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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 9 septembre 2022 57 minAutoproduitFond programmatiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Depuis les Terres de Jim, le Président Emmanuel Macron échange avec des agriculteurs.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs. Quelle joie de vous accueillir une deuxième année consécutive ! On peut dire, qu'au bout de deux fois, ça devient coutume.

On vous attend l'année prochaine. Non, mais merci d'être là, merci de montrer l'importance que vous accordez à l'agriculture française et à ses jeunes, mais à ses moins jeunes aussi, parce que l'agriculture, elle est multiple, elle est variée, elle est autant qu'il y a de territoires, autant qu'il y a de régions de France. Vous êtes là aujourd'hui pour nous parler d'un défi.

Alors bien sûr, on a traité les sujets en amont, qui sont la rémunération des agriculteurs, qui sont l'assurantiel, qui sont plein de sujets du moment mais les jeunes ont aussi besoin, - et les moins jeunes - de se projeter dans l'avenir. Et qu'est-ce que sera l'agriculture de demain ? Vous le savez, on a un défi, le défi démographique, avec d'ici cinq ans, 200.000 agriculteurs qui seront en âge de prétendre à la retraite.

Donc pour ça, on a besoin d'une multitude de facteurs. Le premier, c'est d'attirer des jeunes, de mieux les former, de mieux les accompagner, aussi, tout au long de leur vie. Avec ça, avec la réforme de l'enseignement...

Alors je ne dis pas et ne me faites pas dire que je leur ai dit que l'enseignement est mal, mais je pense qu'il faut toujours le moderniser, comme nous on modernise nos fermes. Je pense que les établissements scolaires font un travail merveilleux. On peut voir les jeunes derrière vous, ils ont le sourire.

Donc c'est qu'ils prennent plaisir à être dans des établissements scolaires agricoles, mais je pense qu'on doit encore apporter plus et préparer les jeunes de demain à être mieux formés, à être mieux préparés au métier et finalement aux adaptations climatiques. On a besoin aussi de transmettre les exploitations - alors je m'adresse un peu aux moins jeunes - mais c'est vraiment une réelle attente et je trouve que ça montre la synergie qu'il y a entre nos différents organismes, entre Jeunes Agriculteurs, entre la FNSEA ou autres, c'est que les jeunes, c'est bien, mais il faut aussi qu'on puisse accompagner les futurs cédants à partir en retraite, et je vois Pascal, de la MSA, il faut qu'on puisse les accompagner. Et une entreprise, ça ne se transmet pas l'année avant de partir.

Ça s'anticipe. Donc pour ça, on compte sur vous pour nous apporter des moyens et on sera force de propositions. Et enfin, l'adaptation au changement climatique, Sébastien, tu en parles souvent, Christiane aussi, je pense que l'épisode de cet été a encore rappelé à l'agriculture française, mais au peuple français, que le changement climatique, ce n'est plus un débat.

Il est vraiment là, et il faut que demain on ait les moyens pour y répondre, pour s'adapter. Il y a déjà eu des choses de faites, mais on doit aller encore plus loin sur de l'adaptation, avec des variétés, avec des techniques, avec de nouveaux moyens, qui existent, parce que je pense que la France a l'alimentation la plus durable, mais surtout la France doit retrouver l'agriculture la plus durable et la plus compétitive. Je pense que les crises qui se sont succédées, que ce soit le Covid, que ce soit le tragique sur le sol européen, nous rappelle à quel point dédier notre alimentation à quelqu'un d'autre serait fou - vous l'aviez dit lors de vos allocutions - et je pense que ce que vous venez nous présenter aujourd'hui est un moyen d'y répondre et de l'endiguer, pour ne pas que ça continue.

Pour ça, avant de vous laisser la parole, on va avoir le témoignage de trois personnes, qui vont se succéder. On va avoir Justine, qui est lycéenne, on va avoir Jean-François Vercheste, qui est en train de transmettre son exploitation, et enfin Benoît Guilbert qui a...

Comment ? Laurence ? Si vous changez, il faut me le dire.

L'avantage d'être président, c'est que vous engueulez tous ceux qui sont en dessous. C'est vrai. Du coup, je vais demander aux trois personnes de me rejoindre.

Désolé. Désolé d'avoir écorné votre nom. Donc venez prendre place avec nous, avec les micros.

Donnez la parole. Justine, tu es là, et tu vas avoir l'honneur de commencer à exposer tes propos au Président de la République. Et après les trois témoignages, vous aurez l'occasion d'y répondre.

Merci à toi, encore. Bonjour, je m'appelle Justine, j'ai 17 ans. Je suis en première au lycée agricole de Montoire-sur-le-Loir.

Je fais des études pour ouvrir une exploitation agricole en caprins laitiers, avec transformation et vente directe à la ferme, ainsi qu'un atelier céréales, pour être complètement autonome sur ma ferme, pour pouvoir nourrir mon troupeau. Là, je ne suis qu'en première, mais par la suite, j'aimerais faire un BTS en analyse, Pardon. Merci beaucoup. pour approfondir, mes connaissances, n'étant pas du tout du milieu agricole.

Je me lance complètement. [INAUDIBLE] Pas du tout. Je veux me lancer dans l'agriculture.

À la suite de mon BTS, j'aimerais faire une spécialisation en élevage caprin, pour vraiment approfondir sur l'élevage caprin, puis par la suite, faire un petit peu de salariat pour découvrir d'autres façons de faire, et après m'installer. Et en fait, je veux faire ce BTS pour vraiment être sûre de partir sur de bonnes bases, parce que, comme je l'ai dit, je ne suis pas du tout du milieu, et je ne suis rentrée que l'année dernière. Donc je suis arrivée dans ce lycée parce qu'au début, je voulais être ostéopathe animalier.

Et en regardant les études qu'il fallait faire pour faire cette formation, j'ai vu que je pouvais faire un bac pro en agricole, et donc je me suis lancée. Et en arrivant à la rentrée en seconde, je me suis aperçue que c'était vraiment quelque chose que je voulais faire, qui me plaisait vraiment, et au début, je ne savais pas du tout dans quoi me lancer. Et puis, à la suite de mes stages, j'ai découvert l'élevage caprin, qui m'a vraiment plu.

Le fait d'être en contact avec les chèvres, j'ai vraiment aimé, et donc j'ai décidé de commencer à monter quelque chose, de commencer la réflexion du projet pour l'avenir. Effectivement, je débute avec rien, je pars de zéro. Donc le plus gros du travail, je pense, après mes études, ça va être de trouver un endroit pour m'installer, pour réussir à monter mon projet, qu'il aille jusqu'au bout, et qu'il y ait une belle finalité.

Merci. Merci, merci Justine. Merci Justine pour le témoignage. [INAUDIBLE] Merci à toi Justine, ce n'est jamais évident, mais dis-toi que tous ceux qui sont assis dans la salle ont commencé comme toi un jour, même moi.

Donc ce n'est pas grave. C'est toujours le [INAUDIBLE]. Jean-François, peut-être ton parcours de la transmission, les avantages et les inconvénients, ce que tu as pu identifier.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Jean-François Vercheste, j'ai 64 ans. Donc je suis agriculteur depuis trente-deux ans. Alors on était en GAEC, à trois associés, dans une ferme de polyculture-élevage, élevage laitier, vaches laitières, situé à Gien, dans le Loiret, à la limite du Val-de-Loire et de la Sologne.

Donc dans notre GAEC, on est arrivés à être deux à avoir l'âge de la retraite, et le troisième n'a pas souhaité continuer le métier, et a décidé de se reconvertir. Et donc, depuis 2018, donc depuis quatre ans, on est rentrés en réflexion sur la transmission de notre exploitation, parce que moi, j'ai deux enfants, et aucun des deux ne voulait reprendre l'exploitation. Pour ce faire, nous avons pas mal réfléchi et on a fait appel aux services de la Chambre d'agriculture du Loiret, pour le service Départ/Installation, et là, je dois dire qu'on a eu un excellent accompagnement, il faut le dire.

Quand les choses sont bien, il faut le dire. Et tant sur le plan technique que sur le plan économique, et beaucoup sur le plan humain, sur la transmission d'une exploitation, pour le cédant, c'est aussi une étape de la vie importante. Et donc voilà, on a mis notre exploitation, on a attendu d'avoir des candidats, et on a eu quelques candidats.

Donc l'exploitation est transmise depuis mardi 6 septembre, c'est-à-dire mardi dernier. Nous avons trouvé deux jeunes agriculteurs qui ont repris l'exploitation. Donc on est très, très contents d'avoir trouvé ces deux jeunes qui, par hasard, par le biais du RDI, se trouvaient juste à côté de chez nous, mais on ne savait pas qu'ils voulaient s'installer tout de suite.

Et donc voilà, ils vont aller agrandir un GAEC déjà existant. Alors on est très, très contents parce qu'ils sont motivés. Ils ont envie de faire plein de choses.

Il y en a deux qui sont au concours de labour en ce moment, là, sur les deux repreneurs, mais par contre, on a une grande déception, avec mes associés, c'est qu'on n'a pas eu de candidats en élevage laitier. C'est-à-dire que nous, notre exploitation, on l'a réfléchie pour pouvoir la céder. On a vendu nos maisons, toute la ferme, pour que ce soit repris par des laitiers et on n'a eu aucun candidat en élevage laitier.

Et ça, c'est quelque chose que je déplore, parce que dans nos zones un petit peu limites, comme la Sologne, le Val-de-Loire, l'élevage laitier, c'est quand même un complément de revenu. Mais quand je dis complément de revenu, aujourd'hui, c'est peut être un complément de déficit, quoi ! Voilà.

Merci. Et enfin, pour illustrer mes propos sur l'adaptation, le changement, Laurence, je te passe la parole. Merci.

Bonjour, je m'appelle Laurence Gautier, je suis agricultrice dans la Vienne, à côté de Poitiers. Je ne suis pas issue du milieu agricole. J'ai une formation d'ingénieur agro, et après avoir travaillé de nombreuses années aux côtés d'agriculteurs passionnés, j'ai moi aussi fait le choix de devenir agricultrice.

Donc je me suis installée en 2015 sur une ferme d'une soixantaine d'hectares, à côté de Poitiers, avec 200 poules et 200 brebis, et j'ai appelé cette ferme La Folie bergère. C'était il y a sept ans, j'étais toute seule et aujourd'hui, on est cinq sur la ferme. On a développé, sur la même surface, c'est la même ferme de démarrage, mais du coup on a diversifié énormément.

Donc on a...

Aujourd'hui, on produit donc de la viande d'agneau et des œufs, qui étaient les productions initiales. On a développé du maraîchage, un hectare de maraîchage, de légumes diversifiés. On a aussi implanté deux hectares de vergers - donc on a des fruits, des petits fruits - on valorise notre laine, on transforme notre production à la ferme.

On a un labo de transformation. On transforme principalement les fruits et la viande, et on fait de la vente directe. Donc la quasi totalité de notre production est vendue en direct, à la ferme, et on estime nourrir à peu près entre cent et cent cinquante familles par semaine.

Enfin, ils mangent toute l'année, mais bon...

Donc ce qui était notre grosse motivation de ce projet, c'était le travail collectif. Donc aujourd'hui, c'est chouette de travailler ensemble. Donc, de s'installer à plusieurs, c'est aussi une vraie solution, et d'avoir une ferme diversifiée, avec différentes activités, qui sont connectées les unes aux autres.

Aujourd'hui, le fumier de nos moutons, il sert à faire pousser les carottes, la laine de nos moutons, elle sert à pailler nos arbres, tout ce qui n'est pas vendu va nourrir les poules, qui vont aussi manger les petites larves, ce qui va nous permettre d'avoir moins de problèmes, ensuite, sur les légumes. Donc ça, c'est une vraie force, aussi, de notre ferme, et ça apporte beaucoup de résilience. Et enfin, une des grosses motivations, aussi, de notre projet, c'était d'agir pour l'environnement.

En tant qu'agriculteurs, on agit concrètement tous les jours pour l'environnement. Alors nous, on a fait le choix, en tout cas dès le démarrage, de certifier la ferme en bio. Donc toute la ferme, les surfaces et les animaux sont certifiés en bio aujourd'hui.

On a également choisi de faire de l'élevage extensif, herbagé. Donc on est passé d'une ferme à 50 % de prairies à plus de 90 % de prairies. Donc ça, c'est un puits de carbone important.

Et on a aussi fait le choix de planter des arbres. Donc là, à la fin de l'hiver, normalement, on sera rendu à 30 % de la ferme en agroforesterie. Donc tout ça, c'est des arbres qui sont aussi des puits de carbone, et on aura planté plus d'un kilomètre de haies.

Donc ça, c'est quelque chose qu'on continuera les années à venir. L'agroforesterie, pour nous, c'est une richesse de biodiversité, c'est vrai. C'est aussi des remparts contre des situations climatiques extrêmes.

Donc c'est un abri pour nos animaux quand il pleut, mais c'est aussi de l'ombre quand il fait trop chaud. C'est des microclimats, finalement, sur nos couverts, pour éviter des trop forts gels ou des trop grosses canicules, et c'est joli. On ne peut pas s'empêcher non plus de constater qu'au quotidien, on est contents de travailler dans un paysage arboré, bocager, qui est très, très intéressant.

Donc voilà, en fait, chaque hectare d'une ferme est une solution pour protéger l'environnement, pour lutter contre le changement climatique, et chaque hectare, chaque mètre carré agricole doit être protégé et ne doit plus disparaître au profit de bétonisation ou de construction, quelle qu'elle soit. Il faut préserver ces terres-là qui sont, du coup, des solutions pour demain, pour le réchauffement climatique. Merci.

Merci. Merci à vous trois pour ces témoignages. Alors, c'était un exemple.

Il nous en fallait trois ; ils sont multiples. Mais je pense que ça illustre bien, un peu, les grands angles, les grands axes. Et voilà, je pense que tout le monde attend maintenant vos grands axes, vos grandes orientations, parce que je ne pense pas que le public est là pour écouter le président J.A, mais plutôt le président de la République.

Donc je vous passe la parole, Monsieur le Président. Merci, Président. Non, merci beaucoup.

Je suis heureux d'être parmi vous, Monsieur le Ministre, sur des terres qui vous sont familières, et heureux de retrouver - on était avec le CAF, puis les JA - et je salue la présence de nos élus, le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil départemental, nos parlementaires et maires qui sont ici présents. Je pense que c'est très important que chacun mesure l'engagement des élus de la République aux côtés du monde agricole, et j'étais très heureux de la discussion qu'on a eue avec vous, avec la présidente de la FNSEA et l'ensemble des collègues du CAF. Écoutez, si je suis avec vous aujourd'hui, ce n'est en effet pas totalement un hasard.

C'est que nous traversons, et vous le vivez au premier chef, une période qui est quand-même très particulière, qui est grave, difficile, qui suppose la mobilisation de tous, et je le dis à des femmes et des hommes qui ne comptent pas leurs jours, pas leurs heures, rarement leurs nuits. Et en étant présent à vos côtés aujourd'hui, comme je l'étais l'année dernière, c'était à la fois pour rendre compte du suivi de ce que j'avais dit - j'y reviendrai - pour venir déployer avec vous le plan d'avenir, mais aussi pour commencer, peut-être, par parler de la situation que nous vivons. Nous traversons une période inédite - je l'ai évoqué il y a plusieurs mois, j'y suis revenu avec nos compatriotes - qui est évidemment celui du retour de la guerre en Europe.

Il nous touche tous et il vous touche, et ses conséquences vous touchent. Je le sais, ô combien. Et c'est aussi pour cela que nous sommes là, depuis le début de la guerre, pour essayer d'accompagner le prix des intrants pour plusieurs d'entre vous.

Vous m'en avez parlé depuis que je suis là, celles et ceux qui dépendent des engrais azotés. Donc il y a eu des réponses de court terme. On va continuer d'accompagner.

Mais il faut aussi que dans la durée, on pense à sortir de cette dépendance à ces engrais, qu'on achetait en Russie ou avec des intrants de Biélorussie ou de Russie. La montée des prix de l'énergie, qui est une conséquence de la guerre - parce que c'est une arme de guerre, l'énergie, pour la Russie aujourd'hui, Et on en paye les conséquences - là aussi, on accompagne la profession mais enfin, je sais l'angoisse qu'il y a, les difficultés. Donc on va continuer d'accompagner, parce que ça pèse sur les coûts de production, là où il y avait déjà des structures qui étaient si fragiles et si peu rentables.

Mais en plus de ça, nous avons vécu ces derniers mois les conséquences du dérèglement climatique, qui pour les entrepreneurs du vivant que vous êtes, fait que vous en êtes les premières victimes, en tout cas que vous en avez les premières conséquences, et en particulier, évidemment, l'épisode de sécheresse des derniers mois. C'est un épisode tel qu'on n'en avait pas connu depuis des décennies, à ce point, avec des pertes de fourrage considérables, avec une déstabilisation complète de nos écosystèmes. C'est la deuxième plus grande sécheresse, depuis qu'on la mesure, depuis le début du XXᵉ siècle, et avec certaines régions qui n'avaient jamais été touchées à ce point - je disais avec 30 % de fourrage qui s'est effondré - et donc, on le voit, des conséquences très profondes pour plusieurs d'entre vous, pour celles et ceux qui ont acheté ce fourrage, et donc des filières profondément déstabilisées.

Là aussi, on a essayé d'être à vos côtés. Le gouvernement s'est engagé et on fera les comptes à la fin parce que, au moment où je vous parle, on n'a pas fini de vivre, on le sait bien, cet épisode. Mais en étant là devant vous, je voulais d'abord, ici, redire mon soutien à l'ensemble de notre agriculture et de nos agriculteurs parce que ce que je viens de dire là, c'est pour donner à voir et à mesurer - pas à vous qui le vivez, mais à nos compatriotes qui nous écoutent - à quel point, au fond, l'agriculture est à la confluence de toutes les crises et de toutes les contraintes que nous sommes en train de vivre.

Quand le prix des intrants augmente, quand le prix de l'énergie augmente, quand la sécheresse est là, il y a peu de professions qui vivent tout ça ensemble dans leur chair, dans les comptes de fin du mois. L'agriculture, oui ! Et je le dis parce que je ne veux pas, dans le moment où nous sommes en train de traverser cette crise climatique et cette guerre, que nous oubliions ce que nous devons à notre agriculture et à toutes celles et ceux qui la font vivre.

Au printemps 2020, quand je me suis adressé à nos compatriotes, j'ai en effet dit que nous serions fous d'abandonner notre agriculture à l'étranger. Nous sommes une agriculture ouverte : on exporte, on importe. On est un grand pays ouvert au monde mais nous croyons dans la souveraineté agricole et alimentaire, parce qu'on sait que les jours où c'est difficile - on l'a vécu - qui nourrit le peuple français ?

Nos agricultrices et nos agriculteurs ! Et vous l'avez fait pendant la crise Covid. Et je pense que pour beaucoup de gens, on a tôt fait d'avoir passé cette page, d'oublier, de faire comme si le Covid n'était pas passé par là, et de revenir à nos vieilles habitudes.

Et je le dis parce qu'aujourd'hui, on est en train de tout revoir. La guerre est là, en Europe. Je le disais, l'énergie est devenue un instrument de guerre.

Personne ne sait dire le monde dans cinq ans, dans dix ans, dans quinze ans. Je sais une chose : l'alimentation est redevenue, est redevenue un enjeu de géopolitique. Et donc, oui, dans le moment que nous vivons, on a besoin de défendre notre souveraineté agricole et alimentaire, parce que si on la laisse tomber - et chacun y a son rôle à jouer, je vais y revenir - on se réveillera groggy, en découvrant qu'on doit importer le lait, on doit importer la viande, on doit réimporter les légumes, et que tout ce qui était, comme des évidences, mais qu'on ne voulait plus payer au juste prix, qu'on n'a pas suffisamment défendu, est devenu une vulnérabilité.

Au moment où je vous parle, ce n'est pas le cas. Mais si nous ne tenons pas bon aujourd'hui et s'il n'y a pas un réveil collectif profond, dans dix ans, dans vingt ans, ce sera le cas. Donc en étant avec vous, aujourd'hui, c'est aussi une forme de mobilisation générale, à vos côtés.

Le gouvernement est là pour les crises, je vais y revenir, mais c'est la nation tout entière qui doit se tenir aux côtés du monde agricole pour garder cette souveraineté et la renforcer. C'est indispensable. En ayant ces remerciements et en défendant notre souveraineté, je manquerais à tous mes devoirs si je n'avais pas un mot pour vous dire aussi merci de ce qui a été fait dans plusieurs de nos régions qui ont été touchées cet été par les grands feux, parce que cet été, ce sont nos agriculteurs qui, bien souvent, sont allés défendre et permettre de tenir.

Vous pouvez les applaudir. Parmi les tours que je faisais cet été, j'appelais vos amis du Jura. Des feux massifs se sont déclenchés.

Jura, Bretagne, plusieurs territoires qui ne connaissaient pas les grands feux, les ont eus cet été, autre signe de ce dérèglement. Ce qui m'a été raconté par ce qu'ont fait vos collègues : ils étaient victimes depuis plusieurs semaines de la sécheresse. C'était déjà difficile.

Jour et nuit ils se sont mobilisés, avec les instruments de travail, pour aller chercher l'eau, pour permettre à plusieurs villages de tenir, d'avoir ce qu'il fallait pour vivre, l'eau et le reste. Ils ont mis à l'abri des habitations, ils ont pris tous les risques, eux-mêmes, et je vais vous dire, il n'y avait pas de texte, il n'y avait pas de protocole. On s'est ensuite débrouillés avec le ministre pour les réquisitionner après coup, pour au moins les dédommager du carburant et des risques qu'ils avaient pris, hors de tout cadre.

C'est ça la solidarité paysanne de nos territoires. Ça tient ! Et de la même manière que vous avez nourri, vous avez aidé à tenir pendant les feux, et je vous en remercie.

Et donc, au moment où je décris tout cela, et les enjeux, je constate comme vous, parce que je ne suis pas là pour dire que tout va bien. La situation, moi, me préoccupe. Elle me préoccupe parce que, comme dans tous les secteurs, vous êtes pris, parce que vous êtes des producteurs, entre la montée de vos coûts, des Français et des Françaises pour qui les fins de mois sont de plus en plus difficiles, une difficulté à faire passer, dans les prix - je vais y revenir - et donc beaucoup d'incertitude et d'angoisse.

À cette angoisse d'entrepreneurs, il y a les angoisses d'entrepreneurs du vivant, parce qu'il y a la sécheresse que j'évoquais et tous les aléas. Alors face à ça, nous avons répondu aux crises. Face à la guerre en Ukraine, on a déployé un plan d'urgence de 400 millions d'euros.

Face aux crises qu'on a vécues, grippe aviaire ces derniers mois, un milliard, cette année, un milliard pour le plan de crise que plusieurs de vos collègues, dans plusieurs régions, ont géré. Face à la montée des coûts liés à la guerre, plan d'urgence - on fera le point à la fin - mais là aussi, plan sécheresse. Ça, ce sont les urgences.

Mais on le voit bien, on ne peut pas gérer le quotidien comme une succession de crises. Donc on a aussi mis en place collectivement, ces dernières années, des réponses dans la durée. EGalim 1 d'abord, pour défendre les prix, la profession, les producteurs et les transformateurs face aux excès et aux dérives qu'on connaissait de la LME et aux pratiques qui consistaient à dire plus rien n'a de valeur, il faut payer toujours moins cher.

On a mesuré EGalim 1, on n'était pas au rendez-vous. On a pris ensemble, grâce au travail de tout le monde, EGalim 2. Grâce à cela, croyez-moi, on a évité des drames.

On n'aurait pas fait ensemble EGalim 1 et EGalim 2, et je salue le travail et la mobilisation des parlementaires, les décapitalisations qu'on évoquait ensemble tout à l'heure, les fermetures d'exploitations dans beaucoup de secteurs, ce serait bien pire. Néanmoins, c'est arrivé à un moment, celui de la crise que j'évoquais, qui nous met encore plus sous pression. Je veux ici prendre un engagement clair.

On va appliquer avec fermeté, on va mobiliser, et moi je suis prêt, derrière, à ce qu'on change encore les choses. Appliquer avec fermeté, ça veut dire que, dès le début de la période des négociations, EGalim 2 sera appliqué avec la plus grande fermeté et des sanctions comme celles qu'on a passées d'ailleurs l'année dernière seront mises en place, et elles sont parfois massives, vous le savez. Ensuite, il faut mobiliser, et je remercie les grands distributeurs qui sont prêts à s'engager sur des prix d'ordre public.

Je ne veux pas mettre en porte-à-faux Lidl mais il me disait tout à l'heure moi, sur le lait, je vais m'engager. Je suis prêt à m'engager, c'est-à-dire pas moins de 500 payés au producteur, parce qu'on sait très bien qu'en dessous de ça, il ne vit pas sur ses coûts de production. Il faut que, derrière, on arrive à engager l'ensemble des grands distributeurs et qu'on crée de la mobilisation par des pratiques de marché.

Mais la mobilisation, c'est aussi celle des consommateurs. Il faut continuer de faire de la pédagogie. Si on n'accepte pas de payer l'alimentation, comme on l'a fait pendant la période Covid, on condamne nos producteurs à continuer de fermer.

C'est ça, la réalité. Donc oui, l'alimentation a un prix parce que produire a un coût, que derrière il y a des années de travail et qu'on ne peut pas toujours accepter la baisse continue, surtout quand les prix pour fabriquer augmentent. Enfin, on fera l'évaluation et, si la deuxième saison d'EGalim 2 n'est pas au rendez-vous, je suis tout à fait prêt à ce qu'on continue à changer nos textes de manière profonde, pour aller plus loin, protéger les producteurs et protéger les transformateurs, en particulier les PME et TPE du secteur, si elles continuent d'être sous la pression de certaines structures qui ne veulent pas jouer le jeu et qui n'ont pas compris que le monde était en train de changer.

S'il n'y a pas de revenu, on continuera à fermer des exploitations. S'il n'y a pas de revenus, on continuera à décapitaliser dans le lait, dans la viande et dans d'autres. S'il n'y a pas de revenus, on ne pourra pas convaincre des jeunes de venir s'installer.

Donc on doit continuer durablement à poursuivre le travail enclenché il y a cinq ans avec EGalim 1 et EGalim 2. Je veux ici vous redire ma fermeté en la matière, et je serai toujours à vos côtés. Derrière ça, il y a les plans de filières, parce que j'en ai aussi assez d'entendre dire qu'on ne changera pas les choses.

Je le redis, vous êtes des entrepreneurs du vivant. Il y a une recherche sur laquelle on a réinvesti, l'INRAE est là, et nous savons combien nous avons fait tous ensemble. Les chambres sont aussi mobilisées.

On a fait énormément, plan de filières par plan de filières, pour changer les pratiques et continuer d'avancer. Mais s'il n'y a pas de revenu, il ne peut pas y avoir d'investissements. Donc on va continuer d'accélérer sur cette transition qui est indispensable et de garder, si je puis dire, ce couple résistance et ambition, mais dans cet ordre-là : des revenus pour pouvoir investir et transformer.

On va consolider ce qu'on a su faire ensemble ces dernières années, avec une PAC ambitieuse qu'on a négociée, avec une traduction nationale qui a maintenant été validée, et je veux remercier aussi les parlementaires européens ici présents et amis de la cause. Tout ça est le fruit de notre mobilisation collective, que je veux qu'on puisse poursuivre. Il y a deux choses qui sont des engagements récents, et sur lesquelles je voulais revenir : l'eau et l'assurance récolte.

L'eau, ça fait partie de la grande transformation que j'évoquais, c'est devenu une ressource rare. Nous le savons, ça va continuer de s'installer, y compris dans des territoires où ce n'était pas le cas jusqu'alors. Le Varenne a permis de mettre à plat beaucoup de choses et de donner un cadre.

Maintenant je veux que, dans les prochains mois, on puisse déployer et mettre en œuvre les projets qui ont été traduits dans le Varenne, c'est absolument indispensable. Et je veux qu'on puisse aller au bout des bassines, des retenues collinaires, nous le savons, de la bonne utilisation de nos ressources en eau ; qu'on puisse en transparence consacrer et sanctuariser l'usage agricole et le multi usage ; qu'on dépassionne ces débats et qu'on finalise aussi les décisions qu'on doit prendre en matière d'amélioration de notre organisation pour mieux retenir l'eau de pluie, on est moins bons que certains de nos voisins, l'Espagne en particulier, et mieux réutiliser les eaux usées. On finalisera les textes d'ici la fin de l'année.

Donc il y a un travail qui doit se poursuivre. On doit être plus efficaces pour mieux utiliser nos ressources en eau et pour mieux mobiliser toutes les ressources en eau qu'on peut avoir. Mais il faut, là aussi, qu'on ait ce débat transparent et il faut que nos compatriotes comprennent que, si on veut défendre cette souveraineté alimentaire indispensable, si on veut continuer de se nourrir comme nation et comme peuple et ne pas dépendre, on a besoin de permettre à nos exploitations agricoles d'utiliser l'eau pour les cultures.

À côté de ça, et face à tous ces aléas que j'évoquais, j'étais avec vous l'année dernière et nous avions lancé un plan historique, celui de l'assurance récolte. Je dis historique parce que ça faisait des décennies qu'on disait que ce serait formidable si on avait vraiment un système d'assurance récolte, on va le faire. On a dit on le fait collectivement, on a pris des engagements.

J'avais pris l'engagement des 600 millions d'euros. Le gouvernement l'a fait et le prédécesseur du ministre, le ministre de Normandie, a pris le texte. Le Parlement a voté un texte en moins de huit mois, ce qui est exceptionnel là aussi dans notre pays.

Le texte est sorti, la loi a été votée et les décrets sont en finalisation. On arrive au moment de la réalisation. Je veux ici vous dire des choses, pardon parce que parfois c'est un peu technique, mais je sais que c'est attendu, je vous confirme les 600 millions d'euros.

Vous avez pris vos responsabilités, vous avez les cotisations. On va mobiliser des financements européens et l'État va plus que doubler sa contribution totale au système, 600 millions d'euros donc. On va prendre pour période de référence les dix dernières années.

Je sais tous les débats qu'il y a entre les filières. Je suis pour que la solidarité entre toutes les filières se tienne. J'ai entendu le président tout à l'heure, il y a eu un gros travail qui a été fait par le ministre.

Donc on va essayer de simplifier les règles et de tenir ce que j'ai compris comme étant ce sacro saint 20, 70, 90 et de permettre, y compris aux filières qui étaient à 25 % sur la franchise, d'aller aux 20 % pour créer un appel d'air et une vraie attractivité de ce système d'assurance. Avec une clause de rendez-vous, c'est que, si on dépasse les 680 millions d'euros, l'État ne peut pas être un payeur aveugle, il faudra remettre toutes les parties prenantes autour de la table parce qu'il n'y a pas de confiance sans système de responsabilité. C'est une grande confiance que je donne là, y compris pour des filières qui historiquement contribuaient un peu plus que les autres ( viticulture et grande culture ), un geste de solidarité et d'unité inédit dans la vie de la nation.

Je l'assume pour que toutes les filières restent unies, y compris face à l'adversité. Je l'assume parce que je pense qu'on a besoin d'avancer et que, face au choc que nous avons subi, nous irons de l'avant avec cette clause de revoyure, si on dépassait les 680 millions d'euros au total. Vous l'avez compris, ce qu'on a dit l'année dernière est une réalité.

C'est une réalité, là aussi, en bougeant de manière historique des éléments de couverture et de protection certaines filières qui d'habitude avaient leurs exploitants qui étaient plus appelés. Maintenant, je suis là aussi pour prendre de nouveaux engagements et essayer avec vous d'avancer sur le reste. Mais tout ce dont je vais parler là n'aurait pas de sens si on ne consolidait pas tout le reste.

Comment parler d'avenir si on ne défend pas les revenus et les prix ? Comment parler d'avenir si on ne protège pas face aux aléas climatiques de plus en plus nombreux ? Comment parler d'avenir si on ne sait pas se défendre face aux grandes transitions, comme on l'a fait collectivement ces cinq dernières années, avec des résultats qui doivent continuer de s'améliorer.

Je veux parler d'avenir parce qu'un des défis pour notre souveraineté agricole et alimentaire, c'est en effet le défi démographique et le défi du renouvellement des générations, à côté de tout ce que j'ai dit. C'est pour ça que je suis là, à côté des jeunes. Vous l'avez très bien dit, Président.

D'ici à 2030, on a 100 000 exploitations qui vont voir leur chef d'exploitation, comme vous Monsieur, passer la main. Vous êtes un formidable exemple. Avec beaucoup d'honnêteté, vous avez montré la difficulté sur le lait, qui est liée aux réalités du moment et au prix auquel il faut donner plus de visibilité.

Mais vous avez su trouver, eu le sens des responsabilités et préparé, vous avez passé la main. Quand je regarde ces 15-20 dernières années, nous avons plutôt su préserver la surface agricole utile dans notre pays, mieux que chez beaucoup de voisins. Par contre on a moins de chefs d'exploitation.

Mais, là, il y a une accélération de la transition démographique, nous n'avons jamais eu un tel mur démographique devant nous. Ce sont 100 000 chefs d'exploitation, d'ici 2030, qui vont passer le relais. C'est un vrai défi parce que ça arrive, on le comprend bien, au pire moment.

On n'a pas encore gagné la bataille du prix, on la mène ensemble depuis 5 ans, mais elle est dure. Elle est remise en cause par une nouvelle inflation qui arrive et le dérèglement climatique est déjà là. C'est pour ça qu'il nous faut accélérer sur le Varenne de l'eau, sur l'assurance récolte et tout le reste, mais le défi est immense.

Donc il faut donner de la visibilité à notre jeunesse pour pouvoir avancer. Ce que je veux que nous construisions ensemble dans les six prochains mois, parce que cette année je prends un engagement mais je vais vous faire travailler aussi, c'est un pacte d'avenir pour bâtir ce pacte d'orientation et d'avenir pour notre agriculture et pour ensemble, sur les sujets d'orientation, de formation, de transmission et de transition, réussir à se donner les bons instruments, les bons investissements et la visibilité. Donc il faut, dans les six prochains mois, mener ce travail dans tous les territoires de concertation et de négociation.

Il faudra ensuite voir ce qui dépend de la loi. On présentera au premier semestre 2023 ce qui dépend parfois de décisions du gouvernement d'investir, avec d'ailleurs les collectivités territoriales, les régions ont un rôle très important en la matière, et je sais leur engagement, et donc de pouvoir se donner là aussi une visibilité. Je vais ici revenir sur quelques uns des piliers de ce pacte auquel je crois et que je veux qu'on batisse ensemble.

Le premier, c'est celui de l'orientation et de la formation. Si on veut qu'il y ait des jeunes comme vous qui aillent vers les professions, il faut qu'on continue, je dirais, l'information et l'orientation. Moi, comme vous, j'en ai assez de ce qu'on appelle l'agribashing.

J'en ai assez de l'esprit de calomnie, en quelque sorte, et de raccourci. Il faut qu'on ait un discours public qui assume l'importance de notre agriculture parce que tout le monde a envie de bien manger. Et, si on veut bien manger en sachant ce qu'on mange, en préservant nos paysages, en préservant notre biodiversité et en prévenant que nos paysages ne soient pris par la broussaille et donc les incendies, on a besoin de l'agriculture française. il faut le dire haut et fort, le dire à la télévision, dans les écoles et partout.

Donc il y a un énorme travail de pédagogie et de fierté à avoir. Ce n'est pas de la démagogie, mais tous ceux qui sont en train de discréditer aujourd'hui et de mener un discours catastrophiste sur notre agriculture, ils préparent quoi ? Une France où on devra, pour manger, importer des produits qui viendront de l'étranger avec des standards sanitaires et écologiques nettement inférieurs aux nôtres.

C'est ça, la réalité. Donc il n'y a aucun progrès écologique possible s'il se fait aux dépens de notre souveraineté, ça n'est pas vrai. Et on a payé ces dernières années, entre la pandémie et la guerre, pour savoir que tout était possible.

Donc notre responsabilité, comme nation, c'est de passer ce message dans tous les esprits : achetez au bon prix parce que, derrière, il y a des gens qui vivent et il y a leur travail. Respectez celles et ceux qui travaillent jour et nuit et ne savent pas ce qu'est un jour de repos. Respectez la place de l'élevage, de toutes les agricultures et de toutes les formes d'agriculture et de tous les modèles, celui que vous avez défendu comme d'autres, parce qu'il faut de tous les modèles pour que notre agriculture permette notre indépendance.

Ce message là, il faut qu'il passe dans nos écoles, on va s'y employer, et il faut que, dans nos journées orientation à venir, qu'on va installer dès la Cinquième, c'est là où j'ai besoin de vous tous, vous puissiez aller dans les établissements scolaires pour expliquer ce que c'est. Parce qu'on ne va pas se mentir, même si on arrive à faire tout ce boulot, ça restera des métiers passion. Parce qu'il y a un tel niveau de contrainte qu'il faut aimer le vivant, qu'il faut aimer la liberté aussi, l'indépendance qui va avec vos métiers, et que ce n'est pas vrai que ça correspond à tous les standards d'organisation de la vie tels que nous sommes en train de la vivre.

Je parle pudiquement, mais vous êtes des engagés et vous travaillez beaucoup. Je pense que, derrière, il y a un sens. Il y a un goût de ce qui va avec.

Il faut pouvoir l'inculquer et le transmettre donc j'ai besoin de vous pour aller l'expliquer dans les écoles. C'est très important. Ensuite, il y a notre enseignement agricole qui est une fierté et une force.

Je le dis devant votre ministre, mais on a besoin de le consolider et d'avancer sur ce point. À cet égard et cet atout, et je veux vraiment remercier ici tous les enseignants et dirigeants de ces établissements, nous investirons 20 millions d'euros pour l'enseignement agricole dans le cadre du fonds Compétences de France 2030. Pour faire quoi ?

Pour financer des formations nécessaires, notamment dans ces nouveaux métiers ou ces nouvelles compétences dont on a besoin : l'hydraulique, la robotique agricole, et donc soutenir l'innovation pédagogique dans les établissements. Nous créerons un statut d'expert associé dans l'enseignement agricole parce qu'on le sait très bien, les enseignants sont les premiers à le dire, on a besoin d'expertise complémentaire aux enseignants et de pouvoir faire circuler les formateurs. On va faire pareil, d'ailleurs, dans le lycée pro, parce que les métiers sont en train de se transformer et donc on a besoin de compétences extérieures pour améliorer ce qui se fait dans nos lycées agricoles.

D'ici un an, sur tout le territoire, nous mettrons en place un réseau d'incubateurs d'entrepreneurs, d'entreprises agricoles innovantes, en s'appuyant sur les lycées agricoles, les chambres d'agriculture, les acteurs du développement durable, les instituts techniques, les régions et les banques. C'est ce qui va permettre aussi de trouver des réseaux pour les stages, les contrats d'alternance ou d'apprentissage, et permettre aussi d'avoir des experts qui sont dans ces entreprises ou dans ces réseaux pour notre enseignement. Tout cela sera gravé dès le projet de loi de finances 2023 parce que qu'on ne peut pas attendre, il faut tout de suite enclencher la mécanique.

L'augmentation du nombre d'inscrits dans l'enseignement agricole s'accompagnera d'une augmentation des moyens budgétaires. Dès l'année prochaine, d'ailleurs, on a une augmentation qui sera prévue, je crois de 60 millions d'euros, pour accompagner parce que nos lycées agricoles attirent et on a plus de monde qui est là donc il faut aussi recruter. C'est le premier pilier : pédagogie, défense et illustration de ce qui est une vocation et un engagement, orientation et formation.

Le deuxième pilier, ça va exactement dans le sens que vous évoquiez, là les chambres jouent un rôle très important et je vais juste décrire ce qu'on veut vraiment pouvoir améliorer, c'est la transmission. La transmission, ça va avec les valeurs de l'agriculture. Mais la transmission qui va d'un père à un fils ou à une fille, il faut la généraliser en le faisant aussi vers vous, à Mademoiselle qui nous explique qu'elle n'a pas de famille dans le monde agricole mais qu'elle a envie de reprendre.

Donc il faut permettre, justement, à un ancien de transmettre ce qu'il fait et ce qu'il sait à un jeune qui veut apprendre et progressivement prendre la relève. Cela se fait déjà ponctuellement. On a déjà une grosse mobilisation de nos réseaux et des chambres qui est là.

Mais je souhaite, dans les concertations qui s'ouvrent, que vous puissiez, autour du ministre, faire des propositions très concrètes pour renforcer ce dialogue entre générations et faciliter la vie de ceux qui partent et de ceux qui arrivent. On a besoin qu'il y ait vraiment ce pacte qui se noue entre les générations et qu'on puisse construire les bons instruments pour pouvoir l'améliorer et donner de la visibilité. Parce que la réalité c'est que, plus on s'y prend tôt quand on veut transmettre, plus on va peut-être prévoir et être accompagné.

Le jeune aussi va peut-être, deux ou trois ans avant, commencer à être accompagné, mieux formé et à prévoir les instruments financiers. Je pense que ça, ça donne de la visibilité des deux côtés, c'est une très bonne chose. Le troisième axe, évidemment, c'est l'installation, le foncier et l'accès à la terre, le cœur de ce qui va derrière la transmission, qui sont les les données les plus importantes et, parfois, ce qui rend la vie la plus impossible pour les jeunes qui s'installent parce que le prix du foncier est tel qu'ils ont énormément de mal à passer ce cap.

Et parce qu'aussi, il faut bien le dire, les revenus agricoles depuis tant d'années sont tels que la cession pour celui qui cède, c'est souvent aussi plus qu'un complément de retraite, c'est le cœur de la retraite à venir. Là, ce que je veux qu'on puisse faire dans ce chantier, c'est aider véritablement nos jeunes à ce que le ticket d'entrée soit soutenable. Pour ça, je veux qu'on mette en place un fonds entrepreneur du vivant, et là il est à structurer dans le cadre de la concertation, qui sera doté de 400 millions d'euros.

C'est, je dirais, le départ. Là, je pense qu'il y a un très gros travail à faire avec les régions parce que ça dépend à chaque fois des modèles de transmission et de culture. Les régions, je le dis devant le président dont je sais l'engagement sur ce sujet et l'esprit de sérieux et de coopération, il faut qu'on soit intelligent et qu'on sache le différencier.

Pour moi, il faut que ce soit au moins de 400 millions d'euros, mais que l'État, avec les collectivités, investisse dans le portage du foncier et donc dans des solutions à façon, parce que ça dépend de la valeur du foncier et des exploitations selon les régions et les structures, et vous aide à porter, dans les premières années, le foncier pour se donner de la visibilité, permette de lisser le coût ou la charge en ayant une structure parapublique, qui va aider le jeune à s'installer et à lisser la charge pendant plusieurs années, et aider aussi à mener les transformations indispensables. Parce qu'il faut mesurer une chose, c'est que pour les générations qui s'installent il va y avoir une double falaise : la falaise du foncier pour s'installer et la falaise de la transformation que les exploitants qui sont en maturité doivent déjà prendre, et la transformation des usages. Pour moi, l'objectif de ce fonds, c'est de permettre que la reprise soit aussi un moment d'accélération où, en aidant à financer, on aide le jeune à investir tout de suite en reprenant.

C'est ce qu'il faut faire, parce que sinon on met tout de suite le jeune dans une situation où il n'y a pas de modèle économique, si je puis dire, où le modèle économique est déjà fragilisé. Il ne tenait, si on est honnête, que parce que tout était déjà investi par quelqu'un qui était en fin de carrière et qui ne réinvestissait déjà plus. C'est ça, le problème de notre agriculture.

Pourquoi on a, pour partie, de la décapitalisation dans certaines filières ? On le sait bien. C'est aussi parce qu'on a des professionnels et des exploitants agricoles qui sont là et qui disent j'arrête.

Ils avaient investi il y a 10 ans et ils ne remettent pas ce qu'il fallait. Il faut absolument qu'au moment où on transmet, le jeune puisse tout de suite réinvestir. Si on l'aide simplement à reprendre, mais qu'il n'investit pas, il n'y arrivera pas et on mettra des jeunes dans le mur.

Donc ce fonds, c'est tout de suite un fonds reprise et portage du foncier et réinvestissement en transformation pour l'aider à ce que ce soit rentable et profitable et pour l'aider à ce qu'en même temps il soit dans le jeu de la transition et des nouveaux usages. Pour avoir parlé ces dernières années avec beaucoup d'entre vous, sinon on met les jeunes dans des situations d'impasse dont ils souffrent eux-mêmes. Ce fonds, on va le différencier selon les régions et les réalités des tissus agricoles, mais il est absolument indispensable.

Les chambres vont jouer un rôle clé. Ça doit être un levier de simplification de la transmission et ça, je fais confiance aussi aux syndicats agricoles pour nous aider à améliorer les choses. Je souhaite que, là-dessus, on mette en place, avec tous ceux qui aujourd'hui sont mobilisés sur la question de l'installation, des mécanismes simples et accessibles pour ces projets.

Chacun pourra trouver des conseils, une orientation vers la structure adéquate et un accompagnement à travers un réseau France installation agricole qui fédèrera sur le territoire tous les acteurs. Évidemment, les chambres sont l'acteur clé et faîtier de tout ça, mais il faut qu'on mette tout le monde derrière et, là, c'est à nous de travailler intelligemment avec les régions, je sais combien certains départements sont mobilisés et évidemment nos élus, en particulier nos maires, parce que c'est la vie de nos territoires qu'il y a derrière. Parce que, quand une exploitation tombe, si on ne sait pas bien la reprendre, c'est tout un territoire qui parfois se fragilise et se détricote.

Tout cela, évidemment, se fera dans le cadre de la nouvelle PAC, qui prévoit d'ailleurs une hausse des subventions à l'installation confiées aux régions. C'est vraiment notre combat des dernières années qui va nous permettre aussi de mener ce travail. On s'est battus pour ça, en débloquant des moyens dans le PSL qui vient d'être validé par la Commission européenne.

Donc je pense que c'est un acquis, il faut le faire vivre dans ce plan. Ce troisième pilier que j'évoque, il est clé pour moi. Je veux insister là-dessus, sinon on n'y arrivera pas, et c'est une bataille sur laquelle, ces six prochains mois, il faut que vous vous mobilisiez tous.

S'il faut investir un peu plus, on y arrivera, mais on n'a pas le droit de perdre cette bataille. Le quatrième axe, je vous rassure c'est le dernier, c'est celui de la transition et de l'adaptation face au climat et aussi de l'accompagnement dans cette nouvelle révolution agricole qu'on évoquait il y a un an ensemble qui est de se dire que, face au climat et à toutes ces transformations, on doit aider à la révolution du vivant et de la connaissance. Donc c'est l'agro écologie, le numérique, la robotique, la génétique, le biocontrôle et les solutions fondées sur la nature, c'est-à-dire comment on aide ces nouveaux entrepreneurs du vivant à la fois à résister de manière préventive au changement climatique, mais à participer à cette nouvelle révolution clé, aux investissements et à tout ce que l'INRAE pilote d'innovations.

Cet axe est absolument clé et il suppose plusieurs éléments. D'abord, de poursuivre notre investissement en termes de recherche et de le mettre au service de ces nouvelles exploitations et d'aider, là aussi, à avoir territoire par territoire les modèles à 20 ou 30 ans de notre agriculture. Je pense que c'est très important, et je nous mets là-dessus.

On veut évidemment qu'il y ait des jeunes qui s'installent, mais les jeunes ne pourront pas s'installer avec les modèles agricoles d'aujourd'hui, et encore moins d'hier. La recherche doit nous aider parce qu'il faut qu'ensemble on ait la lucidité et l'honnêteté de dire si tel modèle agricole sur tel territoire sera viable dans 10 ou 15 ans ou s'il ne faut pas aller vers un autre modèle agricole. C'est très important.

Je veux défendre notre agriculture avec vous. Je veux défendre tous nos modèles mais je veux, en même temps, regarder avec vous le fait que vous ne ferez pas forcément la même agriculture que vos parents. Il y a des territoires où on faisait tel type d'agriculture, le sol ou le climat ne le permettra plus.

Si vous reprenez exactement la même filière ou le même type d'agriculture, on va vous mettre dans le mur à 5 ou 10 ans, et on risque de vous faire faire des investissements qui ne seront pas les bons. Donc là, recherche et cartographie sur les territoires au service des jeunes. Ensuite, on doit se donner de la visibilité sur le climat à venir et développer avec les chambres, on en parlait tout à l'heure avec le président, ce que j'appellerais un " stress test " climatique intégré au parcours d'installation pour identifier les défis qui se posent à tous, et de manière plus spécifique, parce qu'en effet il faudra le faire exploitation par exploitation au moment de reprendre, dire quel type de culture tu peux faire, quel type d'irrigation il faudra avoir, comment aménager et quels sont les investissements qu'il faut faire.

Il faut une feuille de route de la viabilité de l'exploitation, des adaptations qui seront à faire et de l'adaptation aux changements qu'il faudra apporter au niveau de l'installation. Ça, évidemment, les pouvoirs publics devront l'accompagner. Ce stress test ne peut pas être à la charge du jeune qui s'installe, mais c'est la base si on veut qu'il s'installe bien et qu'on réussisse.

D'ailleurs, il faudra peut-être, à l'échelle de certaines régions parce que c'est la bonne maille, nos grandes régions, regarder nos territoires, convertir complètement nos modèles et réussir à penser ces transitions. Parce qu'il faudra, dans certains endroits, régénérer les sols, changer le type de culture, dans d'autres complètement repenser nos systèmes d'irrigation et, dans certains, peut-être remettre de l'agriculture sur certains sols qui étaient préservés et qui sont utilisables et, pour d'autres, accepter qu'il n'y ait pas de bonne exploitation qui puisse se faire sur 10 à 15 ans. Ça, c'est la vérité des prix.

Si on ne le fait pas, on se plantera. Donc on mènera ainsi des feuilles de route. Il faut le faire au niveau territorial et il faudra le décliner exploitation par exploitation.

Dans ce cadre-là, pour réussir à mener la transition dans ce quatrième pilier, il faudra aussi qu'on invente de manière plus rapide, mais pour les jeunes ce sera fondamental, la rémunération de ce qu'on appelle en bon français, en bon breton, le " carbon farming ". Je parle au prédécesseur du président, mais c'est-à-dire le puits de carbone agricole et donc les pratiques qui permettent justement de lutter contre le changement climatique et de donner de la visibilité sur ces pratiques, et la visibilité en termes de prix et d'investissements. Ça aussi, ça aidera beaucoup pour permettre d'aller dans ce sens.

Dans le même temps, ce qu'on va faire, et on va le faire dès les prochains textes, je veux aussi qu'on puisse accompagner les jeunes au-delà de la rémunération de ces stratégies de puits de carbone et de la rémunération du carbone, mieux les aider à porter les innovations et le développement des énergies renouvelables, mais le faire en respectant les surfaces agricoles et en gardant le modèle agricole, on en a parlé avec [ INAUDIBLE ] tout à l'heure. Donc on va mettre des systèmes de contrôle pour que cela reste des surfaces agricoles. On va mettre des systèmes pour éviter que tout ça soit mal utilisé, mais il faut qu'on puisse accélérer les projets d'énergies renouvelables qui sont un levier pour diversifier les revenus et améliorer les revenus agricoles.

La loi d'urgence énergies renouvelables qui va arriver, va permettre de faire quoi ? D'aller plus vite sur l'agrivoltaïsme et de développer des projets qui sont indispensables en mettant des règles claires pour éviter les abus. Elle va permettre aussi d'accélérer les raccordements qui sont indispensables, pour ces projets comme pour les projets de méthanisation qui aujourd'hui mettent parfois des années à être raccordés, ce qui décourage parfois certains d'entre vous.

Sur ce sujet, loi d'urgence, on ne peut pas dire l'énergie coûte cher, on n'arrive plus, il y a des risques. On sait les produire, simplement on nous explique qu'il faut deux ans pour les raccorder au réseau, on est chez les fous ! Donc il faut que ce qui se fait en deux ans se fasse en deux mois.

Ce ne sont pas des problèmes techniques, croyez-moi, ce ne sont que des problèmes de lenteur bureaucratique et administrative ou de mauvaise volonté. Donc ça se règle par la loi. On a une opportunité et on va la prendre.

Je ne veux pas être plus long. J'ai dit l'essentiel de ce que je voulais dire. Il y a ces quatre piliers six mois de discussions, un travail à venir, une loi qui arrivera, notre loi d'orientation d'avenir agricole, mais aussi de l'investissement, des structures qui ne dépendent pas de la loi mais des actions du gouvernement et une mobilisation de tous.

Tout cela au service de quoi ? Du renouvellement des générations, mais surtout de cette souveraineté agricole et alimentaire absolument indispensable. Elle est clé aujourd'hui.

C'est la mère des batailles et il faut la défendre. C'est une mobilisation de vous, je n'ai pas de leçon à vous donner, vous travaillez suffisamment, des pouvoirs publics, vous avez un ministre et tout le gouvernement qui sont à vos côtés. Vous m'avez à vos côtés, vous le savez, sur le cap que j'ai donné, mais une mobilisation de la nation tout entière.

On a besoin des transformateurs, on a besoin des distributeurs et on a besoin de tous nos compatriotes pour qu'ils comprennent qu'acheter français, consommer français aujourd'hui et aimer notre agriculture, c'est la clé pour garder cette souveraineté et ne pas se réveiller demain avec la gueule de bois. Voilà ce que j'étais venu vous dire aujourd'hui. Soutien, remerciement, confiance, confiance en vous, confiance en notre avenir.

Nous y arriverons parce que nous savons nous battre, parce qu'on ne compte pas nos heures et parce que nous y croyons. Vive la République et vive la France !

Depuis les Terres de Jim, le Président Emmanuel Macron échange avec des agriculteurs. — Emmanuel Macron · Pourquijevote