Petites phrases grandes conséquences : la gauche contre le peuple | Documentaire LCP
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« -Vous en avez assez de cette bande de racailles ? »
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« -On est les sans-dents de la République ! »
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« -Les 300 personnalités les plus riches de la planète ont gagné en 2013 381 milliards d'euros. »
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« -François Hollande, Emmanuel Macron, deux ambitieux issus de l'élite de la nation. »
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« -En 2014, le Front National gagne les européennes. Première victoire du parti à une élection nationale. »
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« -Le PS, divisé comme jamais, s'effondre aux municipales. »
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« -Je vais lui envoyer une bouteille de la cuvée du Redressement. »
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« -C'est le jour... On est le 25 août 2014, où il vient à l'île de Sein. »
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« -C'est un livre de 320 pages, écrit dans le plus grand secret. »
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« -"Merci pour ce moment", un brûlot vendu à plus de 750 000 exemplaires. »
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« -La seule chose qui était, pour lui, la plus grave dans le livre était qu'elle l'accusait de traiter les pauvres de sans-dents. »
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« -Je n'accepterai jamais, je dis bien, jamais, que puisse être mis en cause ce qui est l'engagement de toute ma vie. »
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« -La vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié parce qu'il peut tout perdre. »
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« -Le permis de conduire, dans ce pays, il coûte en moyenne 1500 euros. »
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« -Il y a, dans cette société, une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. »
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« -Une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. »
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« -On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens sont pauvres. »
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-Un petit mot a une énorme signification. -Vous en avez assez de cette bande de racailles ? -C'est inadmissible ! -On a de plus en plus de petites phrases dans le débat public. -Le bruit et l'odeur... -Je ne pense pas que ce soit volontaire, le fait qu'il sorte des petits trucs comme ça.
Quoi que... -On est les sans-dents de la République ! -Il y a une majorité de femmes, il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. -Après le scandale des sans-dents, voici celui des illettrées ! -C'est violent, c'est extrêmement violent. -Attention à ce nouveau langage. -François Hollande, Emmanuel Macron, deux ambitieux issus de l'élite de la nation.
Deux présidents portés au pouvoir par la gauche et par l'espoir d'un renouveau. -Vive la France ! -Si le protégé a trahi son mentor, tous deux ont été pris en défaut par leurs petites phrases.
Accusés de mépris envers les plus pauvres. -Il y a, dans cette société, une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. -"Illettrées", "sans-dents", des mots dits en public ou en privé, assumés ou non mais qui ont mis au jour leur décalage avec le peuple, jusqu'à provoquer la colère de la rue. -On dit qu'on est les sans-dents de la République, c'est ce qu'ils ont fait de nous. -2014, c'est l'année de tous les extrêmes.
Le climat s'affole. -2014, année la plus chaude depuis un siècle. -Les milliardaires, eux, amassent. -Les 300 personnalités les plus riches de la planète ont gagné en 2013 381 milliards d'euros. -En 2014, les Français découvrent les infidélités du président et ses escapades en scooter, à la une de la presse à scandales.
Un ministre, Thomas Thévenoud, découvreur d'une maladie : la phobie administrative. -La République exemplaire, c'est quoi ? -Il n'est pas en règle avec le fisc.
Un petit tour et puis s'en va. -En 2014, le Front National gagne les européennes. Première victoire du parti à une élection nationale.
Le PS, divisé comme jamais, s'effondre aux municipales. Cliquetis d'appareils photos Août 2014, après trois mois seulement, le gouvernement formé par Manuel Valls prend l'eau. -Tout est dans le symbole.
Pour sa fête de la Rose, Arnaud Montebourg a choisi une cuvée, celle du Redressement, qu'il adresse au président. -Je vais lui envoyer une bouteille de la cuvée du Redressement. -Trois ministres, parmi les plus à gauche quittent le navire, en désaccord avec la politique économique de François Hollande. -C'est le jour...
On est le 25 août 2014, où il vient à l'île de Sein. 25 août, normalement, il n'y a pas de tempête. Sauf qu'il y a une tempête épouvantable, et une pluie épouvantable. -Le message de l'île de Sein, c'est qu'il n'y a pas de péril, pas de difficulté, que nous ne puissions surmonter dès lors que la volonté existe. -C'est le moment où ils partent, Montebourg, Hamon et Filippetti.
Il perd 3 ministres d'un coup. -Sale temps pour le président. Une petite tempête qui en annonce une grande.
Elle arrive quelques jours après, à la surprise générale. -C'est un livre de 320 pages, écrit dans le plus grand secret. -Une nouvelle étape dans la confusion entre vie privée et vie publique. -Jamais une ex-Première dame ne s'était confié ainsi. -C'est une daube, on peut le dire.
C'est un très mauvais livre. "Le journal de Mickey" est mieux. -C'est un livre qui s'est vendu très, très largement.
Les Français aiment bien lire des livres quand ils peuvent regarder par le trou de la serrure. C'est un livre "trou de la serrure". -Je dois dire que j'ai un petit peu honte, un sentiment de voyeurisme, mais que j'assume.
C'est quelqu'un qui...
Désolée de dire ça, ça m'embête toujours de parler des sentiments des autres, mais qui se venge, quand même, d'une situation personnelle, en disant : "Ce président est inconstant", etc. -Je l'ai lu en entier. Il y a des pages agréables, mais on voit qu'à certains moments, à certaines pages, il est fait pour nuire, pour blesser François Hollande. -Ce bouquin n'a pas fait de bien.
Il n'a pas fait de bien. Il a atteint son objectif. -"Merci pour ce moment", un brûlot vendu à plus de 750 000 exemplaires, qui décrit sans pudeur 9 ans de la vie du couple, jusqu'à leur séparation en janvier 2014. 300 pages de règlement de compte privé dont une petite phrase va avoir d'énormes conséquences publiques. -La seule chose qui était, pour lui, la plus grave dans le livre était qu'elle l'accusait de traiter les pauvres de sans-dents.
C'est ce qui était le plus lourd pour lui. -La phrase sur les sans-dents m'a surprise car je connais François Hollande, j'ai pas été d'accord avec les options qu'il a prises en particulier, à la fin de son mandat, sur ce que j'appelle "la tentation néo-libérale". Mais je connais l'homme, et son empathie globale à l'égard des gens, même si certains disent qu'il est ni bon, ni rond, ni généreux, je crois qu'il a vraiment envie que les gens aillent mieux.
Pour faire court. -Ca ne se fait pas en public, c'est dans un contexte privatif. C'est une formule qui est censée ramasser toute une série de traits qui caractérisent celles et ceux qui sont véritablement en bas de l'échelle sociale, et dont la condition sociale ne se lit pas juste sur leur bulletin de salaire mais sur leurs corps. -L'expression "sans-dents" a la force des expressions figuratives.
C'est-à-dire qu'elle donne à voir. Elle énonce un thème, la pauvreté, non pas avec un concept, comme la misère, par exemple, mais à travers une image. Cette image résonne profondément dans la mémoire figurative des Français. -Ca envoie un message de stigmatisation.
Les classes populaires, surtout celles qui sont en bas de l'échelle sociale, ne s'attendent pas à être qualifiées ainsi. C'est une image d'elles-mêmes, qui, lorsqu'elle est une réalité, qu'ils préfèrent oublier. C'est les gens d'en haut qui parlent aux gens d'en bas, en insistant sur un attribut qu'ils ont, toute leur dentition, et que les gens d'en bas n'ont hélas plus. -L'expression prêtée à François Hollande, par son ex-compagne, avait fait la une de la presse.
Bien évidemment, en tant que dentiste, mon attention avait été aussitôt attirée, l'expression est quand même assez dure, si vous voulez, et injuste. C'est injuste de dire ça. Si quelqu'un n'a pas de dents, c'est pas du tout de sa faute, ou ça peut ne pas être de sa faute.
C'est une question de manque de moyens financiers. -Les sans-dents, ou comment un moment volé de la vie privée de François Hollande va le toucher en tant qu'homme, et anéantir toute une vie d'engagement politique. -François Hollande est un président socialiste, de gauche.
Ce qui peut toucher, en fait, la vie, l'engagement politique de François Hollande, et à travers lui, les socialistes, c'est cette expression. -Un homme de gauche qui méprise les pauvres, c'est la contradiction idéologique maximale. C'est même ce qui a été dit, c'est l'expression du cynisme. -Je n'ai jamais entendu François Hollande parler comme ça.
Hollande n'a jamais eu de mépris à l'égard des gens de la pauvreté. Jamais. Qui vivent la pauvreté. -Face à la déferlante médiatique, le président est contraint de réagir publiquement.
Habituellement jovial et blagueur, il a perdu son sourire. Fait exceptionnel : il le fait lors d'un sommet international devant la presse du monde entier, signe de la gravité de la situation. -Le livre de l'ex-Première dame a beaucoup de succès.
Ne craignez-vous pas, au-delà du plan personnel, que des révélations dégradent irrémédiablement votre crédibilité et la fonction présidentielle ? -Je n'accepterai jamais, je dis bien, jamais, que puisse être mis en cause ce qui est l'engagement de toute ma vie. Je ne vais pas laisser mettre en cause la conception de mon action au service des Français.
Et notamment de la relation humaine que j'ai avec les plus fragiles. Je suis à leur service. C'est ma raison d'être.
Tout simplement ma raison d'être. -On attend le retour de François Hollande qui revient de Cardiff. Il s'adresse à nous avec la pudeur de François Hollande.
Il n'aime pas du tout parler de sa vie privée. Et il nous dit : "Je n'ai pas le droit "de communiquer mes sentiments. "Mon devoir, quoi qu'il m'arrive, "à moi, est de préserver la fonction présidentielle." -Présentez...
Armes ! -Je le connais depuis 35 ans. Il a une sacrée solidité intérieure.
Il prendra, comme on dit, tout sur lui. -Quelques jours après, François Hollande brise l'armure dans une interview au Nouvel Observateur, blessé... -Valérie Trierweiler peut avoir écrit beaucoup de choses sur leur vie intime, mais lui prêter à lui l'expression les "sans dents", c'est beaucoup trop. -...et livre sa version des "sans dents". -Il essaye de recontextualiser l'expression pour lui retirer cette généralisation qui serait la définition des pauvres.
Ca n'est pas une généralisation de la pauvreté en général. Autrement dit, la connotation de l'expression, dans le contexte de François Hollande, c'est une connotation compassionnelle, alors que changée de contexte, ça devient une connotation méprisante -Dans le livre, Valérie Trierweiler, évidemment, tord un peu les choses et considère qu'il est méprisant et qu'il qualifie les pauvres de "sans dents". -François Hollande peine à se défendre.
Si les mots ont été dits en privé, l'expression dans sa bouche est crédible. Lui, auteur de bons mots, paierait-il cette propension à l'humour, dont il est coutumier ? -Moi, j'ai été dans le même lycée que Clavier et Jugnot donc j'ai gardé, finalement, une fidélité à ce comique-là.
Je suis "café-théâtre", si vous voulez. Je ne peux pas, comme président de la République, supprimer la pluie. Je ne peux pas non plus la provoquer, même si certains ont imaginé cette hypothèse.
Je leur dis : "Un euro, "mais un euro, ce n'est pas cher "pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy, payez, payez !" Vous connaissez la nouvelle ? Le président candidat est désormais candidat président.
Acclamations -Il manie l'humour. Ah, ça, il est plutôt cinglant. Il peut même être, d'ailleurs, cruel, avec l'humour.
Il peut blesser en l'utilisant. -On peut aller loin dans l'humour français. C'est pour ça qu'on choque les anglo-saxons qui pensent que l'humour français est iconoclaste, transgressant les frontières. -C'est un vélo de la gauche plurielle.
Plusieurs selles, une direction. Rires -Mais pour un homme de gauche, même si on le fait au travers de l'humour, faut pas transgresser certains tabous. Il y a d'autres façons de les qualifier qu'en utilisant ce terme. -Il est frappant de constater que, pendant sa mandature, François Hollande a limité considérablement sa propension aux mots d'esprit et à l'humour parce que le propre d'un mot d'esprit, c'est d'être ambigu, et c'est justement le jeu sur une ambiguïté qui permet de jouer sur le contexte.
Et si on change le contexte, il peut devenir catastrophique. C'est le propre de l'ironie. La fameuse histoire de Montesquieu sur les esclaves : "Si j'avais à défendre les esclaves, je dirais qu'ils ont un gros nez." C'est ironique mais ça a été interprété, jusqu'au 20e siècle, comme non ironique car décontextualisé. -Le contexte de cette petite phrase va connaître un nouvel éclairage quelques années plus tard.
En 2016, François Hollande se confie longuement à deux journalistes dans un livre et revient sur l'expression les "sans dents" qu'il admet avoir utilisée en privé mais sans mépris. Réponse immédiate de son ex-compagne sur Twitter qui persiste et signe. Valérie Trierweiler publie un SMS, vieux de 8 ans, attribué à François Hollande. -Cette histoire est remarquable, parce qu'elle change le registre.
C'est-à-dire qu'ici, ce que l'on voit, c'est que la "Bernadette", c'est Bernadette Chirac. -Les faits remontent au 31 mai 2008. Le président du conseil général de Corrèze, François Hollande, et la conseillère générale du canton de Sarran, Bernadette Chirac, inaugurent ce jour-là un centre culturel dans leur département. -C'est ce registre de la dérision, de ce fameux trait d'humour, caractéristique de la personnalité du discours de François Hollande, qui fait qu'on peut se dire, si on interprète la chose, que c'est un petit mot qu'ils ont entre eux, une sorte de petite plaisanterie.
Si on est attentif, le contexte du discours montre que c'est un mot d'esprit partagé, qu'elle-même doit l'utiliser. -Bonjour, madame. -En déballant un échange privé, Valérie Trierweiler se piège en révélant que l'expression attribuée à François Hollande serait partie de Corrèze. -Les édentés, on va plus les voir dans les milieux défavorisés, soyons clairs.
On va plus les voir au niveau de la France profonde. Là vous verrez, en regardant bien les gens, et surtout quand vous avez un oeil de dentiste, vous verrez assez facilement des gens qui ont des dents en moins, des dents de devant, de derrière, et qui ne se les font pas remplacer. Ce sont des gens qui auraient les moyens de se les faire remplacer mais qui n'y attachent pas une importance folle.
S'il leur manque une dent, ça ne les gêne pas pour vivre, dans les contacts sociaux. -Le président de la République. -Quoi qu'il en soit, François Hollande paye, dès sa révélation, un lourd prix politique pour une formule privée qui n'avait pas vocation à devenir publique. -Il arrive au plus mauvais moment car ça y est, le président perd la main.
On sent peut-être que François Hollande va vers un destin qui sera celui du premier président sortant qui ne peut pas se représenter. Ca finira comme ça. -C'est une phrase qui a été redite par volonté de nuire, donc mise en scène, dans le bouquin, et mise en scène pour atterrir sur des banderoles. -HOLLANDE, T'ES FOUTU !
LES "SANS DENTS" SONT DANS LA RUE ! HOLLANDE, T'ES FOUTU ! LES "SANS DENTS" SONT DANS LA RUE ! -Qu'est-ce qu'on dit ?
On descend dans la rue, on est les "sans dents" de la République, actuellement. -HOLLANDE, T'ES FOUTU ! -L'expression était intéressante.
Les manifestants se sont pas trompés, ils ont eu exactement la même analyse et ils en ont profité, si je puis dire, pour l'attaquer, l'accuser à partir de cette expression. En l'écrivant, elle savait ce qu'elle faisait parce que l'auteur est aussi journaliste. -C'est la manière dont un petit mot a une énorme signification.
Je prends l'image du mot comme une sorte de cachet effervescent. Vous le mettez dans l'eau, dans un contexte, et d'un coup, ça foisonne. L'histoire des "sans dents" est typique de cette espèce d'expansion considérable du sens autour de l'expression elle-même.
C'est-à-dire l'interprétation politique des actions jugées libérales par la gauche à gauche de François Hollande menées dans la conduite des affaires. Et cette interprétation-là vient donner un sens aux "sans dents" comme une sorte d'aveu idéologique, d'aveu qu'il n'est plus de gauche. -Si des leaders de gauche se mettent à parler comme ça, c'est peut-être pas par hasard.
C'est que depuis des décennies, la gauche française a, peu à peu, perdu son électorat populaire qui est parti vers d'autres horizons et l'électorat de la gauche est devenu un électorat de couche moyenne, de cols blancs et de bourgeois. Mais il y a peut-être aussi un embourgeoisement de leur attitude, une forme de mépris de classe qui, paradoxalement, s'exprime chez des gens qui ne nous avaient pas habitués à cela. -L'expression fait d'autant plus mal que le François Hollande de 2012 a été élu sur un programme très à gauche. -Dans la campagne de François Hollande, il a fait le discours fondateur le 22 janvier 2012 au Bourget.
Un candidat capable d'être président a toujours un discours fondateur. -Incarner le changement, faire gagner la gauche. -Alors, il sait, en effet, que contre Nicolas Sarkozy, qui est accusé à tort ou à raison de néolibéralisme, il y a un créneau, c'est le créneau, en effet, traditionnel de la gauche française qui consiste à dire qu'avec la gauche, on en finira avec ce nouveau visage capitaliste, le capitalisme financier, sans frontières, apatride, créateur de crises. -Dans cette bataille qui s'engage, je vais vous dire qui est mon adversaire.
Mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature.
Il ne sera donc pas élu. Et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance.
L'audience applaudit. ... -C'est ça qui a été retenu, mais c'est une phrase susceptible de lui être reprochée parce que c'est jamais assez, quand vous êtes dans l'opposition, même interne au Parti Socialiste, on s'en donne à coeur joie. -On verra ce qui restera quelques mois plus tard de ce message : "Mon ennemi, c'est la finance." -Mais deux ans après son élection, en 2014, ses sympathisants déchantent.
Moins d'un sur deux lui fait confiance. Musique enjouée ... -Moi, c'est une année, je fais campagne aux municipales, donc je rencontre des tas de personnes.
Et c'est une année où me revient, non pas en boomerang, mais, je dirais, un manche de râteau, ces expressions...
Pas de désespoir, mais : "Vous n'étiez pas au rendez-vous, vous n'avez pas été au rendez-vous, "on est déçus, on est mal, "on attendait beaucoup en termes de lutte contre les inégalités, le fameux : "Mon ennemi, c'est la finance." On attendait beaucoup en termes simplement de justice et on a eu peu. Malheureusement, François Hollande, et peut-être Manuel Valls, ne l'ont pas entendu. -La famille socialiste est déboussolée, mais François Hollande, en 2014, assume son virage politique. *-Jusque-là, il se disait socialiste, hier, il a franchi le pas. -Suis-je un social-démocrate ?
Oui. Au sens où ce pacte de responsabilité, qu'est-ce que c'est d'autre qu'une démarche de compromis social, donc sociale-démocrate ? -Ca a troublé l'électorat socialiste, c'est surtout l'électorat central, qui est le plus important qui se dégrade et puis, ça s'accélèrera par la suite, quoi. -A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, à la fois le libéralisme et la social-démocratie, ils n'arrivent plus à rien, sinon à mettre quelques pansements sur une jambe de bois.
Ils corrigent un système, mais ils ne le font pas bouger. Et nous, un certain nombre, avec Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, on ne réussit pas à faire passer le message que la tentation néo-libérale n'est plus une vue de l'esprit ou un écrit d'économistes atterrés, mais une réalité. -Après les révélations sur les "sans dents", la rupture avec le peuple se creuse.
Près de 3/4 de l'électorat de gauche ne veut plus de François Hollande. *-L'affaire Thévenoud, les "sans dents", le virage social-libéral, les raisons ne manquent pas. -Une dégringolade qui va profiter à l'un de ses jeunes conseillers : Emmanuel Macron.
Il ne manie pas l'humour comme son mentor, mais va aussi se laisser piéger par ses petites phrases. -Il y a, dans cette société, une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. -Après le scandale des "sans dents", voici maintenant celui des "illettrées". -Des petites phrases lourdes de conséquences. -Monsieur Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. *-Il revient par la grande porte.
Lui qui avait quitté son poste de secrétaire général adjoint de l'Elysée début juillet s'est assis, pour la première fois ce matin, à la table du Conseil des ministres. -Fin août 2014, le destin d'Emmanuel Macron se joue peut-être sur une démission. -Je dirais qu'il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie. -A 36 ans, le protégé de François Hollande remplace le frondeur et trop à gauche Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie.
Un profil plus jeune, plus fidèle, plus libéral, aussi. -Il était le contraire de Montebourg. Franchement, le grand contraire de Montebourg. -Bonne chance, Manu.
Vive le redressement productif de l'économie française. Vive la République, vive la France. L'audience applaudit. -Emmanuel Macron est l'homme qui, depuis 2012, murmure ses conseils à l'oreille de François Hollande.
A Bercy, il a pour collègue Marylise Lebranchu, élue bretonne et socialiste pur jus. -Emmanuel Macron, il est aux manettes quand il est secrétaire général adjoint. Quand il passe au gouvernement, il passe d'un poste de pouvoir silencieux à un poste de pouvoir effectif. -Le choix d'Emmanuel Macron est forcément un tournant.
La perception qu'ont les politiques de l'entreprise a profondément changé dans le logiciel socialiste, c'est très clair. On revient à la réalité. La création de richesses se fait par les entreprises.
Pas par hasard. -En passant de l'ombre à la lumière, Emmanuel Macron impose son style, en décalage complet avec celui de son mentor. *-Sûr de lui à l'Elysée, mais aussi, auparavant à la banque Rothschild où il a fait fortune.
Bardé de diplômes, Emmanuel Macron n'a jamais caché son ambition. -J'arrive tout auréolé d'une réputation qui m'est faite par la presse, je dois le dire. Jugez-moi sur les actes et sur les paroles. -Le voeu d'Emmanuel Macron va très vite être exaucé, car côté paroles, il sort l'artillerie lourde.
Comme ministre, puis comme candidat et une fois élu président de la République, il va faire un usage massif et délibéré de la petite phrase. -La vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié parce qu'il peut tout perdre. -Là où François Hollande a toujours mesuré ses propos en public, lui, assume sa méthode : le parler-vrai. -Il faut dire ce qui marche pas.
Je ne cèderai rien. Bonjour ! -A coup de petites phrases, il dresse le portrait d'un pays de Gaulois réfractaires où les jeunes devraient vouloir devenir milliardaires plutôt qu'être enclins à la fainéantise. -Ca va ? *-Même franc-parler maladroit et dévastateur, devant ces militants CGT. -Il y a toute une vérité d'Emmanuel Macron qui se dit dans ces petites phrases. -Je vais être honnête, je n'y crois pas, c'est pour ça que je fais ça. -Je ne pense pas que ce soit voulu qu'il sorte des trucs comme ça.
Quoique. -Avec sa méthode, Emmanuel Macron dérange, bouscule, transgresse. Il analyse les problèmes avec froideur et ne voit pas l'effet dévastateur que peut avoir son parler-vrai.
Une déconnexion totale résumée par l'affaire des "illettrées". Une petite phrase lâchée à sa première interview comme ministre à propos de sa réforme du permis de conduire. -Le ministre évoque la nécessité de petites réformes, il se met alors à parler du prix du permis de conduire et prend l'exemple des abattoirs bretons Gad.
Ecoutez. Le permis de conduire, dans ce pays, il coûte en moyenne 1500 euros. Il faut attendre plusieurs mois ou années avant de pouvoir le passer.
Dans les sociétés qui sont dans mes dossiers, il y a la société Gad. Vous savez ? Cet abattoir.
Il y a, dans cette société, une majorité de femmes, il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. Pour beaucoup, on leur explique : "Vous n'avez plus d'avenir à Gad ou aux alentours. "Allez travailler à 50 ou 60 km." Ces gens n'ont pas le permis.
On va leur dire quoi ? Il faut payer 1500 euros ? -"Illettrées", la formule fait bondir les salariées de la société Gad. -Vous avez entendu le ministre ? -Oui, qui ce matin a dit que la plupart des femmes de la société Gad étaient des illettrées.
On vient vous prouver qu'on n'est pas illettrées, qu'on a un permis, qu'il y a des administratifs et qu'on sait toutes lire et écrire. -Tant d'études pour sortir ça, j'aurais honte. -Quand on connaît pas les choses, on ferme sa gueule. -Gad, l'histoire d'une petite affaire familiale passée de 20 salariés, dans les années 50, à plus de 2500, dans les années 2000. -Lorsque j'ai été élu maire Lampaul, j'avais plus de salariés à Lampaul-Guimiliau que d'habitants. -Fragilisée par la concurrence des pays de l'est, l'entreprise bretonne ne résiste pas au changement d'époque.
Le couperet tombe le 11 octobre 2013, après une année de conflit social incarné par le délégué syndical Olivier Le Bras aux côtés du maire de Lampaul, en larmes. -La décision qui a été prise par l'actionnaire principal Cecab, c'est-à-dire...
C'est-à-dire validation...
Laissez-moi parler. Validation du plan de continuation, et autorisation des 883 licenciements. La foule hue. -C'était un village qui était complètement par terre et c'était, je dirais, toute une région qui était très affectée par ce qui venait de se passer. -Ces salariés qui, soi-disant, ne savent pas lire, vont en tout cas se faire entendre. -Moi, j'ai senti comme un deuxième couperet.
Un autre coup de bâton à un moment où on n'en avait pas besoin. Il nous insulte. -Des choses comme il a dit, ça se dit pas.
Pour une personne si haut placée, même une personne normale, même un ouvrier, il dira pas ça de gens qui travaillent en usine. -On nous parle comme si on était des moins-que-rien. -Ben, ça fait mal, quand même.
Ca fait mal. On ne comprenait pas pourquoi on était ciblés alors qu'on était en difficulté. -T'as pas su lire, t'as pas su écrire et t'as pas le permis.
Regarde bien ça. Donc, c'est pas de ta faute, ou peut-être, pour eux, mais on te le montre bien, comme si on montrait un mauvais bulletin à un élève devant tout le monde. -Pour moi, c'est une grande erreur de communication.
Il pouvait pas imaginer ce qu'il allait faire, c'est-à-dire faire mal à des gens qui travaillaient là. -Ca aurait été moins stigmatisant pour nous si derrière, il apportait la solution. "Nous, l'Etat, on va mettre tant de millions "sur les permis de conduire, "on va aider les gens qui ont des difficultés à lire et à écrire "pour accéder à ce bien commun". -Je conçois, il a voulu protéger quelque chose qu'il voulait mettre en place, le permis à 1 euro, à ce moment-là, mais il n'avait pas à utiliser ce mot-là.
Pas ça. -Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. -Je suis d'ici, les deux pieds dans cette terre qui est très touchée par la crise de l'agroalimentaire et de Gad en particulier.
Le matin, je...
J'entends cette phrase, comme un...
Un coup énorme, et pour moi, un coup dans le dos. La phrase, elle est d'une violence inouïe. -L'expression emballe la classe politique. -Il n'a sans doute jamais rencontré une ouvrière de l'agroalimentaire.
Ce monsieur n'est pas venu voir sur place. Ce monsieur, alors qu'il est là pour aider les salariés, les enfonce et les caricature. -Quelle méconnaissance de la réalité de l'intelligence ouvrière dans notre pays. -Il arrive avec un franc-parler, moi, je reçois cinq sur cinq, parce que, quand on regarde la réalité de ce qu'il dit, peut-être que c'est mal formulé, mais voilà la réalité des choses.
On a des salariés qui font une tâche depuis longtemps, qui sont salariés depuis longtemps, mais qui n'ont pas la capacité, à l'heure actuelle, s'ils ne sont pas formés, à faire autre chose. Ca peut être perçu comme caricatural, et ça l'est en partie, mais de dire : "Il faut qu'on change les choses." Je le perçois comme ça. -Vous pouvez dire, quand vous êtes politique, "il y a trop d'illettrisme en France", ça existe, c'est vrai, c'est une réalité, faut la prendre en compte, la dire, la décrire, mais il faut la décrire avec chaleur humaine.
Il faut la décrire en disant : "Je sais qu'on ne vous a pas donné cette chance-là." "Moi, politique, je dois vous donner cette chance-là." C'est autre chose que de balayer comme ça, en disant : "Il y a des illettrés, ça pose problème." -Erreur de jeunesse, si je puis dire.
Un vieux de la vieille n'aurait pas parlé comme ça. Il aurait dit : "Dans cette entreprise que j'ai visitée, "avec des personnes qui sont attachées à leur travail, "qui le font avec professionnalisme, "il y a un certain nombre pour qui il faudrait "une formation complémentaire de ceci..." Le mot "illettré", ça donnait le sentiment qu'il traitait une entreprise d'illettrée.
Ca lui revient dans la gueule. -Première petite phrase, et première conséquence pour le jeune ministre, pour qui la journée s'annonce difficile. -J'appelle Emmanuel Macron, et je lui expliquais que seule l'excuse publique pourra réparer la déchirure que ces gens ont forcément ressenti.
Il avait l'air surpris par cette demande d'excuse. -L'après-midi même, il se retrouve dans l'arène démocratique, face à des députés prêts à lui faire payer son parler vrai. -La parole est à madame Laure de La Raudière -Merci.
Monsieur le Premier ministre, ce matin, votre ministre de l'Economie a traité les salariés des entreprises Gad d'illettrés. C'est inadmissible. Quel mépris !
Après le scandale des "sans dents", voici maintenant celui des illettrés. Condamnerez-vous ces propos ? -C'est sans pitié, l'Assemblé nationale.
Il n'a jamais pénétré dans l'hémicycle. Il doit être surpris que les députés en font une affaire. C'est comme ça. -Les salariés de Gad et les Français méritent votre respect, le respect des membres du gouvernement. -On ne se rend pas compte à quel point c'est un moment fort, et qu'il est compliqué de parler à l'Assemblée, avec l'émotion et avec le bruit.
Il sent qu'il faut tout de suite qu'il apaise. Il n'est pas venu pour faire des combats sur des petites phrases, mais pour porter une vraie transformation, une amélioration de la société française. -La parole est à monsieur Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique.
Mes chers collègues, on écoute la réponse. -Merci de m'offrir l'occasion de répondre, pour exprimer devant la représentation nationale deux regrets. Le premier regret, c'est pour les propos que j'ai tenus ce matin, si j'ai blessé et parce que j'ai blessé des salariés.
C'est inacceptable et ça n'est pas ce que je voulais faire. Si vous écoutez ce que j'ai pu dire ce matin, si je prenais cet exemple précisément, c'est que ces salariés n'ont pas eu la formation qu'ils étaient en droit d'attendre. Mon premier regret, mes excuses les plus plates, elles vont à l'égard des salariés que j'ai pu blesser, que j'ai blessés, et je ne m'en excuserai jamais assez. -Merci, monsieur le ministre. -Ses premières excuses, Emmanuel Macron les fait à Paris, sous les ordres de la République. -Des choses ne marchent pas qu'il faut dénoncer.
On le fait parfois maladroitement. Je l'ai fait et je me suis excusé auprès des gens que j'ai blessés. Mais ce qui compte avant tout, c'est de régler les problèmes. -Il faudra attendre quatre mois pour qu'il se décide à aller en Bretagne affronter les personnes qu'il a vexées. -Il a attendu trop longtemps, je pense que c'est ça qui...
C'est ça qui a été le plus douloureux, quelque part. -Il accepte une rencontre avec une centaine d'anciens salariés, mais à huis clos. -Il a été très clair.
Il a dit : "Je ne veux pas de journaliste, "je ne veux personne, que moi." -Sur le principe, ça me dérangeait pas. Ce qui m'importait, c'est qu'il vienne les yeux dans les yeux voir ces salariés, qu'il s'excuse devant eux, qu'il y ait un échange. -L'ambiance était très tendue et l'atmosphère plus que lourde. -Il rentre dans la salle, il traverse la foule.
A ce moment-là, c'est tendu. Ca siffle, ça hue, mais c'est respectueux, pas d'insulte. -Il a dit qu'il s'excusait. "Je m'excuse pour les propos que j'ai prononcés." -La salle s'apaise, et ensuite, il prend le temps d'aller voir le maximum de gens pour échanger avec eux.
Voilà comment ça s'est passé. Les premières minutes et les dernières sont plus les mêmes, quoi. -Une demie heure plus tard et des excuses droit dans les yeux, Emmanuel Macron se voit remettre un paquet de pâtes en alphabet, un clin d'oeil pour redescendre sur terre. -C'est gentil de sa part !
Yvon est un brave mec. -Monsieur le ministre, qu'avez-vous appris de cet échange ? -Beaucoup de choses que je garderai pour moi.
C'est la règle du jeu. Quand je dis que c'est intime, c'est intime. C'était un bon moment, j'ai vu de belles personnes.
J'ai vu de belles personnes, c'était émouvant. Ils sont fiers de ce qu'ils sont, et je suis très fier d'eux. -On a tous été, dans cette salle, à se dire : "Il a osé venir, "et il est à l'écoute de nos problèmes." -J'ai entendu beaucoup dire "c'était courageux".
Non, je regrette, c'était normal. Il a pu rencontrer des gens sans avoir l'angle de la caméra qui le favorise. Et ça, je pense qu'il a forcément été enrichi par ce contact-là.
Et ça, c'est ce qu'il faut faire. -Emmanuel Macron va au contact et arrive à retourner une salle hostile à son égard. Cet épilogue dans le sourire l'a-t-il conforté dans son usage du parler cash ?
Malgré ses excuses, il ne semble pas avoir retenu la leçon. Ceux qui pensaient qu'il changerait de méthode en sont pour leur frais. Il va récidiver, au point de le soupçonner de provocation.
Comme lorsqu'il croise, quelques années plus tard, en tant que président de la République, un jeune sans emploi lors des journées du patrimoine à l'Elysée. -Vous êtes à Pôle emploi ? -J'envoie des CV, ça fait rien. -Dans l'hôtellerie et la restauration, dans le bâtiment, il n'y a pas un endroit où je vais où ils ne cherchent pas de gens.
L'hôtel-restaurant, je traverse la rue, je vous en trouve. Il faut être prêt à travailler, avec les contraintes du métier. -Je pense que beaucoup de Français se disent que tout ça, c'est calculé.
Non. Il y a des moments, ça sort comme ça. Il faut ensuite le gérer.
Ca fait partie du bloc des expressions qui lui reviennent dans la figure, qui peuvent faire dire de lui que c'est arrogant, c'est méprisant, c'est hautain. Ceux qui réussissent, bien, les autres se démerdent. -Je viens d'une culture, je pense que c'est la même qu'Emmanuel Macron, le travail, on l'attend pas, on va le chercher.
Et quelque part, il le prend en main, il lui dit : "Tu vas y arriver, bats-toi, tu vas y arriver." C'est perçu comme de l'arrogance alors que cette phrase est plutôt bienveillante à l'égard de ce jeune. -Pour les visiteurs qui n'auraient pas réussi à le croiser, reste sa photo sur papier glacé. -Emmanuel Macron, c'est quelqu'un qui n'a pas fait d'élections locales.
On a tous connu ça, quand on est élu local. Vous devez apprendre à leur parler, à ces personnes. Qu'aurait fait un Mitterrand ? "Je vous comprends, jeune homme." Il a un conseiller. "Prenez note. "Ecrivez-moi.
Je vous aiderai. "Parce qu'il y a du travail." -C'est difficile pour celui qui est en difficulté d'entendre "bats-toi plus", mais au fond, qu'est-ce qu'on attend d'un chef d'Etat ?
Qu'il nous emmène vers quelque chose de meilleur. -Sa radicalité, Emmanuel Macron l'assume et va jusqu'à la mettre en scène, comme dans cette vidéo, filmée et mise en ligne par l'Elysée. -La politique sociale, regardez !
On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens sont pauvres. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres.
On doit permettre aux gens de s'en sortir. -Il reste quelqu'un qui pense qu'il a raison, le matin, le midi, le soir, et qu'ayant raison, il peut se permettre beaucoup de choses. -Qui n'utilise pas cette expression, le "pognon", "on dépense un pognon de dingue" ?
Je pense qu'un président doit parler comme il est, donc utiliser des expressions familières, ça me choque pas. -Emmanuel Macron est un enfant du parler cash. Il considère non pas que c'est un moins, mais un plus.
Et puis, il y a une philosophie macronienne, les premiers de cordée : on considère que l'action politique est faite avant tout pour les premiers de cordées, qui vont montrer la voie à ceux qui sont derrière. C'est une conception extrêmement élitiste de la société. -Sa vision du monde et la société à laquelle il aspire, Emmanuel Macron en donne un aperçu très clair ce jour de juillet 2017, devant des créateurs de start-up, réunis à Paris.
Après "les illettrés", "les gens qui ne sont rien". -Une gare, c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien, parce que c'est un lieu où on passe. -Comment peut-on dire ça, "des gens qui ne sont rien" ? -Alors là, c'est très fort. -Vous vous rendez compte ?
C'est d'un mépris...
En effet, là, extrêmement impressionnant. -C'est une phrase que vous pouvez pas avaler, qui vous étouffe, qui vous coupe le souffle. -Ce qui me frappe là-dedans, c'est qu'il a une opposition entre le faire et l'être.
Ceux qui réussissent, ce sont ceux qui sont dans la transformation, dans la création, et ceux qui ne sont rien, c'est des gens qui sont dans la permanence de leur état, inchangeables. -Ce qui vous rassemble, ce qui nous rassemble aujourd'hui, c'est cet esprit... ...entrepreneurial. -Les accidents de langage de ce type, qui sont proches du lapsus, ils ont comme propriété d'être toujours sur le même registre.
Donc, ça révèle avec d'autant plus de force l'espèce de cohérence intérieure d'un imaginaire social. C'est quelque chose qui renvoie à une idéologie politique, presque de la défense de l'inégalité comme une donnée naturelle. -Emmanuel Macron, c'est l'archétype d'une tête bien formée dans le moule de l'élite française.
Un parcours de gagnant, conscient de sa position. -C'est un enfant issu d'une bourgeoisie médicale, aisée, qui a fait les meilleures écoles, qui est passé par l'ENA, les grands corps, vous voyez ? L'inspection des finances...
On est dans une forme de noblesse d'Etat. -Il faut faire attention. Ca peut abîmer.
Ca peut abîmer. On a besoin des bons élèves, mais aussi de savoir pourquoi d'autres ne peuvent pas réussir. On peut être brillant, on peut être cultivé, et ne pas avoir de pâte humaine suffisante pour sentir que l'autre peut être dévalorisé, peut être humilié. -Dans ces milieux, il peut y avoir un mépris, et s'il n'y a pas de mépris, une distance sociale abyssale, avec les gens dont on parle. -Entre ces deux mondes, celui de la haute sphère de l'élite de Macron et celui du peuple, l'incompréhension mutuelle grandit, nourrie par des phrases et des écarts de langage. -Ca stigmatise, et les gens n'aiment pas être stigmatisés, n'aiment pas être montrés du doigt.
Au nom de quoi, le président, quel que soit l'honneur de sa fonction, aurait-il le droit de parler sur ce ton de nous ? Un président de la République, ou un candidat à la présidence, qui a une vocation à unir, il faut qu'il positive ceux en bas, qui ont une image d'eux très négative, qui sont dans une situation de défiance. Il faut qu'il les soulève, il faut pas espérer de manière naïve et technocratique que c'est le haut qui emportera le bas.
Ca se passe pas comme ça. -La parole publique suppose de la retenue, du choix des mots. En effet, les mots sont...
Ils peuvent être blessants. Un mot est une arme, quelque part. Pas forcément une arme létale, mais une arme politique. -Toutes ces petites phrases démontrent que ce qu'il avait dit avec beaucoup de maladresse - c'est en tout cas ce que je pensais au début - montre quand même un peu de dédain par rapport à une certaine population. -Attention à ce nouveau langage.
Ca vous permet d'exister dans un premier temps, et puis ça vous plombe. Depuis qu'il est au pouvoir, ça l'a pas servi, ça l'a plombé. On met un pognon de dingue dans des minima sociaux.
Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrés. -Il y a certainement cette volonté de parler cash qui vous fait dire d'énormes bêtises. Des mots...
C'est mieux dit que Sarkozy, mais c'est d'une violence effrayante. Ca va créer des réflexes extrêmement violents. Les gilets jaunes, ils se sont nourris de ces petites phrases. -Ca fait partie de ces petits épisodes qui alimentent la colère, et malheureusement aussi, parfois, la haine.
Ils klaxonnent. ... -DANS TON CUL LA QUENELLE -Avec le mouvement des gilets jaunes, fin 2018, Emmanuel Macron a connu, comme président, l'un des plus violents mouvements de contestation du pouvoir. -Dans les manifestations, on a bien vu les pancartes, les inscriptions sur les gilets, etc., jusqu'à, d'ailleurs, certains gilets jaunes ont franchi une ligne qui n'était pas acceptable, c'est d'attiser la haine à son égard.
Dans certaines manifestations, on pendait Macron. Là, c'est trop. -A Angoulême, le quotidien régional rapporte ce simulacre d'exécution d'Emmanuel Macron. -Cette haine reprenait à la fois les mots, le langage, et puis le parcours d'Emmanuel Macron : Rothschild, l'ENA, voire sa jeunesse, etc. -Il y a une perception qu'une élite gagne de plus en plus d'argent et s'en sort de mieux en mieux, et une autre qui travaille dur, mais qui n'y arrive pas.
Ensuite, il y a une étincelle, l'augmentation des taxes sur l'essence, qui crée ce ras-le-bol. Peut-être qu'à ce moment-là, Emmanuel Macron incarne ceux qui réussissent, finalement, et qu'il peut avoir donné le sentiment de ne pas incarner ceux qui galèrent, qui travaillent. -Quand vous n'avez plus rien à perdre, ce genre de phrases, ça sert pas à apaiser.
Ca alimente un peu ce feu de la haine, ce feu de la colère. Moi, je l'ai vu dans les yeux des salariés, ce feu, des gens qui étaient pacifiques, doux, mais qui n'avaient plus rien à perdre, parce qu'on leur enlevait tout. Quand en plus, au plus haut sommet de l'Etat, les gens qui ont le pouvoir, contrairement à ce qu'on dit, on se permet de sortir ce genre de phrases !
C'est violent, c'est extrêmement violent. -Emmanuel Macron a-t-il aujourd'hui perçu les limites de son franc-parler ? -Il y a des phrases que je regrette, des phrases qui ont été sorties de leur contexte.
C'est une réalité. Elles se sont agrégées. Mais...
Je crois que j'ai compris beaucoup de choses, de la vie du pays, de ce que...
Des impatiences qu'on exprime avec sincérité, - croit-on - peuvent être mal comprises. Même si on ressent que c'est une injustice, qu'on s'est mal compris, c'est une erreur. -Pour les anciens Gad, le temps a passé, mais l'étiquette reste. -"Illetrés-Gad", quoi.
C'est lié, maintenant. -Quand on me dit "c'est vrai, "t'es une illettrée, toi", je souris, mais ça fait un peu mal quand même. -Joelle Crenn a ouvert son restaurant et emploie aujourd'hui trois personnes. -Ca va, monsieur ?
Très bien. -Allez-y, monsieur. -Olivier Le Bras est agent de sécurité à l'aéroport de Brest, et siège au conseil régional de Bretagne.
Depuis l'épisode des "illettrés", il veut porter la parole ouvrière à l'Assemblée. L'ancien ministre est devenu président de la République. Depuis le mouvement des gilets jaunes et son pic d'impopularité, Emmanuel Macron n'a pas changé sa méthode.
Peut-être a-t-il déjà les yeux tournés vers la prochaine élection présidentielle, tout comme François Hollande, jamais loin des médias. Tous deux ont payé cher leurs petites phrases, et espèrent peut-être renouer avec le peuple. Il leur faudra apprendre à tenir leur langue.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...
Emmanuel Macron