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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 8 octobre 2019 13 minAutoproduitPortrait personnelInstitutions & électionsCulture, médias & sportSolidarités & familleEurope & international

100 ans du quotidien La Montagne : discours du Président Emmanuel Macron

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00E. MacronFait
    « Je suis très heureux d'être là parmi vous, au sein de votre journal, du groupe, et au milieu de nombreux élus et de visages amis de la région »
  • 3:00E. MacronFait
    « Alexandre Varenne, en effet, fils de vigneron auvergnat, franc-maçon, fut de tous les combats de son temps. »
  • 5:00E. MacronFait
    « Son épouse fut l'une des premières figures de la lutte pour l'émancipation féminine dans le même temps. »
  • 7:00E. MacronFait
    « Vous avez raisonné de la houle du XXe siècle, de ses douleurs comme de ses liesses, vous avez essuyé les tempêtes de vent ou de haine »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron: Merci beaucoup, chers amis. Je suis très heureux d'être là parmi vous, au sein de votre journal, du groupe, et au milieu de nombreux élus et de visages amis de la région, et des acteurs de ce beau secteur, que je reconnais aussi, dans cette salle.

Très heureux d'être en Auvergne, et c'est l'engagement que j'avais pris en janvier 2018, auprès de vous, et que nous honorons ce soir. Très heureux d'être sur cette terre, vous venez de l'évoquer, cher Jacques, et nous en avons aperçu la silhouette dessinée tout à l'heure, cette terre dont Alexandre Vialatte disait, dans "La Montagne", qu'elle produisait à la fois des ministres, des fromages et des volcans. Et il est vrai que sur ces flancs de volcans, beaucoup de grands hommes, de penseurs, de présidents, de responsables politiques, de dirigeants, de philosophes, de héros, sont nés, ont grandi, ont parfois officié.

Et je dois dire que celui qui fonda La Montagne il y a 100 ans, le 4 octobre 1919, est de cette illustre lignée d'Auvergnats engagés. Alexandre Varenne, en effet, fils de vigneron auvergnat, franc-maçon, fut de tous les combats de son temps. D'abord, celui du capitaine Dreyfus, dont, encore étudiant en droit, il embrassa la cause.

Celui de la défense de son territoire quand il fut député socialiste du Puy-de-Dôme, conseiller de canton, puis maire. Celui de la dignité des indigènes quand il fut gouverneur général d'Indochine. Celui de la lutte contre tous les totalitarismes dans les tourments de l'entre-deux-guerres.

Celui de la dénonciation du gouvernement de Vichy qui, prenant tous les risques, décida de dénoncer la censure le plus clairement possible, de défendre Zay et plusieurs autres. Il fut de tous les combats avec discernement et courage. Son épouse fut l'une des premières figures de la lutte pour l'émancipation féminine dans le même temps.

C'est sans doute l'ADN de ce fondateur singulier qu'il faut également rechercher et qui nous explique la cause de la longévité de votre journal, qui n'était conçu au début par son inventeur que comme une feuille d'opinion. Pourquoi sinon, parmi la foule de journaux qui naquirent à l'aube du XXe siècle, fut-il donné à La Montagne de vivre 100 ans, d'en racheter d'autres, comme vous l'avez évoqué, de survivre à tant de bourrasques ? Votre journal est un géant aux pieds d'airain cimentés de valeurs fortes, fondé dans ce temps originel et par la patte de Varenne, mais qui s'est consolidé durant toutes ces décennies.

Ancrée à gauche, La Montagne l'a été assurément. Elle qui a porté le sous-titre, selon les époques, de Quotidien de la démocratie socialiste du Centre, puis celui de Régional des gauches, s'intitulant même dans les années 30 La Montagne du Front populaire. Mais comme l'avait rêvé Varenne, qui, au moment de la Seconde Guerre mondiale, eut cette phrase : "Le moins de politique possible et la politique ramenée à son vrai but, le bien public", le vrai parti de La Montagne, ce fut toujours la République.

Y compris dans les remous de l'entre-deux-guerres, même dans les égarements de la collaboration, l'attachement aux valeurs républicaines resta imprimé, toujours, dans les pages de votre journal, dans son esprit d'une encre indélébile que le tragique des événements n'a jamais diluée. Si bien qu'en écrivant dans ses colonnes, chacun de ses nombreux correspondants s'inscrit dans cette tradition auguste d'indépendance et de droiture. L'autre parti de La Montagne, c'est bien sûr l'Auvergne.

Les terres limousines où le quotidien est diffusé. Et je crois très profondément en la force et la richesse de cet ancrage territorial que beaucoup partagent ici, comme je le disais, en l'articulation de la petite patrie et de la grande, qu'avait rêvée la IIIe République, et qu'a cultivée votre journal. Ainsi montrez vous depuis un siècle comment la fierté régionale peut s'articuler heureusement avec le grand tout national.

Vous avez raisonné de la houle du XXe siècle, de ses douleurs comme de ses liesses, vous avez essuyé les tempêtes de vent ou de haine, qu'il s'agisse des rafales de 1999 dévastant les forêts de la Creuse, comme de la montée des totalitarismes que j'évoquais tout à l'heure. Vous avez inscrit la grande histoire dans l'actualité des terroirs et des territoires. Comme ce jour de 1993 où le domaine thermal de Vichy accueillit 12 enfants de Tchernobyl pour les soigner, parce que l'attention au local ne rend pas aveugle sur le monde.

Bien au contraire. Elle enrichit le regard autant qu'elle donne des racines qu'elle multiplie les clés de lecture. Et les unes de La Montagne, que je reconsultais avant de vous rejoindre, le disent toutes entières, celles de Mai 68, qui accordent la même attention aux manifestations étudiantes à Clermont et aux répercussions de l'assassinat de Martin Luther King.

Vous avez durant toutes ces décennies exalté les savoir-faire de vos entreprises, les eaux Evian, les pneumatiques Michelin. Vous avez accompagné l'essor industriel et scientifique d'une région, l'arrivée de la télévision à Clermont en 1955, la naissance du Pôle de recherche technologique Casimir en 1985, celle du premier centre de recherche en nutrition humaine à Clermont-Ferrand en 1993. Vous avez soutenu les projets les plus fous et les plus beaux d'une région toute entière, le développement des universités clermontoises, l'ouverture du musée des Beaux-Arts de Clermont en 1992, du Centre national du costume de scène à Moulins en 2006, l'incroyable pique-nique de la Méridienne verte en 2000, l'ouverture d'une aérogare à Clermont-Auvergne la même année. la construction titanesque d'un centre scientifique et pédagogique européen du volcanisme nommé Vulcania en 2002.

Et, balayer vos unes, c'est revivre l'histoire de toute une région tressée avec celle de notre pays. Et je n'oublie pas, bien sûr, toutes les épopées sportives auvergnates, l'ascension de Marion Bartoli, le destin brisé de tel coureur automobile, dont nous n'oublions pas la mémoire, les passages de coureurs du Tour de France, la vie du circuit automobile de Charade, la victoire du club athlétique Brive Corrèze Limousin, la Coupe d'Europe de rugby en 97, (Applaudissements) (...) Les victoires de Clermont. et tous ls événements qui font vibrer un peuple comme une région.

Dans le Puy-de-Dôme, dans l'Allier, dans le Cantal, la Haute-Loire, la Corrèze et la Creuse, depuis 100 ans, La Montagne a, en effet, créé un rituel, vous l'avez parfaitement rappelé, et vous en avez dit votre expérience, unissant l'agriculteur, le cadre, le professeur et le maire dans la même attente matinale, pour les uns plus fébrile que pour d'autres, insufflé chez chacun le même attachement à des valeurs communes. De Clermont à Aurillac, de Tulle au Puy-en-Velay, en échangeant les nouvelles, les avis, les résultats sportifs ou les bulletins culturels, elle a dessiné les contours d'une véritable agora de papier où se nouent des attaches de chair et d'âme, créant ce qu'on appelle à proprement parler un sentiment d'appartenance. Oui, depuis un siècle, La Montagne n'a pas seulement accompagné et uni ses lecteurs au rythme de la petite et de la grande histoire, en marquant la pulsation du temps long, elle a, au fond, façonné ce que je dirais l'art d'être auvergnat qui est au coeur de ce que j'ai quelques fois appelé l'art d'être français.

J'emploie le passé, mais, à 100 ans, La Montagne n'est pourtant pas une vieille dame de la presse française. Non. C'est un de ses représentants les plus vivants, vous en avez rappelé les défis et les ambitions, et je pense que nous allons dans quelques instants pouvoir échanger à cet égard, qui a su se renouveler, traverser les crises économiques des années 80, prendre le virage du numérique.

Un journal qui, avec les autres titres du groupe Centre France, ne cesse de raconter les belles histoires de ses terres escarpées, de valoriser les femmes et les hommes qui agissent ici pour créer de la richesse et des emplois, pour accompagner les plus fragiles, pour protéger l'environnement, au fond, des engagés qui forgent un territoire. Vous avez redit à l'instant quelques-uns des défis de la presse quotidienne régionale, et nous l'évoquions hier à Rodez avec le président Baylet. Nous aurons l'occasion, là aussi, d'y revenir.

Mais je crois très profondément que, le rôle de cette presse, votre rôle, est plus jamais essentiel. Comme le disait Alexandre Varenne, la presse quotidienne régionale concourt au bien public, oui, non seulement parce que, dans le flot indistinct des informations, y compris lorsqu'on peut le tourner en dérision, comme vous l'avez fait, et qu'on parle parfois peut-être un peu trop de ce qu'il ne le mérite pas, les citoyens ont besoin de repères sûrs, de ces rituels, de ce temps régulier, des réflexions, de ces relais de confiance, que constituent des titres comme ceux du groupe Centre France. Mais aussi parce que, pour reprendre la thématique choisie pour ce centenaire, la presse quotidienne régionale est un tisseur de liens, irremplaçable, entre les territoires, entre les femmes et les hommes, entre ces territoires et ces hommes, et les institutions qui font une nation.

Et donc il peut y avoir des changements technologiques, des changements d'usage, comme on dit. Il n'en demeure pas moins qu'il y a toujours des femmes et des hommes qui parlent à d'autres, qui doivent tenter de leur expliquer le monde, de dire d'essayer de dire et de démêler le vrai du faux, d'aider à se forger une opinion libre, parfois de donner des avis et des opinions et que cela soit irremplaçable. Mais vous l'avez dit, la confiance dans La Montagne, c'est votre trésor.

Et l'invention du nouveau modèle, c'est ce qui vous reste, nous reste à faire. Alors, quels voeux, pour finir, vous présenter pour cet anniversaire ? J'aurais pu être aussi succinct que notre jeune lecteur, et je partage évidemment ce caractère spontané, mais là aussi en recherchant le tout 1er éditorial de La Montagne comporte au fond presque la réponse.

Cette phrase d'Alexandre Varenne qui est à elle seule un manifeste et un viatique. Les montagnards avaient rêvé d'une humanité meilleure, affranchie de toutes les servitudes, libre, égalitaire et fraternelle. Leur rêve n'est pas mort avec eux.

Permettez-moi donc de souhaiter à votre journal, pour son prochain siècle d'existence, de continuer à unir les rêveurs, tous ceux qui puisent dans leur enracinement, dans une histoire, une terre, des valeurs, la passion d'être là et la passion d'universel réconcilié. Ce sont ceux-là, les vrais rêveurs. Ceux qui habitent quelque part et chérissent cette terre et aspirent à un idéal et à comprendre le monde.

Alors bon anniversaire. Vive La Montagne, vive la République et vive la France. (Applaudissements)