POURQUOI LES MILLIARDAIRES SONT UN PROBLÈME POUR LA SOCIÉTÉ
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Hier soir, Marine Tondelier, secrétaire générale d'Europe Ecologie Les Verts a lancé la chasse aux riches dans une réunion politique qui sentait bon la lutte des classes, la haine de l'argent et le rejet du modèle capitaliste. Nous revendiquons que nous ne voulons plus, en France, de milliardaires. Nous voulons une France sans milliardaires.
Bernard Arnault, ce sont des milliers d’emplois créés, ce sont des milliards à la France rapportés grâce à LVMH. Ils sont les ennemis du peuple aujourd’hui ? Est-ce qu’il faut les éliminer ?
Et après les milliardaires, ce sera au tour de qui, des millionnaires ? Et après les millionnaires, ce sera au tour de qui ? Accumuler de l’argent est immoral.
Qu’est ce qui est accumulé ? Ce qu’on a pris aux autres. Une personne qui a ce qu’ont 20 millions d’autres.
Donc c’est immoral, ça s’appelle comme ça. Avec la Nupes, on rêve du grand soir, d'un 1789 de la finance pour construire quoi ? Un monde sans argent, sans différences, sans liberté, piloté par un petit groupe d'apparatchiks qui instaurerait une nouvelle noblesse.
On a des milliardaires qui se sont enrichis grâce à l'intervention publique. Il faut quand même se poser la question de la viabilité d'un système économique qui créée des milliardaires en créant autant de pauvreté. Bonjour à toutes et à tous.
Moi c’est Quentin Parrinello, je suis porte-parole de l’ONG Oxfam France sur les questions de lutte contre les inégalités et de lutte contre l’évasion fiscale. Oxfam c’est une ONG de lutte contre les inégalités, et cette ONG tous les ans en marge du forum économique de Davos, cette ONG sort un rapport qui fait un peu l’état des inégalités dans le monde et en France, donc on a refait ça cette année en janvier. En gros il faudrait plus de LVMH en France pour financer la puissance publique.
Il faudrait plus de milliardaires, plus de Bernard Arnault en France. Le problème de la France ce n’est pas d’avoir trop de milliardaires, c’est de ne pas en avoir assez. Quand on regarde l’argument selon lequel les milliardaires paient beaucoup d’impôts, il faut déjà se poser la question de l’évolution dans le temps.
Si on regarde chronologiquement, les milliardaires paient proportionnellement de moins en moins d'impôts. Ce n’est pas une surprise, c’est parce qu’on a baissé les impôts sur les plus riches. On a baissé les plus hauts taux d’impôts sur le revenu sur les plus riches, on a baissé les impôts sur le revenu du capital des plus riches, on a supprimé les impôts sur la fortune, dans le monde et en France, en France on ne va pas revenir sur la chronologie : suppression de l’ISF en 2017, mise en place de la flat tax en 2017, baisse de l’impôt sur les grandes sociétés, et ça a un impact effectivement sur l'imposition des plus riches.
A tel point qu’aujourd’hui, un des plus grands spécialistes sur les inégalités, l’économiste français Gabriel Zucman dit que la France serait un paradis fiscal pour les ultra riches. Lorsqu’on regarde l'ensemble des impôts payés par l’ensemble des Français, ça représente environ 50 % de leurs revenus économiques. Lorsqu’on regarde, on zoome sur les milliardaires ça ne représente plus que 2 %.
Donc en proportion, les milliardaires paient beaucoup moins d’impôts que la majorité des Français. Tout l’enjeu aujourd'hui c’est aussi de dire : “À qui on fait payer la facture ? Qui on responsabilise ?” Et Oxfam demande à mettre plus d’impôts sur les plus riches.
Evidemment Oxfam n’est pas seul, il y a cet économiste Gabriel Zucman, Joseph Stiglitz prix Nobel d’économie. Il y a même des millionnaires, très récemment, plus de 200 millionnaires qui ont écrit une lettre à tous les gouvernements dont des Français en disant : “On veut être plus taxés”. Alors face à ça, on nous répond généralement deux arguments.
Le premier, c’est de dire : “Ah mais on a besoin de baisser l’impôt des plus riches, comme ça ils vont investir.” On peut regarder en France, depuis la suppression de l’ISF, on a eu 4 rapports qui ont été faits par les services du gouvernement, ces 4 rapports mettent en valeur, mettent en exergue que la suppression de l’ISF n’a eu aucun impact sur leur stratégie d’investissement, il n’y a pas d’investissement supplémentaire. Le deuxième argument qui est donné, c’est de dire que si on se met à taxer plus fortement les plus riches, ils vont partir.
Et là encore, c’est faux. Lorsqu’on regarde les données, sur les dix dernières années qui ont précédé la suppression de l’ISF, la part des contribuables qui devaient payer l’ISF et qui tentaient de partir de France, c’était 0,2 %. C’est une ultra minorité.
Pourquoi il y avait aussi peu de personnes ? C’est simplement qu’on avait les outils pour lutter contre l’exil fiscal des plus riches. La question de fond c’est de dire : Comment ça se fait que, quand la majorité des Français, la moyenne des Français paie environ 50 % de son revenu économique en impôt, comment ça se fait que les milliardaires paient 2 % ?
La réponse c’est qu’on a une multiplication des outils qui permettent, des outils parfois y compris légaux, d’optimisation fiscale, qui permettent à des milliardaires d’échapper à l’impôt. Et ça, c’est un choix politique. Ce que demande Oxfam, c’est de lutter contre l’évasion fiscale et c’est de taxer plus justement les milliardaires.
On a la chance d’avoir en France un entrepreneur qui crée des emplois, des centaines de milliers d’emplois, qui est en train de créer un fleuron du luxe, qui fait rayonner notre pays. Cet argument des milliardaires qui créent de l’emploi, il est intéressant, parce qu’il faut se poser la question de qui crée de l’emploi au sein d’une entreprise. Si on prend LVMH, il a été très souvent cité Bernard Arnault, a priori, sauf erreur de ma part, ce n’est pas lui qui coud les sacs Louis Vuitton.
Et si Bernard Arnault décide la semaine prochaine de se joindre au mouvement de manifestation et de se mettre en grève pour lutter contre la réforme des retraites mardi prochain, a priori ça ne va avoir aucun impact sur la richesse créée par LVMH. En revanche, si l’ensemble des salariés Français de LVMH se met en grève mardi prochain, si les petits patrons qui travaillent dans la chaîne de valeur, dans les sous-traitants de LVMH se mettent en grève la semaine prochaine, là ça va avoir un impact sur les richesses créées. Donc, oui, LVMH crée des richesses mais c’est notamment parce que les employés qui travaillent créent des richesses et du coup créent de l’emploi derrière.
Sur la création de richesse, il y a aussi un élément assez intéressant, c'est que sur les deux dernières années, si les milliardaires s’enrichissent, ce n’est pas la main invisible du marché, ce n’est pas parce qu’ils ont pris des décisions particulièrement stratégiques, c’est parce qu’il y a eu une intervention publique. Encore une fois, si on regarde le cas de Bernard Arnault, l’homme le plus riche du monde a doublé sa fortune pendant la crise. Ce n’est pas parce que LVMH a vendu plus de sacs Louis Vuitton, ce n’est pas parce que Christian Dior a vendu plus de parfums, c’est parce que la puissance publique a injecté des centaines de milliards d’euros dans les marchés financiers, et que cet argent a été très largement capté par des personnes comme Bernard Arnault.
Aujourd’hui, lorsqu’on se pose la question de dire à qui on va faire payer la facture de la crise, la réponse de dire : “On va faire payer les milliardaires” ça nous semble d’autant plus logique que ces milliardaires se sont enrichis pendant la crise grâce à l’intervention publique. Ce qui est important, c’est d’incarner des valeurs. Aujourd’hui, les clientes, les clients veulent du sens dans ce qu’ils acquièrent et veulent voir que derrière les produits magnifiques que l’on leur offre, il y a plus, il y a autre chose.
Quand on parle de la concentration des richesses entre les mains de quelques milliardaires, il y a aussi un autre enjeu à prendre en compte, c’est l’enjeu écologique. On sait que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, il faut que tous collectivement on ait individuellement une empreinte carbone inférieure à 2 tonnes. Lorsqu'on regarde la moyenne des Français, elle est de 10 tonnes.
Lorsqu’on regarde les 10 % des Français les plus riches, elle est plutôt de 25 tonnes. Et lorsqu’on regarde les plus gros milliardaires, notamment les milliardaires français, elle est de 8000 tonnes. Donc on voit qu’on est dans une forme de sécession des plus riches qui, parce qu’ils ont des moyens de consommation totalement ostentatoires, déplacement en jet privé, des yachts, font littéralement cramer la planète, mais aussi, et c’est ça qui est intéressant parce qu’ils ont aussi des investissements qui sont beaucoup plus polluants que la moyenne des habitants sur Terre.
Et donc ça pose la question de l’accumulation de cette concentration des richesses, notamment pour lutter contre les inégalités mais aussi pour planifier une transition écologique qui soit juste. En fait, tout le monde a intérêt à avoir une société moins inégalitaire, y compris Bernard Arnault. Bernard Arnault a intérêt à avoir en France un système de santé qui fonctionne bien pour que ses employés soient soignés lorsqu’ils ont un problème.
Bernard Arnault a intérêt à avoir un système éducatif qui fonctionne bien pour trouver des cadres qui ont été éduqués, qui ont accès à une éducation de qualité. Bernard Arnault a intérêt à avoir une protection sociale de qualité, en France, pour que lorsqu’il y a des crises on n’ait pas la moitié de la population qui bascule dans l’extrême pauvreté. Cet exemple-là est appuyé par des recherches scientifiques, je pense notamment aux travaux de l’épidémiologiste et au sociologue Richard Wilkinson qui montre que des sociétés inégalitaires ce sont des sociétés en mauvaise santé, ce sont des sociétés où il y a plus de stress, ce sont des sociétés où il y a plus de violence.
Donc on a tous intérêt à travailler sur des sociétés plus égalitaires. Si on revient un petit peu plus récemment, lorsqu'on regarde les politiques fiscales qui ont été menées ces dernières années, lorsqu’on a des gouvernements, à travers le monde ou en France, qui ont décidé de baisser les impôts sur les plus riches, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils ont du compenser.
Ils ont du compenser comment ? En baissant les dépenses publiques, la protection sociale on est en plein dedans avec la question des retraites, mais ils ont aussi du compenser en augmentant les impôts sur la classe moyenne. On a aussi un cas très évident en France avec la question de la taxe carbone.
Ce qu’on voit, c’est que ce modèle fiscal de baisser les impôts des plus riches, il crée de plus en plus d’instabilité. On a eu le mouvement des Gilets jaunes en France, mais en fait ce n’est pas le seul. On a eu des mouvements extrêmement similaires avec des réformes fiscales qui provoquaient l’étincelle à chaque fois, au Chili, au Liban, au Kazakhstan.
On a une trentaine de pays sur les 3, 4 dernières années où on a ce type de révoltes et on voit aussi que la question des inégalités et des injustices fiscales provoque de l’instabilité économique à laquelle personne n’a intérêt, y compris les plus riches. Pour nous la question de la concentration des richesses et des milliardaires posent deux enjeux. Premièrement, c’est un enjeu à très court terme, c'est celui de dire : “À qui on va faire payer la facture de la crise ?” On a des milliardaires qui se sont enrichis grâce à l’intervention publique.
Aujourd’hui, on a des États qui commencent à se mettre en ordre de marche pour rembourser tout cet argent dépensé. On estime, à Oxfam, et on n’est pas les seuls encore une fois, il y a des prix Nobel d’économie, des économistes et des millionnaires qui disent qu’il faut faire la même chose qu’on doit faire payer la facture aux plus riches. Et, par ailleurs, à plus long terme il faut quand même se poser la question de la viabilité d’un système économique qui crée des milliardaires en créant autant de pauvreté.
Marine Tondelier