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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 17 octobre 2025 8 minContradictoireActualité / polémique

Les Malgaches "vivent l'intervention de l'armée comme ayant mis fin à la violence"

Au micro : Marion LourdesSource d'origine 2 locuteurs

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Attaque 15 %Défensif 5 %

Temps de parole

  • Présentateur72 %
  • Invité27 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Et la première invitée du 6-9, Marion, est géographe, professeure à la Sorbonne et spécialiste de Madagascar.

0:14
Invité

Bonjour Catherine Fournay-Guérin. Bonjour. On l'a raconté dans nos reportages sur l'antenne de France Inter, le colonel Michel Randjian-Irin va être investi aujourd'hui. Ce qui fait suite à la fuite du président Razzuel à l'étranger, devant les manifestations de la génération Z qui secouaient le pays. Voilà, je rappelle la situation. Le militaire dément tout coup d'état à Madagascar. Est-ce qu'il dit vrai ?

0:38
Présentateur

C'est un petit peu difficile à dire, mais d'un point de vue constitutionnel, parce qu'on est encore dans une période relativement troublée et incertaine. Mais par contre, du point de vue du processus, de ce qui s'est passé, les gens ne le vivent pas comme ça. C'est-à-dire que les gens vivent vraiment l'intervention de l'armée comme ayant mis fin à la violence d'une part, et ayant permis la fin du pouvoir d'Ange Razzuel d'autre part.

0:59
Invité

Vous dites ça parce que vous avez des liens sur place ?

1:02
Présentateur

Beaucoup, oui. Les gens envoient beaucoup de vidéos, de messages par WhatsApp. Alors, bien sûr qu'il y a un biais, puisque les gens que je connais parlent français, sont pour beaucoup dans les milieux universitaires élargis ou culturels. Mais ils me disent qu'autour d'eux, tout le monde est content, et de ce qu'on lit également dans la presse malgache, ça semble être un mouvement, en tout cas pour ce qui relève de la capitale et des grandes villes, qui est largement, comment dire, partagé, oui.

1:28
Invité

Il y a quand même des réserves, notamment du côté des Nations Unies, qui condamnent un changement inconstitutionnel, je les cite. Vous comprenez ces réserves ?

1:36
Présentateur

Sans doute, oui. Après, je pense que ça vient aussi d'une non-connaissance du terrain. C'est-à-dire que chaque situation est différente, et qu'en aucun cas il s'agit, par exemple, de ce qui s'est passé dans les trois pays d'Afrique de l'Ouest, qui ont connu des coups d'État militaire, mais des coups d'État qui n'étaient pas du tout à la suite d'un mouvement populaire. Là, il y a même eu des pancartes dans les manifestations qui appelaient à l'armée pour faire cesser la violence, par exemple. Pour l'instant, tout est allé très très vite, en fait. Il y a une semaine, on n'en était pas du tout là.

Donc, au bout de quatre ou cinq jours, il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions, mais d'un point de vue du vécu des gens, les gens ne le vivent pas du tout comme ça. Et on peut peut-être faire une analogie avec ce qui s'est passé en 1974 au Portugal, où c'est l'armée qui a mis fin à la dictature. Qui a fait une période de transition, en fait. Exactement, oui, et qui n'a pas gardé le pouvoir.

2:31
Invité

Mais quand on lit les journaux, on a les deux. C'est-à-dire qu'on a effectivement les manifestants qui en ont appelé à l'armée, qui ont même acclamé par moment l'intervention militaire, et puis d'autres de la génération Z qui disent « on nous a confisqué notre mouvement ». Ce sont les militaires qui se sont appropriés quelque chose qui venait plus du terrain, qui étaient plus spontanés peut-être.

2:50
Présentateur

Alors, également, trop tôt pour dire, là, les jeunes ont été conviés, il y a eu des réunions dans la semaine, les jeunes ont dit qu'ils étaient toujours en relation avec les militaires. À mon sens, mais je peux bien sûr me tromper, ce ne sont pas des militaires qu'ils ont beaucoup à craindre. De fait, ils n'ont jamais conservé le pouvoir. Il y a eu plusieurs périodes de transition durant les précédentes décennies, mais c'est après, de fait, une fois que les hommes politiques vont rentrer dans la danse.

3:17
Invité

À nouveau dans le jeu. La situation, elle est quelle aujourd'hui ? Est-ce que le calme est revenu d'après les échos que vous en avez ? Il y a eu 22 morts quand même dans ces manifestations.

3:27
Présentateur

Oui, alors, de ce que j'ai lu, ça fait plusieurs jours qu'il n'y en a pas eu. J'ai l'impression que oui. Après, de fait, n'étant pas sur place, il faudrait demander aux journalistes ou aux personnes sur place. Mais de ce que je lis, j'ai l'impression que ça s'est calme et qu'il y a simplement des manifestations de joie dans la rue, pas forcément très nombreuses, d'ailleurs, quand on regarde les images à la télévision. Et également dans les autres villes, il n'y a pas que dans la capitale. Il faut le rappeler.

3:52
Invité

Parce que le point de départ, en fait, de tout ça, c'est effectivement ce mouvement de la génération Z qui venait d'autres pays, en réalité, et qui, à Madagascar, dénonçait les coupures d'eau et d'électricité. Et ça, c'est toujours une réalité ?

4:05
Présentateur

Les coupures, bien sûr, oui, oui, oui. Alors, ce qui est surprenant, c'est que ça n'ait pas éclaté plus tôt. Parce que, par exemple, je relisais des articles d'il y a un an, où on était dans la même situation et il y avait le même mécontentement. Et puis, plus largement, depuis... Je connais Madagascar depuis 30 ans. Depuis 30 ans, il y a des défaillances dans les services publics, par exemple, d'eau et d'électricité. Alors, il y a des périodes meilleures, il y a des périodes pires. Actuellement, c'est une période pire parce qu'à la fois, la demande augmente et l'offre d'électricité est faible.

Mais ça n'est qu'une crise dans une conjoncture, enfin, pardon, dans un élément structurel qui, lui-même, est très, très mauvais.

4:43
Invité

Mais cette transition militaire, même si elle est appelée de leur vœu par un certain nombre de manifestants, est-ce qu'elle est de nature à résoudre ce problème structurel, justement, dont vous parlez ?

4:51
Présentateur

À ça, je ne pense pas. Après, ce sont des choses qui ne peuvent pas se résoudre rapidement. Cependant, là, par exemple, il y avait des éléments pour un moteur, pour une centrale thermique, qui étaient bloqués depuis deux ans et ils sont arrivés dans la capitale il y a une semaine. Donc, comme quoi, il y a aussi des blocages institutionnels et des dysfonctionnements. Le président qui s'est enfui à l'étranger

5:15
Invité

est co-responsable de cet état du système d'électricité, d'eau, de l'état général du pays ?

5:22
Présentateur

Alors, de ce qu'on lit, oui, étant donné notamment qu'il y a une compagnie d'eau et d'électricité qui s'appelle la Djerama et beaucoup d'argent a disparu de la Djerama, a été transféré vers des personnalités au pouvoir. Ça, c'est des choses qui sont publiques, qui font partie des éléments de très fortes, mauvaises gestions de l'état, oui. Il y a une question sur le rôle de la France dans tout ça,

5:46
Invité

parce que, d'après nos confrères d'RFI, Ange Razoel, le président, a été exfiltré à bord d'un avion français. Parce qu'il est parfois aussi dénoncé, il a été parfois dénoncé dans les manifestations comme l'homme de la France et qu'Emmanuel Macron a fait part de son inquiétude pour la continuité institutionnelle du pays.

6:01
Présentateur

Quel rôle elle joue là-dedans, la France ? Alors, c'est pareil, ce sont des informations qui ne sont pas toutes publiques, dont j'ignore. Ce qui a été dit et qui semble avéré, c'est que, notamment, dimanche dernier, la France a obtenu l'élargissement de deux prisonniers et condamné pour tentative de coup d'état, qui sont l'un français et l'autre franco-malgache, que, de fait, il a été soutenu depuis 2009. La France est beaucoup intervenue pour son accession au pouvoir, l'a soutenue. D'un autre côté, là, on peut aussi considérer que l'armée française l'a évacuée, en fait, pour dénouer une situation.

Donc, il est possible, mais je n'en sais rien, que le soutien ne soit finalement pas si fort que ça, actuellement. Mais on a encore des liens, une influence sur place ? Ah oui, ça, par contre, beaucoup. Oui, oui, de fait, il y a beaucoup, par exemple, de binationaux, il y a des entreprises françaises dans beaucoup de secteurs qui peuvent faire l'objet d'un certain nombre de mécontentements. Par exemple, le futur téléphérique de la capitale, qui n'est pas encore en service, a été construit par une entreprise française. Oui, il peut y avoir... Enfin, pardon, il y a vraiment une présence économique forte, militaire, discrète, mais réelle. Et politique, on ne sait pas.

Alors, indirect, si vous voulez. On n'est plus du tout dans la situation de la Première République, qui, d'ailleurs, avait chuté dans des circonstances analogues en 1972. C'est sans doute le modèle actuel, la référence, c'est ça. Ces 72, c'est la révolte, notamment des étudiants, et pour ce que les gens rappelaient, la deuxième indépendance. On n'est plus du tout là.

7:33
Invité

Catherine Fournay, guérin géographe, professeure à la Sorbonne, spécialiste de Madagascar. Grand merci d'être venue nous expliquer la situation complexe sur place ce matin. Bonne journée. sur France Inter. Bonne journée. Merci beaucoup. Au revoir.