Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 27 janvier 2020 22 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleJusticeEurope & international

Discours au Mémorial de la Shoah

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00E.MacronChiffre
    « Parmi les morts de la Shoah, 75 568 étaient français. »
  • 6:00E.MacronPromesse
    « Nous continuerons à emmener les enfants de France dans ce Mémorial, celui de Drancy, au camp des Milles, à la maison d'Izieu. »
  • 7:00E.MacronChiffre
    « 868 lieux de culte juif font l'objet d'une surveillance renforcée. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E.Macron : Chers survivants, comment parler après vous ? M. le président de l'assemblée nationale, M. le président de la République, Mesdames messieurs les ministres, M. le ministre de l'Education nationale allemand, mesdames messieurs les parlementaires, mesdames messieurs les ambassadeurs, M. le préfet, M. le préfet de police, Mme la maire de Paris, mesdames messieurs les maires d'arrondissement, mesdames messieurs les élus, représentants des cultes, M. le président, cher Eric, M. le directeur général, cher Jacky, mesdames messieurs. (Propos en hébreu) Vous êtes là, survivants, filles et fils de rescapés, qui portez leurs souvenirs.

Vous êtes là comme pour répondre à l'histoire, la regarder en face, s'en souvenir, la conjurer. L'émotion, l'honneur d'être parmi vous, témoins, passeurs de mémoire se mêlent ce jour aux images d'horreur sur lesquelles le monde a ouvert les yeux il y a 75 ans jour pour jour. Lorsque, le 27 janvier 1945, les soldats de la brave Armée rouge découvrirent une plaine de Pologne battue par les vents, hérissée de baraques et de barbelés d'où s'échappaient les râles d'agonie de 7 000 spectres.

Ces soldats, horrifiés, dans la Pologne occupée par l'Allemagne nazie ne savaient pas encore qu'ils venaient de pénétrer avec la plus grande force dans ce qu'était le plus grand charnier de l'histoire, qu'ils marchaient sur les cendres d'1,1 million de morts. Que d'autres usines de la mort comme celle-ci allaient porter le nombre de juifs assassinés à 6 millions. Qu'au même moment, d'autres s'éteignaient sur les chemins d'Europe, poussés par des SS fuyant l'avancée russe dans d'interminables marches funèbres, emportés par l'épuisement, la faim, le froid glacial.

L'ultime martyr de ceux qui avaient réussi à survivre à l'enfer des camps. L'immense camp d'Auschwitz sembla presque vide aux libérateurs. 7 000 agonisant.

Ce n'était plus qu'une poignée d'êtres qu'ils pouvaient encore espérer sauver du plus grand crime de l'humanité. Le silence assourdissant des morts, le regard exorbité et l'impossible maigreur des survivants lancée à la face de l'Europe, de la France, la honte de leur passivité et l'horreur suprême de leur complicité. Car parmi les morts de la Shoah, 75 568 étaient français.

Livrés avec la participation active du gouvernement de Vichy, leurs 75 568 noms 75 568 actes d'accusation, 75 568 injonctions au souvenir sont gravés à jamais dans la pierre. Eux qu'on priva de nom pour les réduire à un matricule retrouvent ici une identité. Eux dont on voulut effacer jusqu'à la trace de leur existence et qu'on priva de sépulture trouvent ici une pierre tombale.

Eux qu'on voulut anéantir à jamais gagnent ici l'éternité. C'est pourquoi cette rénovation est si vitale. Graver sur ce mur de nouvelles dates, ajouter les noms de ceux qui n'y figuraient pas encore, corriger des orthographes qui étaient inexactes, montrent que nous continuons à vouloir tout recueillir.

Tout savoir pour tout dire, pour ne rien oublier. Tout savoir. C'est la quête inlassable de milliers d'hommes et de femmes qui ne laisseront pas s'éteindre la flamme du souvenir.

Les 1ers artisans de la mémoire, ce furent les juifs opprimés eux-mêmes. Face à la tentative d'effacement de leur nom, de leur visage, de leur vie même, certains ont immédiatement compris l'urgence de dire, de garder, de témoigner. Ils ont écrit et archivé tout ce qu'ils pouvaient avec les seules armes qu'ils avaient : la plume contre le fusil, l'encre contre le sang, ces carnets, ces journaux.

Ces mémoires, souvent rédigées en yiddish, ont constitué les pierres de fondation du travail des historiens. La société d'après-guerre préféra ne pas poser de questions, oublier avant de savoir, ne pas entendre les voix douloureuses, ne pas voir les stigmates des matricules. A sa parution en 1947, le chef-d'oeuvre de Primo Levi "Si c'est un homme" ne s'est vendu qu'à 1 500 exemplaires.

Si les témoignages des survivants ont fini par percer la chape de silence, et en France sans doute un peu plus tôt qu'ailleurs, c'est grâce au travail d'hommes et femmes qui ont eu le courage la force de livrer leur récit, de raconter. Et ceux qui ont recueilli, publié, diffusé leur parole. Je veux ici particulièrement rendre hommage au travail d'Isaac Schneersohn qui, dès la guerre, à Grenoble, au coeur de la nuit, commença ce travail.

Au travail de Léon Poliakov et toutes ces "chaînes" que vous venez de rappeler, cher Eric. Grâce à eux, Grenoble a abrité le 1er Centre de recherche consacré au génocide. Et ce sont eux qui ont oeuvré pour l'ouverture à Paris en 1953 de ce Mémorial de la Shoah.

Le 1er au monde. Je salue les oeuvres qui ont décillé les yeux du public de "Nuit et Brouillard" à "Shoah", les inlassables passeurs qu'ont été les membres de l'association, des fils et des filles de déportés juifs de France. Raymond Aron, Henri Michel, Claude Lanzmann, Alain Resnais, Serge et Beate Klarsfleld, et tant et tant d'autres.

Eux aussi, à leur manière, à leur tour, furent des Justes. C'est grâce à eux, en effet, que la conscience de la barbarie a frayé son chemin dans nos esprits jusqu'à aboutir en 1995 à la reconnaissance de la culpabilité de l'Etat français par le président Jacques Chirac. Grâce à eux qu'a pu se déployer le travail de l'histoire qui sonde les ténèbres et les lueurs de ces années terribles.

Ce travail n'est pas terminé. Il est sans doute sans fin. Il n'est pas terminé.

Il nous faut encore collecter les traces, les preuves, pour lutter contre l'oubli et poursuivre. Vous l'avez rappelé, parmi tous ces noms, il y en a parmi des plus émouvants ceux qui ne sont pas encore. Ces enfants dont le nom n'a pas encore été trouvé et qui montrent combien le travail des historiens et des archives demeure indispensable.

Alors j'appelle aujourd'hui à ce que chacun et chacune dans notre pays apportent ici au Mémorial ces archives. Ces archives individuelles et familiales. Que ces carnets qui paraissent innocents, ces lettres retrouvées, soient à chaque fois vus comme des traces indispensables qui aideront à poursuivre ce travail des historiens et ce travail de mémoire.

Apportez vos archives individuelles et familiales ici, au Mémorial, car ce travail doit se poursuivre pour retrouver ces noms, pour lutter contre l'oubli et tout négationnisme, pour continuer ce qui ici est parfaitement conduit, la trace, la connaissance, la transmission. Leurs lueurs furent alors les greniers, les trappes et les planchers creux qui se sont ouverts à ceux qui étaient traqués. Les tampons d'employés de mairie qui ont scellé des passeports pour la liberté.

Les écoles, les fermes, les villages qui ont caché des enfants juifs. Les couvents, les presbytères dont les portes closes ont sauvé des vies. Les mains, que les Justes ont su tendre aux innocents.

Celle du père Jean Fleury, de la soeur Marie Arnol, du pasteur Charles Westphal, de Jean Lecanuet, Edmond Michelet, de tant et tant d'autres, de militaires et de policiers, et d'enseignants, d'artistes, de chefs d'entreprise, de médecins, de sportifs. De femmes et d'hommes anonymes prenant tous les risques pour eux et leur famille. Tous ceux qui ont permis aux 3/4 des juifs de France de survivre à l'extermination. 240 000 personnes, 59 000 enfants.

C'est dans leur humanité, leur courage que l'honneur et l'espoir ont su trouver sur le sol français leurs derniers retranchements. Et ici, dans ce Mémorial, pour nos enfants, c'est cette double dette qui figure. Dette en y inscrivant le nom de nos martyrs, dette en y plaçant le nom des Justes.

L'inoubliable et l'espérance. Des jamais et des toujours, notre époque a parfois une conception relative. Les chagrins éternels se consolent, les mausolées s'écroulent, les marbres se fissurent.

Peu de choses résistent à l'oubli. Qui nimbent les noms et les lieux d'une brume de plus en plus opaque jusqu'à les noyer dans la grisaille des siècles. Mais ne plus jamais que nous dicte la Shoah est un impératif catégorique.

Le souvenir de l'horreur ne doit pas s'estomper. La Shoah ne doit pas cicatriser, elle doit rester une plaie vive au flanc de l'humanité, au flanc de notre République. Notre vigilance doit sans cesse être éclairée par notre mémoire, scruter la haine dans notre passé pour mieux la déceler dans notre présent.

Qui, aujourd'hui, ne voit l'insupportable regain de l'antisémitisme qui rampe dans notre Europe, dans notre pays ? Qui ne voit ce mal souterrain progresser, qu'il porte son visage de toujours ou qu'il emprunte les masques nouveaux de la haine islamiste, de l'antisionisme ? Le pire est toujours possible, avertissait Simone Veil. le pire rôde chaque jour.

Au printemps 2019, des symboles nazis sont réapparus sur les murs dans les cimetières de France. Aujourd'hui encore, parce qu'ils sont nés juifs, des femmes, des hommes, des enfants sont insultés, méprisés, frappés, parfois tués. Cet antisémitisme qui revient n'est pas le problème des juifs, c'est notre problème à tous.

C'est le problème de la République, car c'est le visage de la haine de l'autre, c'est le frère indissociable du racisme, de toutes les exclusions, c'est la négation de notre héritage et de nos idéaux. Alors, nous ne céderons rien. Ne rien céder, forts de l'adoption d'une nouvelle définition de l'antisémitisme, celle de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste.

Nous traquerons l'antisémitisme, le racisme sous toutes ces formes, la haine qui s'affiche au grand jour comme celle qui se tapisse dans l'ombre et l'anonymat des réseaux en ligne. Ne rien céder. 868 lieux de culte juif font l'objet d'une surveillance renforcée.

Les associations qui appellent à la violence sont dissoutes. Des équipes d'enquêteurs spécialisés sont mises sur pied sur tout le territoire. Et nous poursuivrons.

Ne rien céder, parce que l'ignorance a toujours creusé le lit du racisme et de l'antisémitisme. Nous continuerons à éveiller les générations futures à l'amour de la démocratie par le souvenir des victimes de l'Holocauste, par le témoignage des survivants, par les traces, par les traces, par l'apprentissage. Le travail de mémoire et l'éducation sont nos antidotes.

Et vous voir, messieurs les ministres de l'Education nationale ici, ensemble, français et allemand, c'est la preuve que ce travail de vérité et de transmission saura se poursuivre et donner à notre jeunesse cette force. Nous continuerons. Nous continuerons à emmener les enfants de France dans ce Mémorial, celui de Drancy, au camp des Milles, à la maison d'Izieu, dans tous nos lieux où ces traces comme ce combat se portent.

A leur raconter sans cesse, à leur faire rencontrer dans leur livre d'histoire les visages des 11 400 enfants juifs de leur âge qui perdirent la vie. Nous continuerons, oui, à nous remémorer leur histoire en Israël, à Yad Vashem, où j'étais la semaine dernière, à Auschwitz, comme ici, au plus près de ce drame français, à nous incliner et nous recueillir devant leurs noms, à les lire tous les ans, pendant 24 heures, en un psaume de douleur et de rédemption que nos voix intérieures relaieront à jamais, encore et encore. Car le récit des vies de ceux qui sont tombés, le récit des vies de ceux qui ont survécu est désormais inarrêtable et sera toujours transmis. (Propos en hébreu) Nous sommes là.

C'est le soupir que beaucoup d'entre vous ont poussé lorsque vous êtes rentrés chez vous après avoir échappé à la mort. C'est un bout de ce poème que vous avez chanté comme un hymne de survie et d'espoir. Vous aviez vécu le pire, mais vous étiez là.

C'était malgré tout une défaite de la bête immonde. Aujourd'hui, c'est au nom du peuple français que je reprends ces mots. (Propos en hébreu) Nous sommes là et nous ne céderons pas.

Nous ne nous déroberons pas. Et de toutes nos forces, nous continuerons à porter vos récits, à graver vos noms, nous continuerons sans relâche à raconter la Shoah, à dire son unicité, et, à ce titre, à conduire le devoir de lucidité qui nous enjoint à toujours regarder notre passé pour bâtir le présent. Nous élèverons nos enfants dans le souvenir et la vigilance pour leur donner cette force d'âme, la vôtre, celle des Justes, pour que jamais plus l'humanité ne sombre dans l'horreur.

L'horreur d'elle-même. Et j'ai confiance. J'ai confiance en nous.

Nous étions il y a quelques jours à Roglit, dans ce lieu, Serge et Beate, que vous avez voulu penser et qui a inspiré ce Mur des Noms, ce mur inauguré le 18 juin 1981. Et nous étions là, avec quelques-uns d'entre vous. Vous étiez là.

Il y avait les 80 000 arbres devant nous. Et une jeune virtuose s'est mise à interpréter "Le Chant des déportés". Et elle jouait sur un violon qui venait du ghetto de Varsovie, puis qui avait été dans les camps et que les nazis avaient voulu casser.

Et un luthier l'avait réparé. Et j'entendais derrière moi, sur cet air de violon, le murmure. Le murmure des fils et filles de déportés, des survivants qui étaient avec nous, qui chantaient.

Rien de tout ça n'aurait dû être là. Cette jeune femme qui jouait au violon, c'est la transmission par l'éducation. Ce violon réparé, c'est la résistance la plus extrême.

Ce violon était lui aussi revenu de tout. Et ce murmure, c'est ce chant que des enfants avaient retenu de leurs parents et qu'ils continuaient à fredonner avec eux. J'ai confiance car il y aura d'autres violons, d'autres jeunes filles qui apprendront cet air, et d'autres pour le fredonner avec.

Et nous le ferons. Et devant votre forêt d'arbres, c'était la formidable leçon, pas simplement du souvenir, mais d'une mémoire vivante, d'une transmission et d'un esprit de combat. Ensemble et réconciliés.

C'est la mission du Mémorial de la Shoah. C'est la promesse de la République française. C'est notre serment face à l'histoire.

Vive la République, vive la France. (Applaudissements) (...)

Discours au Mémorial de la Shoah — Emmanuel Macron · Pourquijevote