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interviewLCP (sur YouTube)· 9 février 2025 14 min

José Beaurain, député "Rassemblement National" de l'Aisne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invité aurait pu rester accordeur de piano, mais il s'est lancé en politique jusqu'à devenir député. Une première pour un aveugle, sous la Ve République Il siège au sein du groupe Rassemblement National à l'Assemblée. Générique (...) Bonjour José Beaurain. -Bonjour monsieur, merci de votre invitation. -Le 7 juin 2024, en plein débat sur la loi fin de vie, vous prenez la parole dans l'hémicycle pour parler de vous, de votre histoire personnelle, plus précisément, du moment où vous êtes passé au stade de mal voyant à celui d'aveugle.

On va réécouter un extrait de votre prise de parole ce jour-là. -Cet homme, en 2008, atteint d'une maladie, d'une pathologie dégénérative, se retrouve privé de la vue en quelques jours. Se retrouve plongé dans le noir, de manière complète et définitive.

Cette pathologie n'est pas mortelle, bien sûr, mais cette cécité violente, le plonge dans une profonde dépression. En juin 2008, fin juin 2008, cet homme tente de mettre fin à ses jours. Dieu merci, il n'y parvient pas. -Je précise que l'aide à mourir qui était prévue dans le cadre de cette loi, ne se serait pas appliquée à votre cas.

Vous l'avez dit vous-même lors de cette prise de parole, dans l'hémicycle. Pourquoi avez-vous choisi de raconter votre histoire ? -Parce que cette loi sur la fin de vie dont nous étions en train de parler dans l'hémicycle, l'aide à mourir, la fin de vie de manière générale, à mon avis, pouvait apporter, si elle était votée, ce qu'on peut qualifier aujourd'hui, de dérive.

Comme je l'ai précisé ce jour-là, qui sait quel sera l'état d'esprit ou ce que pourrait devenir ce type de loi dans 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans,...

Et je tenais à mettre l'accent sur le fait qu'aujourd'hui, quand tout va bien dans votre vie, c'est une chose à laquelle vous ne pensez pas. -Quand vous êtes devenu aveugle en 2008, vous étiez accordeur de piano. -Absolument. -C'est votre handicap qui a guidé votre orientation professionnelle ? -Indirectement, oui, puisque j'étais scolarisé...

J'ai toujours aimé le piano, j'ai toujours pratiqué le piano, depuis tout petit, c'était impossible pour moi de passer devant un clavier sans poser les mains dessus. C'est tout naturellement et sans aucune contrainte que je me suis orienté vers un métier qui touchait à cet instrument mais ma scolarité à Lille, en milieu spécialisé, école spécialisée pour déficients visuels, qui proposait ce type de formation à l'époque, a forcément influencé mon choix professionnel. -Pendant longtemps, il y a eu la musique, le piano dans votre vie, et au moment où vous êtes tombé dans cette dépression que vous avez décrite lors de cette prise de parole, c'est le sport qui vous a aidé à remonter la pente, plus précisément, le culturisme !

Pourque vous êtes-vous tourné vers ce sport-là, en particulier ? Je précise qu'apparaissent des photos de vous en compétition de culturisme. -Indiscutablement, le sport...

Tout d'abord, je le pratiquais depuis toujours, depuis longtemps, et c'est vrai que lors de cette perte de vision, j'étais dans une période de compétitions où j'étais extrêmement présent à la salle de sport, où j'avais ce monde du culturisme qui est un petit monde à part, où tout le monde se connaît, où tout le monde connaît les difficultés et la pratique de ce sport. Les contraintes alimentaires, etc., Qui sont liées à la pratique de ce sport.

Et c'est vrai que j'ai eu la chance de découvrir à la perte de ma vue, une fraternité, une camaraderie, qui m'a été plus qu'utile. -C'est ce que ce sport vous a apporté ? La camaraderie ?

Ou il y avait l'idée aussi de se prouver à soi-même... ? -Bien sûr. -Qu'on reste capable de faire des choses exceptionnelles, car vous êtes allé assez loin dans les compétitions. -Oui, je suis allé loin.

Et c'est vrai que c'est un sport qui demande énormément de contraintes puisqu'en dehors de l'entraînement, il ne s'agit pas que de lever de la fonte, l'un des aspects les plus difficiles de ce sport est l'alimentation, tout ce qui est la diététique. Et j'ai trouvé, à travers du culturisme un dépassement de soi-même, des challenges qu'on peut se fixer à soi-même, qui apportent beaucoup. -Vous avez été vice-champion de France ? -Oui. -Vous continuez à pratiquer ? -Malheureusement non, parce que le culturisme et la politique sont difficilement compatibles, pour une question de temps. -Et la politique, justement, comment est-elle entrée dans votre vie ? -Elle est entrée dans ma vie en 2014.

Je me suis d'abord intéressé à la politique locale, puisque j'habite une commune de 12 000 habitants, et dans cette commune s'est montée une liste aux municipales pour la première fois Front National en 2014. Et j'ai intégré cette liste totalement par hasard. -Votre choix s'est tout de suite porté le Rassemblement National ? -Disons que j'avais des visions déjà assez précises de ce que j'attendais du monde politique.

En matière de sécurité, de pouvoir d'achat,... c'était comme une évidence le fait que le Rassemblement National, qui était encore le Front National à l'époque, était le parti qui semblait s'approcher le plus de ce que j'attendais du monde politique. -Donc êtes devenu conseiller municipal de votre ville : Chauny.

En 2022, le RN vous investit aux législatives, est-ce que se lancer comme ça, dans une campagne législative, puis assumer un mandat de député en étant aveugle, vous vous êtes posé la question à ce moment-là ? Avez-vous hésité ? -Je vous avoue que je me suis posé la question bien avant puisque le Rassemblent National m'avait déjà fait l'honneur de m'investir pour une première municipale en 2020, puis pour une élection départementale en 2021, et à la suite, en 2022, pour des législatives. -Pour vous, ça changeait rien ? -Voilà.

Les gens autour de moi par contre, se posaient plus ce genre de questions que moi. Moi, ça me semblait une évidence qu'un non-voyant n'avait pas particulièrement de frein à pratiquer, exercer un mandat politique. -Vous avez donc remporté cette élection, comment s'est-elle déroulée, votre campagne, est-ce que votre cécité a compliqué les choses ? -Personne ne savait que j'étais non-voyant. -Vous avez fait une campagne comme n'importe quel candidat, vous avez tenu des meetings ? -Des réunions publiques,...

Bien sûr, les gens qui me rencontraient dans les réunions publiques, s'en sont aperçus. Ceux de mon entourage, bien sûr le savaient. Mais une circonscription, c'est grand et dans les 100 ou 150 000 personnes que représente une circonscription une grande partie des électeurs ne savait pas, n'avait pas connaissance de ma cécité. -L'Assemblée nationale avait encore jamais accueilli de député aveugle sous la Ve République, comment s'est passée votre arrivée ?

Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté ? -Curieusement, je n'ai pas fait face à des difficultés. J'ai eu la chance, quand je suis arrivé en 2022, d'avoir la bonne surprise...

Bien sûr, au niveau des espaces, ils sont énormes pour un non-voyant. -Je précise, il y a plusieurs bâtiments disséminés dans le quartier,... -Pour un non-voyant, c'est grand comme le monde !

Effectivement, 100 000 mètres carrés de bureaux, c'est gigantesque. Mais j'ai eu cette chance et bonne surprise de découvrir et rencontrer un personnel de l'Assemblée absolument charmant. Tout a été mis en oeuvre pour m'aider, me faciliter la vie, et toutes les questions ont été posées dès le départ, de ce qui pouvait être fait, adapté, s'il y avait besoin de choses particulières,... -Quand les députés prennent la parole dans l'hémicycle, souvent ils écrivent sur des notes leur discours, je regardais une question au Gouvernement que vous avez posée, on vous voit déchiffrer en direct votre propre prise de parole en braille. -Oui. -C'est compliqué, j'imagine ? -C'est très compliqué, puisque le braille se lit de telle manière à ce qu'il soit lu de deux mains.

Je le lis que d'une main. Et la position debout ne facilite pas du tout la lecture et la pratique du braille. Et j'ai réussi à lire cela grâce à mon matériel informatique, de manière plus aisée.

Et je lis et je relis, mainte et mainte fois mes notes afin de les avoir déjà en tête à 80 %. -D'accord, donc vous apprenez une grande partie de vos interventions avant de les faire. La question du bruit dans l'hémicycle est devenu un vrai sujet pour tous les députés au point où on a fini par installer des capteurs de décibels dans l'hémicycle, j'imagine que ça doit être encore plus compliqué et pénible pour vous quand c'est la cacophonie ? -Je ne vous cache pas que le brouhaha dans l'Assemblée nationale est absolument insupportable.

On ne s'en rend pas compte quand on est spectateur, puisque les micros prennent essentiellement la voix de celui qui parle, mais quand on est présent et quand on est plus de 300, 400, on est très nombreux, honnêtement, les tumultes à l'Assemblée nationale sont effectivement très compliqués à supporter quand on est non-voyant. -Sur la durée. -Moi, ça me déstabilise.

Etre dans le bruit me déstabilise totalement. -Dès votre élection, vous avez expliqué vouloir : "Ouvrir les yeux des gens sur le handicap." Qu'entendez-vous par-là ? -Ce que j'entends par-là, c'est que quand j'ai été élu, vous vouliez savoir si je me demandais s'il était possible pour un non-voyant d'exercer un mandat, pour moi, ça me semblait une évidence.

Il y a des non-voyants qui sont professeurs, avocats,... donc ils peuvent exercer quasiment toute sorte de métier aujourd'hui.

Simplement, j'ai eu des questionnements curieux autour de moi. Des gens qui me posaient la question lors de ma première élection municipale : "Comment pensez-vous être maire, puisque vous ne voyez pas ?" "Comment pensez-vous être conseiller départemental en étant aveugle ?" La question me surprenait beaucoup. -"Ouvrir les yeux" sur le handicap, c'est être la preuve que vous êtes quelqu'un comme tout le monde.

C'est l'idée ? -Comme tout le monde, non. Il n'est pas question de nier le handicap et ce qui... -Mais ce n'est pas un empêchement. -...ce qui sera toujours un handicap.

Mais le plus gros problème que peut rencontrer les personnes en situation de handicap, non-voyant ou autre, je pense que le plus gros problème qu'ils peuvent rencontrer, c'est la méconnaissance. -Votre collègue Sébastien Peytavie quand il a été élu, je précise, il est en fauteuil roulant, il a dit ne pas vouloir devenir "le député spécialiste des questions de handicap." Vous, vous êtes beaucoup investi sur les questions de handicap.

Vous comprenez sa réticence ? -Je la comprends tout à fait et j'estime que j'ai cette spécificité et indiscutablement, quand je pense être le mieux placé, en toute humilité, au sein de cet hémicycle, avec mes collègues, pour parler de ce que ressentent réellement les gens en situation de handicap. -On va conclure l'émission avec notre quiz habituel.

Je vous propose des phrases que vous allez devoir compléter. La salle de sport de l'Assemblée... -Je n'ai malheureusement pas le temps d'y aller. -Vous n'y êtes jamais allé ? -Si, une fois, elle est plutôt bien mais malheureusement, le temps.

Le temps. -Jouer dans les piano-bars de Lille m'a appris à...

Vous avez eu une... -Oui, j'ai eu... -Une carrière de pianiste ! -...une vie de pianiste de piano-bars.

Ca a été une très belle période et elle m'a permis de rencontrer énormément de gens. -J'aurais réussi mon mandat si... -Si l'ensemble des gens n'ait plus la sensation qu'avoir un handicap est un frein à l'exercice d'un mandat. -Ce sera le mot de la fin, merci beaucoup José Beaurain... -Merci à vous, merci de votre accueil.

Générique de fin