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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 14 juin 2021 25 minFond programmatiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & électionsSécurité

Conférence de presse à l’issue du Sommet de l’OTAN | Emmanuel Macron

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 15:00OuverteRéponse directe

    La Chine est-elle un défi systémique pour l'OTAN selon vous ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Avez-vous obtenu des assurances sur le retrait des troupes turques de Libye ?

  • 22:00OuverteRéponse directe

    Désaccord avec Mark Rutte sur l'autonomie stratégique européenne ?

  • 26:00OuverteRéponse directe

    L'article 5 peut-il s'appliquer en cas de cyberattaque ?

  • 30:00OuverteRéponse directe

    Climat de la rencontre avec Erdogan et excuses ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:00Emmanuel MacronFait
    « Le terrorisme islamiste menace nos valeurs et nos démocraties. »
  • 10:00Emmanuel MacronChiffre
    « New Start est prolongé pour cinq ans. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs et les officiers généraux, Mesdames, Messieurs. Je viens donc vous rendre compte du sommet que nous venons de tenir, avant tout pour remercier le secrétaire général justement pour la préparation de ces travaux et la réunion qui s'est tenue aujourd'hui, qui a été ce que j'appellerai un moment de clarification stratégique qui commence. Nous avons encore beaucoup de travail devant nous, mais c'était une étape importante que nous avions souhaitée à la fin de l'année 2019.

En effet, le contexte y appelait, qui était marqué d'une part par la fin de l'engagement en Afghanistan, ce qui est un tournant pour l'Alliance, et la nécessité d'en tirer les leçons. J'ai d'ailleurs saisi cette occasion pour rendre hommage à celles et ceux qui ont participé depuis vingt ans à cette présence aux côtés du peuple afghan, et qui y ont perdu la vie. Et je veux ici avoir une pensée pour les 90 Français qui sont tombés sur ce champ de bataille, et pour leurs familles.

D'autre part, le contexte est aussi marqué par les doutes et incertitudes des ces dernières années, en particulier en raison des doutes sur l'engagement américain, de même que sur les objectifs, les principes et les règles de conduite au sein de l'Alliance. C'est ce qui m'avait conduit à m'exprimer en fin d'année 2019 avec une certaine clarté, et, au sommet de Londres en décembre 2019, de pouvoir demander un rapport des Sages, puis d'en tirer les premières conclusions dans le cadre de la déclaration qui aujourd'hui est sortie de ce sommet et qui va pouvoir irriguer nos travaux dans les prochains mois. Cette clarification se poursuivra, puisque nous avons commencé en Européens un travail dit de " boussole stratégique ", qui a été lancé par la présidence allemande et qui va déboucher sous présidence française.

Et nous aurons ensuite, en 22, le sommet de l'OTAN qui permettra de mettre sur la table ce nouveau concept, qui à ce moment-là tirera toutes les conclusions du rapport des Sages. En tout cas, cet agenda de clarification, je l'évoquais, progresse, puisque nous avons très clairement aujourd'hui affiché et affirmé notre volonté de revitaliser l'Alliance atlantique, non pas en revenant à des schémas du passé, mais, si je puis dire, en retrouvant de la clarté. Je me félicite à cet égard de l'expression, des expressions, du président Biden, à la fois lors du G7 et aujourd'hui, comme d'ailleurs lors de l'entretien bilatéral que nous avons pu avoir il y a maintenant deux jours à Carbis Bay.

Cette revitalisation de l'Alliance atlantique, c'est d'une part la réaffirmation de l'attachement à l'article 5 et à la solidarité entre alliés, fondée sur nos valeurs communes, sur les principes démocratiques et sur le respect du droit international. Cette réaffirmation est importante là où des ambiguïtés avaient pu s'installer. C'est ensuite la volonté claire de concertation étroite avec les alliés européens pour conduire une double approche de dissuasion et de dialogue avec la Russie.

Á ce titre, nous pouvons nous féliciter de la même manière du dialogue qui s'est noué entre le président Biden et les Européens ici présents en vue de l'échange du 16 juin entre les présidents Biden et Poutine, qui marque cette prise en compte, je dirai, et ce partenariat installés, et enfin par une approche partenariale et non plus compétitive entre l'OTAN et l'Union européenne, notamment sur les défis posés par la Chine et les menaces émergentes que sont le cyber et l'espace. Et à la fois le communiqué et la nature des discussions ont pu montrer que cette volonté d'autonomie stratégique de l'Europe, la construction à la fois d'un discours et d'une stratégie de capacité que nous avons forgée ces dernières années, est bien une composante qui renforce l'OTAN, et pas un concurrent, et que c'est une approche partenariale qu'il faut prendre en compte là aussi pour gérer notre propre voisinage. Cette clarification est à mes yeux essentielle, et c'est le même esprit qui a présidé d'ailleurs au débat, à la discussion que j'ai pu avoir ce matin avec le président Erdogan, que j'ai longuement rencontré en tête à tête avant le sommet, clarification sur le sujet de nos valeurs, et volonté aussi de trouver un chemin utile en Syrie et en Libye.

Je pourrai y revenir si vous avez des questions. J'ai pu, lors de cet entretien avec le président Erdogan, évoquer également le cas de notre compatriote Fabien Azoulay, et j'ai pu avoir il y a quelques instants les réponses du président Erdogan. Donc les conditions d'un transfèrement rapide avancent, qui, je l'espère, nous permettront d'aboutir dans les meilleurs délais.

Mais la discussion de ce matin a produit des résultats d'ores et déjà utiles. Ensuite, au-delà de cet agenda de clarification qui progresse, les échanges avec les chefs d'États ont également permis de la clarté et de l'exigence sur les points que la France avait soulevés. D'abord nos valeurs : principes et règles de conduite au sein de l'OTAN.

Nous avons acté ensemble la réaffirmation de ces principes inscrits dans le traité de l'Atlantique Nord, et un droit d'évocation des différends quand le comportement d'un allié pose question pour les intérêts de sécurité des autres. Ce sujet, au coeur du rapport des Sages, au cœur évidemment des discussions que nous avions fin 2019, est maintenant acté, et c'est, je pense, un élément important de nos règles de vie commune. Ensuite, sur les missions et les objectifs de l'Alliance, la discussion d'aujourd'hui a permis véritablement de clarifier pour partie les choses.

D'abord, sur la définition de l'ennemi. Je l'évoquais d'ailleurs avec vous encore hier, pour celles et ceux qui m'accompagnaient à Carvis Bay, l'ennemi est celui qui menace la souveraineté, la sécurité d'un des alliés. Et à ce titre, très clairement, le terrorisme islamiste menace nos valeurs et nos démocraties, et est bien un ennemi identifié et commun.

Mais les discussions ont permis aussi d'avancer sur la clarification de notre stratégie vis à vis de la Russie, qui doit passer par un dialogue exigeant dans un cadre robuste, pour bâtir une architecture de sécurité sur le continent européen, au travers en particulier de la maîtrise des armements. Celle-ci s'est largement déconstruite ces dernières années, j'y suis largement revenu. Et même si New Start est prolongé pour cinq ans, la fin du traité FNI et la sortie de la Russie du traité Ciel ouvert, entre autres, ont acté la fin d'une architecture de contrôle et de maîtrise des armements sur le sol européen qui implique de relancer une dynamique.

Nous avons pu en discuter, chacun a fait valoir justement ses arguments, la discussion entre les présidents Biden et Poutine est un des éléments de celle-ci, mais j'ai pu à cet égard réaffirmer la volonté des Européens d'être autour de la table comme définissant aussi eux-mêmes, et pour eux-mêmes, les termes de ce contrôle des armements pour ce qui concerne le sol européen. Ceci implique aussi de nous donner les moyens d'agir, en premier lieu par les efforts de défense nationale, donc de ne pas nous disperser dans des dépenses et des missions, et je dirai de concentrer l'alliance sur le coeur des missions qui sont les siennes. Á cet égard, j'ai tenu à clarifier plusieurs éléments.

L'Alliance doit vraiment être concentrée sur le cœur de ses missions. Les financements que nous mettons à disposition sont des financements pour partie communs, mais aussi nos financements nationaux, et ils sont essentiels pour la crédibilité collective de l'Alliance. Et c'est cette grammaire qui doit continuer à présider nos travaux.

La France, je l'ai rappelé, est un allié crédible et fiable. C'est aussi pour cela que j'ai souhaité d'abord rappeler ce principe, mais informer et expliquer à l'ensemble de nos alliés les décisions stratégiques que nous avons engagées au Sahel, j'ai eu l'occasion d'y revenir publiquement ces derniers jours, mais qui feront l'objet d'une concertation étroite entre ministres, mais aussi entre nos chefs d'état-major des armées pour pouvoir coordonner. Mais je l'ai rappelé, tous les engagements que la France a pris à l'égard de ses alliés comme de ses partenaires au Sahel seront tenus.

Cet engagement de clarification, comme je vous l'ai dit, se poursuivra dans les prochains mois, d'ici à la présidence française de l'Union européenne, avec la Boussole stratégique, puis au sommet d'octobre 2022 pour ce qui est du concept stratégique et de sa révision. Je vais maintenant répondre à vos questions. Monsieur le Président, Bénédicte Tassart de RTL.

La Chine est largement évoquée dans le communiqué final. Êtes-vous d'accord pour dire que le comportement de la Chine est un défi systémique, comme il est décrit pour nous Européens ? Sur la Chine, je crois pouvoir dire, je l'ai rappelé d'ailleurs, qu'il ne faut pas confondre les objectifs.

L'OTAN est une organisation militaire. Le sujet de notre rapport à la Chine n'est pas que militaire. L'OTAN est une organisation, pour autant que la formule l'explique par elle-même, qui concerne l'Atlantique Nord.

La Chine a peu à voir avec l'Atlantique Nord, sauf incursions lorsqu'il y en a. Donc je pense qu'il est très important de ne pas nous disperser et de ne pas biaiser le rapport à la Chine - il est beaucoup plus large que le sujet militaire, il est économique, il est stratégique, il est de valeurs, il est technologique - et de ne pas divertir en quelque sorte l'OTAN qui a déjà beaucoup de défis quand on voit les sujets que nous avons à traiter : la question terroriste, l'architecture de sécurité avec la Russie, nos voisinages. Je pense qu'il faut embrasser la relation avec la Chine d'une manière beaucoup plus large, comme nous l'avons d'ailleurs fait lors du G7.

La Chine, j'ai eu l'occasion de le dire, est une grande puissance avec laquelle nous travaillons sur des sujets mondiaux où nous avançons ensemble, le climat, par exemple, les questions de financement du développement, dans lesquelles nous avons réussi à avancer en G20 sur l'initiative ACT-A, ou de financement des économies africaines. Donc il y a un agenda, qui d'ailleurs a produit des effets ces dernières années. C'est ensuite un compétiteur sur le plan économique dont nous attendons qu'il respecte pleinement les règles qu'il a librement consenti d'ailleurs de respecter dans les principes, en adhérant en particulier à l'Organisation mondiale du commerce, et donc en respectant pleinement la propriété intellectuelle et les règles de réciprocité.

Et puis c'est une puissance avec laquelle nous avons des désaccords de valeurs quand il s'agit du travail forcé ou quand il s'agit des droits de l'homme. Voilà le spectre de la relation avec la Chine. Ensuite nous avons, sur d'autres espaces géographiques, avec d'autres qui ne sont pas présents autour de la table, une stratégie.

C'est la stratégie Indo-Pacifique, que j'ai eu l'occasion de présenter au printemps 2018, qui a ensuite été suivie par nos alliés européens, et qui nous permet d'avancer et de préserver la liberté de la souveraineté dans l'espace Indo-Pacifique. Mais il serait paradoxal que, à l'exception des États-Unis qui regardent aussi côté Pacifique, n'ayant aucune puissance Indo-Pacifique autour de la table, nous puissions décider du sort de ces derniers. Je crois que ce n'est pas le bon cadre.

Voilà le sujet chinois. Donc je pense que la formule est pour partie juste, mais qu'elle ne doit pas nous divertir du cœur des travaux de l'OTAN. Bonjour, Jérôme Béglé de l'AFP.

Au cours de votre entretien avec le président Erdogan, avez-vous reçu des assurances concrètes, notamment sur le retrait des troupes turques de Libye ? Et par ailleurs, avez-vous eu des offres de services, que ce soit au G7 ou à l'OTAN, de nouveau pays pour participer à la Force Takuba au Sahel ? Sur la Force Takuba au Sahel, comme vous le savez, nous sommes 10 aujourd'hui à participer.

Le ministre des Affaires étrangères s'est rendu en Afrique ces derniers jours, et nous avons des discussions avec plusieurs partenaires africains pour nous rejoindre. Et dans des discussions que j'ai eues avec le président Ramaphosa comme avec le président Biden, j'ai évidemment invité ces derniers à se joindre à nous, avec des effectifs même limités. Donc les choses continuent, et je pense qu'il y a d'abord à organiser le travail de précision de la manoeuvre d'ici à la fin du mois de juin, de pouvoir ensuite l'exposer, et de consolider les nouveaux partenaires.

Comme je vous le disais, nous sommes déjà dix, et je pense qu'aujourd'hui surtout, nous avons, compte tenu du choix stratégique qui est le nôtre et de la manoeuvre que j'ai commencé à expliquer, consolidé ces partenariats, ce qui est pour moi une chose très importante. Et j'ai bon espoir que nous continuions à les élargir, d'une part avec les partenaires européens et alliés, et d'autre part avec plusieurs partenaires africains, ce qui est une composante importante de la crédibilité de Takuba. Nous avons discuté du sujet libyen avec le président Erdogan, et je crois que nous avons trouvé des points de convergence clairs pour d'une part préserver le cessez le feu, d'autre part tenir les objectifs d'élections au 24 décembre prochain, et donc véritablement accompagner aujourd'hui le gouvernement et le président et le vice-président dans ce travail, enfin pour, à l'été, travailler ensemble au retrait des combattants étrangers et mercenaires dans un premier temps.

Je pense que c'est une avancée importante, et nous avons ensemble acté d'y oeuvrer de concert. Bonjour, Rym Momtaz de Politico. Il paraît qu'il y a eu un désaccord prononcé entre vous et votre ami Mark Rutte sur la question qui vous tient à coeur, d'autonomie stratégique européenne.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Et est-ce que ça renvoie peut-être un mauvais message si, entre amis, vous n'arrivez pas à vous mettre toujours d'accord sur ce sujet ? Et juste une précision sur la Turquie : est-ce que vous avez obtenu du président Erdogan qu'il retire les mercenaires syriens d'ici juillet, le 1er juillet ?

Merci. Sur la première question, il appartient au Premier ministre Rutte de clarifier sa pensée. J'ai noté qu'il y avait un accord complet avec la chancelière Merkel, le premier ministre Draghi, le Président du conseil Sanchez, le Président en exercice du Conseil de l'Union européenne, le Premier ministre portugais, Antonio Costa.

Donc je pense qu'il y avait une quasi unanimité autour de la table pour défendre l'autonomie stratégique, sa cohérence et sa contribution à l'OTAN. Mais surtout, il y a la reconnaissance de celle-ci dans le texte de la déclaration, et il y a la reconnaissance de celle-ci par le secrétaire général de l'OTAN et par le président Biden. Á la fin, ça me suffit, parce que ça veut dire que nous avons déjà réussi à passer cette étape qui était cruciale.

Ensuite nous avons, comme je l'ai dit, avec le président Erdogan acté de travailler ensemble à ce retrait. Ça ne dépend pas en totalité de nous deux, mais je peux vous dire que le président Erdogan a confirmé dans l'entretien que nous avons eu ensemble sa volonté que les mercenaires et milices venant de l'étranger qui opèrent sur le sol libyen puissent quitter celui-ci le plus rapidement possible, et sa volonté d'y travailler ensemble. Et je souhaite pouvoir y travailler avec lui dans les prochaines semaines.

Je vais peut être prendre deux dernières questions. Bonsoir, Monsieur le président. Mathieu Coache, BFM TV.

Deux questions que nous nous posons avec ma consoeur Rahma Rachdi sur la cybersécurité. Êtes-vous favorable à l'utilisation de l'article 5 en cas de cyberattaque, ce qui pourrait avoir pour conséquence d'isoler la Russie et la Chine que les Américains rendent régulièrement responsables de ces attaques ? Et est-ce que cette lutte contre les cyberattaques a pour vocation de protéger les citoyens dans le cadre du multilatéralisme efficace que vous défendez ?

Je pense qu'il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer le cadre de l'article 5 et ce qu'il implique, qui en effet aujourd'hui traite des rapports au gouvernement, à la déstabilisation et à la menace qui se posent contre l'intégrité d'un gouvernement, la sécurité d'un État membre. Donc il faudrait pour cela qu'une cyberattaque soit de nature à être caractérisée comme une menace à l'égard d'un pays ou d'un gouvernement.

Je pense que la question se pose aujourd'hui. Elle fait partie d'ailleurs des travaux que nous avons engagés dans le cadre de la clarification stratégique, c'est pour ça que votre question est tout à fait pertinente, et elle sera clarifiée dans les prochains mois. Mais je veux distinguer ici, par rapport à la deuxième composante, le fait qu'une cyberattaque sur telle ou telle personne, sur telle ou telle structure, ne caractérise pas pour autant une attaque cyber contre la souveraineté d'un pays, ou ne menace pas forcément la sécurité d'un pays.

Donc, avant cela, il nous faut développer les voies et moyens de nous protéger et de protéger nos concitoyens, nos structures les plus sensibles. C'est pour cela d'abord que nous avons, dans le cadre de notre revue stratégique et de la Loi de programmation militaire, développé des capacités défensives et offensives, que nous avons aussi développé des capacités civiles pour lutter contre les attaques cyber, capacités d'ailleurs que nous avons activées ces derniers mois lorsque, vous le savez, plusieurs hôpitaux ont été attaqués, et que nous avons besoin, là aussi, de clarifier entre alliés nos stratégies d'attribution et nos stratégies de réponse. Je le dis, parce que bien souvent, ce ne sont pas des États qui attaquent, ce sont des acteurs privés et des entités mafieuses.

Vous voyez bien que nous rentrons dans un univers où les critères d'attribution changent, où le lien avec les gouvernements n'est plus le même, et donc qu'une série de clarifications et de règles de conduite sont à définir. Donc le sujet que vous évoquez est un sujet qui, pour l'OTAN, est au coeur de la mission, et qui est vraiment son coeur de métier. Nous aurons à le clarifier dans les prochains mois.

Á côté de ça, nous avons développé des capacités propres, et donc nous y répondons. Enfin, il y a une partie de votre deuxième question qui m'invitait à aller jusque là, une partie de ce qu'on met derrière les attaques cyber ou les déstabilisations, qui est dans une zone que je qualifierai de grise, entre le civil et le militaire, et qui ne nuit pas forcément à la souveraineté ou la sécurité d'un État, mais peut le déstabiliser dans son fonctionnement courant, dans la bonne information de ses concitoyens ou dans sa vie démocratique. Pour ce faire, nous sommes en train de continuer à travailler, à renforcer notre cadre de contrôle et de protection de nos règles démocratiques pour pouvoir protéger la bonne information de nos citoyens, pouvoir nous protéger contre ces attaques cyber, en particulier en temps de campagne électorale et de vie démocratique, et bâtir ce cadre.

Il y a là-dessus un travail national qui est fait, qui amènera à des décisions qui ont d'ailleurs déjà commencé, et avec une implication particulière de l'ANSSI. Il y a un travail au niveau européen qui est porté par la Commission, qui est transcrit dans les textes que celle-ci a commencé à porter, et qui va continuer de se décliner. Et je vous rappelle la proposition que la France a faite sur ce sujet, d'une Agence de protection de notre vie démocratique contre les cyberattaques, et en particulier du travail intergouvernemental que nous avons lancé avec nos partenaires les États baltes sur ce sujet.

Enfin, il y a un travail international, qui a rejoint pour partie l'agenda dit de Christchurch et de l'appel de Christchurch, où nous souhaitons en effet protéger nos concitoyens des discours de haine en ligne, etc, mais aussi des manipulations et de l'utilisation des réseaux sociaux par des structures publiques ou privées qui cherchent à déstabiliser les démocraties. Je prends une dernière question. Bonjour, Monsieur le Président.

Jeff Wittenberg, France TV. Au-delà des questions internationales, sur lesquelles vous nous dites avoir trouvé des convergences avec le président Erdogan, quel a été le climat de cette rencontre ? Sur le fond, il avait exprimé de graves désaccords avec la politique menée en France, notamment au moment de la discussion sur la Loi sur le séparatisme.

Et sur la forme, il avait été insultant à votre égard au mois d'octobre dernier, ce qui avait même conduit au rappel de notre ambassadeur en Turquie. S'en est-il excusé ? Quel a été le climat de cette rencontre ?

Merci, Monsieur le président. Le climat de cette rencontre a été un climat apaisé, et sans qu'il y ait eu d'excuses formulées, ni même que quelque excuse ait pu être demandée de part ou d'autre, il y a eu la volonté claire de réengager un travail. Ces derniers mois ont d'ailleurs été marqués par plus de calme dans les déclarations publiques, et je m'en félicite.

Mais nous avons l'un et l'autre acté qu'il était nécessaire, compte tenu des enjeux qui sont collectivement les nôtres, de tout faire pour pouvoir travailler ensemble. J'ai aussi apporté des clarifications sur beaucoup de sujets qui avaient pu être déformés et donner lieu à des malentendus ou des attaques, en particulier sur la question de l'Islam. J'ai pu très clairement dire au président Erdogan qu'aujourd'hui, la politique de la France n'était pas de s'attaquer à une religion, qu'en France, plusieurs millions de nos concitoyens croient dans l'islam, le pratiquent quotidiennement.

Je dirai que ce n'est pas l'affaire de l'État, que simplement, ce qui leur est demandé, c'est de respecter absolument les lois et les règles de la République, mais que le Gouvernement de la France, la nation française, se bat d'une part contre toutes les formes de terrorisme, y compris le terrorisme islamiste, et que d'autre part nous avions en effet renforcé notre politique de lutte contre des groupes extrémistes qui utilisent et déforment la religion pour sortir certains de nos concitoyens de la République et du bon respect de ses lois. Je pense que ces clarifications étaient nécessaires pour éviter les amalgames qui avaient donné lieu à une escalade, comme vous le dites, de violence, d'embrasement, pas simplement en Turquie, d'ailleurs, aussi dans nombre de régions où l'islam est le culte principal, et d'utilisation par certaines autres puissances qui ne voulaient pas forcément du bien à la France. Donc le président Erdogan, je crois, a entendu ces clarifications, et aussi manifesté le fait que la sécurité de la France, la cohésion de sa société, était pour lui un point important, de la même manière que je lui ai rappelé que le respect de toutes les religions était un point important pour la France.

C'est un chemin sur lequel on peut construire des voies de coopération et des actions utiles. Je pense que c'était important d'avancer. Donc apaisement, clarification et travail concret sur les questions humanitaires et l'accès humanitaire en Syrie d'une part, et sur la Libye dans les termes que j'évoquais d'autre part.

Et avancée pour notre compatriote Monsieur Azoulay, ce dont je me félicite. Voilà, Mesdames et Messieurs, je vais regagner Paris. Je vous remercie pour votre attention.

Merci beaucoup, bonne soirée.