Barnier : avec qui et pour combien de temps ? - #cdanslair l'invité - 06.09.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
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Peut-on dire que M.Barnier est ce mouton à 5 pattes qu'on cherchait depuis 51 jours?
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Quelles seront ses relations avec le président, qu'il n'a pas cité?
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Ca pourrait lui réussir?
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Quel type de profil pourraient avoir les ministres d'un gouvernement Barnier?
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Au fond de vous, vous êtes optimiste sur la durabilité d'un gouvernement Barnier?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le président de la République va s'exercer à être un président arbitre au-dessus de la mêlée et va laisser faire le gouvernement. »
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« Le RN ne va pas le censurer. Il a la garantie de ça, le président de la République. »
- 7:00R.CayrolFait
« La Constitution dit qu'ils ont 70 jours pour adopter le budget à partir du moment où il sera déposé. »
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... - A.de Tarlé: R.Cayrol, vous êtes politologue, chercheur associé au Cevipof.
Votre livre "Mon voyage au coeur de la Ve République" est disponible. On a enfin un Premier ministre. Peut-on dire que M.Barnier est ce mouton à 5 pattes qu'on cherchait depuis 51 jours? - R.Cayrol: Il faut croire que les 51 jours ont été utiles car on a fini par trouver.
Le président de la République a fini par trouver. Le mouton à 5 pattes ou plus exactement celui qui ne serait pas immédiatement censuré. On a un président de la République qui a joué le rôle de président, car il nomme le Premier ministre, et le rôle de l'Assemblée pour essayer de comprendre qui voterait pour qui, qui ne voterait pas...
Il a joué tous les personnages politiques. - A.de Tarlé: Il aurait pu déléguer une personne tierce pour faire son travail. - R.Cayrol: Oui.
Ca se fait chez beaucoup de nos voisins. On désigne un formateur ou un démineur. Lui préfère faire lui-même.
Quand il ne recevait pas, il téléphonait à tout le monde. Il s'est occupé totalement à cette tâche. Il a trouvé.
C'est marrant. Tout le monde, au moment où on a parlé de Barnier, s'est dit: "Evidemment!" - A.de Tarlé: Vous qui avez voyagé dans la Ve République, M.Barnier l'a hantée.
On le connaît peu. J.Chirac disait qu'il était ennuyeux mais très efficace.
Il l'appelait "le moniteur de ski". - R.Cayrol: Il l'a appelé aussi "le crétin des Alpes" car il est savoyard.
Il passait pour ne pas être très imaginatif. Il passait, à l'époque, pour quelqu'un qui gère bien ses dossiers sans créativité et sans beaucoup d'imagination. Il nous a d'ailleurs surpris quand il a répondu à son prédécesseur dans la cour de Matignon.
Il l'a un peu mouché d'une façon qui montrait qu'il a un sens de l'humour et de la répartie. - A.de Tarlé: Quelles seront ses relations avec le président, qu'il n'a pas cité?
L'Elysée parle d'une coexistence exigeante. On ne sait pas ce que ça veut dire. - R.Cayrol: Ce n'est pas une cohabitation.
On ne nomme pas quelqu'un de l'opposition. Quand on désignait X.Bertrand, B.Cazeneuve, ils avaient un programme d'opposition.
Là, on consent avec lui à une alliance gouvernementale, mais il n'est pas dans un parti de la majorité. L'idée de coexistence, c'est ça. Les macroniens sont appelés à soutenir ce gouvernement.
Ce n'est pas tout à fait de la cohabitation. C'est une coexistence. Le président de la République va s'exercer à être un président arbitre au-dessus de la mêlée et va laisser faire le gouvernement.
Il a fait savoir que ce serait le Premier ministre qui choisirait l'essentiel de ses ministres. Il le laissera gouverner à sa guise. On verra comment ça marche.
Théoriquement, on va revenir aux sources de la Ve République, du temps du général de Gaulle et de M.Debré. Le général ne s'occupait pas de l'intendance mais des grands axes de la politique française.
Il a laissé gouverner au jour le jour le gouvernement. - A.de Tarlé: Donc on devrait avoir un président au-dessus de la mêlée revenant aux sources de la Ve République.
Ca pourrait lui réussir? On se souvient que J.Chirac et F.Mitterrand avaient vu leur cote de popularité remonter quand ils étaient en cohabitation. - R.Cayrol: Absolument.
Celui qui est vraiment aux affaires de la vie quotidienne ne fait pas tout bien pour les gens. C'est lui qui est responsable de ce qui se passe et des choses critiquées. Alors que le président, qui peut se permettre un petit commentaire de temps en temps pour faire savoir qu'il n'est pas totalement d'accord, selon les cas, ça donne une image de sérieux, d'arbitrage, qui est plutôt bien vue par l'opinion.
Mais il ne peut pas se représenter, donc... - A.de Tarlé: Il y a un scénario rose avec E.Macron qui termine une fin de parcours au-dessus de la mêlée et il y a aussi le scénario où ça se passe mal, où le RN agite la motion de censure.
La gauche est furieuse, parlant d'un déni de démocratie. "C'est incroyable que le parti en tête des élections soit exclu du pouvoir." K.Bouamrane dit: "On a 100 % de rien." - R.Cayrol: Tout respect gardé pour la gauche, il n'est écrit nulle part que la formation arrivée en tête, si elle n'a pas la majorité, doit être désignée au poste de Premier ministre.
Il n'y a pas de déni de démocratie. On a 3 blocs à peu près égaux. Il fallait composer avec ça.
Mais vous avez raison sur le point du RN. Ce gouvernement n'existe que parce qu'il ne va pas être censuré par la majorité absolue. Le RN ne va pas le censurer.
Il a la garantie de ça, le président de la République. Il a eu au téléphone 2 fois sur ce sujet M.Le Pen, qui lui a garanti qu'ils laisseraient Barnier commencer.
Après, tout dépend de la suite. La grosse affaire, ce sera non pas l'idée de voter la proportionnelle, mais le budget. Le budget de la France, ça engage la politique qui peut être nouvelle ou pas.
C'est là que le RN va se réveiller pleinement et dire s'il est d'accord ou pas. Le gouvernement va tenir, mais il a ce sursis devant lui. - A.de Tarlé: Hier, O.Faure disait que le RN avait le droit de vie ou de mort sur M.Barnier. "Le RN va pouvoir faire danser M.Barnier." - R.Cayrol: N'exagérons pas.
Je ne crois pas que M.Barnier se prêtera beaucoup à la danse macabre. Je crois qu'il va essayer d'affronter les problèmes, de se dire que, progressivement, il va convaincre les uns et les autres qu'il n'y a pas d'autre solution, que sa politique est la meilleure.
Mais cette inconnue va rester là. Le RN va être un peu le maître des horloges au moment du budget. - A.de Tarlé: Ca va commencer par constituer un gouvernement, d'ici une semaine, mettons.
Quel type de profil pourraient avoir les ministres d'un gouvernement Barnier? - R.Cayrol: Il faudrait essayer de prouver que c'est un gouvernement de rassemblement.
Il ne faut pas qu'il n'y ait que des gens favorables aux Républicains, à La Droite républicaine de L.Wauquiez. Il faut des macronistes, mais si possible, pas des ministres sortants.
Barnier a parlé de rupture dans la cour de Matignon. Ca veut dire renouveler le personnel politique. Il va donc falloir s'ouvrir.
S'ouvrir à la gauche, c'est hors de portée, pour le moment, au Parlement, mais on peut trouver des personnalités qui ont une façon globale de voir les choses d'un point de vue politique, qui soient plus de centre gauche ou des gens de la société civile qui ont montré leur fibre sociale. - A.de Tarlé: Vous avez des noms en tête? - R.Cayrol: Je ne peux pas les dire.
Ce serait absurde. Je ne sais pas si les gens de Matignon pensent aux mêmes noms que moi. C'est là qu'il faut chercher un peu pour montrer qu'on n'est pas simplement une espèce d'alliance LR-macronistes dont on a l'habitude depuis des années.
C'est différent. - A.de Tarlé: Au fond de vous, vous êtes optimiste sur la durabilité d'un gouvernement Barnier?
Vous êtes interrogatif en considérant que ce que nous vivons, on ne l'a jamais vu? - R.Cayrol: C'est inédit.
Je crois que ça va durer jusque bien avancé dans la direction budgétaire. Je ne parierais pas ma dernière chemise sur la durée... - A.de Tarlé: Le budget doit être voté avant le 31 décembre. - R.Cayrol: La Constitution dit qu'ils ont 70 jours pour adopter le budget à partir du moment où il sera déposé.
On n'est plus sûrs que ce sera le 1er octobre. A partir du moment où il y aura un vrai projet de budget sur la table de la présidente de l'Assemblée, on a 70 jours. Ca ne m'étonnerait pas qu'au bout de 30 ou 40 jours, ça commence à branler dans le manche et que le RN fasse monter les enchères. - A.de Tarlé: Et si on s'oriente vers une crise de régime, est-ce que... - R.Cayrol: Ce n'est pas sûr qu'il y aura une crise de régime.
E.Macron a su trouver une solution, alors que la plupart des commentateurs disaient que c'était devenu invivable, qu'il allait falloir faire le dos rond en attendant la prochaine dissolution. Il y en aura sûrement une en juin prochain.
L'Assemblée est profondément ingouvernable à terme. Il y aura une dissolution. Ce sera la porte de sortie.
En attendant, on a un vrai gouvernement. Je pense qu'il va gouverner dans les prochaines semaines. On ne peut pas en dire beaucoup plus. - A.de Tarlé: Merci beaucoup.
Je rappelle votre livre. Tout de suite, on va revenir sur cette passation de pouvoir