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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 11 mars 2025 11 min

Le retour de la loi du plus fort ? - C dans l’air - l’invité - 11.03.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

parlez-en à votre pharmacien. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Le président de la République reçoit aujourd'hui les chefs d'état-major de 31 pays alliés, sans les Américains. L'Europe au pied du mur doit y mettre le prix et faire des choix stratégiques.

Nous en parlons avec J.-P.Raffarin.

Merci d'avoir accepté l'invitation. Vous êtes ancien Premier ministre. Vous présidez également l'organisation Leaders pour la paix.

C'est un mot qu'on entend assez peu en ce moment. Il y a un autre mot qui a fait irruption dans notre vocabulaire du quotidien: "guerre". Est-ce que c'est une menace crédible? - J.-P.Raffarin: Oui.

Pour la paix, je crois que globalement, il faut comprendre qu'elle ne tombe pas du ciel. C'est un travail, une préparation, une culture. Il y a des écoles de guerre mais pas une école de paix.

Nous créons une école de paix. Notre travail est à long terme pour expliquer aux gens ce que sont la dignité, la diplomatie, la relation de respect des autres, notamment de cette proximité entre la violence et la guerre aujourd'hui. Ce sont 2 soeurs jumelles.

Quand la violence se développe, elle rend la guerre acceptable. - C.Roux: On est dans la loi du plus fort? - J.-P.Raffarin: Oui.

Nous devons rétablir les vraies valeurs. La paix, c'est quelque chose qu'il faut protéger et organiser. Ce n'est pas quelque chose de naturel.

C'est un travail. - C.Roux: Parlons de la situation en Ukraine.

Il y a des pourparlers en ce moment entre les Etats-Unis et l'Ukraine après le clash dans le bureau Ovale. La paix vue par les Américains et les Russes donne une reddition. A quoi ressemble la paix à laquelle vous aspirez pour l'Ukraine? - J.-P.Raffarin: Ce n'est pas la paix de Munich.

C'est la paix du respect de l'autre. Munich, c'est la domination de l'un sur l'autre. La paix, c'est forcément un accord partagé, réciproque, harmonieux.

La situation dans laquelle on est...

La menace n'est pas seulement la menace de Poutine et ses ambitions. C'est cette alliance entre éventuellement Poutine et Trump. C'est le fait qu'on peut avoir aujourd'hui les Etats-Unis d'Amérique d'un côté, la Russie de l'autre, qui ont comme même intérêt l'affaiblissement de l'Europe. - C.Roux: Vous les mettez sur le même plan? - J.-P.Raffarin: Non.

On a toujours un partenaire, un allié que sont les Etats-Unis, mais aujourd'hui, avec les déclarations de monsieur Trump, mais aussi de son entourage, on est particulièrement inquiets. Ces déclarations sont impensables. On ne les imaginait pas.

On peut donc s'attendre à tout. Si on s'attendait aujourd'hui à une situation difficile avec la Russie, on voit que ce qui nous menace, c'est au fond une sorte de blanc-seing donné par les Etats-Unis pour que la Russie avance et construise son grand empire au coeur de l'Europe. - C.Roux: Elle avance, y compris vis-à-vis de pays qui ont intégré l'Europe pour l'Otan. - J.-P.Raffarin: Vous imaginez une attaque contre les Balkans?

C'est une affaire de l'UE. On ne peut pas rester innocents d'une situation de cette nature. On doit s'engager. - C.Roux: Il y a tout un tas de personnalités de la classe politique qui considèrent que le président en a trop fait, qu'il a inquiété gratuitement les Français en évoquant la menace russe, en disant que la patrie a besoin d'eux, avec le sentiment qu'on allait demain envoyer nos jeunes se battre en Ukraine ou ailleurs.

A-t-il surjoué la peur? - J.-P.Raffarin: Non.

J'ai lu les textes de R.Char dans les années 30, qui annonçaient les difficultés qu'on devait affronter. Celui qui annonce les difficultés, souvent, à court terme, il est pris pour un provocateur, pour un agitateur.

Il est pris pour quelqu'un qui fait peur. Mais il a aussi un devoir de lucidité. Quand on dirige un pays, il faut le préparer...

Je suis révolté par ces attaques, surtout sur ce qui concerne la préparation de la France. Dans le passé, notre pays n'a pas été préparé suffisamment aux défis qu'il devait affronter. Aujourd'hui, il faut se préparer à ce défi.

Par exemple, il faut construire avec l'Allemagne une coopération nouvelle, importante. C'est très important de donner à l'Europe un leadership. - C.Roux: Mais vous entendez ce que dit notamment M.Le Pen? "Les Russes n'ont pas réussi à rentrer en Ukraine comme ils le souhaitaient donc ils ne vont pas rentrer à Paris." Sous-entendu qu'il n'y a pas de risque militaire. - J.-P.Raffarin: C'est complètement faux...

Il y a un accord factuel des Américains sur l'avancée des Russes. Si on doit avoir notre allié principal, celui qui nous a sauvés en 1945...

Tout ce qui a pu libérer le pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est ce pays...

S'il nous abandonne et passe dans le camp adverse, et laisse un blanc-seing à Poutine pour que celui-ci avance ses pions par exemple dans les pays baltes, en Pologne...

Nous sommes dans une situation...

Si la Pologne est attaquée, nous sommes attaqués. Si les pays baltes sont attaqués, l'UE est attaquée. - C.Roux: C'est ce qu'il faut répéter aux Français? - J.-P.Raffarin: Bien sûr.

Je ne crois pas que Poutine seul soit la menace. C'est Poutine avec un blanc-seing de Trump. Ca vaut la peine de préparer...

Je trouve que le président est très courageux de préparer les Français quelquefois peut-être à ce qu'on pourrait considérer comme être le pire, mais si vous voulez faire face à ce qui peut nous concerner, vous devez préparer le pire. - C.Roux: En tout cas, le réveil européen est brutal.

Ecoutons U.von der Leyen ce matin. - U.von der Leyen: Le temps des illusions est révolu.

L'Europe est appelée à prendre en charge sa propre défense de manière plus importante, non pas dans un avenir lointain, mais dès aujourd'hui. Non pas avec des pas successifs, mais avec le courage que la situation exige. Nous avons besoin d'une montée en puissance de la défense européenne et nous en avons besoin maintenant. - C.Roux: "Maintenant".

Est-ce qu'on a les moyens maintenant? - J.-P.Raffarin: C'est intéressant de voir celle qui était la plus proche des Etats-Unis dire qu'il faut aujourd'hui compter sur nos propres forces.

Ca veut dire que la situation est complètement nouvelle. Le rappeler face à de nouveaux défis, comme on voit les décisions par rapport au déficit budgétaire...

Il y a un certain nombre d'orientations positives. C'est à l'Europe de prendre ses responsabilités. - C.Roux: Ca veut dire payer pour sa défense.

Le ministre des Armées, S.Lecornu, veut faire passer le budget militaire de la France à 100 milliards. Ce n'est pas un chiffre qui tombe du ciel.

On entend les Européens dire qu'on va mettre sur la table 800 milliards, qui sont en réalité des facilités de crédit accordés aux Etats. La France est un pays très endetté. Ca va coûter cher.

Ca va demander beaucoup d'efforts aux Français. C'est aussi ce qu'E.Macron nous a dit. - J.-P.Raffarin: Il ne faut pas croire que la souveraineté, la liberté et la sécurité sont gratuites.

Nous sommes gouvernés non pas par le droit mais par la force. Ce qui change, c'est que la règle, qui était la règle mondiale de l'ONU, de l'OMC, de l'OMS, la règle du droit, s'efface aujourd'hui devant la règle de la force. Nous sommes à un moment ou un autre menacés par la force.

On lui oppose des moyens, à la force. Il faut donc construire une force. Notre force à nous, c'est un investissement militaire, un accord franco-allemand essentiel et un partenariat avec l'armée du Royaume-Uni.

C'est assez clair. Il faut avancer sur ces 3 forces. - C.Roux: En utilisant des armes européennes et en achetant des armes européennes? - J.-P.Raffarin: Exclusivement.

Mais ne soyons pas pessimistes sur la situation de l'armée française. Elle a fait d'énormes efforts technologiques. Notre organisation nationale pour l'innovation est essentiellement militaire.

L'armée représente beaucoup de forces industrielles. Nous avons donc aussi une industrie à défendre. L'industrie de l'armement en France est une industrie innovante, technologique.

La soutenir, ce n'est pas pour la France quelque chose qui sera coûteux. Ca crée des emplois et de l'activité. - C.Roux: On a parlé des grands empires, des grandes puissances, des Etats-Unis, de la Russie, de ce que peut devenir l'Europe...

Et la Chine? Dans ce moment dans lequel nous sommes, elle est toujours dans ce registre de la loi du plus fort? - J.-P.Raffarin: Je pense que oui.

Elle est dans le registre des puissances. Les puissances ne rêvent de gouverner que par la puissance. Nous ne sommes pas innocents de la proximité entre la Russie et la Chine. "Ne mettez jamais dans le même pot les intérêts de la Russie et de la Chine." Nous avons mis avec les sanctions dans le même pot les intérêts de la Russie et de la Chine.

Le problème de la Chine, c'est avant tout sa compétition avec les Etats-Unis. Le fait que les Etats-Unis lâchent l'Europe pose beaucoup de questions en Chine. - C.Roux: Quel genre de questions? - J.-P.Raffarin: Elle va savoir quelle est sa future relation avec l'Europe.

Si l'Europe perd un allié, peut-être qu'elle peut rechercher des partenaires. Il y a donc des dispositions aujourd'hui en situation de discussion. Tout dépendra de l'attitude des Etats-Unis.

Nous devons rester des alliés honnêtes des Etats-Unis. On a besoin d'eux, notamment pour régler l'affaire... - C.Roux: Ils ne veulent plus de nous. - J.-P.Raffarin: Mais tant qu'on peut discuter avec eux, faisons-le notamment pour l'Ukraine et les Ukrainiens.

Ce que je n'accepte pas, c'est cette brutalité, ce langage fait par les Etats-Unis. Vous n'avez pas entendu un mot sur les morts ukrainiens, ces jeunes qui ont donné le sacrifice de leur vie pour défendre leur nation. Les Etats-Unis sont en train de casser beaucoup de choses que nous avons en commun.

Mais nous avons besoin d'eux et nous sommes toujours dans le même camp. Mais s'ils nous laissent tomber dans cette affaire, il est clair que nous devrons envisager notre souveraineté en parlant avec les uns et avec les autres.

Le retour de la loi du plus fort ? - C dans l’air - l’invité - 11.03.2025 — Jean-Pierre Raffarin · Pourquijevote