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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 23 mai 2025 9 min

École : la laïcité en danger ? - Reportage C dans l'air 22.05.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

que veulent instaurer les Frères musulmans en France. Depuis hier, la publication d'un rapport sur l'entrisme de cette mouvance islamiste fait débat dans certains établissements scolaires. La défense de la laïcité n'est pas toujours facile. - La laïcité est-elle en danger à l'école?

Delphine est professeure de lettres classiques dans le Val-de-Marne. Elle nous raconte comment Ce principe est régulièrement mis à rude épreuve dans les salles de classe. - La montée du phénomène religieux est très sensible dans notre société, et l'école, ce n'est jamais que le réceptacle de toutes les problématiques qui traversent la société.

Si bien qu'entre la montée du phénomène religieux et la montée d'une espèce d'esprit, je ne veux pas dire "woke", car c'est le mot fourre-tout, mais disons une sensibilité au communautarisme anglo-saxon, ces 2 phénomènes conjoints font naturellement de la laïcité l'épouvantail commun. - Comment faire comprendre la loi? Comment expliquer que l'on peut moquer, caricaturer le prophète par exemple, à des jeunes parfois très attachés à des codes communautaires? - Ce qu'on essaie de leur faire comprendre, c'est qu'être gentil ou méchant, dans le débat public, ce n'est pas un critère.

Par exemple, "Charlie" ou d'autres médias cherchent à choquer pour faire réfléchir, pour susciter le débat pour faire passer un message. Ce n'est pas fait pour plaire à tout le monde. Quand ils demandent "pourquoi on ne peut pas caricaturer un prof", je leur dis qu'ils se trompent.

Je leur dis de me caricaturer, mais par contre, qu'ils ne peuvent pas me dire qu'il faut me jeter par la fenêtre. - Différencier satire et appel à la haine...

Mais les jeunes sont parfois instrumentalisés par des adultes. Delphine en est persuadée, comme avec l'abaya. - C'était une attaque super futée de la part des ennemis de l'école républicaine.

Ca ne peut pas germer dans l'esprit d'un adolescent de 14 ans, cette idée géniale de dire "je vais tancer la loi de 2004 en venant avec un habit lié à une religion très spécifique, mais qui n'est pas un habit confessionnel directement". Ca montre que derrière certains de nos adolescents, il y a des adultes. Il y a des généraux lâches, planqués derrière des écrans qui envoient nos élèves mener la guerre républicaine dans notre propre classe. - Résultat: la peur s'est invitée dans l'esprit de nos professeurs. - Après l'assassinat de S.Paty, on pouvait encore essayer de se dire qu'il avait fait l'objet d'une cabale, qu'il avait été visé parce qu'on avait déformé ses propos.

On se dit que ça ne peut pas nous arriver. Après, il y a eu D.Bernard.

C'est un enseignant qu'on a tué sans aucune autre raison que parce qu'il était prof de français. Au moins, ça a eu le mérite d'être clair. Il n'y avait plus à douter sur le fait que l'islamisme cible l'école. - Delphine en veut aussi à une partie de la gauche qui, selon elle, laisse planer l'idée que la laïcité serait discriminante et islamophobe. - Ca a créé un climat de tension et de peur chez certains enseignants, qui ne se sentent pas suffisamment armés pour répondre à ces griefs.

D'une certaine manière, ce qui tue la laïcité à l'école, c'est presque moins le couteau des islamistes que l'anathème moral que certains craignent de subir dans la salle de classe de la part de certains parents, de certains élèves. Quand on n'aura plus de collègues qui, à 20 ou 30 ans, défendent la laïcité comme une valeur universelle et comme une valeur de gauche, alors on aura perdu. - C.Roux: Je voudrais vous demander de réagir à ce témoignage très fort. - J.Jaffré: Il montre la difficulté des situations d'enseignants dans leur vie et dans la façon dont on peut faire passer la notion de laïcité.

Le rapport qui vient d'avoir lieu et qui vient d'être cité sur les Frères musulmans, il est exagérément orienté dans la façon dont il est présenté. - C.Roux: Il y a une instrumentalisation de B.Retailleau, de ce rapport? - J.Jaffré: Les éléments du rapport...

Je ne l'ai pas lu en entier...

Il y a un problème d'incompréhension de la laïcité et un risque de stigmatisation de la population musulmane tout entière, qui pourrait considérer qu'elle ne peut pas exercer librement sa religion en France. Là, ce serait catastrophique, comme effet, si c'est l'interprétation qui en est retenue par les musulmans en France. Protéger les musulmans qui veulent exercer leur religion, sans vouloir l'imposer aux autres, comme notre conception de la laïcité.

C'est la liberté religieuse, mais pas imposer aux autres une conception de l'enseignement. La professeure vient de le dire. La liberté d'enseigner la Shoah...

Dans les clubs sportifs, égalité hommes-femmes. Si vous parlez de l'égalité hommes-femmes, les jeunes comprennent. Quand elle est atteinte, là, il y a quelque chose qui ne va plus.

Il faut remonter. Il faut parler beaucoup plus de la vie quotidienne. - C.Barbier: Ce que nous dit cette enseignante est que le loup est déjà entré dans certaines bergeries.

Les islamistes dressent leurs élèves contre leurs enseignants. Le risque est que le loup prenne la place des bergers. Il faut être vigilants.

B.Retailleau a commis 2 erreurs dans cette affaire de rapport. Organiser la fuite avant le Conseil de défense organisé par le président de la République sans arriver avec des solutions, ça lui a valu d'être remis à sa place par le président. 2e erreur, c'est d'avoir extrapolé les conclusions en tirant une conclusion idéologique et politique, "ils veulent imposer la charia", d'un rapport qui ne le dit pas.

Ca ne rend pas plus grave l'interrogation sur le risque encouru, mais on voit qu'il y a cette exploitation politique de B.Retailleau qui est critiquable. Par riposte, on a eu de la part de J.-L.Mélenchon l'habituelle exploitation du mot "islamophobie", pour donner l'impression que ceux qui s'inquiétaient de la montée du frérisme détestaient les musulmans.

Cette ambiguïté sur le thème est systématiquement utilisée par cette gauche, dont la professeure s'inquiète des orientations antilaïques. - S.Pierre-Brossolette: Quelle place donner aux musulmans?

Que tolérer dans la société actuelle de certains rites...

Certains éléments choquent jusqu'à pouvoir être considérés comme cultuels et pas acceptés dans les lieux publics...

La frontière est très ténue. On a été très tolérants, pendant trop longtemps, à l'école. Ca a donné des catastrophes.

On a toujours cette mauvaise conscience héritée du colonialisme, qui fait qu'on a peur de passer pour islamophobes. C'est ce que le rapport dit très bien. J'ai lu les 73 pages qui sont publiques, pas celles qui ne sont pas publiques.

Ils disent qu'une des choses où il ne faut pas se faire avoir, c'est le vocabulaire. Il ne faut pas tomber dans ce reproche d'être islamophobe. On peut dire des choses, on peut reprocher à quelqu'un d'être anti-musulman. "Islamophobe", ça fait partie des armes et des outils des Frères musulmans pour donner mauvaise conscience aux populations.

Je suis d'accord avec Christophe. Il y a eu une instrumentalisation par B.Retailleau.

Dans le rapport, c'est marqué que les Frères musulmans n'ont écrit nulle part que la charia est peut-être la nouvelle loi de la République. - C.Roux: A quel moment sommes-nous?

Dans 2 ans, il y aura la présidentielle. Dans quel but? Qu'est-ce qui est en train de se passer au sein du gouvernement?

On ne parle que de ça. - S.Pierre-Brossolette: Le RN est entre 30 et 35 % d'intentions de vote à la présidentielle.

Le thème de l'immigration n'y est pas pour rien. Tous ces futurs candidats de droite se disent que s'il y a quelque chose à aller attraper de ce côté-là, c'est en allant vers ce sujet.