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AutreRadio J — L'interview politique· 16 juin 2026 14 minMixte

Eduardo Rihan Cypel - L'interview politique du 16/06/26

Audio original de l'émission.

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0:00
Présentateur

Edouard Dorian-Sipel, bonjour. Bonjour David Orvodalon. Vous êtes ancien député PS de Seine-et-Marne, vous avez été membre de la commission de la défense, si mes informations sont bonnes, et on va commencer par là, les sujets militaires, l'Iran et les Etats-Unis ont signé hier de manière électronique un cadre d'accord, le contenu n'a pas encore été rendu public, des zones d'ombre demeurent, notamment pas de chute du régime iranien, bien sûr pas de réduction à néant de ses capacités militaires et balistiques, pas grand chose, visiblement sur le nucléaire et les proxys, il y a 60 jours pour négocier, on a envie de dire tout ça pour ça ?

0:45
Eduardo Rihan Cypel

On peut le résumer comme ça, et sur ce préaccord, il faut attendre au pouvoir, parce que nous n'avons aucune condition de vérifier que les choses seront d'une part bien signées, ce qu'il y aura dedans, et comment elles seront mises en oeuvre et appliquées. Donc on peut résumer, en effet, pour dire tout ça pour ça, encore faudra-t-il définir le « ça » final ?

Oui, je crois que le moment est venu peut-être de mettre un terme à cette guerre, encore faut-il qu'on puisse espérer un certain nombre d'avancées pour tout le monde, pour la paix dans la région, pour la sécurité d'Israël et de l'ensemble des autres voisins au Proche et au Moyen-Orient, donc de s'assurer une stabilité aussi sur les questions économiques, pétrolières et quid de l'Iran. Mais en effet, je crois que cette question ne peut se régler que par la politique, et on peut se demander si ce n'était pas une guerre qui était conduite d'abord sous l'impulsion plutôt que sur la réflexion stratégique.

1:49
Présentateur

Alors, justement, sur l'économie, l'inflation va mettre du temps à refluer, malgré une réouverture même rapide du détroit d'Hormuz. Les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement vont continuer à peser sur l'économie mondiale et la croissance en Europe devrait diminuer de 0,4 point en 2026 à 0,8% au total. Quelles conséquences, selon vous, sur l'opinion dans notre pays ? Quelles conséquences sociales ?

2:14
Eduardo Rihan Cypel

Je crois que les Françaises et les Français, l'opinion publique en général, ont bien intégré l'instabilité. Et je pense que les Français, peut-être même comme les meilleurs des experts, se refuseront à faire trop de calculs précis, trop de prévisions avec beaucoup de certitude. Je crois que tout le monde a compris qu'il y a beaucoup d'incertitudes. Les Français seront, je crois, prudents. Ils se sont déjà, entre guillemets, habitués. En tout cas, ils ont pris acte et subi l'augmentation des prix liés à l'augmentation des prix du pétrole. Que ce soit pour le carburant et pour tous les produits dérivés et pour tous les effets indirects de la montée du prix du pétrole.

Donc, je crois qu'il faut espérer, en effet, que les prix reviennent à la baisse. On a déjà vu un certain nombre de signes. Si, en effet, les accords et une paix est conclue, ou en tout cas un arrêt du conflit, je pense qu'on ira vers des choses plutôt positives. Mais il faudra encore beaucoup de temps pour stabiliser dans la durée des choses.

3:08
Présentateur

On est un peu moins d'un an du deuxième tour de la présidentielle. Beaucoup estiment que, pour la première fois en France, celle-ci va se jouer sur les questions internationales, ce qui n'est quasiment jamais le cas. Est-ce que vous êtes d'accord ?

3:19
Eduardo Rihan Cypel

Je suis convaincu, je le dis depuis de nombreuses années. Et je pense que les Français ont intégré, au fur et à mesure, ce qu'on peut appeler un peu les affaires du monde dans l'élection présidentielle. Déjà, nous pouvons avoir des différences entre, je me souviens bien, entre l'élection de 2007 et de 2012, puisqu'en 2012, vous aviez quasiment un tiers du journal télévisé de 20 heures qui était consacré aux affaires internationales.

En effet, je crois que la géopolitique sera au cœur de la campagne, parce que les Français ont très bien compris que ce qui se passe à l'autre bout du monde a des effets sur la vie concrète, que ce soit les prix, que ce soit la sécurité, que ce soit leur quotidien le plus concret. Oui, la géopolitique, c'est la politique et c'est peut-être même une bonne chose qu'on commence à comprendre que les problèmes des Français commencent aussi par les affaires du monde.

4:11
Présentateur

Alors la campagne, elle bat déjà son plein à gauche. Samedi, Raphaël Glucksmann a fait organiser son grand meeting à Aubervilliers, plutôt réussi d'après les observateurs. Après des déclarations de candidature de Jérôme Gage, Karim Bouamran au Parti Socialiste, en attendant Olivier Faure, Boris Vallaud, bien sûr François Hollande toujours sur la brèche. Ça fait beaucoup de prétendants socialistes ou sociodémocrates. Rassurez-vous, rassurez-nous, Edouardo, vous n'allez pas être candidat, vous aussi ?

4:37
Eduardo Rihan Cypel

À l'élection présidentielle.

4:38
Présentateur

À l'élection présidentielle.

4:40
Eduardo Rihan Cypel

Je veux contribuer à entrer dans cette bataille présidentielle, mais pour dire comment on peut faire, comment on peut faire, nous, à gauche, la gauche démocratique, socialiste et républicaine, pour réussir cette élection présidentielle. Donc il y a deux questions, il y a une question de méthode et une question de contenu, et on peut essayer d'en discuter si vous le souhaitez. La méthode, pour commencer, je pense qu'il faut laisser le jeu ouvert. Laissez le jeu ouvert, ça veut dire ne pas fermer le jeu.

Ne pas fermer le jeu, c'est ne rien décider pour le Parti Socialiste avant le semestre prochain, à partir de septembre, du mois d'octobre, parce que nous avons, vous l'avez dit, beaucoup de candidatures, beaucoup de personnalités qui peuvent apporter et qui souhaitent présenter un projet, une vision, une stratégie pour le pays. Et je crois qu'il faut laisser ce jeu libre. Ça veut dire quoi ?

5:33
Présentateur

Ça veut dire qu'on laisse les sondages décidés ?

5:35
Eduardo Rihan Cypel

Non, pas uniquement, mais il faut tenir compte de l'opinion des Français. Les sondages sont un bon thermomètre pour nous guider et orienter un peu la réflexion, aussi bien politique que stratégique. Mais les sondages ont de plus en plus d'intérêt lorsqu'on s'approche de l'élection présidentielle. C'est pourquoi je crois qu'il faut vraiment laisser le jeu ouvert.

Le Parti Socialiste, en ce sens, et je demande à notre premier secrétaire, Olivier Faure, et à l'ensemble des dirigeants de notre parti, de ne pas prendre de décisions trop hâtives quant à la façon de désigner, parce que je pense que nous ne devons mettre en place aucune forme de procédure de désignation qui empêcherait un candidat utile qui veut y aller, d'y aller. Et je pense donc qu'il ne faut rien décider. Il faut qu'on ait ce débat dans le pays, que chaque candidat propose ce qu'il a à faire, qu'on crée cette émulation, qu'on crée ce débat démocratique, que chacun fasse ses réunions publiques, que chacun présente son projet, ça fera du bien.

6:31
Présentateur

Alors il faut décider de rien décider, mais si on en croit les sondages, le meilleur candidat de la gauche sociale démocrate pour l'instant, c'est Raphaël Gluckspann, qui est le seul à battre ou à tangenter Jean-Luc Mélenchon. C'est un bon candidat, il peut être le candidat du PS ?

6:44
Eduardo Rihan Cypel

Il est l'une des possibilités. Raphaël Gluckspann présente des idées intéressantes, mais il n'est pas le seul. Aujourd'hui, c'est vrai qu'il a des sondages qui sont intéressants, mais pas suffisants. Ils ne sont pas suffisants pour, aujourd'hui, créer l'unanimité ou un très grand consensus. Mais il fera partie de l'équation politique, de notre réussite. Je souhaite qu'on rassemble cet espace politique du PS à l'ensemble des sociodémocrates, des membres de la gauche républicaine. Raphaël Gluckspann, Raphaël Gluckspann, Bernard Cazeneuve, vous l'avez dit aussi pour François Hollande et les autres membres du PS qui se préparent, Jérôme Gage, Karim Boimbran.

Je crois qu'il faut laisser libre tous ces candidats de s'exprimer, de proposer. Les Français et le peuple de gauche ont le droit, je crois, à un bon débat démocratique. Laissons ça prendre, c'est trop tôt pour décider maintenant. Prendre des décisions maintenant qui empêcheraient des candidats de se présenter à la fin de l'année serait, je crois, une très mauvaise chose pour le PS. On l'a vu la dernière fois, comment les choses se décident dans la dernière ligne droite, dans les dernières semaines. Et je pense qu'il n'y a aucune raison de bloquer le jeu à ce stade de la compétition.

7:54
Présentateur

Vous avez cité François Hollande, l'ancien président qui a déclaré récemment au magazine Marianne, je me prépare, ça peut être lui aussi le candidat ?

8:01
Eduardo Rihan Cypel

Et pourquoi ne pas l'exclure ? Et pourquoi l'exclure ? Il est dans le jeu, il souhaite se préparer, il a dit qu'il avait une responsabilité, il va sans aucun doute peser dans cette élection présidentielle et François Hollande l'a dit clairement, je me déterminerai, a-t-il dit, il se déterminera à la fin de l'année, vers le mois de décembre. C'est pourquoi je souhaite qu'on n'empêche personne de pouvoir présenter une solution, parce que les Français eux-mêmes vont commencer à regarder de plus en plus vers l'élection présidentielle à partir du deuxième semestre, à partir de la rentrée.

Pour le moment, avec l'expérience qu'est la mienne, ça fait 20 ans que je pratique au cœur même des choses les élections présidentielles, l'élection présidentielle, et je sais que ça se détermine à partir de la fin de l'année. Donc il n'y a aucune raison, donc je crois que François Hollande pourra apprécier à ce moment-là s'il est en situation, s'il a un nouveau rapport avec le pays, et ça sera la même chose pour tous les autres candidats.

8:58
Présentateur

Alors, c'est vrai qu'on est à un an, vous avez raison de le rappeler, qu'il peut se passer beaucoup de choses, mais beaucoup s'inquiètent déjà d'un second tour Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella en 2027. Vous aussi, ça vous inquiète cette hypothèse-là ?

9:09
Eduardo Rihan Cypel

Ce qui m'inquiète, c'est l'extrême droite, donc le Rassemblement national qui est au niveau auquel il est.

9:15
Présentateur

35% grosso modo pour les sondages de premier tour pour un Jordan-Bardella ?

9:19
Eduardo Rihan Cypel

Absolument, 35% pour le candidat du Rassemblement national, que ce soit Bardella ou Le Pen, et vous avez encore les résultats qu'on peut additionner d'Éric Zemmour ou d'autres membres de l'extrême droite, comme Dupont-Aignan, etc. Donc ça fait près de 40%. Rien n'est joué. Je pense qu'aujourd'hui, une bonne partie des Français qui se refusent de se donner à l'extrême droite et au Rassemblement national, regardent qui ils pourraient qualifier au second tour pour pouvoir barrer la route du Front national. C'est cette question qui va se poser.

Donc la question de la crédibilité, la question, il est vrai, de l'expérience, la question de la solidité du projet et de la candidature seront fortement analysées par les Français pour pouvoir donner une chance à ce candidat d'être au second tour et de battre l'extrême droite. Rien n'est joué. Rien n'est joué. Et s'agissant de Jean-Luc Mélenchon, j'estime qu'il n'est pas à même de rassembler suffisamment de Français, en particulier à gauche, pour se qualifier au second tour et encore moins pour battre le Rassemblement national au second.

10:21
Présentateur

Il avait quand même fait 19-6 en 2017, 22 en 2022, et beaucoup estiment que s'il a fait de tel score, c'est parce que candidat socialiste avec qui il était en concurrence, d'abord Benoît Hamon, puis Anne Hidalgo, était mauvais, je rappelle qu'ils avaient eu respectivement 6 et 1,6% des suffrages. Vous êtes d'accord ? C'est parce que le PS est mauvais que Jean-Luc Mélenchon obtient de tel score ?

10:43
Eduardo Rihan Cypel

Absolument, en partie. Quand le Parti socialiste est faible et qu'il ne rassemble pas les Français, qu'il n'apparaît pas crédible, vous avez ce phénomène de vote utile et que ce soit en 2017 ou en 2022, c'est Jean-Luc Mélenchon qui a incarné ce vote utile à gauche sans être capable pour autant de se qualifier à deux reprises pour le second tour et trois reprises même quand François Hollande a gagné en 2012. Je crois que ça donne, comme vous le dites David Orobaudalonne, une place singulière au Parti socialiste. C'est toujours le Parti socialiste qui a apporté une solution quand la gauche a pu gagner une élection présidentielle ou une grande élection nationale.

C'est toujours la responsabilité du Parti socialiste d'apporter la solution. Et c'est la raison pour laquelle je réitère mon appel au premier secrétaire du Parti socialiste et à l'ensemble de la direction et des dirigeants du Parti socialiste. Ne fermons pas le jeu. Laissons le jeu ouvert. On a suffisamment de talent et du temps pour ne pas se précipiter. Le temps est un facteur essentiel de cette élection présidentielle. Rien nous oblige à fixer des choses avant la fin de l'été. Rien nous oblige à fermer le jeu et de nous priver de candidatures utiles. Laissons le faire.

11:54
Présentateur

Le problème, Edouard Dorian-Sippel, c'est que Jean-Luc Mélenchon, d'après les sondages, il est toujours à 14, 15, voire 16 %, alors même qu'on l'a constaté ces dernières années, une forme de radicalité, un soutien à la jeune garde après la mort de Quentin Deranque dans des rixes à Lyon il y a quelques mois, après sa dérive sur l'antisémitisme, il est toujours à de tels scores. Comment ça se fait ?

12:18
Eduardo Rihan Cypel

Je crois que ce sont des phénomènes assez classiques. Hélas, effectivement, Jean-Luc Mélenchon a tenu des propos qui dépassent l'entendement et que je ne peux pas penser qu'ils étaient, si vous voulez, des petits dérapages inconscients. J'ai dénoncé très vivement les jeux de mots ou de consonances sur des non-juifs comme Glucksmann ou Epstein. Voilà, on sait très bien à quoi ils jouent. Moi, je l'ai dénoncé. Ils jouent sur les codes de l'antisémitisme. Il a une responsabilité

12:54
Présentateur

dans l'explosion de l'antisémitisme en France depuis le 7 octobre, Jean-Luc Mélenchon ?

12:59
Eduardo Rihan Cypel

Je pense qu'il a une responsabilité en jouant avec le feu et en jouant sur des mauvaises cordes et parfois, en effet, en mobilisant un certain nombre de codes de l'antisémitisme. Je pense que ce n'est pas la gauche à laquelle j'appartiens et je pense que c'est un désastre que parfois, leur antisionisme se confonde, en effet, avec l'antisémitisme. Et c'est la raison pour laquelle nous avons besoin de temps au Parti Socialiste pour dégonfler la baudruche Jean-Luc Mélenchon. Et je crois que c'est possible. Laissons le jeu ouvert et soyons fiers de cette bataille politique qui vient. Je suis sûr que le Parti Socialiste pourra offrir une solution au pays.

13:36
Présentateur

En un seul mot, un seul chiffre, votre pronostic pour le match ce soir, France-Sénégal, 21h, 2-0 pour la France. Merci, Edouard Dorian, si vous avez une très bonne journée. A l'église. Merci beaucoup, David. Demain, votre invité sera Shannon Sebon. Non, ce n'est pas Shannon Sebon. Non, non, non. Jean Quatremer. C'est vrai, Jean Quatremer, journaliste à Libération. Merci beaucoup, Dalida, demain. Sous-titrage Société Radio-Canada