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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 24 octobre 2025 22 minContradictoireMixte

TikTok : Amnesty International demande à la Commission européenne de "garantir un environnement sur pour les jeunes"

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0:02
Présentateur

Le grand entretien ce matin se penche sur les téléphones portables des ados et pas seulement. Sur cette application, surtout TikTok, elle est partout. TikTok, c'est un milliard et demi d'utilisateurs dans le monde. Presque un Français sur trois l'utilise. Pour le meilleur, recettes de cuisine, chorégraphie, conseils, séries, sinées, vidéos, humoristiques. Et pour le pire aussi, l'organisation Amnesty International a saisi mardi dernier l'Arcom. Le gendarme de l'audiovisuel, elle accuse le réseau social chinois de ne pas protéger les jeunes français des contenus encourageants, notamment le suicide.

Et pour dresser le constat et tenter d'en sortir avec nous ce matin, Katia Roux, porte-parole d'Amnesty International. Bonjour. Bonjour. Samuel Combley, directeur adjoint de l'association Ienfance et psychologue clinicien. Bonjour. Bonjour. Et au téléphone, Stéphanie Mistre. Vous êtes la maman de Marie qui s'est suicidée en 2020 à l'âge de 15 ans. Et vous êtes aussi membre de l'association Algos Victima. Bonjour à vous. Bonjour. Merci beaucoup. Merci à tous les trois d'être avec nous ce matin pour essayer de comprendre et de mesurer ce phénomène. On attend évidemment, chers auditeurs, vos témoignages, vos questions 01, 45, 24, 7000. Et sur l'application France Inter.

Et je voulais commencer avec vous, Stéphanie Mistre. Je voulais vous demander que vous nous racontiez l'histoire de Marie, donc votre fille. Elle a 15 ans en 2020 quand elle décide de passer à l'acte.

1:29
Invité

Oui. Alors, c'est en 2021. C'est le 16 septembre 2021. Excusez-moi, je me permets. Voilà. Elle a 15 ans. Elle va avoir 16 ans. Et en fait, Marie a passé une année où elle a été harcelée par des jeunes reconnus harceleurs, même avant de l'avoir harcelée elle-même. Et du coup, ça a créé une grosse fragilité psychologique de Marie, puisqu'ils étaient très actifs avec elle. Pas de prise en compte de l'encadrement, de la direction scolaire. Donc, Marie très affaiblie pendant une période de confinement aussi, je tiens à le dire, puisque 2021, on est en plein Covid.

Et c'est là qu'effectivement, TikTok prend son envol avec nos enfants, puisqu'ils se retrouvent à la maison et donc avec l'application. Et au départ de Marie, au bout d'un moment, je vais sur son téléphone pour essayer de comprendre le départ de ma fille. Et là, je tombe sur l'horreur. L'indicible, l'impensable en tant que maman et en tant qu'être humain. C'est-à-dire des contenus complètement inappropriés, dangereux, monstrueux pour des enfants, avec des façons de comment se donner la mort, de comment faire un nœud pour se pendre, de comment s'auto-mutiler, se scarifier. Des chansons qui prônent le suicide.

Enfin, toute une ambiance complètement anxiogène pour des enfants en pleine construction mentale, j'ai envie de dire, puisque TikTok est regardé quand même assez tôt par nos enfants. En fait, le problème de TikTok, pour Marie déjà, c'était son problème dans bon point, puisqu'elle était harcelée par rapport à son poids. Et donc, ma fille a dû aller voir des contenus concernant le poids. Et tout de suite, TikTok, avec son algorithme, vous met dans la catégorie problèmes de santé mentale. Et vous pousse ses vidéos qui vous incitent. Et derrière, il va pousser toutes les vidéos mortifères et déprimantes, et tout ça en le glamourisant et en le banalisant comme quelque chose de normal.

Et c'est ça qui est encore plus dangereux, c'est-à-dire de faire croire à nos enfants que la dépression, le mal-être, est quelque chose de normal, à tel point que pour des enfants qui se comparent, qui se disent, mais en fait, on est tous dans le même état, on est mal, on n'est pas bien. Cette atmosphère anxiogène que crée TikTok, qui évolue, parce qu'en fait, quelqu'un de vulnérable, quelqu'un de fragile, est quelqu'un qui va rester sur la plateforme beaucoup plus longtemps. Et donc, le modèle de TikTok est quand même la rentabilité. Plus on va rester sur l'application, plus on va rapporter de l'argent. TikTok n'est pas une plateforme de divertissement, mais de rentabilité.

D'autant plus qu'en fait, il n'y a pas de sécurité sur TikTok. Voilà, pour moi, clairement.

4:52
Présentateur

Katia Roux, ce qu'il faut voir, c'est que des tragédies comme celle de Marie, elles ne sont pas rares. Et il y a une raison à ça, parce qu'avec Amnesty, vous avez mené cette enquête entre juin et octobre de cette année. Vous avez créé des faux comptes d'utilisateurs, qui avaient ces faux comptes 13 ans. Et en à peine quelques heures, on arrive à ces vidéos que décrivait la maman de Marie, ces vidéos avec des contenus suicidaires. Est-ce que le terme Far West numérique, qui est employé par un avocat de victime, n'est pas galvaudé ?

Non, ce n'est pas un terme galvaudé, puisqu'effectivement, on se retrouve aujourd'hui encore, et malgré les mesures annoncées par TikTok, avec des contenus qui sont potentiellement préjudiciables, qui peuvent avoir un impact dramatique dans la vraie vie. On vient d'en entendre un témoignage. Et c'est exactement ce qu'on a prouvé avec notre enquête. Le fil « pour toi » de TikTok, ce fil ultra personnalisé qui va pousser certains contenus liés au centre d'intérêt présumé de l'utilisateur ou de l'utilisatrice, ce fil pousse les jeunes dans des contenus potentiellement toxiques qui vont effectivement banaliser, normaliser, voire idéaliser la dépression, l'automutiation et les suicides.

Et c'est ce qu'on a montré avec notre enquête. On a créé des faux comptes qu'on a gérés manuellement, qui imitaient l'activité sur TikTok d'adolescents et d'adolescentes de 13 ans. Et la méthodologie était simple. On faisait défiler les vidéos. Et dès qu'on avait une vidéo liée à la santé mentale, on la regardait deux fois. Donc au début, ça pouvait être des vidéos liées au développement personnel, coaching, ce n'était pas forcément des vidéos tristes. Mais dès qu'on en avait une, on la regardait deux fois, on ignorait les autres.

Et on s'est aperçu que très rapidement, le système algorithmique de TikTok nous proposait davantage de contenus de ce type, c'est-à-dire qu'entre 15 et 20 minutes, les trois fils pour toi des comptes qu'on avait créés étaient presque exclusivement remplis de vidéos liées à la santé mentale, avaient presque la moitié de ces contenus, qui étaient des vidéos tristes, des vidéos dépressives. Donc il faut s'imaginer des paysages tristes, musique triste, des pleurs, des cris en fond, des messages incrustés extrêmement faisant part d'une tristesse ou d'une souffrance. Et au bout de 45 minutes, deux de ces trois comptes proposaient des contenus liés au suicide.

Et au bout de trois à quatre heures, on avait les premières vidéos avec des jeunes partageant leur intention de mettre fin à leurs jours, y compris, comme l'a dit Stéphane Minimistre, avec des méthodes pour passer à l'acte. Alors Samuel Combley, vous êtes psychologue. À partir de quand, finalement, un contenu devient dangereux ? Parce que ce n'est pas lui qui va vous tuer directement.

7:16
Invité

C'est la répétition de ces contenus. Effectivement, l'enquête d'Amnesty International montre bien que les jeunes sont enfermés dans ces contenus, qui vont se répéter, qui vont les faire ruminer. Quand on ne va pas bien, l'idée, c'est de prendre du recul, justement, vis-à-vis de sa situation, vis-à-vis de son mal-être. Et en fait, les vidéos vont les obliger à rester, en fait, dans ces contenus qui vont alimenter une forme de rumination, une estime de soi qui va être évidemment très attaquée. C'est un peu le même principe qu'un serveur qui viendrait vous servir systématiquement dans un bar ou dans un restaurant.

Non pas ce dont vous avez besoin, mais ce que le serveur a, lui, décidé que vous alliez consommer, quitte même à ce que ce qu'il va vous servir vous fasse du mal ou vous rende malade. C'est exactement le même principe. Le serveur, c'est un peu comme l'algorithme. C'est l'algorithme qui va décider pour vous. D'ailleurs, le fil s'appelle le fil pour toi, mais c'est le fil sur toi, en fait, qui va utiliser votre vue.

8:06
Présentateur

Le fil, c'est la sélection pour ceux qui ne disent pas forcément TikTok.

8:08
Invité

Oui, exactement. Et c'est en fait une utilisation de la vulnérabilité des jeunes avec des parents, des adultes qui sont rarement présents aux côtés des jeunes et qui ne peuvent pas servir justement de garde-fous. Et c'est pour ça qu'il faut que TikTok, il faut que tous les réseaux sociaux, au-delà même de TikTok, puissent, je dirais, mieux programmer cet algorithme pour pouvoir protéger les jeunes parce que c'est des utilisations qui sont très solitaires et les jeunes ne sont pas capables, en particulier quand ils ne vont pas bien, de prendre ce recul pour se dire « Attention, peut-être que ces contenus me font plus de mal que de bien. »

8:38
Présentateur

Alors, Katiarou, il faut entendre quand même la défense aussi du réseau social TikTok, y compris suite à votre enquête. Ils disent que l'expérience a été en quelque sorte biaisée parce que ce n'était pas des vrais utilisateurs. Ils disent aussi qu'il y a une modération, c'est-à-dire on supprime en amont un certain nombre de contenus jugés dangereux ou nocifs et eux, ils disent que 9 sur 10 sont supprimés, y compris via de l'intelligence artificielle. Oui, alors sur l'argument de la modération, le fait est qu'on a mené cette enquête et qu'on est tombé sur ces contenus. Donc, ils existent et les jeunes, aujourd'hui, sont encore exposés à ces contenus préjudiciables.

Et effectivement, quand ils sont vulnérables, ça peut avoir un effet dramatique. Par ailleurs, la modération est de plus en plus aussi utilisée avec des systèmes d'IA qui peuvent être facilement contournables via des hashtags, via ce qu'on appelle l'algospique aussi, donc une manière, en fait, de remplacer les lettres par des chiffres ou d'utiliser des emojis qui font qu'on passe entre les mailles de la modération. Mais le vrai problème pour nous, c'est effectivement cette recommandation algorithmique qui fait que l'algorithme va pousser les contenus qu'il identifie comme intéressants pour vous, coûte que coûte, et même si ces contenus sont préjudiciables.

En ce qui concerne notre enquête, on a vraiment envoyé un minimum d'indications à l'algorithme, c'est-à-dire qu'on a regardé, encore une fois, deux fois une vidéo liée à la santé mentale. On n'a rien liké, on n'a rien partagé, on n'a rien commenté, on n'a pas fait de recherche. On n'a pas agi, entre guillemets. On n'a pas agi. On sait que l'historique de visionnage est un indicateur fort pour l'algorithme pour déterminer les centres d'intérêt. Mais il y en a beaucoup d'autres. On a, au final, adopté une approche extrêmement prudente, voire conservatrice, sur les informations qu'on envoyait à l'algorithme.

Donc, on peut légitimement craindre que si on avait utilisé un vrai compte avec une vraie personne derrière, l'effet de personnification et d'amplification ont été beaucoup plus forts, en réalité. Donc là, on est probablement en deçà de ce à quoi les jeunes pourraient être exposés si ça avait été des vrais comptes et qu'il y avait eu plus d'interactions, parce qu'on est dans une économie de l'attention avec une maximisation de l'engagement. Stéphanie Mistre, vous vouliez réagir aux propos de Katia Roux ?

10:41
Invité

Oui, effectivement, parce que là, on parle de... Enfin, TikTok dit qu'il supprime ses contenus, mais au-delà de ça, enfin, je veux dire, il y a une constatation quand on ouvre des comptes et comme dit Mme Roux, voilà, on tombe assez rapidement et n'importe qui, et surtout nos enfants, sur ce genre de contenu, parce que TikTok se cache le fait d'être un hébergeur neutre et qu'il n'est pas responsable de ses contenus. Mais il est prouvé, et on s'en rend largement compte, que TikTok, contrairement à un hébergeur neutre, en fait, organise, sélectionne quand même et hiérarchise ses contenus.

En fait, TikTok est tout à fait au courant de ce qu'il va interdire, supprimer, mettre en avant, comme un peu... Enfin, c'est un éditeur de contenus. Par exemple, avant, quand il y avait Musical.ly, pour ça que Marie allait dessus, puisque Marie chantait et dansait... Donc, votre fille de 15 ans ? Oui, ma fille de 15 ans, Marie créait des contenus. C'est-à-dire que là, on postait, on faisait une danse, une chanson, et là, on était créateur. Il y avait de la créativité, il y avait quelque chose qui se passait. Alors que maintenant, en fait, c'est TikTok qui dirige tous les contenus.

En fait, il met en vitrine, selon les préférences de chacun, en version tactique d'accrocher, et après, il va les enfermer. Donc, il est complètement au courant du genre de contenu qu'il met sur le réseau, puisqu'il les édite, il est même acteur. Donc, à partir du moment où on est éditeur de contenus, on est responsable de ce qu'on met. Donc, voilà. Donc, c'est facile. Enfin, TikTok trouve une combine pour passer au-delà. Mais voilà, TikTok est éditeur de contenus. Donc, il est bien responsable de ce qu'il met.

12:30
Présentateur

On a un témoignage au standard de France Inter, c'est celui de Richard. Bonjour, Richard.

12:34
Invité

Bonjour.

12:35
Présentateur

Vous, vous êtes enseignant et vous les voyez les effets de TikTok sur vos élèves ?

12:40
Invité

Alors, je les vois parce qu'ils en parlent, effectivement. Mais au-delà de ça, c'est la réflexion que j'ai, c'est me dire pourquoi, finalement, on n'arrive pas à interdire ce fléau, parce que c'est vraiment un fléau, TikTok. Et, deuxième chose, puisqu'on a dit d'être concis, vers qui on se tourne, en fait, si notre enfant est mis à mal par TikTok, c'est-à-dire qu'il va jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au suicide, puisque, effectivement, ce que j'entends, c'est que ça peut aller jusqu'au suicide. Oui, c'est la version extrême. Oui.

Moi, j'ai l'impression que, que ce soit nos politiques ou même nous-mêmes, on est dépassés par le phénomène et qu'il y a une forme d'emprise et de manipulation par ces fameux réseaux et que, malheureusement, nous, humains, on ne maîtrise plus grand-chose et qu'il faudrait peut-être en revenir à ce que disait un de mes patrons il y a quelques années en arrière, le GBS, le grand bon sens, et de remettre de l'humain dans ce monde qui est en train de nous bousiller carrément notre jeunesse et moi, ça me rend fou, vraiment. Merci. Voilà. Merci pour ce témoignage,

13:48
Présentateur

pour cette question, Richard. Je me tourne vers Samuel Combley parce que vous n'êtes pas seulement psychologue, vous êtes aussi directeur adjoint de l'association E-Enfance qui a un numéro qui est le 3018 que peuvent appeler les élèves harcelés et notamment ceux qui ont des problèmes avec les réseaux sociaux. Qu'est-ce que vous avez envie de lui répondre à, Richard ? Pourquoi on ne l'interdit pas finalement ce réseau social ?

14:08
Invité

Alors déjà, on peut rappeler que TikTok, comme tous les réseaux sociaux, est interdit normalement avant 13 ans. On ne peut pas s'y inscrire. On a révélé lors d'une enquête à l'association E-Enfance que 67% des enfants de 6 à 10 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux. 6 à 10 ans ? De 6 à 10 ans. Donc des enfants de CP peuvent déjà utiliser TikTok alors que normalement ils ne sont pas censés y être avant 13 ans. Donc déjà, si on pouvait respecter ce cadre, ce serait déjà une première chose. Après, c'est vrai qu'il y a peut-être une éducation au numérique à faire et peut-être repenser la façon dont on le fait.

C'est vrai qu'aujourd'hui, on éduque beaucoup les jeunes à avoir un comportement qui soit adapté à l'utilisation de ces réseaux sociaux. Peut-être qu'on doit aussi leur apprendre à comment fonctionnent ces algorithmes pour pouvoir composer avec ces programmes, avec ces logiciels qui vont choisir à leur place et je pense qu'on utilise d'autant mieux un outil qu'on comprend comment fonctionne cet outil, qu'est-ce qu'il y a derrière et peut-être que ça, il y a un travail de progression encore à faire. Et c'est vrai que quand on est face à un problème sur TikTok, on est un peu démuni, il n'y a pas un service après-vente, il n'y a pas un numéro de téléphone.

Par contre, le 3018, vous l'avez rappelé, il existe.

15:07
Présentateur

160 000 sollicitations

15:09
Invité

par an effectivement avec la possibilité justement de faire remonter des signalements. On est signaleur de confiance. Ce terme est important, ça veut dire qu'on va être le porte-parole de la population quand elle nous appelle. Ça peut être les enfants, les adolescents, les parents et les professionnels. Et quand on a un problème sur TikTok, le fait que le 3018 soit sollicité va permettre de faire remonter un signalement à TikTok au nom du 3018 qui est donc signaleur de confiance et ça va permettre d'avoir un retour extrêmement rapide, prioritaire parce que le DSA, le Digital Service Act est un texte La réglementation européenne. Exactement.

La réglementation européenne nous a donné ce statut et pour répondre à votre auditeur, heureusement que le DSA est là parce qu'il a pour vocation de responsabiliser les réseaux sociaux et de faire en sorte que ces risques systémiques dont on parle ce matin puissent être mieux gérés et donc il y a encore un travail à faire pour respecter ce texte européen, le DSA.

16:02
Présentateur

Voilà justement, c'est ce que disait Richard aussi sur le respect des règles qu'a Thiarou. Le Digital Service Act, cette règle européenne, elle existe et vous avez saisi d'ailleurs l'ARCOM suite à votre enquête sur la base de cette règle-là en disant qu'elle n'est pas respectée mais aujourd'hui, il n'y a eu aucune sanction contre TikTok, quelle qu'elle soit, alors qu'il y a eu plusieurs saisines de la justice, de la commission, etc., de l'ARCOM. Alors aujourd'hui, il y a une enquête en cours qui a été lancée par la commission européenne en février 2024 sur TikTok et précisément les effets potentiels sur la santé mentale des jeunes.

C'est aussi avec cette enquête ce qu'on va essayer d'alimenter, c'est-à-dire qu'on a apporté des nouvelles preuves, on espère que la commission européenne va s'en saisir parce que très clairement, aujourd'hui, TikTok ne respecte pas ses obligations au regard du DSA. En particulier, ses obligations en termes de protection des mineurs, en termes d'identification des risques systémiques, vous l'avez mentionné, c'est-à-dire les risques qui sont liés à la conception même de la plateforme, au choix de l'entreprise, TikTok, et ne respecte pas non plus ses obligations en termes de mesures d'atténuation des risques.

Oui, mais par exemple, la justice a aussi été saisie suite à la commission parlementaire TikTok pour mise en danger de la vie d'autrui et à ce stade, en fait, tout ça est très symbolique. Pour le moment, on n'a effectivement pas de conclusion ou de décision. Il y a aussi une plainte qui a été déposée au pénal en France par le collectif Algos Victima, dont Stéphanie Mistre fait partie, contre TikTok. Aujourd'hui, effectivement, on a besoin que des mesures fortes et adéquates soient mises en place. TikTok annonce faire ce qu'il faut. Elle ne reconnaît pas finalement sa responsabilité en termes de prise en charge des risques systémiques.

Elle ne reconnaît pas que l'entreprise a fait des choix d'avoir une plateforme qui est addictive dans sa conception même. Nous, on demande la sécurité. Qui respecte moins les règles que les autres réseaux sociaux. Alors, d'une manière générale, le modèle d'activité de TikTok est partagé par l'ensemble des entreprises et des réseaux sociaux. C'est l'économie de l'attention. C'est un modèle d'activité qui est fondé sur la captation des données personnelles, la surveillance, le profilage en ligne. Tout ça, effectivement, pour maintenir le plus longtemps possible les personnes en ligne et finalement générer du profit.

Dans le cas de TikTok, on a finalement une entreprise, une plateforme qui va exploiter les failles psychologiques des jeunes et les transformer en moyens de maximiser ses profits. C'est ça. Donc, la responsabilité, en premier lieu, elle est sur TikTok et il faut effectivement que les régulateurs, les décideurs, en fait, amènent l'entreprise à respecter ses obligations. Bien trop souvent, TikTok fait peser la responsabilité sur les jeunes avec un discours culpabilisant sur les adultes, les parents qui n'en cadrent pas assez.

Mais en premier lieu, l'entreprise est responsable de ses choix de conception addictif de la plateforme et notamment de ce système de recommandation algorithmique qui, encore une fois, entraîne les jeunes dans ces spirales de contenu toxique. Et aujourd'hui, la Commission européenne doit se saisir de ces nouvelles preuves pour vraiment mener à terme son enquête avec des conclusions fortes et des mesures enfin adéquates et efficaces pour garantir un environnement sûr pour les jeunes en ligne.

Et justement, cette nuit, le président de la République, Emmanuel Macron, s'est exprimé à l'issue du Conseil européen de Bruxelles, il a annoncé que la France, la Grèce, l'Espagne, Chypre, la Slovénie, le Danemark ont fait part à la Commission de leur volonté d'avancer à titre national sur un âge en deçà duquel les mineurs ne pourront plus accéder aux réseaux sociaux. Donc, ce serait l'âge de 15 ans a priori. Stéphanie Mistre, quand vous entendez ce discours, vous vous dites enfin, ça y est, on avance ?

19:17
Invité

Oui, écoutez, j'en... Oui, c'est déjà bien d'interdire au-delà de 15 ans. Il y a quand même aussi l'enquête de nos députés qui a sorti aussi un couvre-feu aussi pour nos enfants, pour les protéger jusqu'à 18 ans. Voilà, qui préconisait effectivement ce couvre-feu numérique, oui. Voilà. Peut-être pour suivre un petit peu le modèle chinois qui, depuis quand même 2021, se sont rendus compte de l'aspect négatif de TikTok tel qu'il était et qui l'ont transformé en douine avec un couvre-feu, avec une interdiction pour leurs propres enfants et aussi des contenus complètement différents que nous n'avons pas en Occident, d'éducation scientifique et plutôt sympathique pour eux.

Donc, en fait, leurs enfants ont quand même un autre modèle que le nôtre, beaucoup plus... qui leur profite beaucoup mieux et qui les éduque et qui ne fait pas en sorte que leur santé mentale est atteinte. Avec un revers autoritaire peut-être aussi.

20:18
Présentateur

Je voudrais juste me tourner vers Samuel Combley parce que ce qui est important aussi, c'est de détecter en amont les signes que ça dérape, que ça y est, on est tombé ou dans l'addiction au réseau social ou dans l'exposition au contenu dangereux. Comment peut faire un parent pour repérer, pour éviter, pour prévenir ? Évidemment, les parents ne sont pas modérateurs.

20:38
Invité

Non, effectivement. tout à l'heure votre auditeur disait il faut que l'être humain reprenne un peu sa place dans cet usage numérique des jeunes.

Je pense qu'effectivement de pouvoir se faire expliquer par les jeunes ce qu'ils font sur les réseaux sociaux, alors ça ne veut pas dire passer tout le temps avec eux, mais de temps en temps de pouvoir les aider à avoir un esprit critique davantage développé sur les contenus, pouvoir peut-être critiquer aussi leur façon dont ils vont chercher l'information, dont ils vont réagir face à cette information, de pouvoir peut-être aussi comprendre comment fonctionne le réseau social comme je le disais tout à l'heure, de pouvoir aussi mieux vérifier l'âge d'utilisation.

21:17
Présentateur

Ce qui est en cours au niveau européen.

21:18
Invité

Exactement. Alors, de pouvoir limiter à partir de 15 ans c'est une chose, mais encore faut-il se donner les moyens de vérifier que cet âge a bien été respecté. Les réseaux sociaux sont déjà interdits avant 13 ans et pour autant on sait que beaucoup d'enfants très jeunes y sont déjà. Donc il va falloir vraiment avoir un...

21:31
Présentateur

Les solutions techniques existent, dit Emmanuel Macron. Exactement,

21:34
Invité

les solutions techniques existent, il va falloir les mettre en oeuvre et après pour revenir sur votre question, je pense qu'un changement de comportement, un enfant qui dormait bien qui tout d'un coup a du mal à dormir, un enfant qui avait plaisir à aller sur les réseaux sociaux ou aller à l'école qui tout d'un coup a du mal à y aller, ça doit être interrogé peut-être aujourd'hui en 2025 sous l'angle de qu'est-ce qui se passe sur tes réseaux sociaux, est-ce que tout va bien et je suis là pour t'aider et le 3018 est à disposition de ces familles et des jeunes.

21:56
Présentateur

Merci de rappeler ce numéro Samuel Combley, je rappelle aussi le 31-14 pour les personnes qui auraient des pensées suicidaires. maman de mari et membre de l'association Algos Victima, merci à tous de nous avoir répondu sur France Inter, d'avoir décrypté ce phénomène, de nous avoir donné aussi cet important des solutions et je rappelle donc ces numéros, le 3018 et enfant, c'est le 31-14. Merci beaucoup d'être venu sur France Inter.