Joël Aviragnet, député PS, tente de convaincre sur le terrain - reportage #cdanslair 25.10.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Je ne dis pas que c'est un jeu d'ombres, mais aujourd'hui, il ne faut pas considérer que la copie est la copie finale. - A.Casse: Tout à l'heure, Emmanuel se demandait comment étaient accueillis les socialistes sur le terrain.
On va regarder notre reportage. - Comme chaque vendredi, c'est jour d'entraînement pour ce club de rugby de Haute-Garonne. Une confrontation à laquelle est venue assister le député socialiste J.Aviragnet.
Lui aussi mène une bataille sur un autre terrain: le budget 2026 et les économies qu'il faudra envisager. Au bord du terrain, c'est la suppression du passe sport qui inquiète. Cette aide de l'Etat est essentielle pour les jeunes. - Vous savez combien les gamins perdent pour la licence? 70 euros. 40 millions d'économies au niveau national, ce n'est rien par rapport au déficit de la France et des mesures à prendre.
Pour les gens, c'est énorme. Quand on voit que les 100 premières fortunes de France ont doublé leurs avoirs en 10 ans...
Il y en a, de l'argent. Ils peuvent le partager. - Plus de justice fiscale dans le budget 2026, c'est ce qu'espère obtenir le PS après l'engagement du Premier ministre de suspendre la réforme des retraites.
Une première victoire pour le député, qui ne suffit pas à convaincre tout le monde sur ce marché. - J'espère que vous êtes nombreux à vous battre. Sur le terrain, on ne le voit pas. - Bien sûr.
Je regarde un peu les retraites. Tout le monde s'est battu. Ca a été imposé contre l'avis général, mais là, c'est arrêté.
Au 1er janvier, c'est stoppé. Les gens qui sont nés en 64 ou 65 gagnent presque un an. - Et il faut qu'on puisse avancer par petits sauts.
Je pense qu'il faut une vision globale plus importante. On n'a plus de politiques qui ont une vision futuriste. - Fidèle à la consigne du parti, le député n'a pas voté la motion de censure.
Ca ne plaît pas à certains. - Tu aurais bien aimé que je vote cette censure. - Oui. - Si on veut obtenir des résultats, il faut qu'on fasse un compromis. - Soit il faudra manger des couleuvres, soit il faudra la voter. - Le Premier ministre s'est engagé. - C'est de la parole. - Evidemment.
Sinon, on censurera. On n'aura plus le choix. - Censurer ou pas, comment sortir de ce dilemme à l'heure où d'autres électeurs réclament de la stabilité? - Tu sens la tendance?
Comment sont les gens? Toujours inquiets? - C'est une situation déstabilisante.
Ce qui nous intéresse, c'est que ça reparte. On en a marre d'être entre deux eaux, de ne pas savoir comment fonctionner. Les gens ne savent pas s'ils doivent investir ou non, s'ils doivent se faire plaisir ou garder les sous.
On ne sait plus quoi faire. - Pour maintenir le lien avec les acteurs économiques du territoire, le député tente de les réunir une fois par an. - Il va falloir batailler.
Au moins, on a stabilisé le pays. - Une façon d'occuper le terrain face au RN, qui a fortement progressé lors des dernières législatives. J.Aviragnet alerte sur les dangers d'une dissolution ou d'une destitution du président de la République. - Je pense qu'il faut apaiser le pays.
L'agitation, les cris, la fureur, ce n'est pas ce qui crée du lien entre les gens. Ca jette du doute, de l'opprobre, de l'incompréhension sur le groupe politique. Ca les rapproche du RN.
C'est ce qu'on entend: "On ne les a jamais essayés." - Le PS laisse jusqu'à lundi au gouvernement pour obtenir des évolutions dans le budget 2026, faute de quoi les députés voteront une motion de censure. - A.Casse: Qu'est-ce qui vous marque dans ce reportage? - E.Duteil: Ce n'est pas simple pour lui d'aller défendre les mesures.
Il y a la dame qui lui dit qu'il n'y a aucune vision de l'avenir. Je trouve que c'est ça. Peut-être que notre émission en est le meilleur exemple.
On ne parle que de l'amendement 2 bis, 4 bis ou 3 bis. Ce qu'on oublie, c'est pourquoi il faut faire des économies. Il ne faut pas arrêter de le rappeler.
Ces économies ne sont pas pour faire plaisir aux riches, mais parce que nous sommes très endettés. Nous ne sommes pas encore en crise économique, contrairement à ce que certains veulent dire, mais en crise politique qui pourrait dégénérer en crise économique. - A.Casse: A quelles conditions? - E.Duteil: Si nous n'arrivons pas à nous préparer pour demain.
Il faut préparer le grand âge. Nous avons des gens qui vont vivre de plus en plus longtemps, et pas obligatoirement bien. Il faut financer le grand âge.
Il n'y a quasiment rien de côté pour le financer pour l'instant. Il faut rénover l'école et la santé, financer la transition écologique. La transition écologique, ce sont des centaines de milliards d'euros d'investissement demain.
On ne va pas les sortir de nos caisses, qui sont vides. Si on ne recouvre pas une forme de capacité à générer de l'argent pour financer tout cela demain, là, on sera en crise économique majeure. Si on ne fait pas d'efforts aujourd'hui qu'on a tant reculé, c'est un problème.
Prenons Moody's, qui n'a pas dégradé la France hier soir. Finalement, elle nous a quand même mis en perspective négative. - A.Casse: On s'attendait à pire. - E.Duteil: Sauter 2 crans d'un coup, ce n'est pas simple.
Elle a quand même baissé d'un cran. On peut parier une bouteille d'eau gazeuse qu'a priori, on finira par être dégradés. Nathalie parlait du bordel en France.
On a un secteur bancaire extrêmement performant. Aujourd'hui, on a parmi les plus grandes banques, les plus solides d'Europe et du monde. Je sais que tout le monde parle de l'indexation des plus riches, mais une banque comme BNP Paribas est l'une des plus solides au monde.
Ce n'était pas gagné que la France puisse avoir ça. On a aussi plein d'avantages, des secteurs diversifiés. On a notre destin en main, mais on ne l'aura Plus si on sort de cette vision.
Pour décider d'ouvrir ou non une industrie, il ne s'agit pas de savoir si on va voter l'alinéa B ou 4C. Il s'agit de définir la pérennité du crédit impôt recherche, de telles aides ou de la possibilité d'avoir des terrains. - A.Casse: J'entends votre colère. - E.Duteil: Ca n'en est pas. - A.Casse: Qui n'est pas au niveau du débat aujourd'hui? - E.Duteil: Nathalie a répondu. - A.Casse: Je vais en revenir à ce cri d'alarme que vous lancez.
L'agence Moody's a dégradé la note de la France, même si c'est moins qu'on l'imaginait. Le gouverneur de la Banque de France s'inquiète d'un étouffement progressif de la France. A quel moment la crise politique peut devenir économique? - E.Heyer: La crise politique met une incertitude assez forte sur l'économie.
On a essayé de le quantifier à l'OFCE. Ca enlevait à peu près 0,5 point de croissance cette année. L'an prochain, ça pourrait être 0,3.
On n'a pas beaucoup de croissance. Si on passe un cran, avec une dissolution ou plus, peut-être que l'incertitude peut monter. Ca rogne la croissance.
Globalement, les ménages surépargnent, les entreprises arrêtent d'investir. On peut se dire que ce n'est pas si grave que ça, que ça tient tout de même. Mais quand vous arrêtez d'investir aujourd'hui, comme vous ne le voyez pas complètement dans les chiffres de l'année, petit à petit, on se déclasse.
Le gouverneur de la Banque de France a en tête que les taux d'intérêt augmentent progressivement. Comme ils augmentent, ça fait moins de marge de manoeuvre pour faire tout ce qu'a dit Emmanuel, auquel on peut rajouter un tas de trucs. - A.Casse: Il y a le crédit immobilier et les entreprises en France, notamment. - E.Heyer: Globalement, c'est peut-être important, mais ce n'est pas le plus important.
Les taux d'intérêt, même si on devait être encore un peu dégradés, on est à 3,5 quand tout le monde...
L'Allemagne est 0,8 en dessous, et c'est le plus stable. Ce n'est pas vraiment ça, le plus grave à mon sens, mais c'est qu'on n'ait pas de perspective. Même avec 0,5 de taux d'intérêt, c'est tout de même assez rentable d'investir, mais il faut des projets.
Si on doit faire des économies, c'est pour ne pas baisser la dépense publique, mais remplacer par une autre dépense publique intéressante. Emmanuel parlait de la transition écologique. Le dernier rapport de Pisani-Ferry et de S.Mahfouz, c'est qu'il faut mettre 30 milliards d'argent public sur la table chaque année pendant 10 ans pour tenir nos engagements.
C'est une bonne façon de préparer l'avenir. Aujourd'hui, la prochaine crise qui arrive pourrait arriver
Joël Aviragnet