[PODCAST] Nos folles années 1980 [5/5] : les radios libres contre l’État
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Bonjour, c'est Clara Garnier-Amourou pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien. Cet été, Codesource vous propose de vous plonger dans les années 80.
Les restaurants touqués en deux coluches, ça marche.
Une décennie devenue culte qui a bouleversé la culture populaire et nos modes de vie.
Les ratos libres ont désormais existence légale. Les ratos libres ont encore neuf, délimité fermement leur vie.
Musique, humour, médias et même de nouvelles façons de faire la fête. Les années 80 ont imposé de nouveaux codes et révolutionné le paysage culturel français.
Il est 8h, ouverture de l'antenne de Canal+. Aujourd'hui, épisode 5, les radios libres.
Des émetteurs dans les caves ou sur les toits, une liberté de ton presque absolue. De la fin des années 70 au tout début des années 80, des passionnés de radio ont piraté la bande FM pour contourner le monopole de l'État sur la radiodiffusion. D'abord réprimés par le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing, les radios libres ont été encouragés par François Mitterrand, devenu président en 81, avant d'être avalés par les radios commerciales. Pour raconter cette saga, aujourd'hui dans Code Source, Thierry Lefebvre, historien des médias, grand amateur de radio, il a participé au mouvement des radios libres au début des années 80.
Thierry Lefebvre, on a choisi de commencer ce podcast à la fin des années 1970. A l'époque, il existe trois chaînes de radio publique en France, gérées par l'État. Racontez-nous comment ça marche.
C'est l'époque du monopole d'État sur la radio et la télévision. Effectivement, il y a trois grandes chaînes dans le groupe qui s'appelle Radio France déjà à cette époque, donc France Inter.
Sans hésitation aucune, je vous annonce Yves Mourouzy dans Inter Actualité. Bonjour.
Créé en 1963, fin 1963, France Culture et France Musique, qui ont été créées au même moment. Et à côté, on a des plus petites choses locales, parfois, comme France Inter Paris, par exemple, FIP, qui est créée au début des années 70, qui est créée à Marseille, à Lyon, à Lille et dans d'autres villes très importantes. Et donc, tout ça est géré par un organisme qui est issu de ce qu'on appelait auparavant l'ORTF. Toutes ces radios sont réunies sous l'intitulé Radio France. Tout se passe donc à la maison de la radio qui a été inaugurée en 1963.
Il y a aussi quelques radios indépendantes. Lesquelles et en quoi elles sont différentes de cet appareil Radio France ?
Ce sont ce qu'on appelle les radios périphériques, qui sont des radios qui n'émettent pas sur le territoire français, puisqu'il y a un monopole d'État de la radiodiffusion et personne ne peut émettre en dehors de l'État, à proprement parler. Donc, ces radios sont apparues au fil des décennies, ne sont pas très nombreuses. Il y a Radio Luxembourg, qui est devenu RTL. Il y a Europe 1, qui est apparu en 1955 et qui émet depuis la SAR. Il y a Radio Monte Carlo, qui deviendra RMC, et qui émet depuis la Principauté. Et il y a également Sud Radio, qui émet depuis Andorre. En pratique, ce sont les principales.
Et ce sont des radios qui sont purement commerciales, à la différence des autres radios purement françaises, étatiques, où la publicité est interdite, toujours à cette époque. Elles sont commerciales, donc elles reposent évidemment sur les investissements publicitaires. Et par ailleurs, pour être sûr que le discours ne diverge pas trop des médias officiels, on va dire, ces radios sont possédées par des structures qui sont plus ou moins contrôlées par l'État français.
Vous le disiez, toutes ces radios, elles émettent de en dehors de France, parce qu'en fait, il est interdit à ce moment-là d'émettre sur le territoire français, notamment depuis la loi sur la radiodiffusion et la télévision adoptée en 1974, qui prévoit qu'aucune radio ne peut émettre sans l'autorisation de l'État. À cette période, de nombreux Français, et notamment des jeunes, sont lassés par ce monopole. La tendance est en fait assez générale en Europe. En Angleterre, par exemple, des radios non autorisées commencent à émettre dès les années 60, depuis des bateaux.
Oui, ça commence, on va dire, à la fin des années 50, début des années 60, avec un nom que tout le monde connaît, c'est Radio Caroline, qui sera la plus emblématique de ces radios qu'on va appeler Pirates. Qui sont en fait offshore et qui se situent en dehors des eaux territoriales.
Ce n'est qu'une voix et de la musique. Cela a pourtant envahi l'Angleterre. Cela s'infiltre dans tous les foyers anglais. Il faut dire que cela bénéficie de la complicité agissante d'une population de 5 à 18 ans, qui sait avoir le dernier mot. Cela, c'est Radio Caroline, une radio clandestine qui a 38 millions d'auditeurs. En vain, la presse a-t-elle crié suce à l'émetteur pirate qui volait le ciel à la BBC. Mais on vit bientôt que Radio Caroline comptait des sympathisants déterminés qui n'hésitaient pas à s'afficher.
La Grande-Bretagne, mais également la Scandinavie, la Hollande, etc., sont touchées par le phénomène, plus ou moins. Ce sont des radios qui sont, elles aussi, commerciales, qui reposent sur des accords avec les maisons de disques, qui sont très puissantes à l'époque, et évidemment sur des publicitaires qui se risquent à promouvoir leurs produits sur les ondes, qui se risquent dans la mesure où, très rapidement, des lois dans chaque pays vont passer. Et ces lois vont indiquer que tout publicitaire risque d'être réprimandé pour endiguer, en quelque sorte, ce phénomène.
En France, le 13 mai 1977, Radio Verte est une des premières radios non autorisées à diffuser des émissions. Dans quel contexte est-ce qu'elle est créée ?
C'est une expérience absolument extraordinaire, qui commence bien avant, en 1974, avec la création d'une revue, revue critique sur les médias. Ce qui va les intéresser tout particulièrement, c'est le mouvement des radios libres italiennes, qui démarre dès la fin 1975 en Italie. C'est un mouvement foisonnant, à la fois de radio commerciale et de radio politique, plutôt à l'extrême gauche, même s'il y en a quelques-unes, mais rares, à l'extrême droite. Et donc, effectivement, en 1977, Antoine Lefebure rencontre, en fait, il l'a rencontré un peu avant, Brice Lalonde, qui est le leader de l'écologie parisienne à l'époque.
Et tous deux vont concevoir, dès 1975, mais ça ne va pas marcher, mais surtout en 1977, le projet d'une radio. Et ce petit poste radio va émettre ce qu'il appelle Radio Verte. Et donc, c'est effectivement la première émission de Radio Verte.
Radio Verte, première diffusion, émission manifeste.
Les radios vertes sont arrivées hier sur Paris, bravant la loi, ouvertement, puisqu'on leur avait refusé leur demande d'interrogation au monopole. Elles sont arrivées par provocation, pour rompre les carcans de la non-communication, pour protester contre la mamie sur la France du monopole d'État. Avec leurs émetteurs fourmis cachés dans des appartements, leurs émissions de courte durée très localisées, les radio-écologistes comptent bien déjouer longtemps les services de détection du ministère de l'Intérieur et des PTT. Monsieur Voisin, interviewé au Jardin des Plantes, est venu travailler lui-même son émission. Faire parler, faire participer, rompre l'isolement dans les villes.
Mais les suivantes sont immédiatement brouillées par les services de l'État.
À la suite de Radio Verte, d'autres radios se montent et la créativité explose. On peut par exemple citer Radio Ivre ou Radio Ici et Maintenant. Est-ce que vous pouvez nous raconter de quoi elles parlent, ces nouvelles radios ?
La plupart sont politiques. Ici, radioactives, pour ceux qui aiment l'activité des radios et non la radioactivité. Il n'y a pas d'atomes pacifiques luttant contre la construction des centrales nucléaires.
D'autres sont des radios qui essayent de passer ces fameuses musiques qui leur plaît, en particulier le reggae. Le reggae va commencer à apparaître véritablement sur les ondes par l'intermédiaire d'une radio qui s'appelle Radio Ivre.
Radio Ivre, la salle radio en France qui s'y puise du reggae de la Jamaïque.
Pour ce qui est de Radio Ici et Maintenant, elle est créée en 1980. Radio Ici et Maintenant, septième soir d'émission. C'est une radio où les gens sont très proches, ils discutent véritablement comme s'ils étaient au coin du feu.
Nous avons changé trois fois d'émetteur depuis le départ et à chaque fois, c'est un petit panneau. Maintenant, il paraît qu'on nous entend bien. C'est ce qui vient de vous appeler. Je vais vous donner un numéro de téléphone.
Et puis, l'utilisation du téléphone avec la libre antenne qui est la forme absolue de Radio Ici et Maintenant. C'est vraiment eux qui utilisent ça. Il y a vraiment une libération de la parole qu'il n'y avait pas auparavant où tout était filtré évidemment sur les radios, on va dire, officielles.
Il y a aussi d'autres radios plus contestataires et engagées comme par exemple Radio Lorraine Cœur d'Acier.
Les radios contestataires, on va dire que c'est vraiment le début du mouvement à partir de 1977. Déjà, Radio Verte était une radio écologiste. Il va y avoir donc plein de radios, de mouvements. Radio Verte Fessenheim, par exemple, qui est créée pour lutter contre la centrale nucléaire de Fessenheim. Et il y a par exemple cette radio qui va s'appeler Lorraine Cœur d'Acier qui est créée à Longoui donc en 1979 à la suite du mouvement sidérurgiste dans tout ce secteur. Et donc, il va y avoir une installation d'une radio en permanence ce qui est relativement rare dans la mairie de Longoui qui est évidemment communiste.
L'antenne est posée sur l'église qui se trouve jusqu'à côté avec l'accord du curé local. Donc, c'est une radio qui va donner la parole à toutes les personnes qui sont concernées par les licenciements, par la crise en cours. Il va y avoir deux journalistes de la Voix Ouvrière, donc la revue de la CGT, puisque c'est la CGT qui est l'opératrice de cette radio pour créer une grille de programmes qui est à la fois musicale, culturelle, etc. Et puis des rendez-vous d'actualité constamment.
Alors que les radios libres se multiplient, TDF pour Télédiffusion de France commence à installer des brouilleurs pour les empêcher d'émettre.
Télédiffusion de France qui était chargée de gérer tout le patrimoine d'antennes, de relais, d'émetteurs comme il y en avait dans tous les coins de la France en pratique, que ce soit pour la radio et pour la télévision. Et donc, comme ces radios commencent à faire du bruit, on en parle beaucoup dans les médias, donc TDF va mettre en œuvre par le biais d'une filiale des émetteurs qui ont la propriété d'émettre sur la fréquence de ces radios. Donc, soit en blanc, on ne entend rien, il suffit que l'émetteur soit plus puissant tout simplement que l'émetteur de la radio libre en question ou qui émettent des sons un peu stridents pour embêter les éventuels auditeurs qui resteraient à l'écoute.
Ce qu'il faut juste savoir, c'est qu'à cette époque-là, on repère assez vite les radios, même si elles ne donnent pas leur adresse. On utilise un système qui permet à des camions qui circulent d'identifier la localisation de l'émetteur à quelques mètres près et qui permet donc une intervention policière. Donc, il va y avoir un certain nombre de ces interventions. On appelle ça des saisies. On saisit le matériel qui n'est certes pas coûteux, mais qui quand même représente quelques milliers de francs à cette époque.
En 1979, la police organise une descente au siège du Parti Socialiste à Paris.
Pourquoi ? Au Parti Socialiste, en particulier, c'est un sénateur qui s'appelle Bernard Parmentier qui passe un accord, on va dire, avec l'aide mitterrandienne, donc Fabius, qui laisse en particulier, pour créer une radio qui est prévue pour être éphémère, comme souvent. Cette radio, ça va être Radio Riposte, ça va être son nom. L'opératrice de cette radio, c'est la Fédération de Paris du Parti Socialiste. Ce n'est pas le Parti Socialiste, c'est très différent. Et cette radio va émettre depuis le siège annexe du Parti Socialiste.
Bonsoir. Ici, la radio des socialistes de Paris.
Donc, cette émission est annoncée, il est prévu une intervention de François Mitterrand. Et donc, visiblement, Raymond Barre, qui est Premier ministre à cette époque, se dit il ne faut pas que ça se passe comme ça. Et donc, pour cela, le procureur de la République ordonne qu'il y ait une saisie pendant l'émission. Donc, vous voyez arriver des hordes de policiers qui vont tenter de rentrer déjà dans un premier temps pendant l'émission. Donc, l'émission est enregistrée sur bande. Il y a une intervention de François Mitterrand qui a été accolée sur la bande. Mitterrand n'est pas du tout dans les locaux. La police intervient, demande d'ouvrir et la porte du siège annexe est défoncée.
Ensuite, les militants qui sont présents font obstacle comme ça, font une chaîne humaine pour empêcher d'aller jusqu'en haut où se trouvaient l'émetteur et le magnétophone.
L'émission Pirate Radio Riposte diffusée ce soir par la Fédération de Paris du Parti Socialiste a été brouillée un peu plus de 3 minutes après la prise de parole de M. François Mitterrand. Au cours de son intervention, le premier secrétaire du Parti Socialiste s'est élevé contre ce qu'il appelle la mainmise du pouvoir sur les moyens d'information mais n'a pu poursuivre plus avant en raison, je vous l'ai dit, du brouillage. Enfin, à 21h15, devant le refus d'ouvrir les portes, la police a forcé ses portes de la cité Malzerbe d'où nous appelle François Médard.
Actuellement, la police bloque les issues du siège annexe du Parti Socialiste français dans lequel se trouve une cinquantaine de militants et plusieurs élus parisiens dont Laurent Fabius l'actuel porte...
C'est une histoire absolument extraordinaire qui va révolutionner les médias. On en parle dans tous les journaux avec des photos à l'appui, etc. Et ça va permettre effectivement au Parti Socialiste de se glorifier en quelque sorte de ce fait d'arme qui est quand même plus restreint qu'il n'en a l'air d'autant plus qu'il va y avoir des poursuites.
Mitterrand et plusieurs autres militants socialistes sont mis en examen mais l'affaire s'arrête là. Deux ans plus tard, le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président et même s'il n'y a pas encore de loi pour les autoriser, à l'été 81, de nombreuses radios sont créées et le ton change.
Un certain nombre de radios qui émettaient auparavant vont réémettre plus à visage découvert on va dire et puis d'autres vont se lancer dans la fouleur. la plus connue c'est ce qu'on appelle Skyrock actuellement. Donc c'est un exemple et il va y en avoir beaucoup d'autres qui vont démarrer dans la foulée donc on va dire en mai, juin 81 et puis d'autres viendront un petit peu plus tard et effectivement ça émet sans contrôle évidemment surtout dans les villes et surtout à Paris qui est visé évidemment par toutes les personnes qui vont être intéressées à développer une activité éventuellement commerciale.
Et le 9 novembre 1981 le gouvernement socialiste vote une loi pour mettre fin au monopole de l'État sur la radio. Les radios libres sont donc désormais autorisées à émettre comme elles le souhaitent mais la loi est stricte notamment en ce qui concerne le financement de ces radios.
En pratique cette loi elle dit vous pouvez continuer puisque vous avez commencé mais à condition un que la puissance ne soit pas trop élevée donc la puissance est faible à l'époque 100 watts ce qui n'est pas beaucoup par rapport aux puissances astronomiques de nos jours donc 100 watts il faut que vous soyez des associations donc pas des affaires commerciales par ailleurs vous n'avez pas le droit de faire de publicité.
Donc voilà c'est les trois idées majeures sauf que il y a un certain nombre de radios qui ne vont pas respecter la loi qui vont faire de la publicité clandestine déguisée alors évidemment tout le monde n'écoute pas toutes les radios donc ça passe comme ça ou qui vont augmenter leur puissance d'émission enfin toutes les radios qui sont sur un créneau on va dire musical ont besoin d'être entendues correctement et vont utiliser des augmentations de puissance qui ne seront pas réprimées dans les temps et qui seront incontrôlables ensuite.
Et comment font les autres radios libres pour survivre ?
Alors la plupart des radios qui vont rester sur le mode associatif qui ne vont pas faire de publicité vont avoir très rapidement de grosses difficultés financières avec endettement en particulier ce qui fait que la période on va dire 81 à 83 84 va être celle où on va entendre le plus de radios différentes avec des choses différentes mais où la plupart de ces radios vont être en situation critique très rapidement pour financer leur activité et là ils auront le choix soit changer de format donc à devenir musical soit à vendre ce qui est totalement interdit leur autorisation puisqu'il y aura des autorisations qui arriveront en 83
Vous Thierry Lefebvre à ce moment-là au tout début des années 80 vous avez une vingtaine d'années vous faites des études de pharmacie à Paris et vous vous lancez vous-même dans l'aventure des radios libres expliquez-nous le contexte d'où vous vient l'attrait pour la radio
J'étais un auditeur d'un certain nombre d'émissions de France Culture et puis j'ai commencé à écouter à l'arrivée de donc un petit peu avant mai 81 les radios que j'arrivais à capter de temps en temps une radio qui s'appelait Radio Gulliver en particulier ça m'intéressait alors j'ai tourné autour je suis allé voir des radios ici et là je n'avais aucune compétence aucune compétence sinon d'être auditeur et puis effectivement à un moment donné j'ai un contact pour aller dans une radio qui s'appelait Fréquences Libres qui avait été autorisée je tombe sur différentes personnes qui me confiaient à la technicienne qui est intermittente du spectacle à l'époque et donc cette technicienne me prend comme ça et me dit viens on va faire le tour de la station alors c'est une station énorme enfin bon c'était pas une chambre de bonne pour émettre c'était une sorte de hangar et elle me fait le tour de tout ça et pour comprendre une radio de ce type à la fin elle me dit ça t'intéresse je dis oui ça m'intéresse et donc elle me forme à la technique en quelques jours quelques semaines c'est pas bien compliqué et puis très rapidement je deviens animateur je fais des émissions plutôt de libre antenne des émissions très expérimentales que des bons souvenirs évidemment mes activités on va dire professionnelles vont petit à petit me détourner de cette activité permanente d'autant que je ne serai plus en région parisienne
Au fil des années la question du financement des radios libres se pose de manière de plus en plus pressante alors que de nombreuses stations luttent pour survivre on en a parlé une radio se démarque et attire de plus en plus d'auditeurs Énergie
Alors effectivement Énergie elle véhicule en quelque sorte les musiques qui intéressent les jeunes à l'époque ce qui est interdit à l'époque c'est de faire des réseaux c'est à dire de faire en sorte que le même programme soit entendu à Marseille à Lyon dans toutes les grandes villes de province c'est interdit jusqu'en 1986 Malgré tout des radios vont créer des réseaux en rachetant des petites radios associatives à Marseille à Toulouse etc et c'est le cas entre autres d'Énergie qui va se créer un réseau qui va lui permettre d'augmenter les tarifs de ses publicités bien évidemment puisque vous touchez la France entière enfin les grandes villes de France entières alors ça c'est très important puisque les tarifs publicitaires au niveau local étaient dérisoires évidemment parce que les taux d'écoute n'étaient pas suffisants en revanche au niveau national les taux d'écoute commencent à devenir très significatifs et donc la publicité change de nature et de coût
Justement en 1984 les radios libres obtiennent officiellement le droit de mettre de la publicité comment ça se concrétise ?
Cette autorisation de la publicité favorise évidemment ceux qui sont organisés pour en faire ceux qui ont une régie spéciale pour ça ou qui ont des liens avec des boîtes publicitaires comme plusieurs des radios en ont celles qui sont organisées en réseau donc qui touchent un public le plus large possible donc c'est ces radios-là qui vont bénéficier et ces radios-là en réseau ce sont systématiquement des radios musicales donc les radios vont bénéficier de la publicité ces radios vont souvent passer à un statut SARL ou quelque chose d'équivalent donc un statut commercial puisqu'il faut gérer des sommes qui deviennent de plus en plus importantes à côté les autres radios restent associatives loi de 1901 avec des revenus absolument insignifiants ce qui fait que logiquement toutes ces radios auraient dû disparaître mais est créé un dispositif qui va tarder à se mettre en place à l'époque et qui va causer la perte d'un certain nombre de ces radios qui va s'appeler donc le fonds de soutien à l'expression radiophonique qui est une taxe sur la publicité des radios commerciales et qui est reversée pour aider au fonctionnement que ce soit matériel ou quotidien des radios associatives
justement en 1984 les radios libres obtiennent officiellement le droit de mettre de la publicité dans la seconde partie des années 80 le paysage radiophonique se fige et le ton devient de plus en plus formaté
on va préférer d'un côté donc les radios commerciales et musicales qui ont un ton qu'on connaît parfaitement c'est-à-dire des animateurs qui peuvent être drôles qui peuvent dire des bêtises voilà qui peuvent provoquer un peu le public mais toujours dans des limites acceptables et de la musique de la musique de la musique qui permet de faire une bande son 24h sur 24 et de l'autre côté les radios associatives qui vont recevoir donc des financements mais en justifiant d'une tenue c'est-à-dire de grilles de programmes d'une ambition culturelle ou de diversité musicale enfin il y a différents critères qui rentrent dans les choix du FSER c'est pas de la censure mais c'est il faut plutôt faire des radios comme ça qu'autrement et donc la conséquence de ça c'est que ces radios-là ont fini par s'auto-censurer je parle pas de politique parce qu'il peut y avoir des radios politiques qui sont également subventionnées par le FSER des petites radios mais elles s'auto-censurent au niveau de la forme en général c'est-à-dire que ces radios sont très intéressantes mais un peu figées dans la forme on laisse pas la parole débridée comme ça parce qu'à un moment donné ça peut être incontrôlable il peut y avoir des excès il y a des choses qu'on ne peut pas dire donc il faut faire très attention de ce côté-là
aujourd'hui plus de 40 ans après cette parenthèse de liberté en apparence assez absolue vous diriez qu'il reste quoi de l'aventure des radios libres ?
il reste quand même beaucoup de choses c'est-à-dire que moi j'ai toujours été plus intéressé par les radios associatives que par les radios musicales ces radios elles sont passionnantes systématiquement passionnantes c'est différent c'est voilà les gens qu'on rencontre sont également différents et puis il faut aussi que les animateurs saisissent l'opportunité et donc il ne s'agit pas de dire des insanités de faire de la provoque moi je suis radicalement contre mais d'avoir une liberté de parole de ne pas avoir forcément on va dire un conducteur de ne pas écrire comme on le fait à Radio France par exemple je suis très tolérant ça ne me gêne pas plus que ça mais je pense qu'il pourrait y avoir beaucoup plus de liberté donc voilà l'improvisation doit être la règle d'autant plus sur ces petites radios qui ont un auditoire qui reste modeste dans tous les cas de figure
Merci à Thierry Lefebvre Code Source est le podcast d'actualité du Parisien Cet épisode a été produit par Clémentine Spiller Barbara Gouy Thibaut Lambert et Marin Guillon Verne Réalisation Julien Moucouquiol N'oubliez pas notre podcast hebdomadaire consacré aux affaires criminelles Crime Story avec Claudia Prolongeau et Damien Delseny Crime Story qui consacre une série cet été à l'affaire Epstein disponible à partir de début août sur toutes les plateformes de podcast