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AutreLCI — L'invité d'Adrien Gindre (sur Podcast)· 6 décembre 2024 14 minMixte

Face aux experts du vendredi 6 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Temps de parole

  • Manuel Valls79 %
  • Présentateur7 %
  • Locuteur 15 %
  • Locuteur 25 %
  • Locuteur 44 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Manuel Valls est l'invité du 6-9 ce matin. Bonjour M. le Premier ministre, bienvenue dans cette émission. Je voudrais commencer avec une question simple à l'heure où beaucoup sont candidats à un poste ou des postes. Est-ce que vous êtes vous-même candidat, par exemple, à Matignon ?

0:12
Manuel Valls

Non, pas du tout. Pas du tout parce qu'il faut d'abord analyser la situation dans laquelle nous sommes plongés depuis des mois, et notamment depuis la dissolution. Et les choses malheureusement s'accélèrent. Et moi je veux vous dire à la fois mon inquiétude et ma tristesse après le spectacle que nous avons vécu en regardant ce qui se passait à l'Assemblée Nationale. Cette motion de censure, un Premier ministre digne qui tombe, une impasse. Regardons les unes de la presse internationale, la possibilité, Mme Van der Leyen, la présidente de la Commission Européenne, signe contre l'avis de la France l'accord du Mercosur.

Nous sommes dans un moment, non seulement de chaos, de division, mais au bord du gouffre. Il faut se rendre compte, nous sommes évidemment déjà les uns et les autres dans le jour d'après, qui va être Premier ministre, qui va être ministre, quels accords. Mais regardons objectivement la situation économique, financière, budgétaire, morale et démocratique.

1:14
Présentateur

Justement sur le point moral, M. Valls, Emmanuel Macron hier adresse un message à peine voilé à François Hollande qui a voté la censure. Les socialistes qui aujourd'hui discutent avec le président de la République d'un éventuel nouveau gouvernement. Un ancien président de la République garant des institutions qui votent la censure du gouvernement, est-ce que ça vous a interpellé ?

1:31
Manuel Valls

Écoutez, moi je suis depuis de nombreuses années contre tout accord entre les socialistes et la France insoumise. On ne s'allie pas avec un parti qui diffuse la haine des juifs et d'Israël, ou sur la base d'un programme qui me paraît ne pas correspondre à ce qu'il faut pour le pays. Et le mot est faible. Je pense qu'il ne fallait pas voter cette censure.

1:54
Présentateur

Donc c'est une faute de François Hollande ?

1:56
Manuel Valls

Mais il ne fallait pas le faire parce qu'il y a encore une gauche sociale-démocrate responsable du gouvernement. Appelons-la comme on veut.

2:03
Présentateur

Mais du coup, il n'appartient plus à cette gauche. Pardon, j'insiste là-dessus parce que c'est très important. On parle d'un ancien président de la République.

2:08
Manuel Valls

Que vous avez servi. Et que vous avez servi, évidemment. Je pense que ce n'est pas le moment de procéder à des exclusions. J'ai suffisamment critiqué, y compris ce qu'a fait François Hollande, pour qui j'ai de l'amitié et de l'estime, parce que j'étais en effet son ministre et son Premier ministre, pour ne pas y revenir. Aujourd'hui, il faut être responsable. Il faut créer les conditions d'un accord large, pour créer les conditions de la stabilité, évidemment, pour rassurer nos compatriotes, pour rassurer les acteurs économiques et les entreprises, les agriculteurs. Tout le monde est particulièrement inquiet.

Enfin, la France est une des grandes puissances économiques et industrielles du monde. Nous sommes dans un moment clé pour le continent européen, avec la guerre en Ukraine, et avec l'attente sur les décisions que Donald Trump va prendre à partir du mois de janvier. Et nous, nous sommes dans la division. Donc, les partis qui ont gouverné, les partis de gouvernement, ont une responsabilité. Et François Hollande peut jouer un rôle, j'en suis convaincu, en disant, voilà ce qu'il faut faire. Est-ce que demain, on va censurer de nouveau ? Est-ce que demain, on va créer les conditions du cas où ? Non, ça n'est pas possible. Je rajoute un mot.

Il y a une volonté incontestable, de la part du Rassemblement National, comme de la France Insoumise, de Mme Le Pen, comme de M. Mélenchon, de créer les conditions, en poussant, en essayant de pousser, le Président de la République à la démission. Il a dit non hier. Donc, face à cela, oui, mais s'il y a une deuxième motion de censure, qu'est-ce qui va se passer ? Donc, face à cela, la responsabilité de chacun est engagée. Des députés, des anciens présidents, des anciens premiers ministres, chacun doit jouer un rôle pour créer les conditions d'un gouvernement, d'union républicaine, de salut public, parce que l'on a besoin, pour le pays, pour les Français. Eh bien, il n'y a pas d'autre choix.

Sinon, c'est la crise. Politique, nous y sommes. Démocratique, nous n'en sommes pas loin. Et de régime. Le moment est suffisamment grave pour qu'il y ait un sursaut, pour que chacun prenne ses responsabilités et se dise, je peux, d'une manière ou d'une autre, participer à ce gouvernement d'union républicaine.

4:18
Locuteur 4

Vous décrivez une situation qui est juste. Alors, on n'est pas dans le chaos absolu, mais il y a une vraie menace. Vous décrivez, au fond, vous faites le portrait de républicain. Ce matin, dans le Figaro, Bruno Rotaillot dit, voilà, Manuel Valls, c'est un grand républicain. Vous ne défilerez pas si on vous appelle, non ? A jouer un rôle. Non, mais je ne sais pas lequel.

4:39
Manuel Valls

Mais vous vous rendez compte, nous n'avons pas encore de Premier ministre, ni d'accord. Parce que si c'est pour refaire ce qu'on fait depuis trois mois, c'est pour faire l'inverse, justement. On connaît le résultat. Moi, parce que je viens de la gauche républicaine, la seule chose, et parce que j'ai théorisé les gauches irréconciliables, irréconciliables.

5:00
Présentateur

C'est un lapsus qui est très intéressant, on se parle.

5:02
Manuel Valls

Et il est tout à fait intéressant, parce que je voulais dire la chose suivante. Les gauches irréconciliables, nous savons ce que c'est. Mais je ne souhaiterais pas qu'il y ait deux gauches irresponsables. Et c'est pour ça que la gauche de gouvernement doit prendre ses responsabilités. Et d'une certaine manière, je me réjouis des déclarations des uns et des autres, côté Parti Socialiste, c'est mon ancienne famille politique.

5:25
Locuteur 4

Jérôme Guetsch, par exemple.

5:26
Manuel Valls

Jérôme Guetsch, Patrick Cannaire, Boris Vallaud, même Olivier Faure, François Hollande, pour que chacun se rende bien compte que nous sommes à un moment de bascule. On a voté de manière totalement irresponsable une motion de censure. Mais le résultat nous conduit au bord du gouffre. Donc, prenons nos responsabilités, que chacun prenne ses responsabilités, parce qu'on est dans ce moment grave. C'est pas pour les postes, c'est pour les Français.

5:54
Locuteur 2

Jusqu'où doit aller cette grande alliance que vous appelez de vos voeux, c'est-à-dire des écologistes aux Républicains de Bruno Retailleau ?

6:01
Manuel Valls

Ça dépend de chacun. Mais il est évident que, hors LFI et hors RN, il y a suffisamment, me semble-t-il, de Républicains pour y participer. Mais avec une idée, que Bruno Retailleau rappelle, d'ailleurs, dans son entretien du Figaro. Il faut répondre à l'attente des Français. Et d'une certaine manière, les uns et les autres la portent. C'est quoi cette attente ? C'est l'ordre républicain et c'est la justice sociale. C'est soutenir l'activité économique de notre pays où l'on a besoin, mais c'est répondre aussi à la demande forte de justice de nos compatriotes. Voilà le chemin.

6:37
Présentateur

Reste avec nous, suite de cet entretien, en direct sur LCI. Quelques-uns. Manuel Valls, c'est l'invité du 6-9 ce matin. Parmi les noms qui circulent pour occuper un poste à Matignon, au-delà de la personne, j'insiste là-dessus parce que les noms incarnent une situation. Est-ce que François Bayrou, c'est l'homme de cette situation, selon vous ?

6:53
Manuel Valls

Mais il y a beaucoup de noms qui sont possibles. François Bayrou à Bernard Cazeneuve, on voit bien qu'il y a différentes possibilités.

7:01
Présentateur

Vous préférez Bernard Cazeneuve, vous ? Parce qu'il est, comme vous, socialiste ?

7:04
Manuel Valls

Ou ancien socialiste, pour être précis. Je ne vais pas rentrer dans ce débat. Ce qui me paraît important par rapport à ce que nous venons de connaître, c'est que tout gouvernement ne peut pas être dépendant du Rassemblement National. Mais c'est le cas, M. Valls. Non.

7:19
Présentateur

Quoi qu'il advienne, c'est le cas. Parce que si Marine Le Pen dit non, le gouvernement tombe.

7:22
Manuel Valls

Non, je ne suis pas d'accord. Ça dépend donc, une nouvelle fois, ça nous renvoie aux questions précédentes, des socialistes, d'une partie de la gauche, républicaine et gouvernementale. Ça dépend d'eux. Si eux prennent leur responsabilité, soit parce qu'ils participent à un accord, soit parce qu'ils participent au gouvernement, soit parce qu'ils prennent l'engagement, sur la base évidemment d'un projet pour cette législature, de ne pas censurer, alors les choses changent. Et on ne dépend pas uniquement de l'extrême droite ou de l'extrême gauche.

Ça veut dire qu'on prend les responsabilités pour dire voilà, on s'attaque à la question cruciale de mon point de vue de la dette et des déficits publics parce que ça va s'accroître dans les semaines qui viennent, la compétitivité des entreprises, la lutte contre le chômage parce que nous voyons bien qu'il y a beaucoup de destructions d'emplois actuellement, les questions de sécurité et d'immigration, le soutien à l'Ukraine, bref, il y a suffisamment de dossiers pour s'accorder et pour trouver un accord maximum ou minimal, mais en tout cas pour faire en sorte que le gouvernement de la France soit stable dans ce moment. ça me paraît essentiel. Quelqu'un de gauche doit l'incarner ?

Il peut y avoir des personnalités de gauche dans ce gouvernement, quelqu'un de gauche peut l'incarner comme Premier ministre, c'est le Président de la République qui va faire ce choix. Mais ce qu'il faut c'est du fond un accord de gouvernement. J'entendais Raphaël Luxemann, il a raison et moi aussi je le souhaite, le mieux ça serait un véritable accord de gouvernement et de législature. Mais avançons vraiment de grâce. Moi je suis frappé par le fait qu'on a l'impression qu'on est dans une situation politique normale.

Non, nous sommes dans un moment clé, vous savez j'aime trop l'histoire et j'aime trop mon pays pour ne pas me rappeler souvent qu'il y a des moments où ce pays c'est uniquement dans les moments de crise absolue comme en 1958 qu'il est capable de se sursaut. Moi je ne voudrais pas que ce soit au moment où on plonge qu'on se dise ah voilà ce qu'il fallait faire. Non il faut le faire maintenant avant qu'il ne soit trop tard.

9:16
Locuteur 1

Nous avons un voisin allemand qui n'est pas dans une forme olympique j'allais dire un peu à l'image de la France même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. Mais ils vont avoir une élection au mois de février la droite, la CDU est largement en tête dans les intentions de vote mais elle ne pourra pas gouverner seule et il est très probable qu'elle fasse un contrat de coalition avec les sociodémocrates qui viennent enfin qui vont probablement quitter la tête de la coalition sortante. Pourquoi ça ne nous inspire pas ? Pourquoi on a tant de difficultés à regarder ce qui se passe chez nos voisins belges, néerlandais, allemands, même espagnols ?

On voit ce que c'est qu'une vraie coalition quand on parle d'intérêt général justement.

9:57
Manuel Valls

Quand je parle de responsabilité, de sursaut, de gouvernement d'union républicaine ou de salut public, je parle de grande coalition. C'est au fond c'est la même chose parce que sur l'Europe, sur l'Ukraine, sur l'économie de marché, sur la nécessité de protéger les plus modestes et les plus faibles de la société, nous pouvons, ou sur la lutte contre le réchauffement climatique, nous pouvons nous mettre d'accord, je suis aussi convaincu qu'en matière de sécurité et de maîtrise des flux migratoires, là aussi, c'est partie de cette gauche qui a su évoluer au cours de ces dernières décennies.

Donc cela est possible au nom d'une certaine idée, encore une fois, du patriotisme et de l'avenir de notre pays. Donc aujourd'hui, parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité, c'est la seule solution qui consiste à ce que ceux qui sont responsables se disent pour cette législature. On ne va pas provoquer une élection présidentielle, on ne va pas tout miser sur une élection législative au mois de septembre prochain. On a besoin de ces 30 mois qu'évoquait le président de la République hier soir pour faire les réformes, pour gouverner sérieusement, pour rassurer les Français.

11:05
Locuteur 4

Rapidement, est-ce qu'il y aurait un obstacle avec la réforme de la réforme des retraites ou est-ce qu'il peut être surmonté selon vous ?

11:13
Manuel Valls

C'est difficile, il faut bien le reconnaître, mais je pense qu'avec les partenaires sociaux, c'est ce que voulait tenter Michel Barnier, il y a suffisamment à faire sur la pénibilité, sur la carrière longue, sur la situation des femmes, sur les situations injustes. Oui, il y a sans aucun doute des corrections à mener.

11:29
Locuteur 2

Vous disiez tout à l'heure que le Rassemblement National n'avait pas totalement la main sur la censure, en effet, ils ne sont que 142 députés à l'Assemblée. Est-ce qu'Emmanuel Macron a commis une erreur en nommant Michel Barnier, en se mettant entre guillemets dans les mains du Rassemblement National jusqu'à la négociation du budget, selon vous ?

11:45
Manuel Valls

L'erreur aussi a été celle de la gauche, parce qu'elle a dit qu'elle allait censurer et qu'elle a présenté cette motion de censure et qu'elle a accepté d'une certaine manière de préparer la censure en sachant que le Rassemblement National pouvait la voter. Il y a eu de l'irresponsabilité un peu partout. Pardon, la première, et moi je continue à ne pas la comprendre, je fais partie de ces Français qui ne l'ont pas comprise, c'est la dissolution elle-même. Mais on peut parler du passé. Je suis très critique avec le président de la République sur cette dissolution ou sur la Nouvelle-Calédonie ou sur sa politique étrangère concernant Israël et sur bien des sujets.

Mais moi j'ai gouverné, je sais que c'est difficile quand l'économie ne va pas bien, quand la majorité est divisée, quand nous faisons face au terrorisme islamiste. Mais parce que j'ai une certaine idée encore une fois de ce que doit être l'État, parce que je m'inquiète de l'abaissement du débat public, du débat politique. Je dis à mes compatriotes mais je dis aussi aux responsables politiques, c'est le moment de s'unir sur l'essentiel. Sinon on va dans le mur dans la situation que vous décriviez qui est difficile pour l'Europe parce que le coup franco-allemand est lui-même en crise. Dernier mois.

12:51
Locuteur 2

Est-ce que vous êtes favorable à une réforme des institutions ? Par exemple la proportionnelle pour les prochaines élections ? Si on vous suit sur cette nouvelle coalition, est-ce qu'il faut que les institutions s'adaptent ?

13:01
Manuel Valls

Les institutions elles sont solides, ce sont celles de la 5ème République.

13:05
Locuteur 2

On garde ce scrutin ?

13:06
Manuel Valls

On peut toujours les aménager. Le scrutin c'est autre chose. Ça ne peut pas être un scrutin de complaisance pour régler par exemple le problème du Parti Socialiste et pour le détacher de la France Insoumise. C'est à lui sur le fond de rompre avec la France Insoumise sur les questions économiques et sociales ou sur l'Europe il n'y a rien à voir ou sur la lutte contre l'antisémitisme il n'y a rien à voir. Donc c'est au Parti Socialiste de prendre... Mais sur la proportionnelle

13:29
Locuteur 2

vous y seriez favorable ?

13:31
Manuel Valls

L'intre personnel je suis opposé à la proportionnelle mais c'est les parlementaires qui décideront de leur avenir. Merci M. Valls d'avoir été avec nous ce matin en direct sur LCI.