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interviewBLAST (sur YouTube)· 1 juin 2023 12 min

MACRON / BORNE : LA FABRIQUE DU MENSONGE ET DE L’AUTORITARISME

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

J'ai donc décidé de rendre recevable la proposition de loi sur l'abrogation de la réforme du recul de l'âge de la retraite à 64 ans. Nous sommes estomaqués de constater qu'un président de la Commission des finances, Eric Coquerel, pour la première fois déclare recevable une proposition de loi qui n'est pas financée, qui crée des charges supplémentaires. Mais aujourd'hui cet article, il existe, il doit l'appliquer et s'il remplit pleinement sa mission institutionnelle, il devrait déclarer la proposition de loi, ou à tout le moins l'article 1, irrecevable.

C'est clair. C'est quelque chose qui est complètement contraire à la Constitution, contraire au respect de la loi, tout simplement. Cette année, le pays a été traversé par une contestation historique, extrêmement puissante, unanime, de la réforme des retraites.

Ces propos sont objectivement indécents. Une espèce de rébellion de salon. Les complaintes politiques d'un microcosme bourgeois qui se pavane sous les dorures du Festival de Cannes.

La réaction d'un enfant gâté. Biberonné à l'argent public depuis des dizaines d'années. Un fond idéologique d'extrême gauche.

Une grande palme d'or de la démagogie. C'est ingrat et injuste. Le Festival de Cannes qui est un moment de rêve, un moment de représentation de la France dans le monde entier pour dénigrer finalement notre pays, ce qu'il s'y passe, eh bien moi j'ai trouvé que c'était indécent.

Je parle de solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plans ! Vous êtes des cons ! Elisabeth Borne vient de faire plusieurs déclarations qui sont tout à fait intéressantes parce qu'elles permettent de vérifier que les macronistes passent leur temps à truquer la réalité.

La Première ministre d'Emmanuel Macron a d'abord déclaré, lors d'un déplacement en Côte-d’Or, que la proposition de loi visant à abroger la réforme des retraites, qui doit être débattue à l'Assemblée nationale le 8 juin prochain, était, je cite, "un manque de respect envers les Français". Car il s'agit selon elle d'une proposition inconstitutionnelle qui serait forcément annulée par le Conseil constitutionnel si elle était adoptée par les députés. Il est donc scandaleux, toujours selon Elisabeth Borne, de laisser croire aux Français qu'on pourrait voter un tel texte.

La Première ministre a ensuite expliqué sur Radio J qu'elle pense qu'il ne faut pas banaliser les idées du Rassemblement national, qui est, je cite encore, l'héritier de Pétain. Dans le même entretien, elle a aussi déclaré qu'elle ne mettait pas de signe égal entre le Rassemblement national et la France insoumise, mais elle s'est empressée d'ajouter, ouvrez les guillemets, "le comportement de la France insoumise qui veut finalement déstabiliser notre pays, qui s'en prend à nos institutions, fait aussi le jeu de l'extrême droite". Fermez les guillemets.

Et elle a répondu "je ne crois pas du tout à la normalisation du Rassemblement national, je pense qu'il ne faut pas banaliser ces idées, Ces idées sont toujours les mêmes. Alors maintenant, le Rassemblement national y met les formes, mais je continue à penser que c'est une idéologie dangereuse. Ça, c'est ce que dit Elisabeth Borne.

Et quand l'intervieweur lui demande si le RN est l'héritier de Pétain, la Première ministre répond « oui, absolument ». Reprenons tout ça et regardons si ces diverses déclarations correspondent à ce que nous vivons depuis l'élection d'Emmanuel Macron, ou si ces propos participent plutôt à la construction d'une vérité alternative, totalement déconnectée de la réalité des faits. Tout n'est pas faux dans ce que dit Elisabeth Borne.

Il est par exemple parfaitement exact que le Rassemblement national, ex-Front national, a notamment été cofondé il y a 51 ans par un ancien collaborateur du régime de Vichy qui s'est ensuite engagé dans la Waffen-SS et par un ancien membre de la milice de Joseph Darnand. Et il est parfaitement vrai qu'il ne faut pas banaliser les idées de cette extrême droite dont l'histoire remonte donc pour partie au pétainisme et à la collaboration avec l'Allemagne nazie. Emmanuel Macron s'est d'ailleurs engagé publiquement et à deux reprises lorsqu'il a été élu président de la République pour la première fois en 2017, puis quand il a été réélu en 2022, à faire barrage à ces idées.

Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l'extrême droite. Je suis dépositaire de leur sens du devoir, de leur attachement à la République et du respect des différences qui se sont exprimées ces dernières semaines. Le problème est que depuis six ans, ce n'est pas du tout ce qui se passe.

Bien au contraire. On ne va pas refaire ici la liste de toutes les œillades que le nouveau chef de l'État français a lancées vers l'extrême droite depuis le début de son premier quinquennat, ce serait beaucoup trop long. Mais rappelons-nous tout de même qu'en 2018, moins d'un an après son élection, Macron a voulu, je cite, "honorer" celui qu'il appelait alors le grand soldat Pétain pour la plus grande satisfaction de celles et ceux qui, depuis plus d'un demi-siècle, tentent par tous les moyens de réhabiliter la mémoire du maréchal qui a collaboré avec les nazis.

Maréchal Pétain a été, pendant la Première guerre mondiale, aussi un grand soldat. Rappelons-nous aussi que deux ans plus tard, en 2020, le chef de l'État français a apporté son soutien à un éditocrate d'extrême droite selon qui Pétain aurait, je cite, "sauvé les Juifs français". Et rappelons-nous encore qu'en 2021, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron, a déclaré qu'il trouvait Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle, un peu trop molle.

Madame Le Pen, dans sa stratégie de dédiabolisation, revient à être quasiment un peu dans la mollesse. Je vous trouve, il faut reprendre des vitamines. Beaucoup plus récemment, c'était il y a dix jours, Éric Ciotti, président des Républicains, a dévoilé dans le Journal du dimanche le projet de son parti sur l'immigration.

Un député du Rassemblement national, qui sait un peu de quoi il parle, a immédiatement constaté qu'il s'agissait d'un copier-coller, quasi mot pour mot, des propositions de Marine Le Pen. Ce projet des Républicains est donc un projet d'extrême droite. Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il s'est passé que 8 jours plus tard, dans une interview publiée dimanche dernier dans Le Parisien, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a tendu la main au concepteur de ce projet d'extrême droite en leur lançant cette gracieuse invitation "Travaillons ensemble". Lorsqu'elle déclare qu'elle pense qu'il ne faut pas banaliser les idées du Rassemblement national, qui est selon elle l'héritier de Pétain, Elisabeth Borne essaie donc de se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Et elle donne de la réalité une image totalement trompeuse.

Car dans la vraie vie, la Première ministre, qui prétend donc vouloir combattre la banalisation des idées de ce parti, travaille pour un président qui considère que Pétain était un grand soldat, et elle reste sans réaction quand l'un des ministres les plus importants de son gouvernement, juge Marine Le Pen, un peu molle, mais se dit tout de même prêt à travailler avec des gens qui s'inspirent directement de ses propositions sur l'immigration. Attendez, attendez, c'est lesquels les Chinois qui étaient alliés aux nazis ? Les Japonais.

Les Japonais, c'est ça. Au temps pour moi. J'avais un embryon de piste, mais non.

Si nous avons affaire à des Chinois de Chine, ça ne marche plus. Faisons maintenant une petite pause pour nous intéresser avant de continuer à la définition du mot "prétérition". Selon le dictionnaire, la prétérition est une figure de rhétorique consistant à déclarer qu'on ne parle pas de quelque chose alors qu'on est précisément en train d'en parler.

Par exemple, quand Elisabeth Borne déclare qu'elle ne met pas de signe égal entre le Rassemblement national et la France insoumise, mais que la France insoumise veut déstabiliser notre pays, s'en prend à nos institutions et fait le jeu de l'extrême droite, ça ressemble d'assez près à une prétérition. Mais c'est surtout un double mensonge. Tu mens !

Tu mens ! Tu mens ! Il ment !

Il ment ! Car, premier bobard, depuis un an, les macronistes, et notamment Elisabeth Borne, n'ont pas cessé dans leur discours d'amalgamer ce qu'ils appellent les extrêmes. C'est-à-dire d'une part la gauche et d'autre part l'extrême droite.

Depuis un an, les macronistes, et notamment Elisabeth Borne, font donc très exactement ce que cette Première ministre qui entretient un rapport quelque peu distendu avec la vérité prétendent pas faire, ils mettent un signe égal entre la France insoumise et le Rassemblement national. Et bien sûr, cela profite à l'extrême droite que cet amalgame banalise et dont la dangerosité se trouve ainsi très minimisée. Ce sont donc les macronistes, et non la gauche, qui là aussi et là encore font le jeu de l'extrême droite, exactement comme quand Darmanin explique que Marine Le Pen est trop molle.

Deuxième bobard, il est bien sûr complètement faux de prétendre, comme le fait Elisabeth Borne, que la gauche veut déstabiliser le pays et s'en prend à nos institutions. Dans la réalité, ce sont les macronistes qui attaquent les institutions et en particulier le Parlement. En l'espace de quelques mois, comme on sait, ils viennent de limiter à 20 jours la durée d'un débat parlementaire de première importance, puis d'imposer un vote bloqué au Sénat, puis d'empêcher un vote des députés en recourant pour la onzième fois en moins d'un an à l'article 49.3.

Et ce n'est pas fini, puisqu'ils essaient maintenant d'empêcher par tous les moyens le vote de la proposition de loi qui doit être débattue le 8 juin prochain à l'Assemblée nationale en prétendant qu'elle serait inconstitutionnelle. Les règles, c'est de ne pas alourdir les dépenses et de ne pas réduire les recettes. Donc je pense que c'est quelque part une sorte de miroir aux alouettes, vous voyez, où on fait croire aux salariés qu'il y aurait une possibilité de déboucher.

Donc je le redis, je pense que c'est assez irresponsable d'entretenir une confusion de ce type. Et évidemment, cette proposition d'abrogation est inconstitutionnelle. Et tout ça pour quoi faire ? pour imposer aux Françaises et aux Français une réforme des retraites dont une écrasante majorité d'entre eux ne veulent pas.

Et quand ces Français défilent par millions dans les rues pour protester contre ce coup de force, les macronistes lancent la gendarmerie et la police contre ces mauvais citoyens. Et quand une réalisatrice a l'effronterie de dénoncer publiquement ce déni de démocratie, comme l'a fait Justine Triet samedi dernier, après avoir reçu la Palme d'or au Festival de Cannes, elle doit faire face aux insultes des macronistes qui la traitent d'ingrate. Cette année, le pays a été traversé par une contestation historique, extrêmement puissante, unanime, de la réforme des retraites.

Cette contestation a été niée et réprimée de façon choquante. Et tout cela nous ramène pour finir à la première déclaration d'Elisabeth Borne, évoquée au tout début de cette chronique, celle où elle accusait sans rire les parlementaires qui souhaitent abroger une réforme dont les Français ne veulent pas, de "manquer de respect aux Français". En effet, nous savons désormais un peu mieux comment fonctionne cette intéressante Première ministre.

Nous savons que pour elle, la gauche qui combat l'extrême droite fait en réalité le jeu de l'extrême droite, alors que le ministre de l'Intérieur qui trouve l'extrême droite un peu trop molle est un rigoureux professionnel. Et nous savons aussi que pour Elisabeth Borne, et pour les macronistes en général, respecter les Français consiste à ne tenir aucun compte de leur avis très largement majoritaire lorsqu'ils protestent contre une réforme injuste, à entraver l'action de leurs représentants au Parlement pour les empêcher de voter contre cette réforme, à faire charger leur manifestation par les forces de l'ordre, et pour finir, à insulter la cinéaste qui ose encore dénoncer ces attaques contre la démocratie. Je ne pense pas avoir dit des choses profondément différentes de plein de gens qui pensent de cette façon-là.

Et je pense qu'il n'y a qu'à voir ce qui se passe en ce moment dans les rues de Paris, des rues même en France. Les gens sont extrêmement...

Il y a une vraie fracture très, très profonde, historique cette année. Donc voilà, je ne suis pas en train de faire sortir ça de mon chapeau de nulle part. Merci d'avoir regardé cette chronique.

À jeudi prochain.

MACRON / BORNE : LA FABRIQUE DU MENSONGE ET DE L’AUTORITARISME — Élisabeth Borne · Pourquijevote