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interviewBLAST (sur YouTube)· 14 février 2022 9 min

PÉCRESSE : LE NAUFRAGE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Valérie Pécresse qui se relance à Paris, Jean-Luc Mélenchon qui confirme son leadership sur la gauche à Montpellier. C’est le sommaire du numéro 15 de la Guerre du trône. Comment incarner le vote utile ?

C’est à cet exercice délicat que se sont employés dimanche deux des principaux candidats de cette présidentielle : Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon. Pour la première, qui tenait meeting au Zénith de Paris, il s’agit de convaincre qu’elle est la seule à pouvoir l’emporter contre Emmanuel Macron, pour peu qu’elle franchisse le premier tour. Sous-entendu, Zemmour et Le Pen en sont incapables.

Pour le second, Jean-Luc Mélenchon, il lui faut convaincre, à gauche, qu’il est le seul en mesure d’atteindre le second tour. Communistes, écologistes et rescapés du PS doivent renoncer à se compter. Disons-le tout de suite, Valérie Pécresse a raté la marche.

Discours récité plutôt qu’incarné, silences à contretemps de la salle, empilement de formules cent fois recyclées, tout clochait dans la prestation. Au mieux, la déclamation laborieuse d’une pièce de théâtre à l’occasion de la kermesse de l’école primaire. Sans doute est-ce pour cela d’ailleurs que Valérie Pécresse annonçait vouloir faire entrer Molière au Panthéon.

Quant au fond, la présidente de la région Île-de France, n’a mis que cinq minutes, montre en main, pour sombrer. Très exactement à cet endroit : Serons-nous une nation unie ou une nation éclatée ? Face à ces questions vitales, pas de fatalité, ni au grand déclassement, ni au Grand remplacement.

La candidate de la droite reprend donc à son compte la fiction littéraire du Grand remplacement. Celle dont Éric Zemmour fait son miel à longueur de meeting. Pour crédibiliser ce dernier, il n’y avait pas mieux.

Valérie Pécresse était pourtant venue présenter sa vision pour la France. Je veux porter un nouvel espoir, celui d’une nouvelle France que nous devons reconstruire ensemble. France, car notre pays est éternel, nouvelle car notre histoire reste encore à écrire.

Nouvelle France car c’est elle qui se nourrit de ses racines et qui se donne des ailes. La France des cathédrales et celle des satellites. La France de Péguy et celle de Marie Curie.

Va pour Péguy et les cathédrales. Les racines chrétiennes de notre pays sont un fait historique, quand bien même ce ne sont pas les seules. En revanche, la référence aux satellites pour illustrer la nouvelle France n’est pas des plus judicieuse.

Astérix, le premier satellite français a été lancé le 26 novembre 1965. Il y a plus d’un demi-siècle… Même le minitel aurait paru plus moderne. De cette nouvelle France voulue par Valérie Pécresse, on ne saura pas grand-chose.

La candidate des Républicains a surtout consacré son temps à faire des clins d’œil à l’électorat d’Éric Zemmour et Marine Le Pen. Feu donc sur les wokistes : Je combats les mouvements wokistes et au-delà tous ces mouvements qui veulent nous déconstruire. Le wokisme, c’est la guerre des races, la guerre des sexes, la guerre des autographes, la guerre des mémoires.

C’est le contraire de la République. Feu, encore, sur le voile. Pour moi, le voile n’est pas un vêtement comme les autres.

Ce n’est pas une prescription religieuse. C’est un signe de soumission de la femme. Marianne n’est pas une femme voilée.

Et cette envolée finale. Les extrémismes vous mentent. Refusez le venin de la nostalgie.

Ne laissez ni la colère ni la peur l’emporter. J’incarne avec vous la République en ordre, ils sont le désordre. J’incarne la force de l’unité nationale, ils sont la désunion.

Contre cet extrémisme, choisissez la main ferme et juste. Se définir par rapport à l’adversaire est une erreur magistrale en politique. Car ce qui intéresse les Français, ce n’est pas de savoir si Valérie Pécresse est plus ou moins à droite que les extrêmes.

Ce qu’ils veulent comprendre, c’est son ambition pour le pays. Et ses habitants. Mais voilà, Valérie Pécresse est aux abois.

Les ralliements à Macron d’Éric Woerth, ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, et de Natacha Bouchard, la maire LR de Calais, très proche elle aussi de l’ancien président de la République, ont ébranlé la candidate. Si Nicolas Sarkozy venait à soutenir Emmanuel Macron, les chances de Valérie Pécresse d’accéder au second tour se réduiraient comme peau de chagrin. La candidate y est donc allée de sa génuflexion : Et il y a eu Nicolas Sarkozy.

Son audace, sa force, sa vision. Il m’a donné cette chance unique d’être ministre de la République. Si l’on tient compte des marges d’erreur, Valérie Pécresse est aujourd’hui quasiment à égalité avec Marine Le Pen et Éric Zemmour.

Autour de 15 %. Sa survie politique et, par voie de conséquence, celle des Républicains tient donc à quelques centaines de milliers de voix. Ce qui est certain, c’est que sa prestation de dimanche ne lui en aura fait gagner aucune.

A soixante jours du premier tour, c’est inquiétant. À Montpellier, devant les 7 000 personnes rassemblées au Parc des expositions, Jean-Luc Mélenchon jouait serré lui aussi. Les sondages le donnent autour de 10 %.

En 2017, à la même époque, les estimations avoisinaient déjà les 12 %. Les voix des communistes font cruellement défaut. Mais, pour le candidat de l’Union populaire, rien n’est perdu : Écoutez les gens, avec un bulletin de vote on peut régler tellement de choses.

On peut lancer un tel appel au monde. Il faut que tout change ! J’y suis prêt.

Nos équipes y sont prêtes. Si vous le voulez, nous irons jusqu’à ce deuxième tour. Jean-Luc Mélenchon, qui a parfois montré des complaisances avec la gauche intersectionnelle, renoue depuis le début de la campagne avec la posture républicaine de 2017.

La seule qui puisse rassembler la gauche par-delà les clivages de chapelle et les égos flétris. Il y a nous ! Nous !

Nous, ceux dont Jean Jaurès disait : “Nous sommes la République jusqu’au bout.” À travers sa campagne, le candidat de l’Union populaire entend sonner le réveil des peuples. Et renouer ainsi avec l’universalisme de la grande Révolution.

Ce que nous sommes en train de faire, c’est de tâcher de construire cette percée politique, qui ferait de nouveau de notre peuple devant les nations une sorte d’appel au combat général, dont je suis certain qu’il sera entendu sous toutes les latitudes, sous toutes les températures, sous toutes les frontières. Car le Peuple parle une langue universelle, la langue des Français. Comme s’il fallait encore dramatiser l’enjeu de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à convoquer la défense de la patrie.

Il n’y a jamais eu autant de chômage, il n’y a jamais eu autant de misère, il n’y a jamais eu autant de difficultés. La patrie n’a jamais été aussi abaissée qu’elle l’est aujourd’hui. Reste la personnalité clivante du candidat.

Une nouvelle fois, Jean-Luc Mélenchon a répondu à ses détracteurs. “Vous êtes caricatural monsieur Mélenchon.” Oui, parce que la situation est caricaturale.

Parce que la vérité est caricaturale. Parce qu’elle est une offense. Le modèle dans lequel nous vivons est devenu un modèle parasitaire.

Le capitalisme financier de notre époque est un capitalisme parasitaire. Le meeting de Montpellier s’inscrit dans la continuité de celui de Nantes. Le candidat de l’Union populaire a définitivement plié le match à gauche.

Mais pour parvenir au second tour, il lui faut maintenant raviver l’envie de victoire de cette même gauche, éparpillée façon puzzle. Cela s’appelle une dynamique. En 2017, elle s’était enclenchée dans les toutes dernières semaines.

La tortue Mélenchon espère bien, cette fois, doubler le lièvre avant le premier tour. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.

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À lundi pour un prochain numéro de La Guerre du trône.

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