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interviewBFM TV (sur YouTube)· 8 juillet 2025

Budget, armement, Olivier Marleix… L’entretien en intégralité d’Éric Coquerel (LFI)

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Il est 8h32 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Eric Coquerel. Vous êtes le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale.

Vous êtes député LFI de Seine-Saint-Denis. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Dans une semaine tout pile, mardi prochain, 16h, le Premier ministre dévoilera son projet de budget.

Les recettes, les défenses pour la France et 40 milliards d'euros d'économie promis. Hier soir, vous étiez à Bercy avec le ministre de l'économie. Précisément, pour évoquer avec vous ces pistes de budget, comment est-ce que vous en êtes sorti ?

Est-ce que vous avez l'impression que la copie est prête ? Et est-ce qu'elle a votre validation ? Je vais vous répondre.

Juste, j'étais à Bercy après avoir pris la mort d'Olivier Marlex. J'allais évidemment en parler. Et je voulais lui rendre hommage parce que c'était un homme de droite, un homme de droite républicain avec qui on pouvait parler de souveraineté, notamment même y compris qui pensait que la question de nationalisation n'était pas un gros mot à certains moments.

Arrêtons-nous un instant. Je pensais le faire à la fin de l'émission, mais puisque vous l'évoquez, on peut prendre le temps aussi de comprendre le choc que ça a été pour vous tous. Vous étiez en pleine séance et vous avez appris qu'il s'était donné la mort.

C'est un bouleversement pour vous tous et c'est vrai que les hommages à cet homme très droit...

Parce que c'était quelqu'un de très apprécié, surtout les bancs de l'Assemblée, qui incarnait, je vous dis, une droite comme on l'aimait. En tout cas, je préfère cette droite-là républicaine qui se soucie de la souveraineté du pays et qui était un peu dans une lignée, on va dire, gaullienne. Et surtout, se donner la mort, je n'ai pas de commentaire à faire, parce que je pense que ça appartient à chacun, mais oui, ça nous a beaucoup secoués.

Moi, ça m'a vraiment considérablement secoué. Un grand choc, vous avez entendu Sandrine Rousseau peut-être, elle a aussi dit que la moitié des députés ne vont pas bien. Est-ce que vous diriez qu'il y a une tension, qu'il y a une pression, qu'il y a une souffrance ?

Non, mais je ne veux pas mettre ça en lien, si vous voulez, parce que moi, je ne connais pas les raisons de son suicide, donc je ne veux pas mettre ça en lien. Une souffrance, je ne sais pas. Moi, je pense que la grande préoccupation de l'Assemblée, en fait, c'est que depuis maintenant un an, on contourne sans arrêt l'Assemblée nationale.

C'est-à-dire que la majorité de l'Assemblée nationale ne correspond pas à l'exécutif, pour les raisons que vous savez, de la décision d'Emmanuel Macron, qui est un problème. Et du coup, effectivement, ça provoque un mal-être, parce qu'à certains moments, vous avez l'impression que vous ne faites pas tout ce que vous pourriez faire, tout ce que vous auriez envie de faire. Bon, voilà, donc ça, je pense que ça provoque effectivement un état un peu de stress et autres, mais je ne veux pas mettre ça en lien avec Olivier Marlet.

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'on sent chez vous à la fois l'émotion, le choc, et on le sent chez tous les députés, d'ailleurs, quels que soient leurs bords. Éric Coquerel, revenons donc à ce que vous avez pu évoquer ou non avec le ministre de l'Économie hier à Bercy. Je disais, vous êtes sorti de cette réunion de travail.

Est-ce que vous avez le sentiment que la copie du budget est prête ? Je le disais, il reste une semaine. Non.

Non, elle n'est pas prête ? Non, elle n'est pas prête. Ce qu'hier j'ai appris, c'est...

Bon, il n'y a aucune révélation. C'est une base minimale. C'est-à-dire qu'en gros, le budget de l'État va être ce qu'on appelle une année blanche.

C'est-à-dire qu'il ne va pas augmenter en valeur. Alors, pour certains ministères, oui. Par exemple, vous savez qu'il y a la loi de programmation militaire qui est prévue.

Le ministère de la Défense devrait être augmentée. Très certainement, la Sécurité aussi. Mais ça veut dire que d'autres vont baisser.

Et d'autres, il suffit de regarder un petit peu les sujets des autres ministères pour constater que ça peut impacter la vie des Français. Si vous baissez l'enseignement, si vous baissez le logement, si vous baissez l'environnement, je regardais la question de l'incendie en ce moment dans l'Aude, ça a évidemment un impact. Le budget des collectivités territoriales, en gros, là, on va baisser ce qui était nécessaire comme augmentation pour correspondre aux besoins des gens.

Ça, ils estiment que c'est 8 milliards, ils vont le mettre plutôt à 5. Donc, ça va faire moins 3 milliards par rapport aux services rendus par les collectivités. Et à peu près pareil pour la Sécu.

Donc, si vous additionnez, là, on en est à 10, à peu près. On est loin des 40. Et donc, manifestement, il y a pas mal de choses qui toucheront directement la vie des Français.

Par exemple, est-ce que les pensions vont être gelées ? Est-ce que les pensions ne vont plus être indexées ? Des retraités, de tout ce qui est allocations sociales, etc.

Vous voyez bien que là, il y a un impact fort. – Sur ce point-là, ce point-là qui a un impact immédiat, puisque ça veut dire effectivement qu'il y aurait un décalage entre l'inflation et effectivement les revenus. c'est du pouvoir d'achat en moins pour tous ceux qui vivent, soit des minimas, soit des pensions de retraite, évidemment.

Ils vous ont répondu là-dessus ? – Ils disent que les arbitrages ne sont pas faits. – Ça veut dire quoi, ça ?

Les arbitrages ne sont pas rendus ? – Manifestement, c'est au niveau de M. Bérou que les arbitrages vont se prendre, ce que je comprends.

Donc, eux, ils alimentent de quoi les rendre. Bon, j'ai l'impression qu'on est plutôt partis là-dessus, ce qui serait catastrophique. Il y a une étude de l'Institut des politiques publiques qui a été faite la semaine dernière.

C'est une institution qui travaille sur les questions de l'économie qui a calculé par exemple que l'année blanche de l'État, y compris le gel des pensions, ça rapporte un peu moins de 6 milliards. Donc, ce n'est pas énorme par rapport aux 40 milliards. Par contre, c'est un effet récessif sur la population.

Et ça a notamment un effet plus récessif pour toute la population qui est défavorisée. Or, vous avez vu les chiffres de l'INSEE hier. – De la pauvreté, Henri. – Voilà, la pauvreté explose. – Elle est à un niveau qui n'a jamais été atteint depuis qu'on calcule la pauvreté. – Voilà, c'est les deux caractéristiques.

Si vous vous souvenez de ce qu'avait promis Emmanuel Macron qui est arrivé au pouvoir en 2017, plus un SDF dans la rue. Là, on a augmenté de 650 000 la pauvreté. Elle tutoie les 10 millions de personnes dans ce pays.

Et en plus, c'est l'autre phénomène, les inégalités explosent. Entre les 20% les plus riches et les 20% les plus défavorisés. Donc, ça, c'est la marque de cette politique.

Et c'est bien évident que quand vous baissez les budgets de l'État, si vous gelez les pensions, etc., vous avez non seulement un aspect récessif sur toute l'économie, on va en parler après, mais en plus de ça, vous allez aggraver encore ces inégalités. – Mais lorsqu'on parle d'année blanche, ça veut dire aussi un gel potentiellement des salaires des fonctionnaires, ça veut dire qu'on n'augmente plus l'indice, ça veut dire que pendant un an, on met tout sur pause. – Absolument. – Est-ce que ça, sur certaines parties de l'économie, vous pourriez l'accepter ? – Non. – Même pas ? – Non. – Non ? – Non, parce que c'est, comment dire, c'est extrêmement problématique dans la situation qu'on connaît.

Globalement, là, je vais revenir sur quelque chose qui est plus rentable. – Mais est-ce que sur les pensions les plus élevées, par exemple, les pensions de retraite, des retraités les moins modestes, est-ce que ça, ça serait acceptable ? – Ce n'est pas du côté des retraités que se cachent les privilégiés, les vrais privilégiés de ce pays.

On peut le dire, ce n'est pas les retraites, c'est parce que les pensions de retraite qui vont décréter que vous êtes chez les privilégiés ou pas. Ce n'est pas ça, par exemple, qui va permettre aux 500, vous savez, je cite toujours ce chiffre, il n'a jamais été contesté, les 500 plus riches personnes de ce pays qui ont vu leur patrimoine doubler depuis 2017, il est passé à 42% aujourd'hui du PIB, ce n'est pas leurs pensions de retraite qui vont leur permettre de faire exploser, j'allais dire, leurs revenus et donc les inégalités. Donc je crois que ce n'est pas là-dessus.

Moi, globalement, ce budget, je vais vous dire ce qui ne va pas, c'est que depuis 2017, on a fait un pari, voilà. Il est assumé, on va favoriser les revenus capitales pour les faire venir en France et on espère que ça va créer de l'emploi, de l'investissement, etc. Or, non seulement ça n'a rien créé, c'est-à-dire que le chômage va repartir bientôt à 8%, la part de l'industrie, je vais le dire tout à l'heure, mais c'est peut-être le chiffre le plus dramatique actuel, en plus de celui de la pauvreté que j'ai décrite tout à l'heure, va passer en dessous de 10% du PIB pour la première fois depuis la libération.

Même si on augmente le budget de la défense qui relance une autre forme d'industrie ? Justement, je vais en parler là-dessus, mais pour l'instant, c'est ça qui est sur la route, sur le chemin. La productivité baisse, etc.

Tous les chiffres économiques sont mauvais. Donc le pari de favoriser les revenus capitales au risque, c'est ce qui a été fait d'aggraver le déficit, parce que c'est des recettes de l'État environ à 60 milliards en moins, c'est un pari qui a raté. Et qu'est-ce qu'on nous propose ?

On continue la même politique. Et on la continue dans un contexte double. Le premier contexte, c'est que les autres ne font pas ça.

C'est-à-dire que les Allemands, aujourd'hui, face à la menace américaine de guerre commerciale déclenchée, vous savez que demain, on va apprendre à quelle sauce va nous assaisonner Donald Trump au niveau des droits de douane. Quand vous avez des droits de douane qui augmentent comme ça, ce que vous devez faire, au moins, c'est vous assurer, j'allais dire, une souveraineté industrielle et agricole plus importante, de façon à être moins dépendante des entrées et des sorties. Après, les Allemands ont fait des efforts il y a bien plus longtemps, et ils n'ont pas les mêmes des difficultés que nous.

Je vais y venir, mais qu'importe. Parce que si on pense qu'ils ont raison de le faire, donc ils vont mettre l'année prochaine 82 milliards d'investissements dans la défense, dans l'arme, ils disent aussi dans les écoles. Soit dit en passant, soit dit en passant...

Éric Ocrel, on ne peut pas comparer. On ne part pas du même point. On ne part pas du même point.

Apolline de Malherme, la question, ce n'est pas de comparer, c'est de savoir pourquoi ils le font. Si vous comparez avec les Allemands. Oui, mais c'est de comprendre pourquoi ils le font.

Parce qu'ils estiment que leur industrie automobile périclite et qu'ils vont la remplacer par une industrie de défense. Je mets de côté, même si c'est un sujet dont on devrait parler, le fait que moi, ça ne me rassure pas forcément quand le chancelier allemand explique qu'il veut l'armée conventionnelle la plus forte en Europe. On peut se demander pourquoi.

C'est intéressant que nos voisins allemands expliquent...

Attendez, on s'arrête un instant là-dessus. Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'effectivement, on va repréciser les choses, en sortant de la guerre, l'Allemagne, évidemment, et pour les raisons qu'on imagine, cessez toute industrie de défense et tout budget dans cette armée.

Ils vont, pour la première fois, relancer une armée conventionnelle. Quand vous dites ça, ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que vous vous inquiétez éventuellement que l'Allemagne redevienne notre ennemi ?

Ça m'inquiète considérablement de comprendre. J'aimerais comprendre quels sont les adversaires, les ennemis des Allemands. C'est quand même quelque chose dont il faut se préoccuper. – Nous, on a une armée. – Mais d'accord, on a une armée.

Mais là, dans les efforts militaires qu'ils vont faire, ils ne vont pas faire des efforts militaires pour avoir une armée minimum capable de se défendre. Ils vont faire des efforts où ils estiment qu'ils vont faire augmenter, passer en 2030, à 3,5% du PIB. La défense, nous, on en est à 2,2%. – Vous vous inquiétez éventuellement que la… – Les vieilles blessures de l'histoire, en plus dans un contexte de guerre commerciale comme on connaît, ça ne me rassure jamais quand mon voisin, avec lequel on a eu quand même 4 conflits importants en 2 siècles, explique qu'il va vouloir avoir l'armée conventionnelle la plus importante d'Europe, je m'intéresse.

D'un côté, il y a ceux qui expliquent que l'Union européenne, l'Europe, c'est quelque chose qui a été fait justement pour éviter ce genre de situation. Et d'un autre côté, les Allemands disent ça. – Mais l'Allemagne est quand même aujourd'hui notre partenaire.

Mais aujourd'hui, c'est notre partenaire, pas de soucis. Mais vous me permettrez de dire que nous n'avons pas forcément les mêmes intérêts économiques. D'ailleurs, on l'a vu, parce que eux, par exemple, vis-à-vis des États-Unis aujourd'hui, ils sont plutôt enclins à trouver un accord avec Donald Trump parce qu'ils vivent quelque part des exportations, ainsi que l'Italie vers les États-Unis. – Mais est-ce que pour vous, il y a un poison là-dedans ? – Moi, ça ne me rassure jamais quand j'entends le fait que dans une course à l'armement, comme on connaît aujourd'hui un peu partout dans le monde, parce que je vous fais remarquer que quand on produit des armes, à un moment donné, il faut s'en servir.

C'est ça le propre du capitalisme. Vous êtes débouchés par rapport à ce que vous produisez. – Ou alors pas du tout.

Regardez, on a produit l'arme atomique, on ne l'utilise pas. – Non, l'arme atomique, non. Mais les armes conventionnelles, oui. – Ah oui, mais ça veut bien dire qu'il y a des armes qu'on peut produire sans les utiliser. – Les États-Unis, par exemple, font une politique de relance industrielle depuis des années sur la défense, sur l'armement.

Vous avez remarqué que d'une manière ou d'une autre, dans des conflits secondaires, en vendant beaucoup les armes, il y a des débouchés. Parce que sinon, à un moment donné, la production s'arrête, il n'y a pas de débouchés. – On en vend d'autres, effectivement, notamment pour financer notre système. – Ce que je dis par là, c'est que vous rentrez à partir de là, quand vous basez votre économie sur une relance de la défense, une économie de guerre, qui en plus écologiquement est une catastrophe, ce qui devrait être quelque chose qui nous intéresse aussi.

Moi, ça ne me rassure jamais. – Mais est-ce que ça veut dire, non mais allez, Éric Ockel, essayons de comprendre, est-ce que ça veut dire que pour vous, l'augmentation du budget de la défense, vous n'y êtes pas favorable ? – Tel qu'il est prévu, notamment avec les accords que nous avons accepté des Américains à 5% du PIB, où on va acheter des armements américains pour relancer leur production industrielle. – Mais on est d'accord que la menace est là ? – Non, je n'y suis pas. – Ou pour vous, non ? – Moi, je pense que la menace aujourd'hui la plus urgente, celle qui quasiment nous impacte tous les jours, c'est la menace écologique, c'est la menace environnementale, c'est le dérèglement climatique.

Si vous mettez 800 milliards d'investissements dans l'écologie, comme le proposait le rapport Draghi, il y a encore quelques mois en Europe, et que maintenant, au lieu de ça, vous les mettez dans l'armement comme leur propose maintenant l'Union européenne, excusez-moi, mais ce n'est pas la même chose. D'abord parce que, encore une fois, c'est d'une extrême dangerosité, parce que quand vous surarmez les pays dans un contexte de guerre commerciale, ça rappelle une période, ça rappelle avant 14. – Mais ce ne serait pas extrêmement dangereux que nous soyons sous-armés ? – Mais est-ce qu'on est sous-armés ?

Sous-armés par rapport à quoi, aujourd'hui ? Est-ce que la France est sous-armée ? Est-ce que la France ne peut pas assurer la défense de son pays, en plus avec la décision nucléaire ?

Moi, je pense que si, elle n'est pas sous-armée. Donc si la France se surarme, si on surarme, je veux dire, par rapport à nos objectifs, et je pense notamment à l'Allemagne, c'est pour vendre les armes. Si vous vendez les armes, elles sont utilisées.

Et donc, vous rentrez dans un moment de tension. – Vous n'appliquez qu'une lecture capitaliste à la question de l'armement, pas une question de souveraineté, une question de danger, de menace, de diplomatie. – Le cas-là, c'est de produire ce que vous avez besoin comme arme pour vous défendre.

Ce n'est pas de produire des armes dont les débouchés sont faites de les vendre à l'extérieur et donc d'entretenir des conflits. – Mais vous connaissez le modèle économique de notre armée. – Mais je connais aussi le modèle économique du capitalisme. – L'idée est aussi que si on a besoin de ces armes, on a aussi besoin d'en vendre pour pouvoir les financer. – Alors, je vais vous le résumer rapidement.

Je suis extrêmement inquiet quand une économie capitaliste se base sur la production d'armement, encore une fois, parce que quand vous produisez, il faut des débouchés. Et donc, vous pouvez entretenir des conflits, les développer jusqu'où, on ne sait pas. Parce qu'aujourd'hui, on voit bien qu'il y a en plus une guerre commerciale entre des blocs économiques et qu'encore une fois, dans l'histoire, ça rappelle avant la Première Guerre mondiale. – Donc, dans vos arbitrages, vous n'auriez pas choisi d'augmenter le budget de la défense ?

Je choisirais, je pense que la France devrait être à la pointe de la bataille pour la bifurcation écologique et devrait même proposer des alliances au niveau mondial avec les pays qui se soucient et qui subissent le plus des règlements climatiques. Parce que d'ici quelques temps, on va comprendre que c'est ça le danger le plus important. Et que si vous mettez beaucoup plus d'argent pour l'armement, vous ne le mettrez pas pour la bifurcation écologique.

Je vous rappelle que le budget de l'environnement l'année dernière, c'est moins 2 milliards. Alors qu'il aurait fallu 37 milliards en plus, selon un économiste comme Pizani Ferry, qui était un ancien conseiller de Macron, etc. Donc, on est complètement de ça, à la fois en termes d'adaptation et de réparation.

Vous regardez les incendies, je vous donne un exemple. Les pompiers, aujourd'hui, ils ont, depuis 2020, à peu près 37% de plus d'intervention. D'accord ?

Et ils ont augmenté que de 3%. Donc, vous voyez bien que, par exemple, rien que ça, de réparer ce qui est en train de se faire, je ne parle même pas d'adapter, il y a besoin de dizaines de milliards. Si on les met dans l'armement, ou si on les met, d'ailleurs, pire encore, dans des économies, c'est-à-dire, en fait, on n'investit pas, non seulement on ne va pas être au rendez-vous de la bifurcation écologique, mais en plus de ça, je reviens là-dessus, on va, sur notre appareil industriel, sur notre activité économique, on va être totalement en récession.

Et c'est exactement ce que propose ce budget. C'est passionnant, parce qu'effectivement, en parlant avec vous de ces questions de budget, au fond, où est-ce qu'on met plus et où est-ce qu'on met moins, on est au cœur, effectivement, des décisions politiques. Il y a aussi la question de faire des économies, d'abord, d'ailleurs, sur les 40 milliards.

Vous êtes d'accord sur le chiffre ? Non. Non.

Vous n'imposeriez pas 40 milliards d'économies ? Non, je ne partirais pas comme ça. Je ne partirais pas avec l'idée que l'essentiel, c'est chaque année, de réduire la dette par une baisse des dépenses publiques.

D'abord, pour l'aspect récessif dont je vous ai parlé, pour les besoins des gens qui ne vont pas être résolus, parce que ça, ça a des impacts. Le gouvernement nous fait comme si ça n'a pas d'impact. J'en prends un seul, pour bien comprendre.

Allez-y. Il y a 53% des associations qui sont absolument indispensables, justement, sur toute la question de la pauvreté, de la santé, etc. Elles sont tous les jours dans notre vie quotidienne. 53% des associations sont très inquiètes par rapport à leur situation.

Et il y a eu 135 000 suppressions d'emploi dans les associations. Si vous ne mettez pas cet argent dans les associations, évidemment, le sort de la plupart du monde. Cet argent, il est à la fois public, mais il est aussi privé.

Il y a beaucoup de dons. C'est vrai. Mais là, je parle.

L'une des idées du gouvernement pour éventuellement trouver des économies, c'est de plafonner les dons, effectivement, pour que, alors par personne, ce ne soit pas plus de 2 000 euros qui soient défiscalisés. Aujourd'hui, quand on donne, on déduit une partie de ces impôts. Vous en pensez quoi, ça, vous ?

Je pense qu'évidemment, la question des dons, à un moment donné, il ne faut pas que ce soit des cadeaux fiscaux plus riches. Mais aujourd'hui, dans la situation où sont les associations, puisque c'est comme ça qu'on a choisi de les financer en partie, ce qui pourrait être discutable, mais c'est comme ça. Je pense que ça les mettrait en péril encore plus important.

L'idéal, ce serait que ce soit l'État qui finance. Moi, je dis que l'idéal, je vais revenir. Mais quitte à ce que ce soit des dons, on ne va pas les sucrer.

Je pense qu'il faut arrêter la baisse des dépenses publiques. On a fait moins 20 milliards en 2023. L'année dernière, on va en être à moins 40 milliards avec celles qui sont rectifiées en cours d'année et on nous en promet 40 de plus.

Et par rapport à ça...

Donc si on arrête les baisses de dépenses, on va augmenter les recettes. Absolument. Et on va les chercher sur ceux qui ont eu des cadeaux fiscaux depuis 2017.

C'est-à-dire, je rassure tout de suite les Français, ça ne concerne pas 95% d'entre vous, mais ça concerne...

Les plus riches. Les plus riches qui ont tellement accumulé de richesses qu'on a des milliards à récupérer. Nous, avec les calculs qu'on a faits.

Par exemple, la taxe Zucman. On en parle beaucoup. La taxe Zucman, c'est une taxe sur les méga riches.

C'est vraiment les très très riches. Plus de 100 millions d'euros. Et qui permettrait que proportionnellement, ils payent au minimum 2% de leur patrimoine.

Parce qu'avec des...

J'allais dire des tours de passe-passe fiscaux. Oui, c'est des tours de passe-passe qui ont été organisés. C'est-à-dire, en gros, on a défiscalisé ou baissé la fiscalité sur le revenu professionnel.

Donc, ils ont transféré une grosse partie de leur revenu personnel vers le revenu professionnel. Donc, l'idée, c'est qu'on leur fait une taxe minimum. Rassurez-vous, ils garderont beaucoup d'argent pour continuer à s'enrichir.

Vous n'avez pas besoin de me rassurer ? Les 2%, c'est entre 15 et 20 milliards. Je donne une deuxième taxe, il faut bien comprendre, qui a un lien avec ce que viennent d'ici les États-Unis.

Les États-Unis viennent de dénoncer le pilier 2. C'était un accord qui fixait les impôts sur les sociétés minimum à 15% pour éviter que des entreprises, par exemple, qui produisent 20% de leur chiffre d'affaires en France, délocalisent en réalité leur profit dans des pays à fiscalité privilégiée. Ils ont dénoncé ça, donc ça ne va plus avoir lieu.

Ça, il faut le rectifier en France. Et il y a aussi une autre taxe Zuckman qui rapporterait 30-40 milliards, qui dit qu'une entreprise qui a un chiffre d'affaires de 40 milliards. Simplement, au lieu de les trouver en baissant le budget de l'État, vous les trouveriez en recettes supplémentaires.

Voilà, parce que globalement, l'idée, c'est que le capital, et le capital, je ne parle pas des PME, TPE, mais le capital financier coûte beaucoup trop cher. Parti comme c'est, vous censurez ? Ah oui, on censure, mais c'est tel que c'est.

Oui, pourquoi ? Parce que non seulement c'est injuste, mais en gros, moi ce que j'ai peur, c'est qu'on joue petit et on va perdre grand par rapport notamment à la situation internationale. C'est ça qui m'effraie dans une politique qui a échoué, qui va continuer à échouer, qui ne correspond pas, j'allais dire, aux besoins du pays et notamment la nécessité d'un redéploiement industriel et agricole.

Éric Coquerel, vous avez dit que vous n'auriez pas augmenté le budget de la défense. Vous avez entendu, bien sûr, Mathilde Panot, la chef de votre groupe, qui assure que LFI désarmerait la police municipale s'il y avait des élus LFI dans ses mairies aux municipales. Est-ce que, sur la question des armes, parce que malgré tout, on est quand même sur le même domaine, la question de la défense ou la question de la sécurité.

Est-ce que vous n'avez pas le sentiment, là, d'être en décalage avec les aspirations des Français ? Moi, je ne crois pas. Je ne crois pas.

Constatons une chose, on n'est pas non plus obligé de suivre la course à l'échalote vers toujours plus de sécuritaires. C'est pas une question de course à l'échalote ? Je vous explique.

Il y a quelques années, le débat, c'était est-ce qu'il y a une police municipale ? Parce qu'il y a des gens comme Jacques Chirac, qui pensait qu'il ne fallait pas une police municipale à Paris parce que c'est la police nationale qui a assuré la sécurité des Français de façon à ce que tout le monde soit à égalité et ne dépend pas des moyens de chaque municipalité. Donc, ça a été un premier débat.

Alors, maintenant, le deuxième débat, c'est est-ce qu'il faut que la police municipale joue le rôle de la police nationale ? C'est-à-dire, soit au fur et à mesure de la police armée, etc. Moi, je ne le pense pas.

Mais vous avez entendu des élus écologistes à Bordeaux, à Lyon ? Je vous réponds. Oui, bien, à Brest, par exemple, la police n'est pas armée et il n'y a pas plus de problèmes à Brest.

Moi, je crois que la question qui se pose, moi, je le vis dans les villes de ma circonscription. Au bout d'un moment, on voit la police municipale qui est moins formée, tout aussi armée, jouant des rôles de police d'intervention que la police nationale. Alors, tant qu'à faire devant une police municipale, je pense, du coup, qu'elle doit accomplir un travail de police de proximité.

Vous savez, les îlotages. Au lieu d'avoir un commissariat central, d'être en voiture, d'être en moto, d'intervenir, qu'il y ait de la présence de policiers là où c'est nécessaire, par exemple, dans les quartiers où il y a des diles, etc., d'une police humaine.

Et dans ces cas-là, oui, je vous le dis, au moins d'un point de vue létal, le fait de l'armement n'est pas forcément indispensable pour ce travail préventif. Donc, vous voyez, c'est très sérieux, c'est très raisonnable et ça ne amaudrit pas la sécurité des gens. Merci, Éric Coquerel, d'être venu répondre à mes questions ce matin.

Vous êtes le président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale et des futés LFI de Seine-Saint-Denis. Il est 8h53 sur LLT et BFM TV.