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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 7 août 2026 10 minAutoproduitDivertissementCulture, médias & sport

Photographie : mettre 2026 sous scellé

Source d'origine 3 locuteurs

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Présentateur

Il existe une photo, un daguerreotype d'Honoré de Balzac dont on a parlé tout à l'heure dans les matins avec Judith Lionquin. Une photo où on le voit en noir et blanc bien entendu avec ses joues encore bien rondes, une moustache, le col de sa chemise blanche ouvert, la main droite sur le cœur. Cette photographie date de 1842, ça faisait déjà 24 ans à l'époque que Nicephore Niepce avait réalisé la toute première photo qui ne disparaissait pas après quelques minutes. 1826-2026, vous avez quelque chose à célébrer Gérald Vidaman. Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous.

Vous êtes journaliste, photographe, président de HIP, Histoire Photographique, une association de promotion de la photographie. Et vous lancez cette année une capsule temporelle de photographie et de textes de 2026. Alors on espère que les humains de 2226 dans deux siècles les regardons avec autant d'intérêt que nous les premiers clichés de Nicephore Niepce. D'ailleurs, le tout premier, qu'est-ce qu'il représente ? Tout premier de Nicephore Niepce ?

1:01
Invité

La tout première photographie, c'est un point de vue... Alors, le titre, c'est le point de vue du gras et ça représente une photographie qui a été faite à partir de son atelier au travers d'une fenêtre.

1:13
Présentateur

En Saône-et-Loire, à Saint-Loup de Varennes. Nicephore Niepce travaillait à l'époque avec Louis Daguerre, mais le premier, Niepce est mort bien avant le second, qui a avancé tout seul pendant ce temps sur le tout premier appareil photo, le daguerotype présenté d'ailleurs par François Arago à l'Académie des sciences et à l'Académie des Beaux-Arts. Il se trouve qu'Arago et Balzac étaient voisins à Paris. On a des liens, on peut trouver des liens partout avec ce qu'on explique dans cette photo. Sauf que les Français ne sont pas les seuls à se revendiquer inventeurs de la photo. C'est toute une histoire à l'époque.

1:42
Invité

C'est tout à fait clair. Quand on est en France et dans beaucoup de pays, on pense que la photographie est française. Quand vous allez en Angleterre, la photographie est anglaise, absolument.

1:51
Présentateur

Alors, pourquoi l'anglais William Henry Fox Talbot ? C'est ça qu'il invente en 1840 ? Oui, tout à fait, notamment. Et la première photo couleur, c'est un écossais. Donc voilà, ils sont plusieurs à revendiquer. Non ? C'est pas James Clerk Maxwell ?

2:04
Invité

Oui, je ne sais pas si le sujet, c'est la photographie. Enfin, en tout cas, c'est un sujet qui est très vaste. Mais la photographie couleur, par exemple, en ce moment, grâce à ce projet-là, j'échange avec notamment une scientifique du CNRS qui dit que la photographie couleur, il y a eu des photographes français qui ont été à l'origine.

2:21
Présentateur

Donc voilà, on va laisser cette histoire-là et sur laquelle on revient. Et d'ailleurs, les midis de culture parleront aussi de l'histoire de la photo avec une exposition au bal qui se tient à Paris. Ces photos-là, c'est toute première, ont une valeur infinie. Et deux siècles plus tard, on les regarde avec une émotion particulière aussi parce qu'on se met à la place de ceux qui découvrent qu'on peut fixer un visage, un paysage sans pinceau ni crayon. Roland Barthes en parlait comme d'un tournant, une mutation de l'imaginaire humain. Deux siècles plus tard, en 2026, Gérald Vidamont, qu'est-ce que vous cherchez, vous, dans cette grande collègue de photos à travers la France ?

2:56
Invité

Alors, cette année, en fait, on fête cette année et l'année prochaine, on fête le bicentenaire de la photographie. Et l'idée de la capsule temporelle m'a toujours, me suit à peu près depuis un quart de siècle, depuis d'autres capsules temporelles, notamment celle qu'il y a eu à Nantes qui est magnifique et qui s'appelle le grenier du siècle. Qu'est-ce que c'est une capsule temporelle ? Alors, une capsule temporelle, ça peut être beaucoup de choses. Ça peut être à la fois personnel comme ça peut être collectif. Celles qui sont plus référencées, ce sont celles qui sont collectives. C'est-à-dire que vous imaginez, en fait, un contenant.

Vous invitez des gens, ça peut être au niveau des villes, donc les habitants, à venir déposer, en fait, des objets, des souvenirs, tout type d'objets. La plupart du temps, en fait, il n'y a pas véritablement de règles. Ça existe depuis le 19e siècle, en fait, où il y avait des artistes, en fait, qui laissaient un écrit, parfois un plumier. Et après, vous scellez, au bout d'une certaine période, vous scellez, en fait, ce contenant, quel qu'il soit. C'est pour ça que je parle de contenant. Et vous décidez, alors, soit de l'enfouir, soit de le cacher, on va dire, à la vue. Et on va dire, on l'oublie.

Et on a décidé, en fait, d'une durée de conservation pendant laquelle on s'interdit, en fait, de réouvrir. Et voilà, et cette durée peut vraiment évoluer.

4:17
Présentateur

Et vous, ce sera 12 ans, donc c'est assez court à l'échelle de l'histoire de la photographie. Mais vous nous direz pourquoi. D'abord, est-ce que tout le monde est invité à participer ? Vous prenez tout, toutes les photos qu'on vous envoie ?

4:27
Invité

Alors, je ne dirais pas ça exactement comme ça. Au niveau des profils, ça a été une vraie discussion. L'idée, c'est de faire un arrêt sur image du présent. Et le présent, on considère que c'est l'année 2026. C'est pour ça que toutes les photographies que l'on va mettre dans cette malle devront avoir été réalisées en 2026. Après, on ouvre autant aux photographes professionnels qu'aux photographes amateurs, puisque l'idée, c'était une grande question. On sait que le métier de la photographie, aujourd'hui, est en malle. Mais pour autant, la photographie, il ne faut pas oublier, c'est un art populaire.

Donc l'idée, c'est autant de pouvoir rassembler les photographes professionnels, dont c'est le métier, que les photographes amateurs, dont c'est la passion.

5:08
Présentateur

On dira un petit mot à la fin pour ceux et celles que ça intéresse, comment s'y prendre. Mais vous demandez aussi un texte. Il faut répondre à la question, comment imaginez-vous la photographie en 2037 ? Vous allez mettre tout ça dans une vieille malle des années 30, une malle de voyage. 10 000 photos, à peu près, c'est le nombre que vous êtes fixé, même si vous êtes en train de réfléchir, est-ce que vous allez en prendre plus ou pas ? Bon, vous verrez ça. Et vous allez les garder sous clé jusqu'en 2037, 12 ans fermés à double tour au musée Nice et Fornieps de Châlons-sur-Saône. Dans 12 ans, c'est donc peu à l'échelle de l'histoire de la photo.

Qu'est-ce que vous imaginez qu'il se sera passé ou pas passé, d'après vous, qui donnera de l'intérêt à ces photos-là, quand on rouvrira la malle ?

5:49
Invité

Alors, juste une petite correction, c'est 2039. 39, excusez-moi. 2039, parce que par rapport à une capsule temporelle, juste pour faire un petit aparté, en fait, souvent, on décide d'une durée de conservation et la date de réouverture n'est que la conséquence de cette durée qui a été choisie. Et là, on a fait les fins inverses, et c'est pour ça que le projet s'appelle la malle des bicentenaires. C'est-à-dire qu'on a décidé, en fait, d'ouvrir cette malle pour fêter un bicentenaire, qui n'est pas le bicentenaire de la photographie, mais pour être beaucoup plus précis, le bicentenaire de la première photographie permanente existant à ce jour. Parce qu'il y a un grand débat.

Quand est-ce qu'on a créé la photographie ? Même en France, il y a un grand débat. Et tout le monde n'est pas d'accord. Et l'idée de ce projet-là, c'est de rassembler un peu les gens, puisque, en fait, les gens ne sont pas d'accord, mais, en fait, ils ne parlent pas forcément de la même chose.

6:35
Présentateur

Mais les photos, ça ne se bonifie pas comme du bon vin. Donc, qu'est-ce qu'il y aura dans 12 ans qui fait que ça leur donnera un intérêt particulier ?

6:43
Invité

Alors, en fait, l'idée, c'est aussi de se dire que les capsules temporelles, souvent, effectivement, ça peut être une génération, une trentaine d'années. Ça peut être un siècle. Parfois, ça peut même être plus. À Strasbourg, ils ont décidé de réouvrir leurs capsules temporelles en 3790. 13 ans, en fait, ce qu'il faut imaginer, c'est que pour d'autres capsules temporelles, ça serait peut-être très court. Et, en fait, aujourd'hui, on est tous confrontés à une problématique qui s'appelle l'intelligence artificielle. Dans le domaine de la photographie, on va plutôt parler de l'IA générative.

Et je suis complètement persuadé que dans 12 ans ou 13 ans, ça dépend, enfin, 12 ans par rapport à le scellement qu'on va faire en 2027, mais pour moi, ça va représenter à peu près un siècle. Un siècle de photographie, si ce n'est plus, en aussi peu de temps. Il n'y a qu'à voir qu'aujourd'hui, les concepteurs et les développeurs, en fait, d'intelligence artificielle sont plutôt en train de, comment dire, d'essayer de freiner eux-mêmes, en fait, le mouvement parce qu'à la fois, ça leur échappe. Et puis, à la fois, il y a un point aussi qui est très important et que je dis souvent, c'est qu'aujourd'hui, on parle beaucoup de l'IA générative et on parle beaucoup moins de l'ASI.

L'ASI, c'est la superintelligence artificielle. Et en fait, autant on n'arrive pas à anticiper, on n'a pas anticipé cette intelligence artificielle, autant je pense que l'ASI, ça serait bien de l'anticiper aujourd'hui.

8:08
Présentateur

Est-ce que l'intelligence artificielle ou la superintelligence artificielle, ça va changer, d'après vous, la définition de ce qu'est une photo ou de ce qu'est une bonne photo ?

8:18
Invité

Ce qu'est une photo, oui, j'en suis complètement persuadé. Comme je vous disais, la photographie, c'est à la fois un métier et c'est à la fois une image d'amateur. Et la photographie, selon ma définition, c'est un nom féminin pluriel. Donc, pour certains métiers, pour certains domaines photographiques, ça va vraiment complètement transformer la photographie, notamment dans le domaine artistique, dans d'autres domaines. Peut-être la photo au reportage, ça va le transformer, mais d'une autre manière.

8:46
Présentateur

Une bonne photo, d'après Hervé Guibert, qui était aussi photographe. Une bonne photo, c'est une photo fidèle aux souvenirs de l'émotion. Qu'est-ce qu'on cherche quand on prend une photo ? Il a beaucoup écrit à ce sujet. Qu'est-ce qu'on cherche quand on regarde une photo, Roland Barthes, dans une archive de 1977 ?

9:01
Locuteur 1

Je cherche la capture, je cherche le ravissement, le rapte, je cherche à être ravi par l'image, exactement comme dans l'épisode amoureux. On cherche, enfin, si on a une structure d'amoureux, on cherche inlassablement ce qu'on appelle vulgairement le coup de foudre, ou savamment l'énamoration. Et devant l'image fixe, ce que je cherche, c'est l'énamoration, c'est le coup de foudre.

9:28
Présentateur

Roland Barthes, en 1977, sur France Culture. Gérald Vidaman, merci d'être venu nous parler de cette malle du bicentenaire qui commence aujourd'hui, la récolte commence aujourd'hui.

9:40
Invité

La récolte ne commence pas aujourd'hui, mais le site est ouvert, donc on peut déjà s'en imprégner pour savoir un petit peu comment ça se passe.

9:45
Présentateur

Donc, le site, on le met en lien sur la page des matins, et cette malle sera ensuite scellée et exposée au public jusqu'en 2037, mais fermée donc au musée Nice-Fornieb, sa chalance sur Saône, et bien entourée de 3 millions de photographies et d'objets que recèle ce musée. Et où trône en majesté le premier appareil photo au monde utilisé par Nice-Fornieb. Merci Gérald Vidaman d'avoir été avec nous.