Entretien EXCEPTIONNEL entre Sébastien Loeb et Ari Vatanen ! 🤩
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Oh ! Salut Seb ! Salut Harry !
Quoi de neuf ? Écoute...
C'est à toi tout ça ? Non c'est pas à moi tout ça. C'est pas à toi ?
Non mais...
Ça là-bas c'est à moi mais...
Ah c'est à toi. Et ça c'est à toi ? Ça aimerait bien.
T'aimerais bien. Ça aimerait bien. C'est que 750 000 balles.
Ah ça va ça. C'est pas cher pour une M4. Non mais attends...
Et tu connais un peu, c'est...
Par rapport à une M4 c'est quoi ? C'est pareil ? C'est un peu plus lourd, un peu plus lourd.
Mais attends, combien de 600 chevaux ? Je sais. Je pense.
Et propulsion ? Ah oui, propulsion. Ça glisse, ça glisse, ça glisse.
Mais tu ne passes pas inaperçue ? Non, non, non, c'est sûr. Ah c'est très solide.
Ouais, c'est solide voiture. Et là ? Celle-là elle est...
Quoi ? C'est un peu le monde ? Quelle année ? 2010. 2010 ?
Oui. Ça c'est lequel modèle ? Euh...
Ça c'est la C4. C'est la C4 WRC. Je réfléchissais pour être sûr que c'était 2010.
Mais...
Ça doit être...
Ça doit être 2010 quand j'ai gagné le titre en Alsace. Ah, la dernière. C'était la dernière année de la C4.
Et ensuite...
C'est ton quatrième, cinquième ? Euh...
Septième je pense. Septième. Parmi les beaucoup de Citroën, c'est un modèle que tu aimais beaucoup ?
Honnêtement, la première fois que j'ai roulé avec cette voiture en essai, les tout premiers essais après l'Axara, on avait l'Axara. Oui, ça va, oui. J'ai fait la première séance d'essai avec, j'ai dit à Daniel, on avait fait un aller-retour sur la base, je lui ai dit, c'est fini, on sera plus jamais champion du monde.
Carrément. Avec ça, on ne gagnera jamais. Carrément.
Elle donnait une impression de lourdeur, beaucoup moins agile et tout. Oui, oui. Après, on a beaucoup travaillé sur les masses et tout, ils ont vachement allégé partout.
Et pour la rendre plus dynamique parce qu'elle était...
Mais finalement, elle était efficace, elle était très stable. Oui, oui, efficace. Trop stable, mais finalement efficace.
Efficace, oui, exactement. Alors, c'était bien pour le chrono. Finalement, c'était pas mal pour le chrono.
Bien pour le chrono. Ma première impression n'était pas...
C'est ça. Première impression...
En plus, on était assis plus derrière, tu vois, parce que...
Exarat était assis normal. Celle-là, on est vachement derrière. Le tableau de bord, le pare-brise, il est à un mètre.
Oui, parce que c'était comme ça, l'angle. Donc, c'était un peu bizarre comme sensation. Mais quelle est la morale qui t'a plu le plus ?
Celle que j'ai le plus aimé dans les WRC. Alors, c'est peut-être parce qu'elle était plus récente. Mais la dernière Ford avec laquelle j'ai roulé au Macarlo en 2022.
Ça, c'était...
C'est toute la nouvelle génération. Donc, c'est ça, mais en plus évolué. On avait...
Avec l'hybride, il y avait 500 chevaux. Oui, oui, oui. Les amortisseurs modernes.
Oui, oui, oui, oui. Toute l'évolution qui va avec, c'était...
C'était bien. Après, franchement, toutes les WRC que j'ai eues, que ce soit les 3 Citroën, la C4, là...
Il a...
Il a...
C'est 2022, tu dis ? 2022. 2022, oui.
Quand tu as été avec l'autre Seb, j'avais très serré. C'est ça. C'était incroyable.
J'y étais. J'y étais. Je me souviens à la vitesse.
Oi, oi, oi. C'était sympa. Pour un vieux mec, c'est pas si mal.
Ouais, pour un vieux. Pour un vieux mec, c'est pas si mal. C'est un de mes meilleurs souvenirs de rallye, parce que...
Oui. J'arrive là-bas, je ne pensais pas que j'ai gagné. Exactement.
C'est vrai. En plus, j'avais déjà roulé un peu à Hyundai, avec qui ça marchait quand même moins bien. J'ai joué 4e, 5e.
Je m'étais dit à cette époque, ça y est, je suis trop vieux. Oui, c'est vrai. Et les jeunes sont plus affûtés et tout.
Je suis monté dans la Ford. Je me suis retrouvé à jouer la victoire. Tous les rallyes que j'ai fait, j'étais toujours quasiment en tête à chaque rallye à un moment donné.
Ça n'a pas toujours concrétisé, mais...
Non, tu as étonné tout le monde. Même si tu n'étais pas trop, trop vieux. Mais c'est comment avoir cette envie de rouler encore.
C'est ça. C'est ça. Pousse à la limite.
Et toi, à l'époque, les groupes B, alors, en sensation de pilotage, parce que c'est le genre de voiture que je n'ai jamais vraiment conduit. La sensation de pilotage, c'était très compliqué à conduire par rapport à ces voitures-là. Souvent, on me demande, est-ce que c'était difficile ?
Qu'est-ce qui arrive ? Tu es doué. Tous les vieux, vous êtes doué.
Parce que maintenant, c'est facile à l'époque. C'était difficile. Non, ce n'est pas vrai.
Pour moi, c'était facile à conduire. Et avec le monde et tout autour dans les spéciales, ça, ça devait être quand même quelque chose. Certains rallies...
Tu regardais le monde ou tu regardais juste la route et...
On voit quelques images. Alors, c'est peut-être des images qui sont particulières. Parce que c'est peut-être juste le passage du Turini ou certains endroits en particulier.
Mais c'est vrai que quand on voit les images à la télé, aujourd'hui, la spéciale n'apprend plus le départ. Oui, tu as raison. Mais à l'époque, ça fait partie de cette ambiance comme le col de Turini.
Évidemment, de temps en temps, tu es en colère parce que tu les vois vraiment littéralement sur la route. Mais à l'époque, il y avait peut-être même plus de monde qu'aujourd'hui. Mais quelque part, c'était vraiment rendez-vous les passionnés.
Mais c'est ça qui est beau aussi parce que c'est clair que les rallies où tu as plus de passionnés comme pour moi, l'Argentine ou le Monte-Carlo et tout, c'est quand même des rallies où tu as du...
Mais où le Portugal aussi, d'ailleurs, où tu as du plaisir à aller. Et nous, en tant que pilote, c'est clair que tu vis des moments quand même. Oui, tu partes cette passion avec tout le monde et ça a l'intérêt de rallye.
C'est pour ça que le rallye reste beaucoup plus populaire que le circuit où tu es souvent plus loin des voitures. Tu es plus cadré dans des tribunes spéciales et tout. C'est vrai qu'en rallye, il y a toujours une ambiance.
En Argentine, quand tu sens le barbecue dans toute la spéciale parce qu'ils sont en train de faire leur grillade au bord des pistes, c'est une ambiance particulière. Les mecs, ils dorment dans leur tente à côté de la spéciale et c'est sûr que c'est une ambiance extraordinaire. Dis-moi, c'est une question un peu délique pour moi-même parce que je me interroge.
Je suis un peu le monde qu'une seule fois. Toi, tu as presque neuf fois. Tu as neuf fois supérieure à moi.
Comment tu as fait ? Comment tu as fait ? Tu es arrivé.
Toi, tu as gagné quatre Dakars. Moi, j'ai fait dix Dakars. Je n'ai pas gagné encore.
Donc, c'est...
Comment j'ai fait ? Bah, j'ai toujours eu déjà une bonne voiture, une bonne équipe. Ça compte aussi.
J'en ai fait plus que toi des championnats parce que tu en as...
Non, je ne sais pas. Mais tu étais toujours régulier. Quelqu'un que moi, j'en ai fait beaucoup d'erreurs.
Toi, tu n'as pas fait beaucoup d'erreurs. Oui, il faut être vite, mais ça ne suffit pas si tu ne restes sur la route. C'était mon cas.
C'était un peu...
Oui, et puis moi, c'était un peu ma force face à Grenolme qui, lui, était plus dans ton cas. Il allait très vite, mais il faisait des erreurs. Oui.
Moi, j'étais capable d'accepter des fois...
Deuxième place, des fois. Oui. Quand je vois qu'il était trop fort, je préférais à la rigueur, à un moment donné, me dire, tant pis.
Je finis deuxième, mais pour marquer des points. Parce que ça, c'est après ma première année, mon premier championnat, où je perds contre Solberg pour un point. 2003, je perds pour un point.
Et je me dis, à la fin de saison, ce point, il était partout. Oui, exactement. Un point.
Il est là-bas, on est tombé en panne d'essence, on a fait une connerie, on a fait ci, on a fait ça. Un point, il était...
Si tu analysais la saison, il y avait plein d'endroits où il était, ce point. Et je me suis dit, à partir de là, on ne peut pas laisser des points partir comme ça, gratuitement. Mais toutes ces courses où je n'ai pas pu gagner, j'ai fait deuxième.
Oui. Et tu as marqué des points. J'ai pris des points.
C'est vrai que quand tu te battes, tu veux être deuxième ou le troisième, après tu sortes de la route, et à la fin de l'année, tu vas vraiment regretter. On peut dire que tu as dominé une période qui est vraiment, qui va rester marquée dans l'histoire. En Finlande, tu as gagné combien de fois ?
Trois fois. Trois fois ? Tu m'aurais demandé là, sans qu'il réponde, j'aurais dit deux, moi.
Mais trois. Ah oui, exactement. Je suis un peu finlandais quand même.
Oui, oui, oui. Non mais attends, et après il y a un deuxième Sébastien qui t'a suivi. Il y a presque vingtaine de championnats, il n'y a pas de Sébastien.
Comme je l'ai toujours dit, forcément, Harry et grand-père doivent venir de Finlande, tu ne penses pas ? Oui, je pense. Oui, oui.
Quelque part, un plus de cinq Finlandais, quelque part. Mais c'était bien. Raleigh était trop dominé par les Finlandais.
Mais ça faisait du bien pour la crédibilité de Raleigh avoir. Caro Sainte est venu, Didier Rorio, après toi. Maintenant, c'est un peu trop dominé par les Français, mais les Finlandais, ils vont rien.
Quand tu es revenu à Monaco, Monaco-Monte-Carlo, un de tes exploits les plus soprenants, parce que tu avais quoi, 40, combien d'années ? 48, c'était en 2022. Oui, oui, 48.
Exactement. Moi, c'est sûr que tu n'as pas perdu la masse. Mais une deuxième chose, pour mentalement se pousser, parce que tu savais que tu n'as pas un contrat pour décrocher, et pourtant, tu es arrivé, parce qu'il faut quand même être motivé pour aller.
Oui, mais la motivation, quand tu prends, parce que je prends quand même encore du plaisir à rouler, j'aime toujours la compétition, c'est pour ça aussi que je fais encore le Dakar, etc. Je dirais que ce n'est pas ça, mais moi, c'est clair que quand je suis arrivé en 2022, je n'aurais pas pensé au début d'être capable de pouvoir jouer la victoire, parce que j'avais fait quelques années chez Hyundai avant, déjà après avoir arrêté ma carrière, on va dire. Et c'était plus compliqué.
Et là, le jour où Malcolm m'avait proposé de rouler avec la Ford, j'ai fait les premiers essais, je suis rentré chez moi, j'ai tout de suite dit, je l'aime bien. Comme toujours. Elle est bien cette voiture, je me sens bien dedans, mais après, sans savoir à quel niveau je roulais réellement, et puis c'est clair qu'au Monte-Karl, je me suis retrouvé au shakedown déjà, premier, sans trop savoir.
Donc c'est sûr que d'avoir pu gagner ce rallye, alors que ça faisait quasiment 10 ans que j'avais arrêté les championnats complets, c'était un super moment. Tu as surpris tout le monde. Tout le monde, c'est vrai.
Oui, même moi. C'est vrai. Oui, même toi-même, même toi-même.
Exactement. Mais c'est fabuleux que la réalité, c'est très inspirant qu'on peut rester comme une si longtemps. C'est pas seulement pour la zone, mais...
Tu penses que je devrais redevenir moi-même, non, je crois pas. Tu peux revenir, hein. Non, non, ça, ça.
Mais Seb, dis-moi, les gens ne comprennent pas qu'est-ce que c'est le rallye rate, qu'est-ce que c'est Dakar. C'est tellement...
Il a tellement de...
Les facteurs que tu ne maîtrises pas et mauvais sens ou un rôle différent. Alors je sais pas si c'est de la malchance. Il n'y a pas que de la malchance.
Il y a aussi de l'expérience et tout. Et c'est bien pour ça que j'ai des questions pour toi. Parce que toi, tu as...
Tout à l'heure, tu m'as dit que je suis 9 fois supérieur à toi en rallye. Mais tu es 4 fois supérieur à moi au Dakar. Enfin, 4 fois et demi.
Parce que...
Oui. Tu m'expliqueras aussi comment tu t'es fait voler la voiture en plein rallye, mais...
Mais sinon, oui, le Dakar, c'est vrai que c'est très différent. Mais comment on fait pour gagner 4 fois, alors ? J'ai expliqué.
Je suis un peu étonné moi-même parce que j'avais cette réputation un peu...
Qui s'est brûlée l'étape dans la vie. Et en Dakar, tu le sais, il ne fallait pas brûler. Je ne sais pas.
Notre voiture était extrêmement compétitive. Et...
C'est un son inconnu. Le soir, tu es bivac, tu sais. Est-ce que ta journée est bien passée ou pas ?
Il n'a pas de secret. J'ai forcément eu la chance aussi. Et peut-être...
Peut-être, ça voulait aussi prouver. Parce que mon premier Dakar, c'était après mon accident. Où j'ai failli mourir en Argentine.
Alors pour moi, c'est une nouvelle vie, une deuxième vie qui commence. Peut-être que c'est aussi vouloir montrer que j'ai appris quelque chose. Ça t'a peut-être calmé alors un petit peu ton accident.
Parce que tout à l'heure, tu me dis, toi, en rallye, tu faisais trop d'erreurs. Que moi, je t'expliquais que moi, j'étais plus...
Parfois plus prudent pour pas tout perdre sur un rallye, etc. Mais en fait, finalement, au Dakar, la situation s'est un peu inversée. Peut-être que finalement, ton accident t'a calmé un peu.
Ce qui t'a donné la maturité pour être bien au Dakar et aller au bout. Et moi, aujourd'hui, je fais des erreurs au Dakar que j'en faisais pas en rallye. Mais les crevaisons, oui, c'est de la chance.
Mais c'est pas que ça. Parce qu'il y en a qui sont capables de mieux le gérer que moi. Donc je pense qu'aujourd'hui, c'est sûr que le Dakar, c'est vraiment...
C'est une course de gestion. Sauf que de nos jours, on est 10, 15 à aller très vite. Et que tu te dis, si je laisse partir, je vais peut-être jamais revenir.
Oui, parce que tu es à côté de quelqu'un, vous avez la même vitesse. C'est pourtant, c'est toi qui va crever. Vous savez exactement pareil.
Toi, tu vas crever, l'autre, il ne crève pas. Il y a beaucoup de choses à Dakar que tu ne sais pas expliquer. Par contre, quand tu fais les rallyes normales, tu connais la largeur de route, c'est ça.
Si tu vas extérieur, il y a des cailloux, mais pas sur la piste. Et Dakar, pourtant, il reste imprévisible. Mais l'année prochaine, ça va être ton tour.
Oui. Je crois que tu m'as déjà dit ça, il y a quelques années. Non, non, mais...
Non, non, mais...
En plus, il y a un autre aspect au Dakar. Moi, ça n'a fait que rallye en Afrique, même pas en Amérique sud. Quand tu descends de Paris jusqu'à la Méditerranée, il y avait presque un couloir.
C'est-à-dire qu'il y a tellement de gens, ils sont venus nous voir. Et après, tu traverses l'Algérie, la Nisère, le Mali, les 13 000 kilomètres. C'est vraiment une aventure humaine.
Et les peuples sont venus vers nous. Ils sont vendus des fois une bouteille d'eau, des fois un peu de pain à manger. C'était...
Ça n'existe pas en Arabie Saoudite. Non, mais pour les assistances, ça devait être très difficile, ce que vous avez fait. Parce que eux, tous les jours, ils devaient partir, vos assistances, pour vous suivre.
Que nous, aujourd'hui, nos assistances, elles restent en place. Un soir, on fait une boucle, ils bougent moins. Mais nous, on fait beaucoup de kilomètres aussi.
Mais c'est vrai que ce n'est pas la même chose que d'aller d'un point A à un point B. Je l'ai fait une fois en faisant le Silkué. On a fait Moscou-Pékin, qu'on a peut-être fait aussi à l'époque, je ne sais pas.
Mais c'est vrai que là, tu voyais vraiment le changement à Moscou, où tu es vert, c'est dans les champs. Puis tu arrives au Kazakhstan, les gens, même la tête des gens est différente, etc. Donc tu voyais toute l'évolution sur le chemin.
C'est vrai qu'aujourd'hui, c'est un peu différent. Je pense qu'en Arabie Saoudite, ils ont trouvé des terrains sympas. Il y a des grandes dunes, il y a des pistes, il y a tout ce qu'il faut.
Mais on n'a pas cette ambiance et tout ça. Traverser l'Afrique, traverser aussi les pays, la plupart du monde, et évidemment, je ne pouvais pas m'empêcher à me demander si j'étais né à Timbuktu, comment ma vie, ce serait comment. Plus tard, si je vais aller par l'Union Européenne, ça m'a aidé beaucoup.
Aussi, penser à les gens qui ne sont pas aussi privilégiés que nous. Nous, on est né en Finlande ou en France, on est vraiment les gens privilégiés. Alors, même de ce point de vue, j'ai appris beaucoup quand j'ai traversé l'Afrique.
Personne ne choisit si il y a eu lieu ou ses parents ou l'aîné. C'est fabuleux. Quel souvenir.
Nous, aujourd'hui, au Dakar, le roadbook, il est sur une tablette. Les copilotes, ils n'ont plus du tout accès aux notes et tout ça avant. Au début, quand j'ai fait avec Daniel et tout, mes premiers Dakar, on recevait le roadbook la veille.
Donc, les copilotes, ils passaient le soir dessus avec le mapman, etc., qui traçaient la spéciale et on avait une vision le matin d'où on allait. Attention, ce waypoint, le mapman disait, ce waypoint, attention, il est compliqué à trouver, etc.
Maintenant, aujourd'hui, on ne sait rien. On arrive au départ, on a la tablette qui s'ouvre, les cases roadbook. On suit, on a beaucoup de waypoints à valider.
Et le copilote doit être très réactif dans tout ça pour être dans les temps, le décompte, le waypoint, le truc. Donc, c'est un peu un jeu de pistes dans le désert. Mais à votre époque, c'était différent.
Nous, aujourd'hui, sur certaines spéciales, on a 500 waypoints. Non, 500 notes. 500 notes de roadbook dans une spéciale de 400 kilomètres.
Donc, je ne sais pas vous à l'époque, mais je pense que c'était très différent. Oui, des spéciales, des fois, étaient jusqu'à 600, 700 kilomètres. Roadbook approximatif, bouchole, c'est tout.
Des fois, tenir le cap pendant 60 kilomètres, par exemple. C'est tout. Des fois, je me souviens que mon concurrent le plus proche, il a parti dans ce sens.
Et moi, mon coéquipier, on y va. Il dit, non, non, il faut partir là. Et vraiment, nous n'étions pas sûrs, des fois, où il faut aller, dans quelle direction.
Sortir dans le labyrinthe de dune, par exemple. C'est-à-dire, tout le monde a perdu en demi-heure, peut-être des fois 40 minutes. Et on a fait le grand écart.
Même avant, juste avant d'arriver à Dakar, rien n'était sûr. Alors, nous avions cette peur, quelque part, que d'abord, je me sensablais, mais moi, je me suis séparé, mais surtout, de ne pas se perdre, et perdre en demi-heure. Vous aviez quand même des waypoints sur le parcours ?
Il y avait, il y avait...
Parce que, quand tu fais 70 kilomètres, à un moment donné, qu'est-ce qui te dit que tu es au bon endroit, parce que sur 70 kilomètres, il y en a un qui arrive là-bas, l'autre, il arrive un kilomètre à côté, l'autre, il arrive un kilomètre à côté, parce que ça, tout le monde peut dévier un petit peu. Il y avait peu de waypoints. Peut-être, des fois, il fallait trouver le bivouac.
Et les gens, des fois, arrivent au bivouac, dans un peu les directions différentes. Ça, quand on a pris sa route, ça donnait cette possibilité, et même si tu n'étais pas, peut-être, plus rapide, mais si tu arrivais à rester sur la bonne piste, c'est de rouler de quelque part. En fait, nous, maintenant, ça devient quelque chose qui est un petit peu entre le Dakar que toi, tu faisais, et le WRC, parce qu'on a des notes tous les kilomètres, des waypoints tous les 5 ou 10 kilomètres, et en fait, à chaque fois, on bip, on continue.
Si jamais tu tournes, si tu es perdu, tu le sais tout de suite. Tu ne peux pas être perdu au bout de 50 kilomètres. Tu es perdu au bout de 5, 10 kilomètres, il y a un waypoint, il n'est pas là, merde, on est perdu.
Donc, tu le sais tout de suite, et au final, les copilotes, maintenant, ils ont quand même beaucoup de précision, ils savent utiliser correctement le roadbook, ce qui fait que personne ne se perd, et au final, aujourd'hui, ça roule à bloc, certaines spéciales, quand la navigation n'est pas très compliquée, on est 5 en 1 minute, en 350 kilomètres. C'est au cas qu'à l'époque, c'était plus intéressant, dans le sens que même quelqu'un qui n'avait pas trop compétitif, mais si tu savais bien naviguer, ça faisait la différence. J'ai entendu parler de Pikes Peak en découvrant ta vidéo qui faisait rêver tous les jeunes à l'époque, qu'on a regardé 100 fois.
Pourquoi tu es à l'époque, même maintenant ? Maintenant, en tout cas, là où je suis jaloux, c'est que tu l'as fait sur la Terre. Parce que ça, ça devait être, avec une vraie voiture comme tu avais, etc., ça devait être des sensations extraordinaires, de glisse, c'est large, c'était vraiment, vraiment beau.
Moi, je l'ai fait, forcément, beaucoup plus vite, avec un proto sur l'asphalte, où c'est chaud aussi, parce que...
Je préférerais aussi le faire comme toi sur la Terre. Le grand public pense souvent que la Terre, c'est plus difficile pour des pilotes comme nous. La Terre, ça prévient beaucoup plus, c'est tout en glisse, c'est plus amusant, et potentiellement moins dangereux.
Moi, ma voiture, si elle décroche, ça ne doit pas expliquer. Aïe, aïe, aïe, il ne le fallait pas. Je ne le fallait pas.
Nous, on en a fait trois fois, trois fois sur la Terre, et c'était...
Sensations magnifiques. Absolument, absolument. On ne peut pas imaginer avoir une voiture supérieure de 600 chevaux, 900 kg, évidemment, c'est quatre motrices, mais ça patinait comme tout le temps.
En plus, pour moi, c'était le premier vrai test de vitesse après mon accident. Pikes Peak était le vrai test « Est-ce que je suis encore en bon état ? » Et ces trois Pikes Peak vont rester gravés dans ma mémoire.
Je me souviens juste avant le départ, quand tu regardes le chômage là, tu vas faire un pipi tous les deux minutes, mais une fois que tu pars, parce qu'elle va tout inspirer la confiance, les gens demandent souvent « Tu n'avais pas peur des ravines, mais on oublie les ravines, parce que cette voiture était comme Stradivarius. » La meilleure preuve, les gens n'en parlent tous les jours. Évidemment, c'est un instinct que...
Parce que c'était...
En fait, on n'a pas...
On a fait séance d'essai, qu'on était filmé. On n'a pas fait cette montée pour faire un film. C'était séance d'essai qui était filmée.
Et il fallait libérer la route à 9h du matin. Oui, nous aussi. Oui, exactement.
Alors, ces personnes avaient pensé que le soleil est encore très bas. Dans la vie, tu peux lever le bras, mais pas le pied. Moi, en spécial, ça m'est aussi déjà arrivé de faire ça.
Mais c'est vrai que ton image, elle a marqué...
Pour les gens, c'est incroyable. On traverse avec la 405, la main comme ça. Et c'est vrai que ça a marqué...
Mais moi aussi, j'ai vécu la même chose. En fait, avant le départ, c'est un endroit où c'était stressant. En fait, tu sais que tu pars, que tu n'as pas le droit à l'erreur.
Tu pars à bloc avec une voiture incroyable. Tout l'entourage, tout le monde a peur, en fait, ce jour-là, un petit peu. Il y a beaucoup de tension, en fait, par rapport à d'autres.
Oui, parce que tout le temps, tu avais quelque chose de 800 chevaux, 800 kilos plus au moins. Il n'y a pas de droit à l'erreur du tout, là. L'avantage pour nous, être sur la terre, c'est le savoir quand tu te battres avec le volant.
C'est vrai, nous, les rallye-mans, on aime la glisse. C'est ça. C'est privilégié d'avoir fait les justes pour les rallyes comme toi, au Dakar, rallye ordinaire, Pikes Peak.
Des fois, tu fais 3 semaines, 13 000 kilomètres. Après, tu fais Pikes Peak, 20 kilomètres, 10 minutes. C'est ça.
Quelle variété. Moi, quelque part, pendant les reconnaissances à Pikes Peak, à un moment, j'avais loué une moto. Je montais en moto pour intégrer la route.
J'avais regardé un peu des vidéos avant. Après, j'avais fait des reconnaissances. J'avais même pris Daniel pour prendre les notes parce que moi, j'arrive mieux à me rappeler des virages si je lui ai mis une note de rallye dessus.
Donc, j'avais fait des reconnaissances avec Daniel. Et puis après, j'allais me promener avec ma moto parce qu'on a passé du temps. On a aussi passé 2 semaines là-bas avec les petits essais avant, etc.
Et j'avais pris une moto et je regardais dans le trou là. Je me suis dit, il faut que je regarde où c'est qu'il ne faut pas sortir. Nulle part, il faut sortir.
Parce que nous, on a certains virages qui ont passé à...
Moi, je prenais 247 kilomètres. Non. C'est 247 rupteurs.
Ah oui, va-t-il comme ça. Et là, si tu sors dans la pluie, tu dis le premier impact, il est 150 mètres en bas. Oui, oui, non.
C'est parce que si tu rentres à Colorado Springs, ça fait 20 kilomètres. Mais si tu loupes le freinage, c'est que 2 kilomètres. Oui.
C'était avant de connaître quelque chose au rallye. Il était en poster dans ma chambre avec sa 205 du Dakar. Donc, j'étais jeune.
Je ne connaissais pas grand-chose au sport auto, mais j'aimais les voitures comme pas mal de jeunes. Et puis, tu as passé quelques années en poster dans ma chambre. Non, mais dans la chambre envers 99, quand j'étais au Parlement européen, tu es venu me voir.
Tu es venu voir au Strasbourg. Et évidemment, toi, tu étais jeune. Et toi, tu me regardes avec les grands yeux.
Et moi, je m'entendais fait dans la chambre envers. Tu as fait une carrière vraiment incroyable. Mais tu as resté le même Sébastien comme il y a 26 ans.
Et ça, c'est à ton nom. Crédit pour toi. Toi aussi.
C'est parti. Oui. Oui. ...
Ari Vatanen