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interviewLCP (sur YouTube)· 17 novembre 2024 56 min

Pénuries de médicaments : jusqu'à quand ? | Etat de santé

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique ... ... ...

Bonjour à tous. Recherche médicaments, désespérément. Amoxicilline, paracétamol, corticoïdes à l'approche de l'hiver, on s'inquiète de ne pas pouvoir s'en procurer dans nos pharmacies.

En réalité, c'est toute l'année que plusieurs molécules manquent. La situation ne s'améliore pas depuis l'épidémie du COVID-19. Au contraire, vous verrez, les chiffres sont tout à fait éloquents et sans doute inquiétants.

Justement, pourquoi ces pénuries durent-elles ? Comment les expliquer ? Comment y remédier ?

Est-ce que ça doit nous inquiéter, l'affaire du Doliprane, par exemple ? Est-ce que c'est un symptôme, ou est-ce que ça n'a rien à voir ? Toutes ces questions, on va les poser avec nos invités dans ce numéro spécial d'Etat de santé.

Soyez les bienvenus. Soyez aussi la bienvenue, Sonia de La Provôté. Merci d'être avec nous sur ce plateau.

Vous êtes sénatrice union centriste du Calvados. Vous avez présidé la commission d'enquête du Sénat sur la pénurie de médicaments. Rapport rendu en juillet 2023.

Les préconisations ont-elles été suivies ? Lesquelles étaient-elles d'ailleurs ? Vous nous le direz tout à l'heure.

Monsieur Bonnemain, bonjour. Président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie. Vous avez été auparavant pharmacien dans l'industrie.

On en parlait juste avant de débuter cette émission. Il y a beaucoup de pharmaciens dans l'industrie qui se préoccupe, qui rappelle à l'industrie, on l'espère en tout cas, qu'au coeur des préoccupations, il doit y avoir le patient. Vous nous direz, est-ce qu'on a des idées simples sur ce sujet complexe ?

C'est le point de vue de l'industriel que vous porterez. Bonjour Madame Coutinet, merci d'être avec nous. Vous êtes professeur d'économie à l'université Sorbonne Paris Nord.

Vous êtes membre du collectif des économistes atterrés dont je rappelle qu'il propose une alternative au tenant du néolibéralisme. Vous connaissez bien la question. Vous avez été co-auteur aux éditions de La Découverte en 2018 d'un ouvrage : "L'économie du médicament." Enfin, Mme Simonin, Catherine, ancienne vice-présidente de la Ligue contre le cancer, porte-parole aujourd'hui de France Assos Santé.

Vous suivez de très près ces pénuries de médicaments. Et j'ai envie de vous demander, Mme Simonin, est-ce qu'il est fréquent que des malades du cancer soient privés de médicaments ? Ce qui paraît inouï quand on y pense. -Alors ça arrive, on a des études déjà.

La Ligue nationale contre le cancer a fait une étude en 2023, où on peut voir que les patients qui sont soignés à l'hôpital ont beaucoup moins d'informations que ceux qui vont en officine. Par exemple, France Assos Santé, il y a 44 % de personnes qui ont été confrontées l'année dernière à une pénurie, 2 % à l'hôpital. Et ce chiffre ne bouge pas depuis trois ans. -Est-ce que ça a des conséquences graves ? -Bien sûr.

Alors, il y a des retards de traitement. Il y a aussi des substitutions qui ne sont pas neutres parce que ce n'est pas le médicament qui est indiqué pour le patient. Et quand on change, c'est-à-dire on a vraiment des médicaments de seconde zone.

Donc, pour le patient, il y a un impact et surtout si la maladie est grave. Et après, il y a...

Nous avons des informations sur les pénuries que sur les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur, mais pas tous les autres. Donc c'est beaucoup plus ample que ce que l'on a objectivé jusqu'à aujourd'hui. -On va voir les chiffres, parce que je le disais, ils sont tout à fait éloquents sur la durée et la persistance de ces manques de médicaments.

Mais juste un mot, ces pénuries-là, pour des pathologies aussi graves que le cancer, c'est nouveau ? Dans le fond, il y a toujours eu ce risque. -Non, il y a une amplification.

Les études sont récurrentes. Depuis 2019, la Ligue avait objectivé qu'un certain nombre d'oncologues étaient confrontés à des pénuries. Là, aujourd'hui, il y en a à 74 %.

Et les pharmacies... -74 % de quoi ? -D'oncologues qui ont été confrontés à un problème de pénurie.

Mais par contre, l'information n'est pas transférée vers le patient. C'est ça aussi... -Alors évidemment, c'est très grave et ça nous perturbe énormément, mais les malades encore plus, de savoir que des personnes atteintes du cancer peuvent être confrontées, en plus de leur maladie, à ces questions-là.

Mais cela nous touchera, cela dit, tous, un jour. Les chiffres : L'ANSM a reçu près de 5 000 signalements de rupture de stock en 2023. C'est une augmentation substantielle.

En 2023, ces signalements ont augmenté de 30 %. Nathalie Coutinet, la situation est pire ? -Oui, alors moi j'ai calculé qu'entre 2013 et 2023, donc dix ans, c'est 1 000 % d'augmentation de pénurie. -En France ? -En France. -Et tous les pays européens... ? -C'est un phénomène qui touche tous les pays, pas forcément sur les mêmes molécules dans les mêmes ampleurs, mais par exemple, si on se souvient de la pénurie d'amoxicilline l'hiver dernier, elle a été annoncée d'abord aux Etats-Unis.

C'est les Etats-Unis qui ont tiré le signal d'alarme sur cette pénurie, c'était donc une pénurie mondiale. Oui, bien sûr, le phénomène s'aggrave, Et c'est vraiment une croissance exponentielle à laquelle on assiste. Et c'est là où le phénomène qui était déjà dangereux devient un vrai sujet de santé publique. -Et dans une économie mondialisée, évidemment, tout le monde est touché un jour par une baisse de production dans un pays, on va y venir, mais est-ce qu'on connaît la proportion de médicaments autorisées en France, qui sont ou ont été en rupture ? 50, 40 % des médicaments autorisés en France qui ont été signalés.

Alors, signaler, ça peut être un mois, ça peut être davantage, madame de La Provôté. Ce n'est pas forcément durable. Il y a un moment où la chaîne, le médicament n'est plus livré et puis ça revient vite ? -Ce n'est pas forcément durable, mais tout l'enjeu, c'est dans les moments où il y a une surconsommation, comme la période hivernale de certains médicaments, c'est de l'anticiper pour que ça ne soit pas durable, et qu'on ait des systèmes palliatifs pour compenser la crise et la surconsommation au moment où elle va avoir lieu. -Mais ça, ça s'anticipe, parce que l'hiver, il y a toujours à peu près les mêmes maladies. -Exactement. -Et donc, c'est la question des stocks ? -C'est la question des stocks, et c'est la question de relancer une fabrication publique ou d'initiatives publiques, relancer la cinquantaine de pharmaciens en France qui est capable de reconditionner du Clamoxyl, parce qu'on sait que les formes pédiatriques, par exemple, sont compliquées à obtenir.

Et donc, tout ça, ça s'anticipe. Et évidemment, si on ne s'y prend pas en avance, quand on arrive au premier jour de l'épidémie, c'est la catastrophe, puisque 15 jours après, on n'a plus les médicaments nécessaires. -Et ça devient un casse-tête.

On va aller dans une pharmacie, parce que c'est évidemment...

Chez les pharmacies, qu'on peut constater tout un chacun le manque de médicaments. Marianne Cazaux a rencontré une pharmacienne de la région parisienne qui est confrontée à cette question de la pénurie. Reportage.

Jingle -Là, j'ai le générique de l'Augmentin qui manque depuis... des mois, des années, des semaines.

Et que j'arrive à avoir de temps en temps. Vous voyez, là, j'ai une boîte de 16 comprimés, une boîte de...

Voilà, deux boîtes de 16 comprimés, c'est tout ce que j'ai pour l'instant pour les patients, sachant que c'est un antibiotique qui est beaucoup prescrit, notamment l'hiver. La situation actuelle, c'est un vrai casse-tête. On se retrouve face à face avec le patient, avec parfois pas de solution à lui proposer.

Aujourd'hui, peut-être une ordonnance sur trois, on va être en difficulté car on n'a pas le produit. -On a eu à certaines périodes des ruptures, notamment sur le Théralène. -Des gouttes pour les yeux. -Antihistaminique en sirop pour enfants, il n'y en a nulle part. -Il n'y a rien de plus frustrant que d'arriver au comptoir et de dire qu'on ne peut pas honorer toute l'ordonnance alors qu'on sait pertinemment que le patient en a besoin.

Donc il y a un côté frustrant, l'impression de ne pas avoir fait le travail correctement, même si on sait bien que ce n'est pas de notre fait. Malheureusement, on s'est un peu tous habitués, que ce soit les patients, les prescripteurs ou nous-mêmes. Ca fait maintenant deux ans que ça dure.

Donc, on devient tous un peu fatalistes et on bidouille. Ca, d'habitude, vous avez le générique, la Gabapentine, mais il est manquant. Donc, je vous mets l'original.

D'accord ? C'est la gabapentine. C'est celui pour vos douleurs. -Oui.

Pegasys, Praluent, Répévax. On a essayé d'évaluer le temps passé, à trouver des solutions pour les patients. Et en gros, on passe à peu près 12 heures par semaine.

Tension, tension. Rupture. C'est déjà s'assurer auprès de nos grossistes si le médicament est toujours en rupture de Stock ou s'il y a eu des retours chez eux.

Parfois, on doit commander directement au laboratoire plutôt que de passer chez le grossiste. Donc c'est encore une étape supplémentaire. Ensuite, on va essayer de voir avec nos confrères aux alentours pour savoir s'il leur reste des produits en stock.

Et puis quand on a épuisé toutes ces ressources-là, on va appeler le médecin pour savoir s'il peut changer sa prescription. Et quand au bout du compte on n'y arrive pas, c'est vrai qu'il y a un côté un petit peu fatigant, usant. Touches du téléphone Je vous appelle pour un renseignement concernant une disponibilité du Theralène.

Ils ne font pas de dépannage. Il y a trop de demandes, ils n'y arrivent pas. Il y aura des livraisons d'ici une dizaine de jours. -Quelques boîtes par-ci, par-là. -Exactement. -Il faut qu'on les surveille. -Il faut qu'on les surveille.

En fait, il y a beaucoup d'incompréhension. On ne comprend pas qu'aujourd'hui, en 2024, en France, on manque encore de médicaments. Ca, c'est pas acceptable, sincèrement.

Pourquoi ça dure, en fait ? C'est ça, pourquoi ça dure dans le temps ? C'est ça, la vraie question.

On peut comprendre que ponctuellement, parce qu'il y a un problème sur la chaîne de production, car il y a un problème sur le conditionnement, n'importe quelle raison, que ponctuellement, certains médicaments manquent, mais là, on en est à plus de deux ans, maintenant. Et donc, on a du mal à comprendre pourquoi on en est encore là, aujourd'hui, en 2024. Jingle -"Pourquoi on en est encore là en 2024 ?", dit cette pharmaciennes, elle l'a répété plusieurs fois, elle ne comprend pas.

Sonia de La Provôté? -Pourquoi ? Il n'y a pas de réponse simple, mais en fait, depuis la question de la chimie, la fabrication des principes actifs qui s'est complètement délocalisée depuis de nombreuses années et sur lesquels on n'a plus la maîtrise en France et en Europe, jusqu'au conditionnement qui s'est fait ailleurs pour les génériques, notamment, qui sont les principaux médicaments les moins chers consommés sur le marché, et donc qui se fait aussi dans d'autres pays que la France, jusqu'à la distribution dans les pharmacies et la gestion des stocks, eh bien, à chaque étape, il y a eu une défaillance, on a laissé faire, on n'a pas regardé les conséquences.

Et quand on ne fabrique plus de principes actifs dans un pays ou quand on surconsomme au plan international et qu'on ne fabrique plus en France, eh bien, on n'a pas de stock en France pour pouvoir répondre à la demande sanitaire du pays, par exemple. -Est-ce que vous avez dans votre rapport ce chiffre, un médicament sur cinq est fabriqué en France ? Ca veut dire que quatre sur cinq ne le sont pas.

Ca veut dire que c'est en Inde, en Chine, etc., que les médicaments et les principes actifs, en particulier, sont fabriqués et on doit les importer. Est-ce qu'il faudrait fabriquer tous les médicaments en France ? -Non. -Est-ce que c'est ça le problème ? -Tous les médicaments, non.

Evidemment, ce n'est pas possible. Par contre, les autorités ont une liste de médicaments essentiels, ce qu'on appelle les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur, qu'il faut peut-être nettoyer car elle paraît très grosse. Il faut sans doute la rétrécir.

Ce sont des médicaments qui sont indispensables pour traiter un certain nombre de pathologies. Ces médicaments-là, ils doivent être produits en Europe, en tout cas, à des principes actifs, pour s'assurer de leur... -Parce que pour vous, pardon, pour vous, c'est quoi le problème, justement ?

Pour répondre à cette pharmacienne et à nous, pourquoi ça dure, ces pénuries ? -Il y a deux problèmes. Il y a un problème d'offres et un problème de demandes.

Le problème de demandes, c'est qu'il y a, au niveau mondial, plus de demandes pour ces médicaments peu chers, et c'est plutôt une bonne nouvelle, car plus de pays ont accès aux médicaments. Je pense à la Chine, beaucoup de pays d'Asie, mais aussi des pays d'Amérique latine. Donc, la demande mondiale augmente.

Ca, c'est le côté demande. Parallèlement, du côté de l'offre, les industriels ont modifié l'organisation de leur production. C'est-à-dire que de plus en plus, ils ont fait produire, externalisé à l'étranger pour augmenter leurs profits.

Quand vous dites qu'il y a un médicament sur cinq, vous avez raison, qui est produit en France, il y a 20 % des principes actifs, donc il y a la substance qui soigne qui est produite en Europe et 80 % en Asie. Il y a dix ans, c'était l'inverse. Et il y avait beaucoup moins de pénuries. -On a laissé partir toutes ces fabrications. -"On"...

Les laboratoires pharmaceutiques ont fait un choix pour augmenter leurs profits, de délocaliser, comme n'importe quelle entreprise, et ont fait produire. Puis, il y a un autre phénomène qui est aussi lié à l'offre... -Pardon, on a : les industriels ont traité le principe actif, ce qui nous soigne, comme ils ont traité le textile ? -Voilà. -Il y a une main-d'oeuvre moins chère.

Et donc, on externalise, on délocalise. -Oui, il y avait aussi une autre raison, c'est l'aspect environnemental. C'est-à-dire que dans les pays asiatiques, il y avait moins de contraintes à l'époque sur le plan de l'environnement.

Par exemple, pour la production des antibiotiques, qui sont assez... -Pardon, vous dites qu'il y a un problème de normes ? -Bien sûr.

On a des exigences réglementaires au niveau de l'environnement beaucoup plus strictes qu'en Inde ou en Chine à l'époque. -C'est incroyable. -C'est quoi une norme environnementale pour le médicament ? -Les normes environnementales, c'est tout ce qui concerne la pollution de l'environnement au niveau des usines. -Mais donc, ça revient à dire que les industriels, ça leur coûte plus cher de fabriquer ici à cause des normes. -Bien sûr. -D'accord, mais vous, vous vous élevez contre les normes ? -Pas du tout. -D'accord, je voudrais être sûre.

Car il y a beaucoup d'industriels qui s'élèvent contre les normes. -Ca veut dire que quand on relocalise en Europe, il faut changer les procédés de fabrication. Et ça a un coût important. -Oui, mais c'est plus protecteur pour l'environnement et il y a aussi la protection sociale des salariés qui sont moins exposés.

Dès qu'on fait de l'industrie chimique en France, on est classé SEVESO seuil haut. Donc, c'est le plus haut de la protection. Et donc, c'est les plus grandes contraintes réglementaires.

Mais derrière, ça signifie aussi que, comme ça coûte plus cher, mais c'est plus respectueux de l'environnement, eh bien, on doit, au niveau européen mettre en place des protections ou en tout cas mettre des contraintes sur la façon dont c'est fabriqué à l'extérieur. Et si ça n'obéit pas à ces contraintes, on doit privilégier ce qui est fabriqué dans nos pays sous ces normes-là qui sont plus respectueuses et qui garantissent un certain nombre de protections, et sanitaires. -Donc ça, c'est intéressant.

On est déjà un peu sur les solutions pour essayer de garantir la santé publique. La dimension sanitaire. -Juste une dernière cause.

Je vous donne juste la parole après. Une dernière cause, c'est que pour certaines molécules, il y a un ou deux producteurs au monde qui produit une molécule. Et à ce moment-là, évidemment, s'il y a un problème... -Monopole. -Madame Simonin ? -Il y a un problème de sécurité également, car, en Inde ou en Chine, il y a moins de contrôle.

Et c'est la FDA aux Etats-Unis qui va contrôler. Et là, on arrête la production et le départ des lots. Et les lots qui sont contaminés.

Donc, il y a un problème de sécurité pour les patients. D'où l'intérêt d'avoir des usines à proximité pour pouvoir les contrôler. Mais ce n'est pas le seul problème.

Je pense que dans toute la chaîne, on l'a vu avec la guerre en Ukraine, et notamment le flaconnage et les dispositifs nécessaires à la production de toute la chaîne du médicament, ça manquait. -Vous dites que le flaconnage, c'est l'enrobage ? -Oui, voilà, c'est le flaconnage. -Le principe actif d'un côté, puis il y a tout ce qui fait que le médicament est vendable. -Et là, si on a un seul intrant, un seul producteur pour un intrant dans la chaîne de production, s'il n'est plus en capacité de fournir ce dispositif qui rentre dans cette composition, il y a un arrêt et une pénurie derrière.

Donc là, il y a quand même un souci parce que, par exemple, il y a la qualité et la sécurité qui doivent être objectivées sur toute la chaîne et c'est les plans de prévention des pénuries européens. -On y reviendra sur la dimension européenne. Il y a peut-être des leviers intéressants.

Je voudrais qu'on reste encore une fois sur une des causes, le prix. Il faut qu'on parle du prix, c'est important. Le prix du médicament, il est très contrôlé en France.

Regardez cette infographie qui nous détaille la décomposition du prix en France. Jingle -En France, les médicaments sont divisés en deux catégories, ceux qui sont remboursés et ceux qui ne le sont pas. Seuls les médicaments remboursés ont un prix régulé.

Ils représentent plus de 94 % du chiffre d'affaires réalisé par les industries pharmaceutiques sur le territoire. La France est donc un marché attractif pour les laboratoires, avec ses 68 millions d'habitants et un système de santé solidaire. Le prix des médicaments remboursés se décompose ainsi : 63 % pour les industriels 16 % pour les distributeurs, et 21 % qui retournent à l'Etat.

Les industriels communiquent peu sur les marges qu'ils réalisent, mais elles peuvent grimper très haut. Voici le résultat d'une enquête de l'ONG suisse Public Eye sur le Revlimid, un anticancéreux innovant. 0,1 % du prix de vente pour la production, 4 % pour la recherche et le développement 6 % pour la distribution et plus de 89 % de marge pour le laboratoire.

Du côté des génériques, en revanche, la rentabilité est tout autre. Elle aurait même été négative en 2023, moins 1,5 % selon les professionnels du secteur. Or, les médicaments génériques représentent la majorité des ruptures et tensions d'approvisionnement.

Jugés peu rentables, certains industriels s'en désintéressent. Jingle -Bruno Bonnemain, c'est un problème, la question du prix ? -Oui, je pense que c'est un vrai problème pour ces produits génériques anciens, parce qu'on arrive à des marges tellement faibles qu'effectivement les industriels ne s'y intéressent plus.

On l'a vu récemment... -Donc ils ne les fabriquent plus ? -Ou ils le transfèrent à d'autres, à des gens qui sont...

Par exemple, des Indiens, il y a eu un certain nombre de ventes vers des sociétés indiennes. Donc effectivement, je pense que c'est un vrai problème qui n'est pas simple à résoudre, mais c'est un vrai problème économique. D'ailleurs, je pense qu'il faut se rendre compte que quand on a un produit générique, donc un produit ancien, on continue à dépenser beaucoup chaque année pour le maintenir sur le marché. -Qui, "on" ? -Les industriels.

Pour prendre simplement un exemple, on a mis en place en Europe un système qu'on appelle la sérialisation. C'est-à-dire qu'on va repérer pour chaque boîte l'origine du produit. Donc ça, c'est très bien.

C'est pour éviter les falsifications. Mais ça a coûté des millions aux industriels, y compris pour les produits anciens. -Ce que vous nous dites, c'est que la méthode de fixation des prix en France génère des pénuries parce que les industriels ne s'y retrouvent pas ? -Tout à fait.

Je pense qu'il faut revoir... -Et donc, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?

Parce que l'idée, c'est aussi que les prix soient pas trop élevés pour que la Sécurité sociale puisse soutenir la demande de soins. C'est ça, l'enjeu. Donc, vous voyez, c'est pas simple. -Non, non, c'est pas simple. -Si vous vendez le... je sais pas, moi, l'Efferalgan beaucoup plus chers, ça va être un problème pour les Français qui veulent se soigner. -C'est pour ça que le Premier ministre, l'an passé, avait décidé de faire un groupe de travail sur ce sujet des prix.

Car ce n'est pas un sujet simple. Mais effectivement, il faut le prendre à bras-le-corps pour voir comment gérer cette situation. -Madame de La Provôté. -Oui.

Ce qu'il faut voir, c'est que les négociations avec les industriels se font sur une enveloppe au sein du CEPS, le comité spécial qui détermine le prix du médicament. Et dans cette enveloppe, qui est l'enveloppe médicament du projet de loi de finances de la Sécurité sociale qu'on vote tous les ans, il y a les médicaments innovants et puis il y a les médicaments matures. Les anciens médicaments qui sont, pour le coup, indispensables quand même. -On peut dire que ce sont des génériques ? -Qui sont des génériques ou pas des génériques. -Mais les médicaments innovants... -Tout ça, c'est dans la même enveloppe.

Or, on a une explosion du prix, du coût des médicaments innovants. C'est jusqu'à 1,9 millions d'euros pour un médicament, pour une pathologie très rare, pour un traitement pour une personne sur un an. Et donc, on voit bien qu'à un moment, cette enveloppe qui est contenue n'arrive pas à compenser le remboursement et l'accès aux médicaments très chers et innovants. mais qui, pour le coup, doivent faire preuve quand même de leur efficacité et à rembourser également ces médicaments matures qui sont très consommés, il y a un vrai effet volume, mais ils sont absolument essentiels.

Et la nouveauté dans les médicaments matures... je me permets de le dire, c'est qu'il y a maintenant, désormais, effectivement, des anticancéreux.

Donc on est en train de toucher à une vraie problématique, parce que là, pour le coup, tous les domaines médicaux sont concernés, des antiépileptiques, des traitements à visée cardiologique, et donc on voit bien que, autant le paracétamol, on arrive à regarder ça un peu, mais maintenant, c'est des médicaments qui sont vitaux, essentiels pour les patients, et là, pour le coup, on est face à une vraie crise sanitaire et à une vraie défaillance de santé publique. -Pardon, mais comment on fait ? Parce que si je vous écoute, c'est la rançon du progrès technologique.

La recherche est performante, elle coûte très cher, il y a des investissements qui sont extrêmement coûteux, et donc il y a des médicaments très innovants, des produits de pointe, qui coûtent très cher et qui sont remboursés, qui sont pris en charge par l'hôpital, donc par nous. -Oui... -Et à côté de ça... -Je voudrais faire une correction à ce qui a été dit, parce que, si vous voulez, il y a eu un deal, dans les années 2010, entre les industriels et les autorités.

L'idée, c'était de dire, pour encourager l'innovation, on va avoir des prix des médicaments innovants qui seront très chers, et en contrepartie, on va baisser les prix des médicaments génériques qui voient leur prix dans tous les pays. Ce n'est pas spécifique à la France, qui voient leur prix baisser. -Donc, vous acceptez de vendre pas cher les médicaments du tout-venant tombé dans le domaine public, et on vous aide ? -Mais vous vendez très cher.

Et donc, qu'ont fait les industriels ? Ils ont dit : "OK", et puis petit à petit, ils se sont désintéressés. -Ils se désengagent.

C'est-à-dire que ce n'est pas que ce n'est pas rentable de produire des génériques. c'est que ce n'est pas suffisamment rentable pour des entreprises financiarisées. -Vous êtes d'accord avec ça ?

Est-ce que c'est un problème de dividendes, d'actionnaires ? Vous êtes d'accord avec ça ? -La branche de Novartis, Sandoz, la branche générique, faisait 20 % du chiffre d'affaires de Novartis.

Donc, il y a bien une rentabilité à produire du générique. -Vous diriez de la même façon, les industriels, ce sont des voraces qui se font de l'argent sur le dos des patients ? -Je ne suis pas d'accord avec ça.

Il y a un certain nombre de produits qui ne sont plus rentables du tout. Pour prendre l'exemple de Servier et de sa branche générique, 30 % de leurs produits n'étaient pas rentables du tout. Il n'y avait pas de marge. -Et donc ? -Donc ce n'est pas possible.

Donc on ne peut pas demander à une entreprise de ne pas gagner d'argent sur les produits qu'il fabrique ? -Impossible. -C'est un équilibre global économique d'une entreprise quand même.

Il y a quand même un bilan global à regarder à la fin de l'année et on voit bien que ce qu'on gagne sur des médicaments innovants, eh bien, on peut considérer qu'une partie est à perte, entre guillemets, sur des médicaments matures. Je veux dire, le médicament, ce n'est pas un bien de consommation ordinaire. Il y a des politiques de santé publique.

Donc, on ne peut pas considérer que quand on fabrique du médicament, on fabrique des brosses à cheveux. Sans critiquer les brosses à cheveux, mais... -On est d'accord, mais le problème, c'est que quand on a une société qui ne fait que des génériques, de toute façon, ils ont un problème global. -Ca, c'est un problème de stratégie industrielle.

S'il ne fait que du générique et qu'il ne gagne pas d'argent elle ferme ses portes. Mais si elle gagne beaucoup d'argent avec des médicaments innovants, La contrepartie, ça peut être peut-être de ne pas gagner trop d'argent. -C'est de moins le cas. -C'est lié aux stratégies quand même des industriels qui vont aller plus vers des anticancéreux innovants qui ne concernent que très peu de personnes, avec les CAR-T cells par exemple, ou de la thérapie génique, ce n'est pas 1,9 million d'euros.

Dans l'hémophilie, c'est 4 millions de dollars aujourd'hui. Donc, on dépasse tout l'entendement. Ca ne correspond absolument pas ni à la recherche et développement derrière, qui a été faite plutôt par des start-up ou même de la recherche fondamentale qui est payée par de l'argent public, que ce soit aux Etats-Unis ou en France.

Et ensuite, il y a 36 pays qui ont des pharmaciens hospitaliers et qui ont une association et qui publient un bilan chaque année. Dans 36 pays, 95 % des pharmaciens sont confrontés à des pénuries. Donc, ce n'est pas un problème français. -Il faut trouver des solutions et je voudrais qu'on aille sur ce terrain, c'est ce qui nous intéresse.

Vous aviez proposé, pardon, dans votre rapport, une réforme de la fixation du prix ou pas ? -Oui, on avait proposé le fait de tenir compte des conditions de fabrication du médicament, c'est-à-dire favoriser ce qui était fabriqué...

Alors, c'est toute la chaîne du médicament, car on dit : "Un cinquième fabriqué en France", ce n'est pas vrai. C'est, ou les principes actifs pour certains, ou le conditionnement primaire, ou le secondaire. Et donc, la réalité, c'est que toute la chaîne concernant le médicament doit être réinternalisée, en France ou en Europe, et en tout cas, il y a un vrai sujet de souveraineté, et on doit en tenir compte dans le prix.

Parce qu'évidemment, que fait un hôpital quand il fait un appel d'offres ? L'hôpital, il va au moins disant. C'est-à-dire qu'il choisit le médicament qui est proposé par le laboratoire qui propose le prix le plus bas.

Parce que l'équilibre économique hospitalier fait que ça met en difficulté. Et donc, on doit pouvoir encourager l'hôpital pour privilégier aussi le choix des médicaments qui sont fabriqués en France ou en Europe, ou en tout cas qui ont une estampille de garantie de fournir le produit. -Est-ce que vous avez été entendue ? -Ca commence à bouger. -Il y a un travail qui est fait. -Il y a eu un article du projet de loi de finances à Sécurité sociale il y a deux ans qui demandait au fameux comité de fixation du prix du médicament de tenir compte de ça pour fixer le prix du médicament mature, de ces médicaments anciens mais indispensables.

Et donc, ça n'avait pas été fait au début et là, les choses commencent à être mises en place. -Alors, je voudrais qu'on aborde la question des stocks. -Il y a des amendes qui ont été infligées à onze laboratoires pharmaceutiques à hauteur de 8 millions d'euros au total pour des stocks insuffisants.

C'est un début ? -Oui, c'est un début. Mais là, dans le PLFSS 2025, il y a un article qui veut renforcer ces sanctions.

Il y a une loi qui a été votée à l'Assemblée nationale, et derrière, il va y avoir un renforcement des sanctions, en tout cas s'il n'y a pas trop d'amendements pour détricoter tout ça, mais nous, nous y sommes favorables, parce qu'en tant que citoyens, on nous demande d'observer la loi, et il y a des amendes si on ne l'observe pas. Les industriels, c'est la même chose. -Cette question, agir sur les stocks, c'est intéressant ? -Oui, mais disons qu'on ne va pas...

On est dans la maladie, là. On va dire que la pénurie, c'est la maladie. On ne soigne pas les causes de la maladie. -On ne va pas à la racine du mal. -C'est palliatif, si vous voulez, mais il faut s'attaquer... -C'est de la prévention. -C'est le seul... -Il faut s'attaquer à la racine du problème.

Et cette racine du problème, effectivement, comme ça a été dit dans le rapport, l'excellent rapport du Sénat, je tiens à le préciser, il y a toute une question aussi d'un enjeu de relocalisation. -Alors on va y venir. On y vient doucement. -Je voulais juste dire que les entreprises pharmaceutiques sont dans une situation particulière car elles ont un marché qui est solvabilisé par l'Etat.

Tout ce qu'elles vont vendre, elles sont assurées que ça va être vendu. Il ne faut pas faire pleurer non plus sur les entreprises pharmaceutiques. -C'était la réponse à monsieur tout à l'heure.

Je voudrais vous emmèner dans un laboratoire pharmaceutique pas comme les autres. Parce que c'est intéressant de savoir que ça existe. En l'occurrence, ça s'appelle Fripharm.

C'est une plateforme de fabrication hospitalo-universitaire. Au commencement, l'Agence nationale du médicament s'est coordonnée avec des pharmacies d'hôpital pour qu'elles produisent des médicaments en rupture d'approvisionnement. Il y a des solutions locales mises en place.

C'est le cas notamment dans les hospices, aux hospices civils de Lyon. Reportage, Marianne Cazaux. Jingle -Je suis praticien hospitalier, pharmacien à l'hôpital Edouard Herriot à la pharmacie dans laquelle est implantée la plateforme hospitalo-universitaire Fripharm.

Fripharm a une certaine expertise sur la production de médicaments stériles et non stériles avec une production qui est dans environ 100 000 unités dose par an. -C'est un médicament que Sanofi ne fabrique plus donc du coup nous avons repris la production. -De l'expérience que nous avons retirée de la pandémie, c'est qu'il fallait anticiper un certain nombre de pénuries et c'est sous quoi nous sommes engagés dans une collaboration avec notamment l'Agence Nationale de Sécurité de Médicaments. -Donc là, c'est notre matière première en quarantaine.

A chaque réception de matière première, on est obligé de faire des contrôles pour être sûr qu'il s'agisse bien du produit concerné. -On compte cinq arrêts de commercialisation en France depuis le début d'année. Ensuite, il y a les tensions d'approvisionnement, c'est-à-dire une centaine au cours de cette année.

Et ensuite, il y a des ruptures de Stock. Il n'est pas envisageable de répondre à toutes les pénuries. Ce n'est pas possible, nous n'en avons pas la capacité.

En revanche, il est possible sur une liste limitée de médicaments et dans un temps bien circonscrit d'apporter une réponse à ces pénuries. Machinerie Nous nous sommes sollicités pour évaluer la faisabilité pour reproduire un médicament soit à l'identique, soit adapté à des besoins spécifiques pour des patients. -C'est une enzyme de dégradation du glucose pour des enfants qui ne produisent pas cette enzyme justement, qui ne peuvent pas être traités par d'autres médicaments. -Nous sommes les seuls à produire en France, en Europe et dans le monde un médicament qui permet de lutter contre un parasite intestinal dont l'issue est fatale, souvent chez les patients immunodéprimés.

En l'absence de ce traitement, il n'y a pas d'autre solution pour le patient. Il y a eu un arrêt de commercialisation sur ce médicament et nous avons pu faire l'acquisition de la matière première. Il restait un stock en Europe, à la suite de quoi nous avons pu reproduire ce médicament et ensuite le proposer à la communauté médicale.

Quand on a produit le premier lot de ce médicament, c'est à la fois une fierté, mais aussi on se dit qu'on a fait son travail. Jingle -Bon, alors ça, c'est quand même assez formidable. On est tenté de dire, dans l'urgence, on arrive à pallier une pénurie, M.

Bonnemain. -Oui, je pense que c'est une solution, évidemment, qui n'est pas satisfaisante pour le long terme. Mais à court terme, ça peut rendre service.

C'est ce qui s'est passé pour l'amoxicilline au niveau des pharmacies d'officine. -Donc, ça peut être actionné localement ? Est-ce qu'il faudrait, Madame de La Provôté que ça soit partout, en fait ? -Eh bien, si on fait bien les choses, en France, on a les capacités, dans les hôpitaux, avec les pharmacies internes des hôpitaux, au niveau de l'AGEPS, la structure qui dépend de l'APHP, de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, qui peut fabriquer et conditionner... au niveau de la pharmacie des armées, et puis ce réseau de pharmaciens dans les territoires qui peut conditionner aussi dans les pharmacies.

On peut répondre à l'urgence, mais on ne peut pas produire toute l'année dans ces conditions-là. D'abord, c'est plus cher, la production. Et puis, les contraintes ne sont pas exactement celles que celles qu'on impose à l'industrie qui produit dans de telles quantités qu'il y a un cadre législatif et réglementaire qui est très contraint, et notamment au suivi sanitaire. -Pour dire les choses, parce qu'on ne l'a pas encore dit clairement, c'est plus cher de procéder de cette façon-là que d'acheter des médicaments à des gros labos ? -Bien sûr. -Donc c'est bien dans l'urgence, pour des raisons de santé publique, de chaînes de soins. -Ca fait partie des solutions proposées.

Quand on a eu besoin des curares, car il y avait beaucoup de gens en réanimation pendant la Covid, et qu'on s'est trouvé en pénurie, c'est Lyon qui a retrouvé la recette, la monographie, et qui a refabriqué en urgence, et qui a permis de proposer aux services d'anesthésie dans les hôpitaux ce produit qui manquait sur le marché. -Donc c'est une solution d'urgence, mais vous nous dites pas : "c'est la solution". -Non. -On va parler de l'éléphant dans la pièce, comme on dit maintenant, c'est quand même Doliprane, pour arriver au sujet de la relocalisation.

Est-ce que la solution, c'est la relocalisation ? Je parle de Doliprane parce que Sanofi, qui avait décidé et s'est acté maintenant de vendre sa filiale qui produit entre autres le Doliprane, a un fonds américain. Ca a été confirmé, le gouvernement a dit qu'il avait reçu les garanties nécessaires, on va le voir, communiqué des ministères de l'Economie et des Finances, les garanties nécessaires pour l'emploi, et avec aussi un engagement via l'entrée dans le capital par BPI, la Banque Publique d'Investissement, qui prend 1 à 2 % du capital de cette entreprise pour contrôler, pour avoir...

Oh, je vois la moue de Madame Coutinet, pour contrôler, pour garder, évidemment, une marge d'action sur la stratégie de Sanofi sur le Doliprane. Est-ce que vous êtes rassurés, les uns et les autres, déjà, dans cette affaire ? Madame Simonin. -Alors d'abord, la relocalisation, c'est un... une solution pour à peu près une cinquantaine de spécialités.

Mais au niveau européen, c'est surtout la diversification des approvisionnements. S'il y a un seul producteur, et on a eu le cas pour un antiépileptique pédiatrique qui est fabriqué en Italie et qui a été en rupture, parce qu'il y avait un problème sur la chaîne de production. Donc c'est effectivement par les plans de gestion des pénuries, mais en faire des plans de prévention des pénuries, et d'essayer d'objectiver sur les chaînes les zones de fragilité qui risquent de faire en sorte que la chaîne s'arrête.

Et ensuite, l'argent public. Quand on relocalise, il y a de l'argent public investi. Et là, nous demandons, en tant qu'association de patients, que des contrats soient passés avec ces industriels pour que ce soit pérenne et qu'à la fin des subventions, tout le monde ne parte pas à l'étranger au mieux disant et au mieux offrant. -Vous n'avez pas répondu à ma question... pas sur la délocalisation, mais le risque de délocalisation du Doliprane, qui semble être jugulé par l'accord qui a été trouvé.

Est-ce que vous êtes rassurée ? -Je ne suis pas rassurée, honnêtement. -Pourquoi ? -Je ne suis pas rassurée, car je ne sais pas si avec 1 %, il y a un blocage possible, premièrement.

Et deuxièmement, moi, ce qui vraiment nous inquiète, c'est ces arrêts de commercialisation, parce que là, il n'y a pas... -Mais là, le Doliprane, ce n'est pas exactement le cas.

Madame Coutinet, sur le Doliprane. -Disons que non, ce n'est pas parce que BPI France va avoir même 2 % que ça va infléchir la stratégie d'Opella ou de... -Opella, c'est la filiale. -La seule chose qui peut jouer, c'est que, si j'ai bien compris, BPI France et Sanofi garderaient à peu près 50 % et le fonds d'investissement aurait 51 %.

Donc, effectivement, le BPI, alliée à Sanofi, pourrait infléchir la stratégie qui sera mise en place par le nouvel acteur qui est un fonds d'investissement. Après, il faut voir que les actionnaires principaux de Sanofi, ce sont des fonds d'investissement qui vendent à un fonds d'investissement un morceau de l'entreprise. Non, ce n'est pas rassurant.

Après, dans le portefeuille de la société qui est vendue, il n'y a pas beaucoup de médicaments qui sont très importants. -Mais le Doliprane, c'est très symbolique, le Doliprane. Tout le monde a une petite boîte jaune dans sa pharmacie.

C'est vrai que politiquement, c'était important. -Et c'est aussi un échec quand même de la politique de M. Macron qui a donné de l'argent public pour faire relocaliser le principe actif du paracétamol à Seqens, qui devait approvisionner Sanofi.

Si Seqens n'approvisionne plus... -Vous nous perdez là, car on ne sait pas ce qu'est Seqens, mais ce qu'on sait, c'est qu'il y a une grande usine, qui va ouvrir l'an prochain et qui va fabriquer le paracétamol. -Subventionné par de l'argent public. -Donc, c'est une conquête.

On peut s'en satisfaire. On va avoir du paracétamol en France. -Sauf qu'il a approvisionné Sanofi, la filiale de Sanofi. -C'est la première usine de paracétamol.

Sur le site de l'Oncopole à Toulouse, 3 400 tonnes de paracétamol seront commercialisées l'an prochain. Donc là, on assiste bien à une relocalisation. -Et puis dans l'accord tripartite qu'il y a entre l'Etat, le fonds d'investissement et Sanofi, parce que c'est quand même ça...

La présence de BPI évidemment, c'est important au sein du Conseil d'administration, mais c'est l'accord tripartite et il y a un engagement de se fournir auprès de Seqens en principe actif pour la fabrication du paracétamol. Il y a sous contrainte quand même une sanction financière, mais je veux dire, c'est quand même nouveau, tout ça. On a laissé faire, car maintenant, on peut râler que c'est pas parfait.

N'empêche que, pour le coup, et moi, je me fais le défenseur de personne dans cette affaire, mais c'est une première, donc, qu'il se passe un phénomène qui n'est pas neutre pour la santé publique. -La première, c'est quoi ? C'est la relocalisation ? -D'abord, un, le principe de relocalisation, mais surtout là, cette contractualisation et le fait que l'Etat prend à bras-le-corps le sujet.

Parce que jusqu'à présent, ces phénomènes-là ont eu lieu avec les autres grands laboratoires pharmaceutiques et personne n'en a parlé et puis on pleure sur les pénuries. Au moins, il y a une réaction à ce moment-là. -Est-ce qu'elle est efficace ?

Est-ce qu'elle sera efficace ? -Je ne suis pas devin, mais dans la contractualisation, il y a quand même le fait de se fournir en principe actif auprès de l'usine française. Il y a un engagement sous pénalité, si ce n'est pas respecté, d'investissement dans les industries françaises de fabrication, de maintien de l'emploi.

Il y a un certain nombre d'engagements qui sont co-signés par les trois contractants. Derrière, évidemment, il va falloir faire le gendarme. et notamment celui qui va être présent au sein du conseil d'administration qui a représenté l'Etat, en quelque sorte, il faudra qu'il ait une feuille de route qui ne soit pas que financière, que la vision d'un banquier et la vision d'un industriel, mais la vision de quelqu'un qui défend une politique sanitaire. -Ce n'était pas mieux avant sur tous les plans, mais c'est vrai que jusqu'en 2008, nous étions le premier producteur de médicaments, je parle sous votre contrôle, en Europe.

Nous sommes descendus à la sixième place. On va quand même regarder... des relocalisations, il y en a.

Petit flashback, par exemple, en 2020, à la sortie du Covid, on va dans une usine des Bouches-du-Rhône où la production de principes actifs a été relocalisée. Regardez ce reportage qui nous dit que produire en France, c'est possible. Il est signé Alexia Léperon et Sébastien Avila.

Jingle -Il y a quelques années, cette machine qui produit des principes actifs pharmaceutiques était en fin de vie. Elle a été restaurée et reprend du service pour répondre à la demande. Le responsable du développement du groupe qui a racheté cette usine vient découvrir les nouveaux équipements. -Je vais vous présenter la nouvelle installation, nouvelle ligne de bromation.

Ici on a tout un système de refroidissement des échangeurs. -D'accord, donc ça nous permet d'alléger la précédente ligne de bromation, c'est ça ? -Tout à fait, on va pouvoir tenir deux produits en même temps sur des bromations. -Cette machine permet la synthèse du bromure de Pinaverium, un principe actif utilisé pour traiter certains troubles digestifs et qui avait presque disparu des productions françaises. -C'est une molécule fabriquée historiquement ici depuis fort longtemps, mais dont le niveau de production commençait à baisser année après année avec les délocalisations importantes, notamment en Inde.

Et en l'espace de sept ans, on a été capable de multiplier par dix la quantité de cet actif fabriqué ici. -Si M2i a réinvesti, c'est en fait pour relancer une histoire industrielle vieille de plus d'un siècle. En plein bassin camarguais, cette usine de la fin du XIXe siècle fabriquait de la soude pour le savon de Marseille.

Et à partir des années 80, des principes actifs pharmaceutiques. Pourtant, l'aventure a bien failli s'achever il y a une dizaine d'années, lorsque le groupe Solvay choisit d'abandonner la production de moins en moins rentable. Mais en 2013, M2i fait le pari de relancer la fabrication de ses principes actifs.

Aujourd'hui, l'entreprise fabrique une dizaine de ces molécules, une démarche qui ne s'est pas faite du jour au lendemain. -Ce sont plusieurs choses. La première : un gros investissement, environ 1,5 million par an d'investissements dans les machines.

Puis, une augmentation des capacités, plus de personnel. -Si ces investissements conséquents ont été rendus possibles, c'est parce que depuis quelques années, la demande en principes actifs made in Europe augmente. Pour comprendre pourquoi, il faut se rendre à l'extérieur de l'usine.

Cette machine permet de filtrer les rejets gazeux propres à la fabrication des principes actifs. -Là, c'est ce qu'on appelle les scrubbers. C'est les laveurs de gaz.

Il y a un système qui piège les gaz, dans lequel le gaz est neutralisé. -Car en Europe, la gestion des déchets polluants est régie par des normes très strictes. -Nous, ici, on est au milieu d'un parc naturel.

Tous nos rejets sont régis par un arrêté préfectoral. Il y a également des contrôles inopinés ou planifiés. Donc oui, tout ça est très contrôlé par les autorités françaises. -Des normes qui, dans les années 90-2000.

étaient beaucoup moins strictes en Asie. C'était donc moins cher d'y produire ces principes actifs. Mais aujourd'hui, l'écart de coût se réduit. -C'était peut-être économiquement un peu avantageux dans les années 90-2000, de délocaliser.

Aujourd'hui, les normes sont plus sévères là-bas. Le prix de la main-d'oeuvre est plus élevé. Ca a obligé les industriels chinois à rehausser leur niveau d'exigence et donc à augmenter leurs coûts pour répondre à des normes un peu plus sévères là-bas, qui sont loin d'être au niveau de celles que nous avons en Europe, mais qui sont quand même plus coûteuses et qui réduisent le "gap" de prix entre une production délocalisée et une production française. -Mais alors, si ce n'est pas une question de différence de coût, que manque-t-il aux industriels pour rapatrier la production ?

Des incitations financières, si l'on en croit le gouvernement. -Il y a 120 millions d'euros spécifiquement dédiés à la relocalisation d'activités industrielles liées aux médicaments. Nous avons engagé des travaux avec Seqens, UPSA, Sanofi, avec comme objectif, d'ici trois ans, que la France soit en mesure de produire, de conditionner et de distribuer du paracétamol.

Jingle -Alors, ça a pris un peu plus de temps, monsieur le ministre Bruno Lemaire, qui était encore aux commandes à ce moment-là. Depuis le reportage, la production des principes actifs continue dans cette usine, qui a embauché une vingtaine de personnes. Le groupe a bénéficié d'ailleurs de l'aide du plan de France Relance en 2020 et 2021 pour investir dans la production.

L'Etat n'est pas inerte, Madame Coutinet. L'Etat agit, finance, encourage. -L'Etat s'est réveillé, effectivement, un peu tardivement, mais l'Etat s'est réveillé post-Covid, mais la situation était déjà là avant le Covid, mais l'Etat s'est réveillé.

Par contre, il y a un problème quand même, c'est bien d'aider les industriels à revenir, mais quand ils sont partis, on n'a rien gagné à ce qu'ils partent, on a gagné que des pénuries. Mais les profits, eux, ils ont été gagnés par les entreprises. Donc, si vous voulez, il y a quelque chose, c'est quand même les citoyens... -Ca m'intéresse, vous dites : "On n'a rien gagné", vous voulez dire qu'en termes, par exemple, de découvertes scientifiques, puisque c'est justifié comme ça, par Sanofi, on a besoin de beaucoup d'argent pour la recherche, même si l'Etat contribue à 4,8 milliards chaque année pour aider les entreprises, mais ça coûte très cher.

Donc, on se dit, ce qu'on perd d'un côté, on le gagne en efficacité des traitements pour des maladies mortelles, par exemple. -Oui, mais ce ne sont pas les mêmes médicaments. Là, on parle du principe actif des médicaments génériques, traditionnels.

Ces derniers, c'est pas le même problème que les médicaments innovants, parce que, comme ça a été dit à plusieurs reprises, ceux-là coûtent très cher. Donc, ces médicaments anciens, on voit qu'on peut les relocaliser, donc c'est bien, c'est une bonne nouvelle, qu'on peut les relocaliser et que c'est rentable. Après, ça dépend de ce qu'on exige comme niveau de rentabilité.

Ce que je disais, c'est qu'il y a un problème, quand même. Regardez le développement du médicament, ces vieux médicaments, ils ont eu des brevets. Ils ont coûté très cher.

à la Sécurité sociale, aux patients. Et puis, ils ont perdu leur brevet. Ca avait fait des économies pour tout le monde.

Mais maintenant, il faut payer...

L'Etat doit payer pour qu'ils reviennent. Il y a quelque chose de pas très normal. Mais néanmoins, c'est une bonne chose et il ne faut pas s'arrêter là.

C'est évident. -Vous êtes d'accord ? -Oui, car on peut évidemment pleurer sur le lit renversé, même si c'est un peu malheureux de dire les choses comme ça.

Mais, il faut remonter la pente. Il y a deux sujets dans les pénuries. Il y a les sujets de la crise et c'est tout ce qu'on a évoqué sur les gestions de stock, etc.

Les plans de gestion de pénurie par les laboratoires. Et il faut qu'on ait le moyen de fabriquer en parapublic ou en public s'il y a un besoin urgent qui se fait signe. Mais il y a tout le long terme et le moyen terme, et ça, c'est la réindustrialisation.

Et encore une fois, il faut tout traiter, de la chimie jusqu'à la boîte qui arrive dans la pharmacie ou à l'hôpital. Et ça, c'est essentiel de traiter tous les sujets. Ca ne se fait pas en deux, trois, quatre ans, c'est cinq ans ou six ans.

Et quand on voit l'ampleur des pénuries, on se dit qu'il y a beaucoup de questions de réindustrialisation qui se posent, et pas qu'au niveau du pays, mais au niveau européen, puisqu'on doit quand même raisonner au niveau européen. La consommation d'un pays à l'autre en Europe, elle est à peu près la même. Les indications thérapeutiques sont à peu près les mêmes.

Donc, les laboratoires, quand ils regardent voient le marché européen. Donc, on a urgence à faire les choses de toute façon ensemble. Je voudrais quand même souligner... -Est-ce qu'il y a une stratégie européenne ? -Il y a une stratégie, il y a un Medical Business Act qui vient quand même de se monter.

Il y a des échanges entre les pays européens. On voit bien qu'à l'Agence européenne du médicament, il y a une liste européenne de médicaments indispensables qui est en train de se monter. Alors, c'est un peu compliqué d'un pays à l'autre, chacun à sa liste, mais au moins, on aura des choses en commun.

Moi, je voulais juste insister sur quelque chose, c'est que les pénuries de maintenant, on doit en tirer l'enseignement, notamment sur la nécessité de réindustrialiser la souveraineté, parce que les médicaments innovants de maintenant, pour certains, dans 15 ans, ce sera les médicaments matures. Et donc on doit, au moins pour ces médicaments innovants de maintenant, mettre en place la chaîne de fabrication industrielle, parce qu'on aura des pénuries, sinon, et les mêmes problèmes de souveraineté dans 15 ans, pour ces médicaments-là qui seront de première ou de seconde ligne pour la cancérologie, par exemple. -Je reviens sur la stratégie européenne, parce qu'on l'a vu au moment du Covid, il y a eu une mutualisation avec une répartition par exemple sur les masques, qui était opérée par l'Union européenne, par Bruxelles.

Est-ce qu'il ne peut pas y avoir des mutualisations de production, de relocalisation, qui soient ensuite redispatchées sur l'ordre ? -C'est absolument indispensable. -Est-ce que c'est en cours ? -Alors, si je peux me permettre.

Il y a HERA qui existe. C'est le consortium qui, en cas de crise, est activé au niveau européen. Il y a le paquet pharmaceutique aussi qui est en cours de discussion avec les plans de prévention des pénuries.

Parce que là, on est sur la gestion a posteriori. Moi, j'aimerais qu'il y ait plus de prévention. Comme l'a dit Madame de La Provôté, ça s'anticipe et ça s'anticipe maintenant pour les médicaments en pénurie de demain.

Aujourd'hui, il faut la souveraineté, la diversification des approvisionnements, des stocks. Comme ça a marché l'hiver dernier, on a déstocké les stocks qui sont des stocks tournants et qui ont été déstockés par l'ANSM, l'Agence Nationale... -Attendez, c'est quoi ces stocks-là ? -Les stocks de sécurité obligatoires. -Ce qu'on appelle les stocks stratégiques ?

C'est des stocks de sécurité. -Normalement, c'est pour quoi ces stocks stratégiques ? -C'est réglementaire en France, depuis le décret de mars... -C'est en cas de conflit ? -Non, ce n'est pas en cas de conflit.

Pour tous les MITM, ils sont... -Ne parlez pas en sigle, parce que nous... -Pour tous les Médicaments d'Intérêt Thérapeutique Majeur, il faut une obligation de deux mois de stock à réaliser par les industriels.

Nous demandons quatre mois, car ce n'est pas suffisant deux mois, puisque une pénurie en moyenne, c'est supérieur à deux mois. Et ces stocks ne sont évidemment pas pérennes, mais quand il y a une pénurie, le fait de déstocker, ça donne le temps d'importer des médicaments. Ca donne le temps de chercher un médicament de substitution.

Et pour les patients, c'est quand même essentiel. -Alors, autre levier, je voudrais qu'on s'y arrête parce que c'est assez surprenant. Moi, j'ai découvert ça en préparant cette émission.

Huit médicaments, selon l'UFC, que choisir ? Huit médicaments sur dix présentent encore 90 % d'efficacité. C'est peut-être le 10 % qui pose des problèmes, mais 90 % d'efficacité.

Plusieurs années ! Après la date de péremption, quand on pense à toutes les boîtes de médicaments qu'on jette régulièrement, on se dit : "Mon Dieu, quel gâchis", M. Bonnemain.

Est-ce qu'on ne peut pas faire autrement ? -Déjà, il faut dire que la péremption, c'est quelque chose de compliqué, parce qu'il ne faut pas simplement regarder le principe actif, ce qui a fait que choisir, il faut regarder aussi les impuretés générées pendant la stabilité. Moi, je dirais qu'il faut rester très prudent là-dessus.

La deuxième chose, c'est qu'effectivement, c'est ce qu'a fait la FDA déjà depuis plusieurs années. -Alors, la FDA, c'est l'agence américaine. -Oui Ils ont fait une liste des produits pour lesquels la péremption peut être prolongée en cas de rupture.

Et ça, je trouve que c'est une très bonne idée. On pourrait faire la même chose en Europe et en France, ce serait également très bien. Mais encore une fois, ça demande un vrai travail entre les industriels et les autorités de santé pour ne pas faire n'importe quoi. -C'est une piste intéressante, marginale ? -C'est intéressant de toute façon.

L'étude déjà doit être confirmée scientifiquement, monsieur a raison, pour essayer avec l'Agence Nationale du Médicament d'avoir vraiment la certitude de l'innocuité du produit que l'on va délivrer à un patient. -Madame Coutinet ? -Oui, c'est toujours bien quand on peut avoir plus, quand il y a plus de stock, quand il y a une disponibilité des produits qui s'accroît, mais ce n'est pas une solution durable à ce problème majeur. -Mais est-ce qu'on se dit, quand on économise de la santé, quel gâchis monstrueux ? -Bien sûr, mais ça peut être très bien.

Après, il y a aussi des questions de prescription, de conditionnement, des médicaments qui ne sont pas toujours conditionnés dans les mêmes dosages que... ils sont prescrits.

Si on vous prescrit, je ne sais pas, dix pastilles et que la boîte en compte quatorze, ben voilà. Il y a des problèmes de conditionnement, il y a des tas d'éléments qui pourraient permettre d'améliorer. -Il y a aussi également la pertinence des prescriptions, on n'en parle pas. -Vous ouvrez une autre page, pour les solutions ? -Oui, c'est-à-dire qu'il y a une surconsommation de médicaments en France, et je pense que les médecins prescrivent trop de médicaments, il y a trop d'angines pour les antibiotiques, et on va avoir de l'antibiorésistance à venir.

Il faut être vraiment attaché à la prescription. -Ca, ça peut être un levier ? Ce n'est pas marginal non plus, ça. -C'est un levier important. -Un levier important.

La surprescription. Vous en avez parlé dans le rapport ou pas du tout ? -Si, on a évoqué ce sujet, parce que normalement, la question des angines a été évidemment assez symbolique.

Et en fait, il y a des tests de dépistage pour vérifier si l'angine est à streptocoque ou pas. Et auquel cas, si c'est du streptocoque, il faut mettre un antibiotique précis à ce moment-là. C'est vrai qu'il y a des angines virales pour lesquelles l'antibiothérapie n'a aucune efficacité.

Ceci dit...

Il faut quand même avoir les moyens... -Les antibiotiques, c'est pas automatique, ça fait longtemps qu'on entend ça, ça fait 20 ans. -Le test n'est pas forcément pris en charge, je me permets de le dire simplement, le test de dépistage, et donc il faut quand même se donner les moyens aussi, si on veut faire de la prévention, de financer le test de dépistage, parce qu'on prescrit moins d'antibiotiques, mais si on n'en prescrit pas assez parce qu'on se fait disputer, parce qu'on en prescrit de trop...

Après, c'est des conséquences sanitaires importantes, car il y a des effets secondaires à une angine non traitée. Et ces effets secondaires-là, à ma connaissance, ils sont pas mal développés dans les pays où, soi-disant, on prescrit mieux, mais pas forcément... -C'est passionnant, parce qu'il n'y a pas de réponse simple. -Exactement.

C'est aussi complexe que la médecine. -C'est extrêmement complexe. Enfin, on se dit que s'il y a moins de prescriptions, et si on jette moins vite ces médicaments, bon, ça n'est pas du tout une réponse industrielle, parce que c'est principiel, c'est systémique.

Il faudrait s'attaquer, comme vous disiez, à la racine du mal. Et juste parce que sur ce sujet, vous n'êtes pas intervenue, ce sera le dernier mot, la dimension européenne de la solution, elle vous paraît importante ? -Indispensable, absolument indispensable. -Fondamentale. -Elle est fondamentale. -Bien sûr, c'est au niveau européen que cette relocalisation doit avoir lieu.

C'est ça qui a un sens économique et un sens industriel. -Et là, il y a eu une prise de conscience quand même avec le Covid. -Pour le moment, elle est timide. -Quand même, les vaccins. -Les vaccins Covid quand même. -Sur la répartition, mais pour le moment, l'Union européenne, dans les textes sur les pénuries, ne propose pas de relocalisation, ne propose pas d'organiser la relocalisation. -Elle propose d'acheter pour tout le monde. -Rien n'empêche, effectivement, les Etats, et notamment les Etats producteurs, de travailler ensemble, sans passer par la Commission européenne. -Il y a quand même un progrès important avec HERA, qu'on a évoqué, c'est une structure qui a été créée pour la gestion de crise et ils ont choisi onze produits pour regarder justement toute la supply chain, toute la distribution et la production pour voir où ça coinçait. -Les carences au niveau européen... -Alors on n'y est pas encore, mais on avance.

C'est bien de terminer sur une note un peu positive. Merci à vous d'avoir contribué à nous éclairer sur ce sujet encore une fois. Il faut se garder des idées simples.

Les solutions sont complexes. Merci infiniment à tous les quatre. Merci de nous avoir suivis dans ce numéro spécial d'Etat de santé.

A très vite ! Générique