Les invités d'Apolline Matin : Patrick Seguin et Thierry Leblanc - 29/07
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Le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, était ici même hier pour annoncer la réponse de l'État. Deux invités ce matin pour lui répondre. Bonjour, Patrick Seguin. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous présidez la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux-Gironde. Restez avec nous. D'abord, un témoignage avec vous, Thierry Leblanc. Bonjour. Bonjour. Vous êtes propriétaire d'un restaurant au Cap Ferré qui s'appelle le Warf, propriétaire aussi d'une cave à vin. Pour vous, tout s'est arrêté depuis l'évacuation. Où en êtes-vous ce matin ? Vous avez des salariés, ils sont au chômage partiel, c'est ça ?
Exactement. Là, on a des salariés qui sont en chômage partiel et on n'a pas de visibilité sur une date de reprise en tous les cas.
Ça fait maintenant presque une semaine que tout est à l'arrêt pour vous. Est-ce que vous avez déjà chiffré les pertes que ça peut représenter ?
On n'a pas chiffré exactement les pertes. On sait qu'elles seront très importantes. D'abord parce que les saisons sont excessivement courtes. On fait notre saison, la pleine saison, la haute saison est à peu près du 20 juillet à fin août qui représente à peu près 40% de notre chiffre d'affaires. Donc vous imaginez ce que ça peut représenter sur un compte de résultats. Et ce qui est d'autant plus déplorable, c'est qu'il y a tout un travail en amont qui est réalisé pour faire ces saisons qui ne sont pas perceptibles à l'instant T. Donc c'est cela qui est compliqué à chiffrer aujourd'hui.
Il y a cette prise en charge par l'État du chômage partiel. Ça va suffire à sauver votre entreprise ?
C'est une très bonne chose et heureusement qu'on a ça. Mais ça ne suffira pas. Pourquoi ? Parce que les enjeux sont très importants. Les investissements pour faire une saison sont très importants. Et le chômage partiel n'est qu'une réponse partielle à notre problématique aujourd'hui.
Qu'est-ce que vous attendez ? De quoi avez-vous besoin aujourd'hui ?
On a besoin d'aide de l'État. Ça c'est sûr. Si on veut que nos établissements perdurent, en tous les cas. Je pense qu'on peut imaginer aussi, comme on a pu l'avoir avec le Covid, la Covid, c'est-à-dire un PGE parce qu'on a fait des investissements... Un prêt garanti par l'État ? Par exemple, ça pourrait être le cas parce qu'on a acheté du stock, par exemple, dans la cave à vin. Vous achetez du stock pour la saison. Et ce stock, vous n'allez pas pouvoir l'écouler parce que ça représente des quantités assez importantes sur une période.
C'est-à-dire que même si ça rouvrait dans les quelques jours qui viennent, en espérant que ce feu qui est stabilisé soit finalement fixé, et que vous êtes en capacité de retourner ouvrir votre boutique, vous ne récupérez pas ce chiffre ?
Il y aura forcément un impact. Exactement, parce qu'on a une activité où le chiffre d'affaires n'est pas reportable. C'est-à-dire que ce qui est perdu est perdu. Les gens ne vont pas venir manger deux fois plus au restaurant, ne vont pas acheter deux fois plus de bouteilles de vin ou d'alcool. Quand vous avez un chantier dans le bâtiment, c'est reportable. Là, ce n'est pas reportable, donc c'est une perte sèche.
Merci pour votre témoignage ce matin. Thierry Leblanc, propriétaire du restaurant Le Warf au Cap Ferré. On est donc avec Patrick Seguin qui préside la Chambre de Commerce et d'Industrie. Le gouvernement, Patrick Seguin, a chiffré à 13 000 entreprises impactées dans la zone. Vous, vous dites que finalement c'est beaucoup plus. Vous dites que ça va jusqu'à 200 000 emplois qui sont impactés en Gironde, c'est ça ?
Oui, tout à fait. On a calculé sur notre plateforme de la cellule de crise où nous avons un numéro vert pour que toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, puissent s'appeler. C'est le 30-06. Et sur ce 30-06, on a calculé avec l'ensemble des professions, l'impact correspond à 39 000 entreprises impactées directement ou indirectement. En fait, il faut faire attention à ce que les entreprises qui sont impactées directement, c'est celles qui ont été évacuées. Donc là, elles ne peuvent pas travailler. Et leurs collaborateurs doivent rester à la maison. Et puis, il y a les entreprises qui travaillent en sous-traitant, en co-traitant, en fournisseur, etc.
pour ces mêmes entreprises qui, eux aussi, sont arrêtées, même s'ils ne sont pas évacués. Donc, le calcul sur l'économie Gironde, c'est 39 000 entreprises impactées, 200 000 emplois directement ou indirectement impactés.
Aujourd'hui, les mesures annoncées par le gouvernement et notamment le chômage partiel, ce chômage partiel, il est ouvert uniquement aux entreprises qui sont dans la zone évacuée ou également au-delà, on pense par exemple au secteur du tourisme qui va souffrir même au-delà de la zone évacuée.
Alors, effectivement, le chômage partiel, c'est quelque chose qui existait déjà, donc il est mis en déplication. Ça concerne aussi les entreprises qui ne sont pas directement évacuées mais qui doivent faire une déclaration et on les aide pour ça, pour leur personnel qui ne peut pas forcément travailler. Mais je rappelle que cette procédure prend en charge une partie des salaires, mais comme le disait Thierry tout à l'heure, ça ne prend pas en compte la perte d'exploitation et pour certaines entreprises, il y a des charges à payer à la fin du mois et il n'y a pas de chiffre d'affaires en face.
Alors, il y a aussi des reports de charges qui sont évoqués par le gouvernement. Une nouvelle réunion est organisée demain à Bercy. Quelle réponse vous attendez encore de la part du gouvernement ?
Écoutez, ce que l'on attend, c'est ce qui a été évoqué justement tout à l'heure, qui est une bonne idée, je pense, c'est qu'est-ce qu'on peut réfléchir à un PGE incendie parce que le PGE du Covid avait bien marché. Je rappelle que très peu de PGE n'ont pas été remboursés, c'est moins de 1%. Donc, les PGE ont fait leur effet lors du Covid.
C'est très garanti par l'État qui avait été mis en place pendant le Covid. Est-ce que les assureurs ont aussi un rôle à jouer là-dedans ? Est-ce qu'il peut y avoir une prise en charge pour les pertes d'exploitation dont vous parliez ?
Oui, tout à fait. Alors, tout dépend des contrats. Il y a des contrats d'assurance qui intègrent les pertes d'exploitation, mais il y en a d'autres qui n'ont pas d'assurance perte d'exploitation. Donc, l'assureur n'est pas obligé, s'il n'y a pas de contrat, de rembourser ou de participer. Et là, on demande une solidarité également au niveau des assureurs. Et j'espère que toutes les compagnies feront un effort pour les entreprises qui n'ont pas forcément de conditions favorables dans leur contrat.
Est-ce que vous vous dites, c'est qu'il y aura forcément de la casse à la fin au sein du monde économique ?
C'est un tsunami inimaginable il y a encore quelques jours avant le 22 juillet. Et donc, quand on va sur le terrain, et j'y vais tous les jours, parce qu'on participe aussi pour faire des pare-feux avec la DFCI et le SDIS, sur le terrain, quand on est sur place, on n'imagine pas ce que ça représente dans les villages et les villes.
Un tsunami, vous nous dites ce matin. Patrick Seguin, merci d'avoir été en direct avec nous, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux.