Rencontre du Président Emmanuel Macron avec des associations, organisations et syndicats de presse
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« Il s'appelle Olivier Dubois. Il est journaliste pour les médias Libération, Jeune Afrique et Le Point. Il a été enlevé il y a neuf mois, dans le cadre de son travail pour nous informer sur la situation au Mali. »
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« Dans une démocratie moderne, la presse doit être pluraliste, indépendante et, pour remplir ces deux conditions, économiquement solide. »
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« Dans une démocratie moderne, le secret des sources est protégé par une loi qui prévoit des sanctions pour ceux qui la violent aujourd'hui impunément. »
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« Aucune de ces exigences n'est utopique, elles existent ailleurs. »
- 12:30Association de la presse présidentielleFait
« Nos audiences, quel que soit le support, sont prises dans une bataille de l'attention aujourd'hui, une bataille où l'outrance et les contrevérités sont toujours plus fortes. »
- 15:00Association de la presse présidentielleFait
« Les aides à la presse sont importantes et nous saluons leur pérennité mais elles ne peuvent arbitrer cette concurrence déloyale. »
- 22:30Président Emmanuel MacronChiffre
« 46 journalistes tués en 2021. »
- 25:00Président Emmanuel MacronFait
« La France s'est aussi illustrée en appliquant beaucoup plus vite et plus fortement que les autres. »
- 27:30Président Emmanuel MacronChiffre
« L'Autorité de la concurrence a encore sanctionné Google à hauteur de 500 millions d'euros. »
- 30:00Président Emmanuel MacronChiffre
« 483 millions d'euros depuis 2020. »
- 35:00Président Emmanuel MacronChiffre
« Deux millions d'euros sont prévus au budget 2022 du ministère de la Culture pour permettre la naissance de cette Maison. »
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Bonjour à toutes et tous, tous mes voeux. Monsieur le Président, l'Association de la presse présidentielle est heureuse de pouvoir vous présenter ses voeux pour cette année 2022, d'assurer un rendez-vous qui, par la force des événements, est devenu aléatoire et qui, aujourd'hui encore, doit se tenir dans une configuration restreinte. Ce moment est important parce qu'il nous permet d'abord d'évoquer avec vous la situation du seul otage français connu dans le monde aujourd'hui.
Il s'appelle Olivier Dubois. Il est journaliste pour les médias Libération, Jeune Afrique et Le Point. Il a été enlevé il y a neuf mois, dans le cadre de son travail pour nous informer sur la situation au Mali.
Depuis huit mois, nous n'avons aucune nouvelle de lui. Monsieur le Président, nous savons que la situation a été très compliquée dans ce pays mais avez-vous des informations à nous donner ce soir et quelles sont les actions menées par les autorités ? Tout le monde doit savoir aujourd'hui qu'un otage français est détenu au Mali.
Il s'appelle Olivier Dubois et nous pensons à lui. Monsieur le Président, l'exercice des voeux n'est pas des plus aisés lorsqu'il s'agit des derniers du quinquennat. Nous limiterons donc nos propos à notre métier et aux enjeux du secteur, d'autant plus volontairement que nous entrons dans une période électorale.
Dans cette période où le verbe peut être haut et le langage fleuri, l'Association de la presse présidentielle reste à sa place, ni plus ni moins. Nous rappellerons aujourd'hui notre rôle et ce qui vaudra au-delà de l'élection présidentielle, quel qu'en soit le résultat. Voici donc des grands principes que nous allons poser.
Dans une démocratie moderne, la presse doit être pluraliste, indépendante et, pour remplir ces deux conditions, économiquement solide, j'aurai l'occasion d'y revenir. Dans une démocratie moderne, le secret des sources est protégé par une loi qui prévoit des sanctions pour ceux qui la violent aujourd'hui impunément. Dans une démocratie moderne, les journalistes ne sont pas convoqués sous prétexte d'atteinte à un secret défense qui ne cesse de s'étendre.
La raison d'État est souvent une très mauvaise raison. Dans une démocratie moderne, un président de la République tient régulièrement des conférences de presse pour expliquer son action. La fabrique de la décision relève, à nos yeux, de l'information légitime aux citoyens.
Dans une démocratie moderne, enfin, des médias ne sont pas poursuivis pour violation du secret des affaires. Aucune de ces exigences n'est utopique, elles existent ailleurs. Entendons-nous bien, ces fondamentaux ne sont pas le combat d'un vieux monde et ils n'épargnent nullement notre secteur et notre profession des enjeux et des défis auxquels nous devons faire face.
Nos audiences, quel que soit le support, sont prises dans une bataille de l'attention aujourd'hui, une bataille où l'outrance et les contrevérités sont toujours plus fortes. Nos modèles économiques sont trop fragiles face à la puissance démesurée des géants du numérique qui continuent, malgré les avancées, de capter nos contenus et la valeur de notre travail. Les aides à la presse sont importantes et nous saluons leur pérennité mais elles ne peuvent arbitrer cette concurrence déloyale.
Nous nous sommes, en la matière, félicités trop tôt de la Loi sur les droits voisins. Sa philosophie est très importante, son application est difficile, l'Autorité de la concurrence l'a rappelé. Aujourd'hui, les plateformes doivent rémunérer des médias pour la diffusion de leurs contenus.
Aux termes d'accords passés de gré à gré, les géants du numérique financent aussi des médias pour qu'ils relèvent et corrigent les fausses informations ou fake news qui, ironie de la situation, sont propagées par ces mêmes plateformes. Sans arbitrer les discussions entre les organisations professionnelles concernées, nous relevons deux effets pervers dans cette nouvelle relation entre la presse et les plateformes. Cette dépendance financière ressemble fortement à des subventions, malheureusement discrétionnaires et non pérennes alors que c'est un travail, un travail et une audience qui doivent être justement rémunérés.
Second effet néfaste, des médias deviennent les producteurs d'une information qui se voudrait une vérité absolue, une forme d'information officielle contre les fake news. Que ce soit de la part des plateformes ou des pouvoirs publics, cela ne nous semble pas de nature à faire baisser la défiance vis à vis des journalistes. La presse ne peut devenir un sous-traitant de moralité des institutions qui veulent bien faire, outre ces plateformes irresponsables.
Les journalistes ne détiennent pas la vérité. Ils cherchent à établir les faits, à les comprendre et à les faire connaître. C'est une quête par définition toujours imparfaite, nous ne sommes pas exempts de critiques, tout comme la fuite vers des bulles de désinformation d'une part de nos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs doit nous interroger.
La liberté doit rester cependant la règle absolue pour exercer notre métier, une liberté bien sûr cadrée par la Loi sur la presse et à laquelle nous répondons, le cas échéant, devant les tribunaux. Mais, pour être libre et indépendante, la presse doit aussi être viable économiquement. Pour assurer nos revenus, les législations sur les services numériques à l'échelle européenne sont porteuses de solutions.
Elles doivent être soutenues et elles devront s'accompagner d'une indispensable transparence. Pour les citer, Google et Facebook cherchent et chercheront toujours à contourner les régulations et les réglementations et il nous faut aussi évoquer aujourd'hui, bien sûr, les concentrations en cours dans notre secteur. Pour être totalement transparent, je suis dans un média concerné par une fusion et, pour ôter tout soupçon d'autocensure ou de conflit d'intérêts, je précise que je m'exprime au nom de l'Association de la presse présidentielle.
Face à ces concentrations, l'une des premières conditions de la pluralité est l'égal accès, c'est le principe d'une économie libérale ouverte comme la nôtre, l'égal accès aux marchés de tous ces acteurs, y compris quand le marché change singulièrement de périmètre. Cela vaut pour les plus grandes rédactions comme pour toutes les autres. Sur un même terrain de jeu, il faut se battre avec les mêmes règles.
Dans l'univers numérique, dans lequel tout le monde diffuse désormais, les mêmes règles ne s'appliquent pas à tous, en particulier pour le secteur de l'audiovisuel qui garde un encadrement contraignant qui va bien au-delà de la Loi sur la presse. La pluralité n'est pas seulement assurée par le nombre de médias mais aussi par la diversité des lignes éditoriales. Enfin, dans cette période électorale, nous voulons rappeler à tous que s'attaquer à la presse est facile, que cela peut servir des intérêts électoraux.
Ces attaques abiment la profession et fragilisent la démocratie. Pour me répéter, la presse est un pilier de la démocratie. Sans presse libre et indépendante, il n'y a plus de démocratie.
Voilà donc, avec la réserve que nous impose la période, ce que nous pouvions exprimer comme vœux pour cette année 2022. Vive la liberté de la presse ! Nous vous remercions, Monsieur le Président, de cette écoute.
L'Association de la presse présidentielle vous souhaite, quelles que soient les échéances, une bonne année à vous, à vos proches et à tous les personnels de l'Élysée. Merci beaucoup. Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, merci pour vos mots et pour vos vœux et, à mon tour, j'étais avec quelques uns et quelques unes d'entre vous tout à l'heure pour une conférence de presse que j'ai donnée, comme la semaine dernière, avec le président Charles Michel parce que j'en donne quand même de manière régulière et donc à celles et ceux que je n'ai pas encore vus : Bonne année, tous mes vœux.
Tous mes voeux à titre personnel, de bonheur, d'accomplissement. Tous mes voeux aussi de prospérité et de développement pour les rédactions auxquelles vous appartenez et mes vœux de progrès pour la liberté de la presse en France et dans le monde. Je vais y revenir, je rejoins vraiment ce que vous venez d'évoquer à l'instant, à titre de préoccupation ou d'aspiration.
La situation sanitaire que nous connaissons toutes et tous nous a conduits à renforcer certaines contraintes et à annuler les cérémonies traditionnelles. Merci d'avoir accepté tout à la fois que ce rendez-vous se tienne, parce que je crois dans son utilité et bonheur de nous retrouver, même s'il est moins convivial et un peu plus réduit dans sa forme qu'à l'accoutumée. Avant toute chose, parlons du contexte et, en parlant de la crise sanitaire, je voudrais insister sur le fait que le contexte tout à la fois sanitaire et politique, au sens générique du terme, n'a jamais justifié un tel besoin de presse, et de presse forte, libre et indépendante, au moment même où votre secteur, votre métier, est attaqué par plusieurs grandes transformations que vous avez largement évoquées, Président.
En effet, rarement nous n'avons eu autant besoin d'une presse forte, libre et indépendante, capable de hiérarchiser les informations, de distinguer le vrai du faux dans le pluralisme et par la maïeutique que vous avez rappelée. Il ne s'agit pas de dire qu'un titre de presse ou un journaliste a la vérité mais que la déontologie qui anime votre profession permet de bâtir la vérité par un système de vérification et un dialogue permanent, en faisant référence à des sources et à des règles qui sont les vôtres, raconter le monde de manière éclairée. Rarement, oui, nous avons eu autant besoin de journalistes parce que cette pandémie, si je puis dire, est la plus parfaite illustration de cette nécessité.
Sans presse, nous n'aurions eu d'Informations à la fois ni sur le virus ni sur son évolution et la vie de la nation, de manière libre et orchestrée. J'entends aujourd'hui parfois certaines ou certains, fatigués des débats permanents, dire que tous ces débats sont terribles. Je crois au contraire, quand je regarde l'état du monde, que les démocraties pluralistes où la presse peut rappeler les faits et éclairer le débat, ces démocraties ont plutôt mieux réussi que des systèmes autoritaires, sans journalistes libres, que les autres.
Oui, il y a des moments d'interrogation sur des questions qui sont existentielles dans une pandémie. Oui, il y a des débats. Oui, il y a des contestations et c'est normal, c'est la vie d'une démocratie, mais nous avons vécu durant cette pandémie, quand on se compare et qu'on prend en quelque sorte deux pas de recul, le fait que nos démocraties, par ces débats éclairés, ont permis sur le virus, la manière de traiter le virus, d'organiser la vie de la nation, ont rappelé l'importance d'une information libre et éclairée.
Sans presse, sans le travail de vérification des informations auxquelles vous vous livrez, les vagues de fausses informations ou de fake news, pour reprendre l'anglicisme parfois convoqué par certains de mes anciens collègues avec une autre acception, et les fausses informations auraient été plus puissantes et plus dangereuses encore. Nous avons vu d'ailleurs ce que vous avez appelé ces bulles de désinformation, des phénomènes complotistes qui sont encore là mais on ne les fait douter, on ne les déconstruit que par un travail d'éducation d'une part mais également par l'animation d'une presse libre et ce dialogue permanent, ces vérifications permanentes. Sans presse, l'ensemble de nos compatriotes n'auraient tout simplement pas eu accès aux détails des mesures prises pour confiner, déconfiner, instaurer un couvre-feu, en appeler aux gestes barrières ou autres et, au-delà de ce travail d'information libre, de ce qui constitue le débat démocratique d'une nation auquel vous contribuez, je veux aussi saluer toutes les initiatives civiques qui furent celles de la presse et des journalistes durant cette période.
Pour n'en citer que quelques unes et pardon pour tous les autres collègues, la chaîne France 4 qui, durant le premier confinement, s'est transformée en salle de classe géante. Plusieurs titres de presse écrite, presse quotidienne régionale et presse nationale aussi, qui ont publié des attestations à découper et ont reçu le Grand Prix des médias en 2021. Tout ça, ce sont des gestes qui, au-delà du rôle d'informer, constituent le fait que vous êtes dans la vie de la nation, avec ce rôle civique essentiel, pour cela, pour cet engagement, ce rôle que vous avez rempli et remplissez dans cette épreuve historique au service de l'intérêt général, et je tiens à vous remercier.
Rarement donc nous n'avons eu autant besoin de la presse et, pourtant, rarement depuis 1881 et les lois fondatrices qui organisent votre profession et votre secteur, la presse n'a été autant fragilisée. Je veux ici dénoncer évidemment avec force les menaces qui pèsent sur l'exercice de votre métier d'informer partout dans le monde. Les chiffres réunis par Reporters sans frontières sont malheureusement là pour le documenter, avec 46 journalistes tués en 2021.
Je veux ici vous dire combien la nation tout entière, évidemment, est mobilisée aux côtés d'Olivier Dubois et de sa famille. Je vous remercie d'avoir parlé de lui et de l'avoir ici cité comme un de vos confrères qui, en exerçant sa profession d'informer et en se rendant sur un théâtre dont nous connaissons la sensibilité et le danger, a été pris en otage. Je veux ici dire d'abord le soutien de la nation tout entière à lui-même et à sa famille, vous dire que le travail inlassable est mené par nos équipes diplomatiques, nos militaires et les services compétents en la matière.
Vous connaissez ma très grande réserve sur ces sujets pour donner plus de détails ou trop de détails et, je l'avais fait pour Madame Pétronin en son temps, je veux que vous soyez ici certains et certaines que nous sommes pleinement mobilisés pour oeuvrer à sa libération. En tout cas, nous ne l'oublions pas et nous faisons tout pour permettre sa libération et nous sommes aux côtés de sa famille. Mais, au-delà des chiffres que j'évoquais et du cas de Monsieur Dubois, une augmentation de la répression des emprisonnements dans certains pays sont en croissance soutenue.
Le métier de journaliste est bouleversé partout, y compris dans de grandes démocraties, par une conjonction aussi inédite de phénomènes. Le modèle économique de votre profession, d'abord, est battu en brèche par l'avènement de grandes plateformes de l'internet et de la société du tout gratuit. Vous l'avez parfaitement dit, je reviendrai sur plusieurs points que vous avez mentionnés.
La révolution numérique, ensuite, change profondément la production même de l'information. Là où elle était le monopole de personnes formées pour cela, aujourd'hui chacun, smartphone à la main ou clavier au bout des doigts, peut s'improviser, et je pèse mes mots, journaliste. Et la diffusion des nouvelles, enfin, s'est elle aussi totalement métamorphosée.
Là où les rédactions, notamment dans la presse écrite, prennent le temps de sélectionner les unes, les titres, les manchettes, là ou les kiosquiers dans la rue prennent un soin particulier à organiser leur devanture, là où les rédactions, à la radio comme à la télévision, débattent longuement de la priorité donnée à telle ou telle information, dans l'espace numérique et organisé par des algorithmes opaques, en flux continu, c'est l'émotion qu'on privilégie bien souvent sur l'information. C'est l'émotion négative la plupart du temps qui est privilégiée sur l'émotion positive et c'est aussi la possibilité offerte d'orienter l'accès à l'information par le biais de ces algorithmes, pour des raisons financières ou idéologiques et c'est l'espace offert à des manipulations par des puissances étrangères qui n'ont d'autre but que fragiliser la nation et la vie démocratique. Comme le dit un de vos confrères, la presse, de plus en plus, est donc devenue, je le cite entre guillemets, " un combat de rue ", je cite là Eric Fottorino.
Ce mouvement est inédit parce qu'en quelque sorte il vient bousculer la diffusion, la production et l'orientation même, le travail rédactionnel qui est le vôtre. Si je tenais à m'exprimer devant vous, c'est aussi pour prendre l'engagement que la France continuera d'être au rendez-vous de ce combat qui touche ce que nous sommes profondément, c'est-à-dire une nation de liberté, de raison éclairée par les Lumières. En 2022 nous serons, comme nous le sommes depuis le premier jour, au rendez-vous de la défense de la liberté de la presse et de l'accès à l'information pour tous.
En effet, dès 2018, lors du Forum de Paris pour la paix, nous avons lancé avec quelques autres le Partenariat international sur l'information et la démocratie. 43 pays, 5 continents nous ont rejoints, et je veux ici saluer le travail remarquable de Reporters sans frontières et la poursuite de ses travaux depuis le début. En novembre dernier, en présence de la vice-présidente des États-Unis, nous avons renouvelé notre engagement.
Nous avons surtout constaté combien ce partenariat avait permis d'avancer. L'idée d'un New Deal pour les journalistes, sommet annuel pour l'information et la démocratie à l'ONU, la création d'un observatoire qui sur le modèle du GIEC, aura un rôle d'alerte sur ce fléau moderne que sont les infos d'EMI, tout un écosystème de progrès s'est mis en place à travers plusieurs initiatives qui se sont consolidées depuis 2018 et nous devons continuer en nous donnant les moyens de soutenir les médias d'intérêt public. Une autre annonce faite lors du Forum de Paris cette année, fut la création du Fonds international portée par votre consoeur journaliste Maria Ressa, prix Nobel de la paix, et je souhaite que celui-ci puisse jouer un rôle catalytique, en quelque sorte, avec le plein soutien de la France.
Nous sommes en train progressivement, tous ensemble, de construire les mécanismes de protection, de réarmement en quelque sorte de nos démocraties, face à tous les phénomènes que nous venons l'un et l'autre successivement de décrire. Et vous pouvez compter sur mon plein engagement pour continuer à mener ce combat pour la liberté d'informer, combat qui est, je dirais, d'autant plus efficace qu'il est, comme vous le faites, porté par l'ensemble des journalistes partout à travers le monde et dans toutes les sociétés. À chaque fois d'ailleurs que j'ai des entretiens avec les dirigeants de pays, je mets sur la table ce sujet.
Égypte, Turquie, Iran, Chine, je ne serai pas ici exhaustif par définition mais, partout où il y a des journalistes qui sont menacés, emprisonnés et empêchés dans leur travail, je considère que le rôle de l'Union européenne et de la France est évidemment de citer ces cas, d'obtenir des libérations, nous en avons encore obtenu récemment, et de permettre de rétablir un cadre normal d'action. Je ne suis pas naïf. Nous y arrivons quelquefois.
Nous avons parfois ensemble réussi des libérations heureuses mais seul le travail démocratique, justement, permet d'avancer et de changer le cadre dans la durée. À chaque fois que des journalistes sont menacés par un changement de régime, comme récemment en Afghanistan où 40 % des médias ont disparu en seulement quelques mois, je le dis pour celles et ceux qui pensent que nous avions affaire à de nouveaux talibans, à des gens beaucoup plus ouverts, à un régime démocratique avec des pratiques nouvelles, 40 % des journalistes ont disparu depuis le mois d'août. La France leur offre un refuge.
Sur les 400 Afghanes et Afghans protégés par la France, un tiers sont des journalistes. J'avais annoncé en juin que la France se doterait d'une fondation dédiée à l'accueil des combattants pour la liberté aux quatre coins du monde et je suis fier que la Fondation Marianne ait ainsi été créée le mois dernier ici à l'Élysée. Elle pourra notamment abriter les journalistes inquiétés dans leur pays et les défenseurs de la liberté de la presse.
Sur ce combat, nous ne céderons rien. C'est un combat pour les libertés mais c'est un combat pour le modèle dans lequel nous vivons tous et toutes, ici réunis dans cette salle et, là aussi, prenons deux pas de recul, je pense que, sur beaucoup de sujets et beaucoup des géographies que j'évoquais il y a dix ans, nous n'aurions pas pensé une seule seconde avoir quelques uns de ces combats à conduire dans plusieurs des pays que j'ai évoqués. Je pense que ce combat est existentiel parce qu'abandonner ces parts de liberté dans des pays amis, parfois voisins ou qui étaient des pays pour les uns complètement démocratiques ou en tout cas qui allaient vers la démocratie, c'est acter des reculs et laisser prospérer l'idée que nos valeurs, en particulier les grandes libertés publiques et individuelles qui fondent l'effectivité des démocraties libérales au sens politique du terme, sont des valeurs relatives, régionales, qu'on pourrait renvoyer en quelque sorte à une parenthèse historique sur un continent donné, ce qui est un recul historique, pour le coup, par rapport à la situation où nous étions il y a encore 20 à 30 ans.
Parlant de ce combat, je veux ici vous dire que nous ne céderons rien non plus quant au combat pour toutes les libertés, y compris celle de caricaturer. Vous savez d'ailleurs combien, en France, le gouvernement comme moi-même avons toujours pris des positions claires, au risque de parfois susciter le courroux, les violences et les menaces, pour défendre ce qui est une liberté au coeur de notre démocratie, une liberté constitutive de notre République, cette liberté de caricaturer. La satire, le dessin d'humour, le dessin d'actualité, le dessin politique sont au coeur de l'histoire de France et, je le crois très profondément, de la vitalité de cette liberté de la presse.
Là aussi, disant cela, je ne parle pas d'une évidence quand tant d'autres démocraties, y compris les plus grandes, ont, par des mécanismes presque naturels et une sécrétion parfois culturelle, effacé le dessin de presse de certaines de leurs rédactions. Je suis fier, pour ma part, que ce ne soit pas le cas en France et je pense que nous devons continuer de le défendre avec force. Il y a deux ans, je m'étais engagé à lancer une mission pour étudier la possibilité de créer une Maison du dessin de presse, projet porté par Georges Wolinski depuis longtemps, flambeau repris avec ardeur par son épouse Maryse qui vient de nous quitter et dont je veux ici saluer l'engagement et la mémoire.
La pandémie a ralenti ce projet mais les études ont progressé. Les consultations se sont poursuivies. Plusieurs options d'implantation ont été sérieusement expertisées dans différentes villes et nous avons entendu et écouté les aspirations des projets.
Cette Maison internationale du dessin de presse verra donc bien le jour et ce sera à Paris, dans un bâtiment du 6ème arrondissement. J'en fais l'annonce ici. Je veux remercier Madame la ministre de la Culture pour sa mobilisation et le travail conséquent de l'ensemble de ses services et d'elle-même pour expertiser toutes les solutions possibles.
Je sais la déception de quelques villes de province qui étaient des candidats tout à fait sérieux. Nous aurons des projets culturels de grande ampleur alternatifs mais je crois que tout concourait à ce que cette Maison puisse être actée pour Paris. Les travaux commenceront dès que possible, en partenariat avec la mairie de Paris et la région Île-de-France, et je veux remercier la maire et la présidente du Conseil régional aussi pour leur action aux côtés de la ministre.
D'ores et déjà, deux millions d'euros sont prévus au budget 2022 du ministère de la Culture pour permettre la naissance de cette Maison qui sera un lieu d'échanges, de débats, de formations, d'expositions. En étant basée à Paris, elle travaillera en réseau avec un ensemble de partenaires en régions, en Europe comme ailleurs dans le monde. Au coeur de Paris, l'esprit du 11 janvier, celui de cette marche qui, il y a sept ans tout juste, a rassemblé des millions de personnes pour la liberté d'expression, continuera donc de vivre.
En 2022, nous serons aussi au rendez-vous de l'accompagnement du secteur de la presse dans sa mutation économique que vous avez évoquée. Depuis cinq ans, l'État a préservé et amplifié les aides à la presse, conformément à notre tradition et je dirais au-delà d'ailleurs de toutes les alternances. À chaque fois que la situation était critique, nous sommes intervenus pour venir au secours des segments en difficulté : le sauvetage de Presstalis en 2018 puis de nouveau en 2020, des mesures d'urgence dès le début de la pandémie, le Plan de relance de la filière presse depuis l'an dernier, la création d'un crédit d'impôt pour favoriser les abonnements ou encore la réforme du transport postal de la presse.
Je n'oublie pas, par ailleurs, le Fonds de lutte contre la précarité des journalistes, créé par le ministère de la Culture, destiné notamment aux pigistes qui ont été particulièrement fragilisés par la crise, avec 36 millions d'euros versés sur deux années. Je n'oublie pas non plus les photographes que nous avons souhaité soutenir de manière inédite, par le biais d'une grande commande photographique pilotée par la BNF. Ce sont 200 photojournalistes qui vont être sélectionnés.
Leurs travaux vont permettre de constituer une sorte de radioscopie de la France d'aujourd'hui car l'histoire s'écrit aussi en images. Je voulais remercier d'ailleurs tous les photographes qui sont présents ainsi que les journalistes qui accompagnent en permanence la vie de la nation et notre activité plus modestement et qui font aussi ce travail d'informer, d'éclairer et qui sont aussi importants pour ce que l'un et l'autre nous défendons depuis tout à l'heure. Au total, le soutien de l'État à la filière presse représente 483 millions d'euros depuis 2020.
Je le dis, et c'était une nécessité. Je le dis aussi parce que ce n'est pas partout une évidence et ce n'est, y compris à travers l'Europe, pas partout une action systématique. Nous continuerons d'accompagner votre changement de modèle car la presse n'est pas seulement un marché qui répondrait à une logique comptable, c'est un bien commun qui relève de l'exigence démocratique et citoyenne.
C'est pourquoi je suis heureux du combat que nous menons en Europe puis dans notre pays, ce combat pour les droits d'auteur et les droits voisins. Je remercie la ministre de la Culture pour sa mobilisation dans tous les cénacles européens. Ce combat, là aussi, n'a rien d'évident mais je crois que c'est la vocation de la France de le conduire.
Notre pays a toujours défendu les auteurs. De Beaumarchais à Genevoix jusqu'à Malraux, nous avons bâti le modèle économique, les textes de lois pour protéger nos auteurs puis l'ensemble de nos créateurs et nous avons réussi, avec les grands textes européens que nous avons fait cheminer, à européaniser le modèle français. Parfois nous nous critiquons, quelquefois peut-être nous critiquons- nous collectivement à l'excès.
Je contribue à ce défaut étant constitutif de l'esprit français mais il faut que nous soyons fiers de ce que nous arrivons à faire collectivement quand ce n'est pas, là non plus, une évidence. Rémunérer les auteurs et les droits voisins n'était pas une évidence dans les textes européens. Ce fut une bataille homérique.
Nous l'avons remportée et c'est une avancée considérable. Maintenant, il faut que celle-ci puisse se concrétiser complètement. La France s'est aussi illustrée en appliquant beaucoup plus vite et plus fortement que les autres.
Je regarde comme vous les choses et nous allons devoir cheminer et aller au bout de l'application dans sa substance parce que rien n'est évident qui consiste à appliquer des textes lorsque la symétrie entre les acteurs est si forte ; des acteurs si puissants, si riches, si monopolistiques qu'ils peuvent menacer du déférencement, vous dire : On va discuter du prix de votre licence, elle ne vaut rien. Début de discussion. C'est sûr que les accords faits dans ce contexte, même quand ils se font dans le cadre de la loi, sont rarement des accords qui amènent à une juste rémunération et donc je veux ici vous dire que nous continuerons d'évaluer mais d'améliorer la mise en oeuvre, afin que ce soit bien une juste rémunération des droits d'auteur et des droits voisins auxquels nous aboutissons.
Les autorités françaises et européennes vont donc continuer de regarder ces accords. Nous compléterons, si besoin était, nos textes français et européen pour aller au bout de la volonté qui fut la nôtre et demeure la nôtre : la juste rémunération des droits d'auteur et des droits voisins. L'Autorité de la concurrence a encore sanctionné Google à hauteur de 500 millions d'euros, l'obligeant à négocier avec les agences et les éditeurs de presse.
C'est une belle victoire mais le chemin est encore long et je veux ici vous dire que nous continuerons collectivement d'être vigilants, autorités compétentes en France et en Europe mais aussi gouvernements et législateurs, pour ne rien céder de ce combat. Je suis aussi heureux qu'après avoir obtenu de l'Europe la contribution de ces grandes plateformes, qu'on appelle parfois les GAFA ou les GAFAM par facilité, au financement de la production française, nous ayons obtenu dans le cadre élargi de l'OCDE et dans quelques semaines avec une déclinaison européenne très forte, un accord aussi pour les taxer et donc contribuer au financement du bien commun, ce qui est important pour que nous puissions demander que tous ces acteurs exercent bien leurs responsabilités. Plus largement, les deux grandes directives qui sont en cours de discussion et de finalisation et sur lesquelles nous allons mettre l'accent dans le cadre de cette présidence française, la directive sur les marchés et la directive sur les contenus ( respectivement dites DMA et DSA ) vont nous permettre de construire le début d'un cadre de régulation européen inédit qui va permettre d'aller beaucoup plus loin, en particulier sur le modèle économique mais aussi sur la régulation des contenus et la responsabilité desdites plateformes et donc d'aller dans le sens de ce que vous évoquez.
Comme vous le voyez, sur tous ces sujets nous sommes au rendez-vous de notre modèle historique mais aussi à l'avant-garde de ce combat européen et international, pour pouvoir justement bâtir les conditions d'un modèle économique viable, c'est-à-dire qui rémunère de manière juste ce qui est construit par les journalistes, les photographes, l'ensemble des créateurs, des dessinateurs et de tous celles et ceux qui contribuent à la presse. Enfin, j'ai souhaité que 2022 soit l'année d'un combat culturel, qui réhabilite l'information documentée, éclairée, fondée sur un travail d'enquête et qui, au diktat de l'émotion que j'évoquais tout à l'heure, oppose le travail du temps long qui, au règne des algorithmes dont je soulignais les risques tout à l'heure, oppose celui de l'esprit critique ou, pour reprendre la formule de ladite commission que je vais évoquer, l'esprit de méthode. C'est pourquoi nous avons installé à l'automne dernier, vous le savez, une commission intitulée Les Lumières à l'ère numérique, présidée par le sociologue Gérald Bronner dont, ce matin, le rapport m'a été rendu et j'étais accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre ici présente, et plusieurs parlementaires et présidentes et présidents d'autorités administratives indépendantes.
Parmi les nombreuses recommandations formulées par ce groupe d'experts pour lutter contre les fausses informations, essayer d'avancer pour contrecarrer ce que vous et moi venons de décrire, pour répondre au complotisme et à ce qu'on appelle l'enfermement algorithmique, c'est-à-dire le fait de ne jamais être confronté à des informations contradictoires, ce qui est aujourd'hui le cas de millions de nos concitoyens à travers le monde. Beaucoup de propositions ont été faites, qui méritent un débat démocratique approfondi. Je souhaite que nous puissions avoir ce débat, dans un temps démocratique que nous connaissons tous, pour ce qui est de la France, mais aussi dans un cadre européen, et au-delà évidemment, des échéances électorales à venir.
Je crois néanmoins que nous serons collectivement d'accord sur quelques orientations et je veux ici juste donner quelques leçons, en quelque sorte, tirées de ce travail remarquable qui nous a été rendu ce matin. La première, c'est développer l'esprit de responsabilité. Les journalistes et directeurs de publication, par formation, par éthique, dans le cadre de la loi, vous l'avez parfaitement rappelé tout à l'heure, parce qu'ils inscrivent leurs actions dans un cadre établi, sont responsables, je pense qu'il faut le rappeler à tous nos compatriotes, sont responsables, croisent les sources et peuvent répondre d'ailleurs, de ce qu'ils écrivent, devant le juge.
Il doit en être de même pour toutes celles et ceux qui produisent et diffusent l'information. Les plateformes numériques, celles et ceux qu'on appelle les influenceurs, les citoyens aussi, qui parfois prennent une place considérable dans le débat public par le biais, justement, de ces nouvelles plateformes, de ces nouveaux réseaux qui, en achetant d'ailleurs de l'accès, qui en le développant par telle ou telle pratique, doivent avoir un cadre de responsabilité qui est à construire. Sinon, en quelque sorte, vous seriez placés, ce qui est le cas aujourd'hui dans une situation asymétrique, responsables d'une information que vous avez à diffuser et parfois contrant ou débattant avec des acteurs qui, eux, n'ont aucun cadre de responsabilité. il doit aussi en être de même pour les médias étrangers autorisés à diffuser sur le sol français.
Et je le dis ici avec beaucoup de gravité. Nous sommes aujourd'hui, nos démocraties, en quelque sorte parfois naïfs, en tout cas avec des anticorps qui ne sont pas tout à fait au bon niveau, pour filer la métaphore qui fait notre quotidien à tous et toutes, quand, utilisant le cadre d'information qui est le nôtre et ceux de notre loi, nous laissons des acteurs de propagande financés par des régimes autoritaires étrangers, qui ne répondent en aucun cas à un régime de responsabilité ou de déontologie journalistique, informer et participer aux débats comme des journalistes. Et donc, nous avons une responsabilité collective à préserver un espace public où circule une information libre, plurielle et diverse, où chaque citoyen peut être confronté à une idée et à son opposé.
Pour cela, il faut que le cadre de responsabilités soit clarifié et renforcé, compte-tenu de ces nouveaux acteurs. Deuxième grande orientation : nous donner les outils, collectivement, pour protéger l'espace informationnel, qui exige, vous le savez mieux que moi, professionnalisme et éthique. Nous ne sommes pas naïfs, il ne s'agit pas que de qualité de l'information, il s'agit aussi de savoir nous protéger, là aussi, contre des ingérences de puissances étrangères, dont les intentions sont très claires, et qui profitent de la pleine liberté que nous leur laissons, alors même souvent que ces mêmes puissances vous empêchent de diffuser ou d'exercer votre profession sur leurs territoires.
Commence à se développer, à cet égard, des processus d'autorégulation, de certifications, qui sont portés par vous-même, par vos représentants, pour travailler avec les rédactions, avec les journalistes, pour aider les citoyens, les acteurs privés, les plateformes, les annonceurs, les acteurs publics, les régulateurs aussi, et pour identifier les médias fiables, fiables parce que le processus de production de l'information répond à des critères déontologiques de base. Et je dis cela avec une extraordinaire prudence parce qu'il ne revient pas aux pouvoirs publics de faire ce travail de qualification. Le cadre est bien posé par la loi de 1881, mais il y a un travail que vous avez commencé collectivement et qui prospère, et qui relève d'ailleurs de mêmes initiatives que celles conduites à l'international, que j'évoquais tout à l'heure, qui est un travail de reconnaissance entre pairs.
Je crois à la vertu de celui-ci. Et je pense que c'est un travail extraordinairement fécond. Et donc je pense que chacun doit être mis à sa juste place.
J'en suis le garant, de là où je suis, et je veillerai à ce qu'il n'y ait pas d'intrusion, il ne doit pas y avoir d'intrusion, ni du politique, ni de l'administratif, ni des pouvoirs publics dans cette identification. Mais nous devons simplement vous aider, partout où on le peut, à construire ces mécanismes entre pairs, consistant à fiabiliser et à identifier les acteurs et la nature de ces informations. Il y a aussi, à côté de ça, dans le cadre défini par la loi, respectueux de nos valeurs et de l'État de droit auquel je tiens, comme vous, l'importance de nos régulateurs qui eux, doivent permettre, en particulier, d'exercer leur contrôle sur l'indépendance éditoriale de médias étrangers avant d'autoriser leur diffusion et de conserver le cadre posé par nos lois.
Il faudrait être certain que nous aurions, le jour venu, la capacité aussi de protéger nos médias d'opérations de rachat hostiles ou de phénomènes d'hyper-concentration, et je pense que dans les prochains mois, dans un cadre apaisé qui, je pense, doit sans doute enjamber les échéances à venir, il est important que tous ces sujets soient repensés et reposés, compte-tenu des évolutions contemporaines que vous avez décrites. Et je vous remercie d'ailleurs de la grande rigueur et de l'esprit d'indépendance et du courage que vous avez eu, à titre personnel, de le faire, en tant que président de l'APP, et indépendamment de votre situation de journaliste propre. Mais je partage ces préoccupations et je pense que nous devons sans doute, là aussi, examiner la robustesse de notre cadre juridique et de le faire sur le cadre économique, tant en franco-français qu'en regardant aussi les opérations à l'international qui peuvent se faire.
Il y a aussi une dimension de réciprocité face à certaines pratiques contre lesquelles il me semble que nous devons pouvoir collectivement nous défendre, comme nous devons faire preuve d'une grande vigilance une fois l'autorisation d'émettre donnée dans les contenus diffusés. Et donc, on voit bien que nous avons un cadre de régulation qui est sans doute, là aussi à améliorer, à amender pour permettre de continuer de protéger le cadre auquel vous appartenez, auquel vous tenez tant. C'était la seconde orientation sur ces outils pour protéger l'espace informationnel.
La troisième et dernière orientation que je voulais retenir de ce travail, c'est de former davantage nos enfants, l'ensemble de nos acteurs à l'esprit critique ou, comme je le disais, plutôt à l'esprit de méthode face à ces transformations, et je crois beaucoup à cette idée. L'école doit instruire, elle doit aussi faire des républicains, comme disait Buisson, et élever des citoyens, et donc développer la capacité à un recul, à la recherche de sources, à l'esprit critique. Cet esprit critique ou cet esprit de méthode, je veux le dire ici avec beaucoup de force, parce que nous sommes tous des enfants de la République et nous avons à faire ce distinguo.
Ce n'est pas le relativisme qui conduit au complotisme. Si on confond ces deux notions, alors on construit, on déconstruit progressivement la citoyenneté et on rend les citoyens malheureux. Le relativisme, c'est un comportement qui voudrait dire qu'il n'y a plus de vérité, que tout se vaut et qu'à la fin, si je suis plus confortable avec une vérité qui est celle de mes amis, je peux m'y réfugier, et cela conduit au complotisme.
L'esprit critique ou l'esprit de méthode consiste à dire que la vérité n'est pas dite par un seul mais qu'un travail méthodique, que ce travail qui consiste, par la vérification des sources, le croisement de celles-ci, la contradiction des arguments, le débat éclairé, je peux me rapprocher, en tout cas construire un chemin qui mène à une vérité, peut-être d'ailleurs provisoire, mais une vérité. Cet esprit de méthode, c'est celui qui permet de construire la démocratie et l'action efficace et durable en démocratie. Il est menacé par deux choses.
Il est menacé par des puissances autoritaires et par la manipulation de l'information et tout un champ, en quelque sorte, de pratiques qui viennent empêcher le rapport à la contradiction, la construction de cette contradiction, l'accès aux sources. C'est ce qu'on voit dans certains pays qui vous empêchent de faire leur travail, qui masquent les sources, qui voudraient mettre en place une forme de révisionnisme historique d'État. Ou c'est aussi ce qu'on voit à travers des pratiques du secteur privé qui, bâtissant des algorithmes manipulant l'accès à l'information, faussent, en quelque sorte, la possibilité de construire cet esprit de méthode.
Et donc, la première menace, elle est bien là, dans la puissance de ces acteurs économiques ou politiques. La deuxième menace, je le disais, elle est dans l'effondrement de tout rapport à la vérité. Le doute absolu qui, en quelque sorte, finit par justifier l'ignorance ou les pratiques du pire, et ça aussi nous le voyons, et qui consiste à parachever les transformations à l'oeuvre, puisqu'il fait totalement triompher l'émotion, puisque plus rien n'a de valeur puisque tout se vaut, puisqu'il n'y a plus aucune vérité, puisqu'on n'est jamais sûr des faits, puisqu'on ne croit plus en personne.
Je décide de croire en qui je veux, je fais ce qui me plaît et je bâtis mon comportement sur une série d'émotions, de préférences, je me réfugie dans des bulles. Notre responsabilité à tous, et par l'éducation, la responsabilisation, ce travail, de défendre l'esprit critique ou l'esprit de méthode qui seul fait des républicains et des citoyens. Cette méthode, c'est celle qui est au coeur de votre travail et c'est celle qui permet, seule, à une démocratie d'avoir un débat éclairé et à nos compatriotes de pouvoir s'exprimer dans ces débats.
C'est pourquoi je suis aussi favorable à ce que nous inventions un nouvel enseignement civique tout au long de la scolarité obligatoire. Pas variables d'ajustement d'autres matières, comme c'est trop souvent le cas, mais un cadre stable, un sanctuaire où l'on apprendrait aux jeunes Français l'esprit des Lumières, où l'on inculquerait les valeurs universelles défendues par la France, où l'on enseignerait, au fond, je le dis ici avec beaucoup de gravité, ce qu'on pourrait finir par appeler aujourd'hui la précarité de la démocratie et des valeurs qui sont les nôtres. Nos générations sont en train de redécouvrir les démocraties précaires.
Et donc nous avons à nous réarmer pour les défendre. Voilà quelques unes des grandes orientations que je tire de ce rapport et je ne veux pas ici être trop long mais il y a, sur la question des algorithmes en particulier, des propositions très fortes et nous aurons collectivement à avoir des débats, sans doute des régulations. Ces plateformes sont des biens communs.
Notre recherche doit pouvoir avoir accès à leurs données, à leurs mécanismes de construction, à leurs algorithmes, sans quoi nous sommes tous les fournisseurs ou les utilisateurs de mécanismes plus puissants que nous et qui nous manipulent. Et donc, nous aurons à cheminer pour rebâtir cet esprit des Lumières dans le numérique, mais comme vous le voyez, qui est au coeur du travail qui est le vôtre. Mesdames et Messieurs, une nouvelle fois, bonne année à chacune et chacun d'entre vous.
Vous aurez, dans le moment que je viens de décrire et dans un contexte sanitaire qui demeurera dégradé, je l'espère moins qu'aujourd'hui, contraint, la mission difficile d'informer nos compatriotes sur ce qui s'est imposé comme le rendez-vous démocratique majeur de notre nation : l'élection présidentielle. Vous le ferez, je le sais avec l'esprit de sérieux, le sens de l'intérêt général, le discernement qui caractérisent votre profession, en artisans minutieux, bien loin de l'affadissement et de la standardisation que la frénésie des temps veut parfois imposer, en citoyens aussi attachés à ce que chacun puisse, à partir d'une pluralité de points de vue, se forger son opinion et décider. Comme je suis optimiste pour la France, je suis optimiste pour la presse.
Tous les combats que j'ai évoqués, nous les menons avec force et nous les emporteront. Je relisais, dans ce contexte et l'actualité qui est la nôtre durant la fin d'année dernière, un texte d'Émile Zola, à la maison duquel j'étais, avec plusieurs d'entre vous d'ailleurs, en fin d'année dernière, un texte d'Émile Zola sur le journalisme. Il écrivait, c'était en 1894 : "Ah cette presse, que de mal on en dit.
Il est certain que depuis une trentaine d'années, elle évolue avec une rapidité extrême". Toute similitude avec la période que nous vivons est fortuite. Et Zola d'ajouter : "Et c'est alors qu'on se demande, devant cette exaltation de la vie publique, s'il y a un bien ou un mal".
Puis Zola de conclure : "On a désiré savoir parfois ce que je pensais de cette opinion. Ma réponse, c'est que je suis pour et avec la Presse." Et un peu plus loin : "Au bout de toutes les manifestations de la vie, dans le sang et les ruines, il y a quelque chose de grand".
Je suis comme l'auteur de "J'accuse". Il y a les turpitudes du quotidien. Je suis lucide sur les défis, les évolutions de votre secteur mais il ne dépend que de nous-mêmes, à la fin de tout cela, de voir et de vouloir quelque chose de grand.
Je suis donc très optimiste pour vous et pour nous. Merci pour votre engagement. Vive la République et vive la France !
Tous mes voeux.
Emmanuel Macron