Jérémy Ferrari : l’improbable histoire derrière les K d’Or
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La seule personne qui m'a dit, ce pitch est extraordinaire, c'est Eric. Le pitch, on peut le résumer ? C'est un mec qui est peut-être le fils de Kadhafi, qui part rechercher une journaliste dans un camp de djihadistes au fin fond du Sahel. Et pour ce faire, il a besoin de Zulika, qui est une fiché S complètement zinzin, qui s'en raconte des radicalisations. Et notre couverture, ça va être Ryan, qui est interprété brillamment par Eric Judor, qui joue un malvoyant, qui va faire le marathon des sables.
Je vois le regard de Pierre, l'escur qui est comme ça. Pendant le pitch, je pense qu'il y a pas mal de gens qui regardent. Oui, il y avait deux, trois petits filets en soi. Il va être en précis en même temps. C'est précis, bizarre.
Et le scénario qui s'appuie sur une réalité quasi historique.
Oui, on a quitté très vite cette réalité.
Non mais le point de départ.
Parce que sinon, les gens vont se dire, c'est un film sur Kadhafi, donc on est assez loin. Non mais à la base, oui.
Comme Kadhafi, il était beaucoup dans les années 80-90, il était beaucoup en France, on s'est dit qu'il avait pu avoir une aventure, donc un enfant. Et en 2011, quand Kadhafi meurt, il est considéré comme l'homme le plus riche du monde et on ne retrouve pas l'argent. Ça se tient. Bah oui, on ne trouve pas l'argent parce qu'il l'aurait planqué. Parce qu'apparemment, il l'aurait planqué. Et donc à partir de 2011, il y a des chasseurs de trésors qui sont encore actifs en 2026. Et donc on s'est dit, un enfant, dans les années 80-90,
peut devenir un de ces chasseurs de trésors. Tout ça, c'est les cinq premières minutes.
Ensuite, évidemment, ça part complètement en cacahuète. Ça part en cacahuète, même si ça aborde des thèmes qui vous sont chers, mes amis. Oui, c'est les journalistes qui m'ont fait remarquer qu'effectivement, j'étais allé sur le handicap, le terrorisme.
Ah, tu n'en as pas rendu compte quand tu l'écrivais. Comment tu étais aveugle à ta propre écriture ? Je ne sais pas en aise. C'est bon à l'aise. J'avais mis tous les trucs que j'avais traités depuis 15 ans dans le film. Oui, c'est ça. Donc un résumé un peu courri de... C'est ce que j'ai des meilleurs sketchs.
Avec aussi l'amitié, la solitude, la paternité, c'est quand même moins géopolitique que vos spectacles. Oui, parce que c'est marrant. Je pense que j'ai traité un peu les mêmes thèmes, mais d'un point de vue plutôt de l'humain. Alors qu'à début, je les traite de manière un peu frontale, un peu politisée, un peu sourcée, avec des articles de presse et tout. Et là, je pense que j'ai traité, sans vraiment m'en rendre compte, mais le côté humain de tous ces thèmes. Les chiens à trois pattes aussi. Oui, les chiens à trois pattes.
C'est sourcé, ça, oui.
Il est vraiment très sourcé. Mais c'est la mascotte du film, ce chien à trois pattes. Il est extraordinaire. Bobby, c'est un chien qui était en refuge, qu'on a sorti du refuge, en ne sachant pas s'il allait pouvoir être capable d'être dans le film. Vous ne pouvez pas être rassuré. Non, mais ça, si, ça, si. Mais c'est surtout un chien, pour qu'il soit capable de venir jouer sur un film. En plus, c'est vraiment que le terme est bien choisi, parce qu'il joue, mais... C'est-à-dire que je suis en train de m'embarquer dans un truc.
Moi, je n'écoutais plus de manière à dire. Vous voyez, continuez. Oui, le chien, donc, oui. Je suis fatigué. C'est un personnage, il joue, ok.
Il joue au sens propre. C'est-à-dire que pour lui, quand il vient sur le plateau, il s'amuse avec nous. Il fait le chien avec la balle. Non, il s'amuse avec nous. Et du coup, quand on prend un chien en refuge, on ne sait pas quel est son passif. En plus, lui, a priori, il est compliqué. Il aurait pu être agressif.
Il était agressif, en plus. Non, mais j'y pense, c'est vrai qu'il me bouffait le short. C'est la chèvre. Ah oui, c'est la chèvre. Il n'arrête pas, je confonds, le chien. En plus, il avait quatre pattes, effectivement. Il y a une chèvre dans le film qui lui mange le short.
Il n'arrête pas de parler de l'anecdote du chien qui mange le short. C'est le chèvre. Mais non plus, il n'a pas bien vu le film, Eric. Ah si ! Bien sûr, j'ai adoré. On fait des interviews, il raconte qu'il faisait 18 degrés, alors qu'il faisait 46. Il dit qu'il y a un chien qui lui a mangé le short, c'est le chèvre.
Je suis entier, moi, d'origine. Donc forcément, je ne ressens pas la chaleur. Oui, j'ai un très bon souvenir de ce tournage. Apparemment, il faisait 40.
En tout cas, le film, il est plus que réjouissant. Pas seulement avec Bobby, mais avec vous trois. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, vous jouez, Jérémy, Noé, un homme froid et insensible face aux deux urlues berlus. Vous avez parlé vous-même de Laura Félepin, Zulika, Fiché S, et très exubérante. Et puis, Eric, vous êtes Ryan, un malvoyant, encore puceau, c'est un rôle de composition.
J'ai fait l'amour la première fois il y a un an, donc quand même... Oui, ça se rapproche. C'est pas loin quand même.
Et donc, malvoyant, mais qui veut quand même participer à une compétition dans le désert. Et vous utilisez donc pour pouvoir quand même vous déplacer la technique des dauphins avec leur cri.
C'est parti, top des mots. Ça affine les formes. Comment dans le scénario, ça ? Pour le coup, il m'a écrit un rôle, il m'a filé un boulevard de jeux pour faire du slapstick, du burlesque. Mais c'est moi qui ai trouvé le bruit. Oui, effectivement, ça vient de l'intérieur. C'est vraiment du jeu intérieur. Oui, oui, moi j'étais... Et donc, oh ! Ces petits bruits que j'ai trouvés sur le plat, ça m'amusait beaucoup. Et voilà, c'est un plaisir de défendre des rôles que Jérémy vous écrit, parce qu'il est très généreux en plus, donc il vous laisse improviser. Donc là, on a passé une demi-journée à ce que je m'amuse. Et vous ne vous connaissiez pas avant ? Pas du tout, je détestais en plus.
Non, non, non, je ne suis pas disant. Non, parce que c'est vraiment deux mondes comiques qui se...
On ne s'était pas croisés. Moi, j'avais hyper envie de connaître Eric. Et quand je l'ai appelé, je l'ai appelé pour le rôle. Et on m'a dit, tu vois, il est super gentil, il est très, très drôle. Et ça, il ne s'en souvient plus, Eric. Mais quand je l'ai appelé, j'étais dans mon jardin, il y a un chien qui a aboyé.
Il est en train de faire l'amour pour la première fois. Il n'était pas dispo, ouais.
C'est impossible, tu vois. Et il a fait une heure d'impro sur le chien qu'elle va aboyer. Donc, je pleurais de rire au téléphone. Je lui ai dit, je vais raccrocher, je n'aurais même pas proposé le scénar, quoi. Il ne faisait pas trop d'impro sur le tournage ? Il en fait énormément. Trop ? Non, pas trop. Je suis là, j'entends. Il a été sage ? Ça va, il n'était pas trop... Le problème du tournage, ce n'est pas les impros. Le problème du tournage, c'est le temps qu'on a. Parce qu'en plus, on tournait essentiellement en extérieur, dans le désert. Donc, c'est 5h du matin, 17h. On ne rattrape pas le soleil. On ne peut pas le ralentir, quoi. Donc, à un moment donné, mais c'est un bonheur.
Parce que quand tu ouvres tes rushs, tu as soit le texte qui est interprété, il est dans ses chaussures. Soit un autre film. Soit un autre film. Voilà, c'est l'avantage, quand même. J'ai des impros d'Eric. Il y a 3-4 films dans les rushs. Sur tous les thèmes, on a des impros d'Eric. Sur tous les thèmes. Mais non, mais en même temps, c'est génial. Parce que quand tu arrives au montage, c'est un bonheur. Parce qu'il y a beaucoup d'impro que j'ai gardées dans le film. Il y a beaucoup, beaucoup. De toute façon, tu n'embauches pas Eric Judor pour qu'il te répète le texte ligne par ligne. Je savais très bien à qui j'avais affaire. Je savais très bien qu'il allait me faire de l'impro.
Et ça a apporté énormément au film. Et il y a aussi tous les à côté, tous les moments un peu ratés du tournage. Le tournage, c'est long. On va rafraîchir aussi un peu la mémoire d'Eric, justement.
Chèvre ou chien ? C'est parti. Donc c'est super. C'est quasiment une chèvre d'aveugle. Doucement, doucement. Doucement. Ah, il me mord ! On est en train de passer un top moment, là. C'est fait avec. Pardon, c'est sûr.
C'est super, c'est-à-dire, continue. Toi, si tu fais partie des gens qui ne pensent pas que l'existence de dragon est rien.
Oh, putain, c'est là, les chargés.
Laura Feltin, dans le dossier de presse, elle parle tout de suite des intoxications alimentaires. Apparemment, c'était un sujet. Bah, elle en a... On s'est marré.
Ah ouais, diarrhée sur diarrhée, là.
Juste l'extrait que vous venez de montrer, là. L'extrait où elle court toute seule. Nous, on avait une scène avant et après avec Eric. Toute l'équipe, en plus. Toute l'équipe. Et donc, c'était un plan. Donc, toute l'équipe avait une gastro. Moi, Eric, ce jour-là, ça allait. Et Laura, pas du tout. Voilà, c'est ce moment-là. Et donc, elle devait tourner ça.
Si on regarde bien, d'ailleurs.
Non, je suis plaisante. Et Laura, ça, ça paraît rien. Mais en vrai, elle a répété ce mouvement pendant 40 minutes. Et quand t'as vraiment mal au ventre, et nous, avec Eric, on pleurait de rire. Parce qu'on était dans les transats comme ça. On ne fait rien faire pour elle. Il fallait qu'elle court. Et c'est horrible. Parce que t'es dans le désert. Il n'y a pas de toilette. Il n'y a pas d'arbre. Il n'y a rien. Et à chaque fois, elle arrivait vraiment. Elle faisait mal au cœur. Elle disait, c'est bon, je suis là. Elle est bonne. Il faut vraiment que elle parte. Votre film, là, qui est en salle, mercredi, et qui a inspiré le Pas de Côté de Patrick. Oui, Pas de Côté ce soir.
Parce que parfois, il y a des remplacements qui exigent de faire un Pas de Côté.
Aux Etats-Unis, il y a des anecdotes. Par exemple, Matt Damon, il dit, eh, je n'ai pas pu le faire. Et du coup, Brad Pitt a repris mon rôle. Et là, c'est Guillaume Batts est mort. J'ai tout de suite pensé à... Et il ne pouvait pas le faire. Il est décédé. Ah, putain.
Brad Pitt n'était pas disponible. Ça, c'est vrai. Mais vous, Eric, oui, pour remplacer Guillaume Batts. Et si vous enriez encore sur ce plateau ce soir à Gorge déployée, Jérémy, c'est parce que Guillaume était votre meilleur ami, votre frère de cœur. Vous étiez aussi son producteur. Et rire, c'est le meilleur hommage à rendre à un humoriste qui mêlait autodérision et humour noir à la perfection. Tu sais, je t'aime beaucoup, Guillaume. Et pourtant, là, quand je te vois, j'ai juste envie de t'enfoncer des pincerées dans les canaux lacrymo pour que tu puisses souffrir mais sans pouvoir pleurer. Alors ne viens plus jamais me quémander quelque chose.
Je n'étais pas du tout venu te demander un sketch ou de faire un truc dans le gala. En fait, j'étais venu te dire que ça fait cinq ans qu'on a fait notre premier sketch à la télé. Et ça a changé ma vie. Depuis, j'ai fait plein de choses. Ça a décollé pour moi. Donc voilà, je voulais profiter de l'occasion pour, voilà, publiquement, te dire merci pour tout ça. Merci de m'avoir aidé à grandir dans ce métier. Ben, je t'aime, mon pote. Je t'aime bien. Je t'aime, mon pote. Guillaume Batte s'était atteint de la maladie des eaux de verre. Au moindre choc, il risquait une fracture osseuse. Mais rien ne l'arrêtait. Il aimait la scène, le public, quitte à se mettre en danger à la moindre sortie.
Votre comparse, Arnaud Samer, aussi grand ami de Guillaume, nous a raconté avoir eu la peur de sa vie alors qu'il enregistrait avec lui et le professeur Rollin à l'émission Open Bar. Ah oui, quand il a pris le projecteur. Rollin se prend le pied dans un câble de projecteur. Tout ça est vrai. Et le projecteur tombe sur Guillaume. Et moi, vraiment, je me dis OK, terminé. Il va crever. Et je fais un malaise vagal de me dire que Guillaume va mourir de ça. Parce qu'au moins, on m'a toujours dit attention, Guillaume est très fragile.
Et donc, j'ai fait un malaise vagal et comme je ne voulais pas attirer l'attention sur moi, je suis allé au bout de la rue faire le malaise vagal tout seul sous un port et je voyais les pompiers comme ça du coin de l'œil. Et vous les reprochez. Et je suis revenu après et Guillaume allait très bien et il me dit ben, disons, tu n'étais pas beaucoup inquiété pour moi. Plus de peur que de mal, donc. Guillaume nous a quittés il y a bientôt trois ans, en juin 2023. Et c'est vous, Jérémy, qui l'avez découvert inanimé à son domicile. Vous lui dédiez les cas d'or. Dans la première version de votre scénario, vous imaginez un trio masculin qui comprenait Guillaume. Oui.
Le rôle de Laura Felpin n'était pas présent. Non. Mais après le décès de votre ami, comment vous avez raisonné ? Comment vous avez imaginé la suite ? C'est-à-dire en le remplaçant ou en changeant le scénario, le trio ? En fait, ce n'était pas possible de le remplacer. Et puis, je n'avais pas envie. En fait, j'avais écrit ce rôle pour lui. Je ne voulais pas mettre les mots de Guillaume dans la bouche d'un autre acteur. Ce n'était pas possible. Ce n'était pas envisageable. Et donc, j'ai juste gardé le personnage de Noé. J'ai effacé les deux autres rôles. Et ensuite, j'ai créé Zulika et j'ai créé Ryan. Mais je ne voulais pas repartir.
Puis je ne sais pas, je trouvais qu'il y avait un truc glauque en fait. Ce n'était pas possible. Je trouvais que c'était trop triste. Il fallait que j'efface. Il fallait que je redémarre à zéro. Je ne pouvais pas redémarrer en me disant, je garde les vannes que j'ai écrites pour Guillaume et puis je vais les proposer à un autre acteur. Ce n'était pas possible. Voilà. L'Ecador, c'est dédié à Guillaume Batts et à Brice Postal qui est un formateur en sport de combat que vous avez rencontré sur les réseaux sociaux. Ça sort le 11 mars, mercredi, en salle. C'est ciné Jérémy Ferrari. Premier long métrage. Bravo. Merci beaucoup, les amis. Pas bravo. On peut y aller bravo.
C'était vraiment moche. Allez-y. Non, c'était vrai. Bravo. Tiens, allez-y.
Tout de suite, les îles de pierre.
Quand même.