Le corps d’une victime potentielle de Dominique Pelicot exhumé 35 ans après
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Florante Rault, vous êtes l'avocate de la famille de Sophie Narme. Bonsoir, Mélanie Bertrand, grand reporter à BFMTV.
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Cette exhumation a eu lieu mardi et selon vos informations, Mélanie, les prélèvements ont débuté dès le lendemain, dès le mercredi.
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C'est rarissime, ce genre d'opération.
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Florence Rault, vous étiez présente lors de cette exhumation. C'est toujours une étape très difficile à supporter, notamment pour la famille de Sophie Narme.
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De la part des enquêteurs ?
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Ce sont les talons de Sophie et son sac à main qui ont retenu votre attention. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00M.BertrandFait
« La justice n'a pas traîné parce qu'évidemment, c'est une demande de l'avocate de Dominique Pelicot, Me Zavarro, qui avait déjà été retoquée une première fois et qui a été validée cet hiver. »
- 6:00A.BégotFait
« C'est quelqu'un qui les a déposées comme ça. »
- 7:00M.BertrandFait
« Les enquêteurs ne partent plus d'un fait, d'un meurtre, d'un viol, mais prennent la globalité d'un auteur déjà identifié pour voir s'il y a des correspondances avec des affaires non élucidées. »
- 8:00F.RaultFait
« Elle a vécu la même scène apocalyptique. Cette jeune femme est agent immobilier, comme Sophie. »
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violée et assassinée en 1991 à Paris. Un cold case vieux de 35 ans sur lequel plane l'ombre de Dominique Pelicot. - C'est par le biais de cette petite annonce parue dans une revue immobilière que l'assassin a pris contact par téléphone avec Sophie Narme, 23 ans.
L'homme, qui a donné une fausse identité, souhaite visiter l'appartement. Rendez-vous est pris, mercredi 11h. D'autres clients sont prévus dans l'après-midi, mais ils trouveront porte close.
Le directeur de l'agence, inquiet de la disparition de son employée, découvrira le corps de la jeune femme gisant dans l'appartement. Sophie Narme a été violée avant d'être étranglée puis achevée à coups de couteau. -M.Bouhafsi: Bonsoir, Florante Rault, vous êtes l'avocate de la famille de Sophie Narme.
Bonsoir, Mélanie Bertrand, grand reporter à BFMTV. Cette exhumation a eu lieu mardi et selon vos informations, Mélanie, les prélèvements ont débuté dès le lendemain, dès le mercredi. -M.Bertrand: Oui, exactement.
La justice n'a pas traîné parce qu'évidemment, c'est une demande de l'avocate de Dominique Pelicot, Me Zavarro, qui avait déjà été retoquée une première fois et qui a été validée cet hiver. Et donc maintenant, toute la question est de savoir si on retrouve un ADN. Il faut savoir qu'on est 35 ans après l'assassinat de cette jeune femme, si on peut retrouver des éléments sur elle...
Là, ce que la justice cherche, c'est l'ADN d'un suspect, et peut-être celui de Dominique Pelicot. Il est mis en examen dans ce dossier. Donc maintenant, il faut plus traîner.
On estime que les prélèvements sont faits, dans la globalité. Maintenant, c'est le temps des analyses et ça peut prendre 15 jours à 3 semaines environ. -M.Bouhafsi: C'est rarissime, ce genre d'opération. -M.Bertrand: Oui, c'est rarissime.
Il y avait eu le cas dans l'affaire Jacques Rançon, le tueur des disparues de la gare de Perpignan, qui a été condamné pour le viol et le meurtre de 2 jeunes femmes. On a pu lui attribuer un nouveau viol et meurtre en 86, l'affaire Isabelle Ménage, une jeune femme retrouvée morte à la lisière d'un bois dans la Somme. A l'époque, les analyses n'avaient pas permis de déterminer un auteur.
Le corps avait été exhumé des dizaines d'années plus tard et il avait été condamné à la perpétuité en appel en 2022. Donc c'est possible, mais c'est très rare. -M.Bouhafsi: Florence Rault, vous étiez présente lors de cette exhumation.
C'est toujours une étape très difficile à supporter, notamment pour la famille de Sophie Narme. -F.Rault: C'est quelque chose qui n'est pas tolérable pour une mère ni pour une soeur, et puis difficilement supportable aussi pour les amis.
Donc heureusement, personne n'était présent. J'étais la seule à être présente à cette exhumation, avec évidemment l'avocate de Dominique Pelicot, et puis de nombreuses autres personnes, puisqu'une opération comme celle-ci, ça mobilise les pompes funèbres, les policiers, les enquêteurs, le service d'ordre, le juge, la greffière...
Enfin, il y avait 35 personnes sur les lieux, Et au moment où je suis sur ces lieux, c'est assez particulier parce qu'on arrive un beau matin, il est 9h30, il fait très beau, il y a du soleil, on entend les oiseaux chanter, c'est très champêtre. C'est un tout petit cimetière d'une petite ville dans les Yvelines. Et tout d'un coup, ce cimetière se transforme en une scène de crime, pratiquement.
Et donc c'est cette espèce de décalage qui est quand même très étrange. Et puis ensuite, c'est vrai que vous avez dit, à juste titre, que c'était des opérations rarissimes. Ca fait 42 ans que j'ai prêté serment.
C'est la première fois de mon exercice professionnel et de ma vie que j'assiste à une exhumation. Alors, on se fait plein d'idées des opérations, de la manière dont ça se déroule, de qui fait quoi et on a plein d'images dans la tête et en réalité, ça n'est pas du tout ça. On n'a pas du tout ces images qu'on peut voir dans les séries.
Ca ressemble à rien. Ce que j'en ai retenu, c'est que ça a été fait avec infiniment de respect. -M.Bouhafsi: De la part des enquêteurs? -F.Rault: De la part de tout le monde.
De la part des pompes funèbres, que je salue. Les enquêteurs étaient là pour assister, mais c'est pas eux qui interviennent. Les personnes qui interviennent, c'est la légiste et le personnel des pompes funèbres.
Et en fait, tout le monde a été d'une extrême bienveillance, d'une extrême attention, parce qu'on avait cette sensation que voilà, on allait voir pour la première fois Sophie. C'est quand même très particulier. -M.Bouhafsi: J'insiste sur ce point: c'est Béatrice Zavarro, l'avocate de Dominique Pelicot, qui a demandé cette exhumation.
L'idée, c'est de trouver des traces ADN pour prouver l'innocence, puisque Dominique Pelicot nie toute implication. Florence Rault, vous décrivez un désordre indescriptible sur la scène du crime de Sophie Narme et pourtant, un détail a retenu votre attention. Ce sont les talons de Sophie et son sac à main. -F.Rault: Les chaussures, les escarpins de Sophie.
Sur cette scène de crime qui est apocalyptique, dès que vous la voyez...
Je ne vous parle même pas d'être sur place comme l'ont été les enquêteurs. Moi, quand je vois les photos qui sont dans le dossier, j'ai cette sensation d'une scène de chaos. J'ai cette sensation que Sophie s'est débattue, qu'elle a souffert le martyre, qu'elle a été martyrisée.
Tout a volé en éclats. Tout est parti dans tous les sens. On retrouve des bijoux à elle, des bagues sous son corps.
Tout a été jeté. Et vous avez un élément qui est tellement étrange...
Comme si, dans un brouhaha, vous aviez un silence. Vous avez ces chaussures, des escarpins, des escarpins bleu marine, qui sont rangées dans une certaine position. Les deux chaussures sont parallèles.
Il y a une certaine position par rapport à la position du corps. Et là, quand je vois ça, et je n'ai pas été la seule à avoir cette sensation, quand je vois ça, je me dis que ça n'est pas dû au hasard. -A.Bégot: C'est quelqu'un qui les a déposées comme ça. -F.Rault: En tout cas, c'est un tueur en série. -M.Bouhafsi: Et d'ailleurs... -M.Bertrand: C'est pas la première fois. -M.Bouhafsi: D'ailleurs, en janvier dernier, le pôle cold case de Nanterre, ce pôle consacré aux affaires non élucidées, a ouvert un parcours criminel sur Dominique Pelicot.
Ca veut dire quoi? Qu'on va tout regarder dans la vie de Dominique Pelicot? -M.Bertrand: Exactement.
Les enquêteurs ne partent plus d'un fait, d'un meurtre, d'un viol, mais prennent la globalité d'un auteur déjà identifié pour voir s'il y a des correspondances avec des affaires non élucidées. Ils l'ont déjà fait, il y a 13 parcours criminels qui sont ouverts par le pôle cold case. C'est le cas pour Nordahl Lelandais, pour Michel Fourniret, malgré le fait qu'il soit décédé, pour Patrice Alègre et aussi pour Dominique Pelicot et pour Guy Georges, bien sûr.
L'idée, c'est de retracer toute sa vie, les endroits où il a habité, où il a pu partir en vacances, d'interroger des anciens proches, des anciens patrons, des collègues. Ca peut remonter très loin, l'école, les études, les premiers jobs qu'ont fait tel ou tel suspect et de voir si, dans ce parcours de vie qui peut durer 20, 30, 40 ans, il y a des cold cases qui peuvent leur être attribués. Voilà, on a 13 parcours criminels ouverts en ce moment. -M.Bouhafsi: Ce n'est pas la seule affaire dans laquelle on retrouve le nom de Dominique Pelicot.
Il y a aussi une tentative de viol sur une jeune femme appelée Marion en 1999. Marion est toujours en vie. Vous la défendez.
Vous pouvez nous raconter ce qu'elle a vécu? -F.Rault: Elle a vécu la même scène apocalyptique.
Cette jeune femme est agent immobilier, comme Sophie. Elle fait visiter un appartement à un individu qui se présente sous un nom. On apprendra plus tard que c'est un faux nom, avec un faux numéro de téléphone.
La visite a lieu. Elle commence bien. Tout va bien.
Personne ne remarque rien d'étrange. Sur place, il demande à Marion un certain nombre de détails qui n'ont pas vraiment d'importance. A un moment donné, lorsqu'ils ont monté un étage, il va demander à Marion de mesurer l'écartement entre un endroit et un autre, dans une soupente, pour savoir si son lit et son armoire peuvent rentrer.
La jeune femme, qui a laissé son sac à l'étage en dessous, descend récupérer un mètre qu'elle a dans son sac. Elle remonte. Vous voyez, il se passe quand même du temps sans qu'il n'y ait rien d'inquiétant et qu'elle se préoccupe davantage.
C'est au moment où elle s'accroupit pour tendre le mètre d'un bout à l'autre qu'il va lui tomber dessus et qu'il va la plaquer au sol, et là va commencer une espèce de lutte. Il va finir par lui entraver les mains, par la bâillonner. Il va la dévêtir en partie, pas complètement.
Ce qui est étrange, c'est qu'on a une espèce de parallèle. Moi qui connais les deux affaires, j'ai la scène de crime de Sophie et j'ai aussi la scène de crime, la tentative de viol de Marion. Et je vois des parallèles s'établir dans la manière dont l'individu...
Je ne sais pas qui c'est, mais l'individu, alors sur Marion, on est sûrs, c'est Pelicot, puisqu'ils trouvent son ADN et il l'a reconnu partiellement. Et il y a aussi ces détails très étranges, il y en a deux. Il y a l'utilisation de l'éther, et ça c'est très rarement utilisé dans les crimes, et les chaussures.
Sur Marion, on va retrouver, pareil, les chaussures, qui vont être...
Ce ne sont pas des escarpins, mais peu importe, c'est pas bleu marine, c'est blanc, mais elles sont positionnées un peu de la même manière. Et ça, c'est très étrange. C'est une sorte de signature.
Et notre chance dans ce dossier, c'est qu'il y a une trace de sang, une belle trace de sang sur un des talons. Et ce sang va se retrouver sur la moquette et un petit peu plus loin dans l'appartement, ce qui fait que la trace de sang est relevée, exploitée. On va extraire un ADN et des années plus tard, on va passer sur les loupés de l'enquête, mais des années plus tard, on identifie Dominique Pelicot, qui reconnaît sa présence physique sur les lieux, qui reconnaît avoir agressé Marion, pas pour lui faire du mal, mais uniquement "pour faire plus ample connaissance", ce sont ses propos.
Tout le monde appréciera. Il dit qu'il ne l'a pas violée puisque pour lui, il s'agit d'un "viol visuel". Là aussi, tout le monde appréciera. -M.Bouhafsi: Et on revient sur l'affaire Sophie Narme.
Elle est aussi marquée par un incroyable dysfonctionnement judiciaire. Des preuves essentielles ont tout simplement disparu. -F.Rault: Oui, bien sûr, puisque lorsque l'on va découvrir le corps sans vie de Sophie dans cet appartement du 22, rue Manin, 19e arrondissement, il est 22h, à peu près.
L'identité judiciaire arrive, le corps va être transféré. Une fois les constatations faites, elle est transférée à l'institut médico-légal de Paris, près de la Gare de Lyon. Là, les opérations d'autopsie vont commencer.
Elles ont lieu dans les heures qui vont suivre le crime. On prélève du sperme, avec des spermatozoïdes vivants. Ca ne peut être que le sperme du violeur.
Ca va être placé sous écouvillons. Ces écouvillons ne peuvent pas être examinés et analysés à l'institut médico-légal, où on ne fait que les prélèvements. C'est envoyé au laboratoire de police scientifique.
Entre les deux, je ne sais pas ce qui se passe, mais il y a un micmac qui fait que ce qui a été envoyé ne correspond pas à ce qui arrive au laboratoire. Donc il y a une perte de preuves. Ce ne sont pas des preuves qui ont été détruites, parce que dans ces cas-là, on a un PV de destruction.
On n'en a pas, donc on est sûr que ça a été perdu, égaré, peut-être classé dans un mauvais dossier. Il suffirait peut-être de chercher correctement. Mais on n'a pas cet ADN, qui a disparu en 91.
Maintenant, on a perdu aussi les vêtements de Sophie. C'est formidable. -M.Bouhafsi: Et vous avez fait condamner l'Etat dans cette affaire.
Mélanie Bertrand, vous avez de très bons contacts et beaucoup d'informations. Est-ce que vous savez combien de temps ça va mettre, ces analyses sur le corps de Sophie Narme? -M.Bertrand: On nous dit: 15 jours à 3 semaines.
Il y a quelque chose de très important. Evidemment, il y a la signature de Dominique Pélicot, qui pose question. Il y a la similitude entre les deux scènes de crimes.
Mais il n'y a pas de preuve irréfutable au moment où on se parle. Il y en aura peut-être une qui va émerger avec ces prélèvements. Mais l'affaire de Marion est prescrite, alors que l'affaire de Sophie Narme ne l'est pas.
Si Dominique Pélicot est acquitté, s'il est renvoyé aux assises et qu'il est acquitté pour Sophie Narme, si je me trompe pas, il ne peut pas être condamné dans l'affaire de Marion. C'est pour ça que la justice tente un dernier tout pour le tout pour tenter absolument de trouver un ADN, que ce soit celui de Dominique Pélicot ou d'un autre auteur. En tout cas, tenter de trouver quelque chose pour raccrocher Dominique Pélicot à Sophie Narme.