation d'une aire d'autoroute en plein chassé croisé. Que nous disent ces images des dernières semaines sur ce que devient la montagne l'été ? Nouvelle Eldorado face aux fortes chaleurs, la fréquentation des stations d'altitude ne cesse d'augmenter désormais en période estivale.
Plus 15% par rapport à l'avant Covid, boosté aussi par l'engouement pour la randonnée et des acteurs touristiques locaux soucieux de faire vivre leur destination toute l'année pour anticiper la baisse de l'enneigement et donc de l'activité pendant l'hiver. Mais à quel prix pour un milieu naturel fragile, déjà frappé de plein fouet par le réchauffement climatique ? Comment trouver un juste équilibre, concilier fréquentation et préservation ? De tout ça on va parler ce matin avec nos trois invités. Bonjour Guillaume Desmurs. Bonjour. Vous êtes journaliste écrivain spécialiste de la montagne. Je cite l'un de vos ouvrages récents.
Pour la montagne, à la rencontre de ceux qui fabriquent l'avenir aux éditions Glénat. Avec nous aussi Annette Gognot, bonjour. Bonjour. Vice-présidente de la Fédération française de randonnée pédestre. Et à distance, Basile Dunant, bonjour. Bonjour. Vous êtes le maire des comptes amis de Montjoie au pied du Mont-Blanc en Haute-Savoie. Et j'attends bien sûr, chers auditeurs, vos questions, réactions 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France. Alors Guillaume Desmurs, d'abord peut-être un petit état des lieux. Je reviens sur les scènes que je citais en introduction, qui nous ont donné l'idée de ce grand entretien aussi. Qu'est-ce qu'elle raconte, ces images de l'été, désormais en montagne ?
Elle raconte, il me semble, deux choses. D'abord, quel plaisir de voir du monde en montagne. On peut se féliciter de l'intérêt qu'ont tous ces randonneurs, campeurs à venir en montagne. Et puis la deuxième chose, quand même, c'est de se dire, on a depuis 60 ans travaillé, investi pour attirer du monde. Le modèle économique du tourisme industriel de la montagne, surtout l'hiver, mais aussi l'été, aujourd'hui, on a ce genre d'effet négatif. Mais c'est précisément ce pour quoi on a travaillé, attiré des touristes. Donc maintenant, on fait quoi avec ça ?
Donc je trouve que ça pose vraiment, et ça doit poser la question, du modèle économique sur lequel on a construit pendant 60 ans et qu'il faut peut-être remettre à jour. Et peut-être pas, on en reparlera, reproduire l'été, ce qu'on a fait pour l'hiver il y a quelques décennies. Basile Dunant, votre commune, elle est traversée par le tour du Mont-Blanc dont je parlais à l'instant. Alors on précise bien qu'on ne parle pas de l'ascension du Mont-Blanc, mais bien du tour, c'est de la moyenne montagne. Comment vous avez vu les choses évoluer ces dernières années sur cette randonnée, qui est l'une peut-être des plus connues ? Il y a eu un effet Covid et après Covid ?
Alors oui, tout à fait. En 2018, nous, on avait 45 000 passages au col du Bonhomme, qui est un passage quasiment obligatoire du tour du Mont-Blanc. Et en 2025, on est arrivé à quasiment 100 000. Donc ça a fait plus que fois deux sur ces dernières années. Il y a eu sans doute un effet Covid. Il y a l'effet changement climatique, la canicule et des fortes chaleurs un peu partout en France. Et voir arriver un espèce de tourisme de fraîcheur.
Vous disiez 100 000 randonneurs sur 3-4 mois, puisque forcément la période de randonnée est très limitée. Donc c'est très concentré.
C'est de début juin à fin septembre, tout à fait, sur 4 mois.
Avec des nouveaux publics aussi ? Peut-être aussi des dérives ? Je disais que des gens font porter, par exemple, leur sac. C'est organisé par des agences. Ils font porter leur sac d'un refuge à l'autre par voie routière. Ça, c'est nouveau ?
Alors, ce n'est pas nouveau, mais ça s'amplifie. Sur le tour du Mont-Blanc, il faut avoir conscience qu'on a beaucoup d'étrangers. D'étrangers qui viennent d'assez loin. Des Asiatiques, des Américains, des Israéliens. Et on a un tour du Mont-Blanc qui, les tours opérateurs, travaillent beaucoup dessus et vendent parfois des choses qui sont complètement aberrantes. En effet, on a des gens qui font le tour du Mont-Blanc avec des valises à roulettes qui les suivent par des taxis. Et donc, les gens ont un petit sac à dos. Ils arrivent dans le refuge et il y a la valise à roulettes qui les attendent.
On a aussi là, on a découvert récemment qu'il y a des tours opérateurs qui vendent le tour du Mont-Blanc plutôt cher, mais ils appellent ça un tour du Mont-Blanc liberté. Donc, ce n'est même pas accompagné. Il n'y a pas de guide ou d'accompagnateur avec eux. Et donc, voilà, il y a des pratiques aujourd'hui qu'on ne peut plus accepter. Surtout que c'est complètement paradoxal parce qu'on a des gens qui traversent le monde parfois, comme les Asiatiques ou les Américains, qui prennent l'avion avec une empreinte carbone très importante. Tout ça pour venir voir des paysages, des glaciers qui fondent. Et donc, c'est ce genre de choses où on ne peut plus accepter.
Il va falloir qu'on régule exactement.
Alors, on va parler des solutions que vous proposez. Agnès Gognot de la Fédération française de randonnée. Alors là, on parle des, si je puis dire, des best-sellers de la rando. Si on élargit un peu la focale, je le disais, engouement pour la randonnée, en particulier depuis le Covid. Que disent vos chiffres ? Quels sont vos constats, vous, plus globalement à la Fédération ? Alors, effectivement, nous, nous avons constaté une explosion de la randonnée depuis les années Covid. Ça, bien sûr, la Fédération ne peut que se réjouir d'avoir davantage de randonneurs. D'autant plus que cette augmentation, elle touche toutes les tranches d'âge.
Mais plus particulièrement, ce qu'on peut appeler les jeunes, c'est-à-dire 18-45 ans. Donc, le randonneur, ce n'est pas seulement un senior, ça peut être aussi un jeune. Ces jeunes ont des particularités, ils sont très connectés et ils sont très attirés par l'itinérance. Donc, effectivement, des propositions comme le Tour du Mont-Blanc, ça peut les séduire. Ce que l'on constate, c'est que dans cette masse de néo-randonneurs, la plupart ne sont pas encadrés. Ce sont des gens qui randonnent, mais ça aussi, c'est un enseignement des années Covid.
Ils fuient un peu les grands groupes, ce qui est complètement paradoxal, parce qu'en fuyant les grands groupes, ils se retrouvent quand même dans des grands groupes. Dans une autre foule. Mais ils ne vont pas spontanément adhérer à un club de randonnée, ils vont se débrouiller tout seuls, avec leurs applications, en petits groupes. Et ils ne possèdent pas forcément les codes, les codes de la randonnée, que l'on apprend justement en randonnant dans des clubs, avec des animateurs qui sont confirmés.
Est-ce que vous constatez un effet réseau-sociaux, alors qu'il n'est pas propre à la montagne, mais je le vois notamment autour des lacs, lacs de la Muselle dans les Écrins, lacs des Vaches en Vanoise, je disais ce matin que même dans les Vosges, autour de certaines cascades. Dès qu'on a une photo sur Instagram qui est reprise, derrière c'est potentiellement la foule, et ça devient difficilement gérable ? Oui, ça effectivement, les réseaux sociaux ont une part de responsabilité. Je partage le super coucher de soleil à la Muselle ou ailleurs. Ça génère des flots de randonneurs. Et parmi les recommandations que donne la Fédération à ses adhérents, c'est de limiter le partage.
Autant c'est tout à fait entendable de partager des bons moments avec des amis, autant il y a du trop. À un moment c'est trop, et ça génère des flots de randonneurs. D'ailleurs pas forcément de randonneurs, simplement de curieux qui viennent, qui prennent une photo et qui repartent. Donc ça encombre les routes, parce qu'il faut arriver, généralement on arrive en voiture, ça stérilise l'espace public avec de grands parkings. C'est dangereux, en termes de sécurité routière aussi, tout simplement. Et puis surtout sur les sites, outre le fait qu'on n'a pas forcément envie d'admirer le coucher de soleil en même temps que 3000 personnes, ça génère des dommages à l'environnement.
Oui, parce que Guillaume Desmurs, quand je parlais de surfréquentation, en fait c'est une surfréquentation qui est très concentrée sur certains sites. Il y a un enjeu d'étalement, si je puis dire, de la fréquentation sur les massifs aussi et dans les vallées. Oui, c'est vraiment un symptôme, c'est parlant de ce modèle économique qu'on a installé dans les années 60, qui est un modèle économique de tourisme de masse ou de tourisme industriel. C'est quoi ? C'est des flux de touristes concentrés dans l'espace et dans le temps. Aujourd'hui, on arrive à une situation qu'on peut qualifier d'hypertourisme, c'est un mot que je reprends, qui a été inventé par le géographe Rémi Knafou.
L'hypertourisme, c'est l'étape d'après. C'est un tourisme qui est mondialisé, concurrentiel, avec une intensification de toutes les pathologies du tourisme. Mais même l'été en montagne, parce que ça, on peut le dire peut-être pour l'hiver, mais même l'été, on est déjà dans ce cas-là, parce que ça va devenir un enjeu de survie aussi pour cette économie-là de faire vivre l'été. Aujourd'hui, ce n'est pas du tout l'équivalent de l'hiver. Peut-être que vous pouvez nous rappeler de trois chiffres. Ah non, non, c'est pas... Alors, rappelons quand même que le tourisme en montagne, il y a plus de visiteurs l'été. Par contre, en termes de chiffre d'affaires, ça n'a absolument rien à voir.
L'été est marginal par rapport à l'hiver pour des stations de ski, des communes de stations de ski. L'été représente entre 15% et 1 à 2% du chiffre d'affaires annuel. Donc, c'est marginal. L'enjeu, c'est que ça prenne de la place face à des hivers qui se réduisent. Non, l'enjeu, c'est surtout qu'on se pose la question, notre modèle économique basé sur le tourisme industriel, il faut absolument qu'on le fasse évoluer. Il faut se poser la question du tourisme sur ces territoires, parce qu'on ne parle jamais des habitants du territoire, des montagnards.
Il faut absolument faire évoluer ce modèle économique qui a ce genre d'effet qui est absolument dévastateur à la fois pour les territoires, mais aussi socialement, économiquement. Alors, Basile Dunant, comment on fait, justement, pour aboutir à ce tourisme, je ne sais pas, qu'on pourrait qualifier peut-être de durable, en tout cas de plus respectueux ? Sur la randonnée, je reviens autour du Mont-Blanc, vous êtes prêts, je crois, avec d'autres maires de la région à freiner tout ça, à mettre en place des mesures assez restrictives.
Oui, tout à fait. Moi, je voudrais insister sur une chose, c'est qu'on parle là de sur-tourisme et de la montagne. Il faut bien avoir en tête que c'est un problème qui est ultra localisé dans le temps et dans l'espace. Nous, sur le tour du Mont-Blanc, c'est un chemin de randonnée et c'est pendant un pic de deux mois. Donc, il ne faut pas donner l'image non plus d'une montagne, en tout cas, moi, au contaminement joie, où vraiment, il y a du monde partout dans la montagne et c'est très compliqué, on est complètement débordé. C'est ce qu'on disait, c'est très concentré. C'est très localisé. Voilà, c'est très concentré.
Et donc, nous, les enjeux sont justement comment est-ce qu'on régule ces flux, est-ce qu'on les envoie ailleurs ou pas ? Parfois, il vaut mieux justement, en fait, les concentrer à un seul endroit et essayer de réguler cet endroit. Ça permet de limiter aussi les impacts sur la biodiversité et l'environnement en règle générale. Et sur le tour du Mont-Blanc, ce qu'on est en train de faire, donc nous, au Contamine, on a déjà interdit le bivouac dans la réserve naturelle, en dehors des aires qui sont autorisées.
On a créé une nouvelle aire de bivouac en bas dans la vallée pour qu'en fait, les gens aient plus qu'à traverser sans s'arrêter pour dormir dans la réserve naturelle, parce que c'est là qu'en fait, on a le plus gros des impacts, que ce soit au niveau des déchets ou au niveau des gens qui vont faire leurs besoins un peu n'importe où, malgré le fait qu'on organise et qu'on mette des toilettes sèches et qu'on fasse au mieux.
Et avec les maires des autres communes, donc Jean-Marc Payex à Saint-Gervais et François-Xavier Laffin à Chamonix, on est en train de voir pour l'année prochaine, l'idée, c'est de devoir prendre une réservation, que ce soit en refuge ou en bivouac, de mettre un petit coup sur le bivouac, par exemple 5 euros pour la réservation, ce qui va nous permettre ensuite, nous, de dégager quelques recettes pour mettre des gens sur le terrain qui vont faire de la pédagogie, sans doute une brigade verte, comme ça a été fait pour le Mont Blanc grâce à Jean-Marc Payex avec sa brigade blanche. Et donc, faire en sorte que ça se passe.
Donc des réservations. De la pédagogie. Oui, de la pédagogie, mais quand même de la réservation, une brigade, quitte à perdre un peu, si je puis dire, de l'esprit de liberté qui caractérise la montagne.
Quitte à perdre un petit peu de liberté, mais on est vraiment sur un chemin en particulier. On a des problèmes de fréquentation. C'est un mal pour un bien parce qu'il ne faut pas oublier que les gens qui viennent faire le tour du Mont Blanc, justement, ils viennent chercher du calme, de la montagne, un rapport à la nature. Et c'est aussi notre rôle en tant qu'élus de faire en sorte que ce qu'ils viennent chercher, ils le trouvent vraiment sur place. Et voilà. Aujourd'hui, on est vraiment sur un aspect quantitatif. L'idée, c'est de retourner vers du qualitatif pour tout le monde.
Est-ce qu'il faudrait aller, Guillaume Desmurs, par exemple, jusqu'à ne plus communiquer sur certaines randonnées ? Je vois que dans les Hautes-Alpes, par exemple, dans la vallée de la Clarée, ils font ça. Ils ne communiquent plus sur certaines randonnées les plus fréquentées. Parce que là, on parle de régulation, on ne va pas mettre non plus des barrières partout en montagne. C'est vraiment important de préserver cet espace de liberté. On a besoin d'un espace de liberté comme la montagne. Donc, il faut absolument travailler pour préserver cet espace de liberté. Alors, OK, la régulation, c'est une chose, je pense que c'est à très court terme, on traite un symptôme.
Effectivement, ne pas communiquer sur certaines destinations ou comme le font aussi certaines stations de ski sur certains marchés. Cesser de communiquer, de dépenser de l'argent en marketing. Ça, c'est une autre solution. Mais en tout cas, on a besoin de cette espace de liberté, d'autant plus aujourd'hui qu'est la montagne et de préserver cet accès-là. Annette Gognot, votre regard là-dessus sur ces premières mesures de régulation alors qu'elles ne sont pas tout à fait nouvelles. Il y en a ailleurs aussi. Alors, notre fédération a quelques suggestions à faire. Tout d'abord, de mettre en avant des itinéraires alternatifs. Il n'y a pas que le tour du Mont-Blanc.
Il y a, par exemple, le tour des aiguilles rouges. C'est tout aussi beau et c'est juste à côté. Donc, on peut peut-être aussi un petit peu lisser la fréquentation en mettant en avant un certain nombre d'itinéraires. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, vous avez parlé, monsieur le maire, de pédagogie. Et c'est vrai que ça, c'est très important. il y a une éducation à faire du public de manière à limiter les impacts sur l'environnement. Ces impacts, on les connaît bien. On peut s'arrêter là-dessus, oui, très concrètement. Quels impacts quand on est trop nombreux sur un sentier ?
Alors, il y a un impact qui n'est pas spécifique à la montagne qui est le dommage causé au sentier qu'on va retrouver, par exemple, en Bretagne sur le GR 34. Quand on passe trop nombreux, trop souvent, le sentier se dégrade. Voilà, ça, c'est un premier point. Alors, en montagne, il y a une mauvaise habitude de randonneur plus répandue, c'est couper le lacet. Voilà. Et là, on recrée une sorte de deuxième sentier. Alors, d'abord, il est inutile puisqu'il y en a déjà un qui est balisé, sécurisé. Et en plus, il dégrade fortement le terrain. Également, une très mauvaise habitude que l'on rencontre fréquemment en montagne, c'est ne pas refermer les barrières.
Donc, tous ces mauvais comportements, cueillir les fleurs, ne pas ramasser ses déchets, tous ces mauvais comportements nous essayons de développer une action spécifique envers tous les randonneurs, tous les promeneurs, qu'ils soient ou non adhérents à la fédération. Cette opération s'appelle la charte du randonneur. Voilà, vous avez monté une charte. Voilà, on a monté une charte. Vous en avez amené quelques exemplaires. J'en ai apporté quelques exemplaires. Ça se présente de manière ludique sous la forme de sept cartes postales. Elles ont été distribuées dans les offices de tourisme et dans les comités départementaux de la randonnée pour rappeler quelques bonnes actions.
Donc, la première, et s'il fallait qu'on n'en retenir qu'une, ça s'intitule le bon chemin, c'est celui qu'on respecte. Et donc, effectivement, le premier conseil, c'est de suivre les sentiers balisés. Parce que le balisage, il n'a pas uniquement pour fonction de guider le promeneur. Il a également deux fonctions tout aussi importantes, garantir sa sécurité et préserver l'environnement.
Ce milieu montagnard, Guillaume Desmurs, il faut peut-être le rappeler quand même, qui est très fragile, qui est en première ligne face au réchauffement climatique et d'ailleurs, dont les conséquences, je pense qu'il y a eu cette coulée de boue meurtrière il y a deux jours à Sixfert-Acheval en Haute-Savoie, dont les conséquences impactent aussi les sentiers de randonnée aujourd'hui. Les éboulements, les rochers, les coulées de boue, c'est déjà une réalité. Oui, c'est déjà une réalité. Je rajouterais quelque chose de nouveau qu'on a connu le mois dernier, c'est un feu de forêt. Un feu de forêt qui a coupé l'accès à Pralognan-Vanoise pendant plusieurs jours. Ça, c'est nouveau.
Et puis, malheureusement, le nouveau régime climatique provoque des effets comme ces coulées de boue, comme ces feux de forêt, cet assèchement. Mais il y a aussi un autre effet, c'est par exemple l'eau et la ressource en eau. Et donc ça, ça fait partie des questions vraiment fondamentales qu'on doit se poser pour demain, c'est le partage de ces ressources, l'eau, l'espace. Comment est-ce qu'on va faire entre les habitants du territoire qui sont de moins en moins nombreux ? Je rappelle que l'économie du tourisme industriel vide aujourd'hui depuis 10-15 ans les communes de montagne de ses habitants.
Et que dans ces communes-là, on a 80 voire 90% des résidences, des logements qui sont de la résidence secondaire ou de la résidence touristique. Donc aujourd'hui, on a aussi parmi les enjeux le partage de ces ressources-là. Alors, il y a Jean-Louis sur l'appli Radio France qui nous demande justement est-ce qu'il y a une initiative locale, concrète, qui vous semble prometteuse comme alternative à ce tourisme que vous dénoncez, à ce tourisme de masse ? Je vous prends un peu au dépourvu peut-être. Non, c'est pas, je précise, c'est pas un tourisme que je dénonce. Moi, j'ai grandi en station de ski, j'ai grandi dans ce tourisme-là et dans cette économie-là.
Ce que je dénonce, c'est l'inaction des élus en grande majorité. Il y a quand même quelques territoires dont les Contamines qui réfléchissent. Mais ce que je dénonce, c'est plutôt les effets pervers de ce modèle-là qu'on n'arrête pas. Et on est dans une fuite en avant de ce modèle et les JO d'hiver 2030 sont un très bon exemple. On en parlera à la fin. Parmi les bons exemples, aux Contamines, on a un exemple de travail. On a aussi certaines communes qui cessent de communiquer sur leur territoire et qui disent qu'on ne veut plus de tourisme international. Plus de la moitié du bilan carbone, c'est le transport pour venir en station de ski.
Alors justement, j'en viens à cette question de la mobilité. Je crois qu'à la Fédération de randonnée, vous avez pointé cette question notamment du dernier kilomètre. Alors oui, on peut venir en train au pied des Pyrénées ou au pied des Alpes. Mais après, comment on gagne la station ? Basile Dunant là-dessus, est-ce que vous avez des réponses ? Parce que la voiture reste quand même souvent indispensable pour rejoindre le début de la rando ?
Oui, alors nous, en fait, le problème, c'est ce que disait Guillaume Desmurs, donc plus de 50% de l'empreinte carbone, c'est la mobilité. Et nous, finalement, les communes et les communautés de communes, je pense qu'on est quand même assez nombreux à faire le job là-dessus. Nous, on met 600 000 euros par an de navettes gratuites au sein de la station. On a un transport au niveau de la communauté de communes qui permet de rejoindre les stations. le problème, finalement, c'est surtout comment est-ce qu'on se rend dans la station, sachant que souvent, ça dépasse bien largement nos compétences en tant qu'élus locaux.
Il y a un vrai manque d'interopérabilité au niveau du transport national, ferroviaire et européen. Et c'est ce qui nous permettra peut-être un jour de se passer à la fois de la voiture et de l'avion en tout cas au niveau de l'Europe.
J'en reviens à ce que disait Guillaume Desmurs sur la question des locaux, des habitants. Il est devenu très compliqué, très cher de se loger en station. Là, chez vous, au Contamine, comment vous faites ? Comment on peut vivre à l'année, en montagne, dans les villages, dans des stations qui sont devenues pour certaines inhabitables car trop chères ? Et comment on équilibre ça avec l'activité touristique ?
Alors, c'est extrêmement compliqué. Nous, au Contamine-Mont-Jouan, on a 85% de résidences secondaires, donc plus de 8 logements sur 10 sont de la résidence secondaire qui sont utilisés au mieux quelques mois par an et souvent quelques semaines et donc on a heureusement pour le coup des parlementaires qui ont fait un bon travail ces dernières années, notamment avec la loi 2024, la loi Lemaire.
Nous, on est en train de modifier notre PLU et on va interdire toute construction de résidences secondaires et de changements d'usages sur toute la commune ce qui va nous permettre en tout cas d'éviter la fuite en avant sachant qu'on est déjà à 85%, ce qui est déjà absolument énorme et puis ensuite, on a mis sur taxe sur la résidence secondaire il y a quelques années, c'était mon prédécesseur à 30%, ce qui permet de rapporter 600 000 euros par an et cet argent-là, on va le flécher sur du logement permanent donc on achète des terrains ou on achète des logements, on les rénove et puis ensuite, on les met à l'année soit en les vendant en faisant de l'accession sociale avec des clauses très précises, au mieux en faisant ce qu'on appelle du bail réel solidaire ce qui fait que la mairie reste propriétaire du terrain et donc on a la maîtrise sur le logement, la destination, on est sûr et certain que ça reste du logement principal ou en faisant de la location.
Merci, on va finir par l'hiver, il nous reste une grosse minute, je voudrais quand même qu'on parle des JO parce que c'est le gros morceau qui attend les Alpes, les JO 2030. Je sais Guillaume Desmures que vous êtes très très sceptique pour ne pas dire plus, en quelques mots, vous vous dites les Alpes n'ont pas besoin de ça ? Non, les territoires de montagne, les communes de stations de ski n'ont pas besoin d'un événement comme les JO 2030, en tout cas tel qu'il nous est présenté.
En fait, cet événement va simplement poursuivre le modèle sur lequel on fonctionne depuis 60 ans et qui présente tous ces effets pervers dont on a parlé aujourd'hui pour l'été mais qui a aussi des effets pervers sur l'hiver. Donc les JO 2030, c'est simplement la poursuite de ce modèle avec de l'immobilier, on va couler du béton dans tous les sites olympiques, les territoires de montagne ont besoin de se préparer à ce qui arrive notamment en termes de climat et d'énergie, c'est là-dessus qu'il faut investir, c'est là-dessus qu'il faut travailler et préserver la capacité à vivre à l'année sur les territoires. C'est ça qui doit être la priorité.
En quelques mots, Basile Dunant, vous n'êtes pas directement concerné sur votre commune par les JO mais quel est votre regard quand même sur ces JO à venir ?
Alors moi, je suis complètement contre. Pour moi, l'empreinte carbone des JO olympiques, c'est pareil en fait, c'est la mobilité. Or, aujourd'hui, je ne vois pas comment on peut faire des JO propres. Je pense que c'est une chimère, ça n'existera jamais. Moi, du point de vue de mon territoire, on en revient toujours au même. L'empreinte carbone, c'est la mobilité et donc il faut avancer sur le ferroviaire. On a une ligne dans la vallée de l'Arve où Emmanuel Macron est venu en 2020 et a annoncé une modernisation qui n'a toujours pas été menée. Et là, il y a quelques mois, on nous a annoncé les travaux pour 2031.
Donc, c'est après les JO olympiques et donc tout ce qui est des JO qui vont rapporter de la valeur et qui vont être propres. Merci. Il faudrait agir sur le transport et sur l'hébergement.
On va devoir s'arrêter là. Merci beaucoup, Basile Dunant, Guillaume Desmurs et Agnette Gognot. Et vive quand même la randonnée et l'été en montagne. Bonne journée à tous les trois. Au revoir.