Du terrain aux cartes : raconter les parcours de migration
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Des centaines de sandales en plastique qui ondulent au gré du clapot de la mer sur le rivage de Ceuta. Les claquettes ont glissé des pieds de leurs propriétaires, elles ont ensuite perdu leurs traces. Une semaine plus tard, elles flottent toujours sur deux mètres d'océan, la semelle tournée vers l'autre côté du monde. Sur les 50 à 60 000 personnes en sandales ou baskets qui, en quelques jours la semaine dernière, ont gagné l'enclave espagnole de Ceuta, la plupart ont été renvoyés chez elles. Pour 77 au moins d'entre ces exilés, la mer s'est refermée sur eux comme un linceul. Pour nous, cette histoire se résume à ça.
Ceuta, un mur infranchissable et des gardes frontières pour qui l'essentiel est que le mal vient de la mer et qu'il faut l'y refouler. Au-delà des nœuds que sont les postes frontières et des flux qu'on représente sur les cartes à coups de grosses flèches rouges, « Comment raconter les parcours de migration ? » Bonjour Mickaël Neumann. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes responsable de l'unité Migration de médecins sans frontières. Nous accueillerons dans ce studio dans quelques instants et qu'elle ne s'inquiète surtout pas si elle nous entend.
Françoise Bauken, géographe et cartographe qui est chargée de recherche à l'université Gustave Eiffel, au département aménagement, mobilité, environnement, et qui travaille sur la façon de raconter ses parcours par des cartes parce que ce ne sont pas que des flux, les cartes. Mickaël Neumann, peut-être d'abord avec vous quelques mots sur ce qui s'est passé la semaine dernière à Ceuta. MSF, médecins sans frontières, n'a pas de mission d'urgence ou d'installation médicale à Ceuta. Néanmoins, vous connaissez, toutes les ONG connaissent cette enclave qui est l'un des points par lesquels des personnes en migration tentent de rejoindre l'Europe depuis le continent africain.
Point de passage ou zone tampon, comment faut-il en parler Mickaël Neumann ? Bonjour et merci pour votre invitation. Ceuta est effectivement un point de passage privilégié historiquement, en tout cas pour les personnes exilées qui cherchent à rejoindre l'Europe, en particulier des jeunes marocains, comme on l'a encore vu ces derniers jours. Néanmoins, l'enclave est très fermée depuis plusieurs années. Les dispositifs de contrôle, de surveillance ayant été relativement efficaces. Et donc, il y a aujourd'hui et depuis des mois maintenant, très peu de passages. On a dû enregistrer autour de 3000 passages l'année dernière par Ceuta, donc très loin des 50 000 personnes dont on a parlé.
Donc on a un centre de gens qui s'amassent autour de l'enclave, mais avec un taux de succès relativement précaire, ce qui entraîne surtout l'emprunt par ces personnes d'autres routes. Et c'est ce qu'on verra sans doute à la suite, c'est que les fermetures progressives organisées par les autorités des deux côtés de la Méditerranée ont pour effet de détourner les personnes vers d'autres routes, que ce soit les Canaries ou la Libye ou la Tunisie, ou en l'occurrence, s'agissant de cette région de la Méditerranée occidentale, beaucoup l'Algérie.
Est-ce qu'il est encore possible de déposer une demande d'asile à Ceuta, où la seule raison d'être des 1000 soldats et policiers sur place est de refouler ? Parce que c'est vraiment l'impression que ça donne, et on a du mal à comprendre s'il y a toujours des bureaux où les gens peuvent aller et déposer une demande d'asile. Oui, il est possible théoriquement de déposer des demandes d'asile à Ceuta, qui est une enclave espagnole, qui fait partie de l'État espagnol. Il est par contre beaucoup plus difficile de rejoindre le continent européen depuis Ceuta, puisque l'enclave bénéficie en quelque sorte d'un statut dérogatoire.
Néanmoins, l'accès effectif à la demande d'asile est rendu extrêmement difficile, d'abord parce qu'il est très difficile de s'y rendre, tout simplement. Ensuite, parce que, en considérant la population qui a pu chercher à se rendre à Ceuta ces dernières semaines et ces derniers jours en particulier, on a affaire à beaucoup de Marocains, de jeunes Marocains en particulier, dont la probabilité qu'elles accèdent au statut de réfugiés est très faible. Je pense qu'en France, par exemple, je ne connais pas les taux pour l'Espagne, mais ils ne devraient pas être très éloignés. En France, vous avez entre 2 et 4% en tant que Marocains de chances d'accéder au statut de réfugiés.
Et la France, considérant que le Maroc protège suffisamment ses citoyens. Il y a des ONG à Ceuta, Michael Neumann, vous non, MSF non, mais d'autres. Et pourquoi MSF, d'ailleurs, n'y est pas ou n'y est plus ? Alors, vous avez bien sûr des ONG à Ceuta, alors beaucoup d'ONG espagnoles, des ONG de protection des droits, des ONG d'assistance. Vous avez la Croix-Rouge espagnole, qui n'est pas réellement une ONG, mais qui bénéficie d'un statut un petit peu particulier, mais qui remplit un rôle important dans l'assistance aux migrants. Et puis, vous avez aussi l'État espagnol, qui remplit un rôle non négligeable en ayant mis en place un centre d'accueil et d'hébergement pour les personnes.
Alors, MSF n'est pas à Ceuta. Effectivement, mes collègues de la section espagnole ont mené ce qu'on appelle une mission d'évaluation dans l'enclave ces derniers jours. La conclusion a été que le tissu local était suffisant pour répondre aux besoins. Et c'est ce qui, structurellement, nous a conduits ces dernières années à ne pas ouvrir de projets dans l'enclave, contrairement à d'autres régions en Tunisie, en Libye ou ailleurs sur le continent africain. D'autant que vous vous êtes, entre guillemets, épargné d'aller à Ceuta, qui est déjà bien doté en ONG, en association. D'autant qu'il y a tant d'endroits où cela manque encore.
Vous avez une présence à MSF dans les Balkans, en Méditerranée avec des navires de sauvetage, en Mauritanie et au Sénégal avec les personnes qui tentent d'aller au Canary. Donc, c'est l'autre route depuis le Maroc. Elle est d'ailleurs, je crois, plus meurtrière. Dites-moi si je me trompe. En tout cas, comment vous faites en ce moment avec les moyens restreints, les baisses de budget partout et pas seulement de l'USA, des États-Unis, mais c'est un mouvement général ?
Oui, c'est une question absolument fondamentale, alors qui touche bien évidemment, bien au-delà des projets dédiés à venir en aide aux personnes migrantes, la diminution des financements internationaux et en particulier des fonds américains. Mais pas seulement, parce que ces diminutions concernent également les fonds français, allemands, britanniques, suisses, etc. ont un impact considérable sur les activités humanitaires dans le monde, pas tant sur les activités d'MSF directement, qui est très, très, très massivement financée par des dons privés, mais on le voit de Gaza au Soudan, en République démocratique du Congo ou en Libye.
Bon, tout ça rend nos interventions difficiles, les besoins sont partout, c'est très compliqué. Et donc, l'identification des régions dans lesquelles on doit intervenir, le type d'activité qu'on met, qu'on décide d'élaborer, sont mis en difficulté face à cette situation. Et pour revenir à la question de la migration, on a aujourd'hui un certain nombre de spots, d'endroits dans lesquels on pense qu'il est important d'investir des ressources, de l'énergie. Et les choix sont effectivement difficiles à faire. Ce sont des opérations comme les opérations en secours en mer, par exemple, extrêmement coûteuses.
En Libye, où on essaie vaille que vaille et coûte que coûte dans des conditions vraiment difficiles de mener des activités. On est, je pense, aujourd'hui Médecins sans frontières, la seule organisation non gouvernementale médicale présente dans le pays. Les organisations, toutes les autres, sont parties. Le Haut Commissariat au réfugié des Nations Unies a une présence de plus en plus symbolique. Donc, on est face, effectivement, à des grandes difficultés pour répondre à des flux, puisqu'il faut bien utiliser ce mot. Je dirais, toujours important, on en reparlera peut-être aussi, mais le nombre d'arrivées dans l'Union Européenne diminue.
Ça ne veut pas dire que le nombre de candidats au départ diminue. Et donc, on se retrouve avec beaucoup de gens au point de passage, dans les pays de transit, bloqués par ces politiques de contrôle migratoire. Alors, Françoise Baouken est arrivée dans ce studio. Bonjour, Françoise Baouken. Bonjour, Julie. Et bienvenue. Merci beaucoup d'être avec nous. Je vous présentais tout à l'heure. Vous êtes géographe et cartographe, chargée de recherche à l'Université Gustave Eiffel au département Aménagement, Mobilité, Environnement. Françoise Baouken, on a commencé avec Michael Neumann par parler de CETA.
Si vous deviez vous représenter sur une carte, ce qui s'est passé la semaine dernière à CETA, vous le feriez comment ? Est-ce qu'on peut cartographier une situation d'urgence comme celle-ci ? Alors, oui, effectivement, on peut cartographier, on peut toujours cartographier une situation d'urgence. Et dans ce cas, en fait, il y a deux approches. Une approche par le phénomène naturel, une approche de cartographie, en fait, des enjeux, et une approche plutôt individu-centrée sur les populations qui ont été affectées, qui sont concernées par cet événement.
Donc ici, je pense qu'on va plutôt parler de ce qui est migration, de ce qui concerne cet ensemble de personnes qui se sont retrouvées précipitées à CETA. Il faudrait pouvoir cartographier, par exemple, tous ceux qui sont repartis, tous ceux qui sont restés et cherchent le centre d'accueil temporaire de l'enclave, tous ces enfants qui errent dans les rues aussi, que Madrid est tenu par la loi d'accueillir, représenter le fait qu'il n'y a pas que des Marocains, mais aussi des Soudanais. Françoise Bauken, vous n'aimez pas l'expression de route migratoire. Pourquoi ?
Non, c'est pas que je n'aime pas l'expression de route migratoire, mais c'est pas que je n'aime pas cette expression, elle est tout à fait pertinente, mais l'information sur les routes migratoires n'est pas toujours connue. D'ailleurs, elle est très rarement connue. Ce que l'on connaît en général, c'est une information qui porte sur les lieux où se sont passés les événements. Voilà, donc là, on peut comptabiliser des nombrés, des morts, des enfants qui ont été comptabilisés à tel endroit. Donc, on s'intéresse souvent aux localisations, d'où viennent les gens, où l'événement se passe, que s'est-il passé au lieu. Et ensuite, pour pouvoir représenter les routes, il faut avoir l'information.
Et ça, c'est une information qui est lacunaire, que l'on n'a jamais. En général, ce que l'on a, c'est la dernière migration, le dernier trajet. Les gens sont partis de tel endroit et puis on les observe ou on les enquête à Ceuta. Donc, on connaît seulement un trajet direct, ce que l'on nomme, on connaît juste un trajet direct, un lien, ce que l'on nomme un flux lorsque ce lien symbolise un ensemble de personnes. On connaît très rarement la route. Est-ce que l'on sait quel est le moyen de transport, quel est le type de voie, quel est le type de chemin ?
Donc, cette information plus fine et plus rare, mais peut être obtenue dans le cadre d'enquêtes fines réalisées par des organisations humanitaires comme MSF ou autres, mais aussi par des associations d'aide aux victimes, aux migrants ou encore beaucoup par des chercheurs et des collectifs d'associations qui documentent justement l'effet des politiques migratoires européennes sur la circulation, la circulation, en l'occurrence, à destination de l'Europe, sur les rives de la Méditerranée. Qu'est-ce que le fait de parler, y compris dans des émissions comme celle-ci, parce qu'on n'est pas sur le terrain, mais de parler de routes migratoires, qu'est-ce que ça ne crée pas comme image ?
Qu'est-ce que ça crée ? Qu'est-ce que ça ne crée pas ? Au-delà de simplement l'expression routes migratoires, mais le fait de toujours en parler comme ceci, de routes migratoires, de flux, qu'est-ce que ça empêche de voir et de comprendre ? Alors, le problème fondamental, c'est qu'en parlant de routes migratoires, c'est comme s'il y avait des autoroutes dessinées dans la réalité où des gens étaient massés comme ça, comme massés et venaient submergés entre guillemets, comme cela est dit, formant un afflux en Europe pour venir envahir l'Europe. Or, ce n'est pas du tout ça, ce n'est pas du tout le cas.
D'abord, il existe plusieurs, un réseau de routes en Afrique qui est quand même assez fin, donc c'est une carte d'ailleurs que j'ai pu réaliser avec un collègue de Bordeaux, Olivier Pissouat, sur justement la finesse du réseau de routes en Afrique. Donc ça, c'est déjà un premier point, il n'y a pas des autoroutes comme ça où les gens sont jetés dans les riz. Ensuite, le second point, c'est que parler en fait de flux, c'est s'intéresser à un agrégat, c'est-à-dire à un ensemble de personnes, à un groupe, on n'est plus à l'échelle individuelle, à un agrégat, un ensemble de personnes dont on a perdu les connaissances individuelles.
On ne connaît plus les connaissances individuelles, on ne sait pas qui part, qui vient d'où exactement, pourquoi, quel est le projet migratoire, quel est en fait finalement, quel est le voyage, de quoi est-il constitué. Parler de flux, c'est raisonner à une échelle macro qui permet de mettre en relation en fait des lieux, de montrer une mise en relation des lieux parce qu'il y a une part importante de population qui circule. On est vraiment à une échelle macro.
On peut regarder par exemple autour du bassin méditerranéen les relations entre les pays du Maghreb et les pays d'Europe et c'est dans ce cadre-là qu'on peut par exemple faire réaliser des fameux grosses liens ou grosses flèches, la largeur du lien en question qui est droit, là on ne parle pas de route, étant proportionnel au nombre de personnes que l'on recense.
Or, parler de route migratoire, parler de route nécessite de descendre à une échelle plus fine, élémentaire, soit à l'échelle de l'individu qui se déplace où il part, par quel chemin il passe, quels sont les lieux de transit, en l'occurrence beaucoup des lieux de rétention ou de blocage comme Ceuta, ou alors on parle d'un individu isolé ou d'un individu et de sa parentèle ou du groupe social avec qui il se déplace. Donc vous voyez, on a vraiment trois niveaux d'observation qui sont aussi trois concepts et trois manières de voir les choses.
Et on essaiera aussi dans la deuxième partie tout à l'heure après le journal de 8 heures d'en parler le plus finement et humainement possible depuis le moment du départ, les moments d'attente aussi, les allers-retours parfois, les demi-tours, cela existe. Est-ce que, Michael Neumann, cette conviction qu'il faut essayer de raconter les choses au plus vrai et au plus juste, est-ce que c'est la raison pour laquelle vous avez pris ces nouvelles fonctions récemment de responsables de l'unité migration de médecins sans frontières parce que pendant 15 ans vous avez travaillé au laboratoire d'idées de MSF qu'on appelle le crash. Vous avez changé d'échelle.
C'est une manière aussi de revenir un peu sur le terrain et se rendre compte de nouveau de ces histoires individuelles. Oui, alors merci pour cette question. C'était effectivement important pour moi de voir comment on peut documenter, oui, mais aussi venir en aide individuellement à ces personnes et je rejoins Françoise Aboukène dans ce qu'elle vient de dire. Je trouve ça très joli et très juste. Chaque route devrait être représentée au niveau individuel. Chaque trajectoire de vie est spécifique et particulière. Chaque raison du départ, chaque motivation d'un individu à l'autre est différente.
Et être au contact avec ces personnes permet de se figurer la destinée de ces gens et de les humaniser de nouveau dans un régime politique, parfois médiatique, qui a tendance à les agglomérer comme des grandes masses et à en faire des sujets invasifs dont les politiques qui s'appliquent sur eux sont légitimes puisqu'il s'agirait de les repousser. Et là-dessus, la cartographie peut jouer un rôle important, souvent malheureusement un rôle assez néfaste avec ces grosses flèches rouges comme ça qui peuvent se diriger vers le nord ou l'ouest ou alors beaucoup plus fin en restituant bien davantage la granularité de ces parcours.
Et pour moi, c'était effectivement important de voir que les jeunes femmes congolaises ou les réfugiés soudanais ou les jeunes érythréens qui cherchent à échapper aux services militaires dans leur pays ou les jeunes sénégalais qui fuient la misère de leur pays et qu'on retrouve comme ça un peu en errance en Europe, en Grande-Bretagne, en Belgique, etc. ont chacun des récits particuliers à partager et qu'ils sont tous et toutes et chacun et chacune confrontés à des murailles symboliques, administratives, politiques, répressives dont il est difficile d'imaginer d'ici de nos bureaux la violence. Françoise Bauken, vous souhaitiez réagir à ce que disait Michael Neumann ?
Oui, je voudrais faire deux réactions si vous le permettez. La première, c'est, en fait, ce n'est pas un problème que les données soient agrégées. C'est un niveau d'observation que d'observer les migrations à une échelle macro de lieu à lieu, de zone à zone, de manière agrégée. Ça, c'est un niveau d'observation qui est tout à fait pertinent pour une approche régionale, internationale, plus globale. Mais il y a deux autres niveaux d'observation. L'approche individu-centré où on s'intéresse à la personne.
Donc ça, c'est une approche particulière qui est effectivement plus humaine, plus proche de la réalité et c'est ce à quoi on tend lorsqu'on s'intéresse aux migrations dans une perspective sociale. Et puis ensuite, il y a l'approche plutôt de celle du groupe, donc l'individu et sa parentèle, etc. Donc ça, c'était un point particulier. Et l'autre point par rapport aux statistiques, en fait, on a deux statistiques différentes. Quand on s'intéresse aux migrations comme cela sur les terrains, soit on s'intéresse aux migrants, c'est-à-dire aux personnes qui voyagent, donc on est vraiment sur le migrant, soit on s'intéresse aux migrations. Et les migrations, c'est quoi ?
C'est le déplacement, le changement de lieu, le déplacement entre deux lieux d'un migrant. Donc en fait, on a deux statistiques. un nombre de migrants qu'on observe à tel endroit ou à tel autre à tel moment et un nombre de déplacements effectués par ces migrations. Alors, ce n'est pas du tout la même chose. Dans beaucoup de travaux aujourd'hui, et notamment des travaux cartographiques qui sont problématiques, les gens, les personnes qui réalisent ces cartes disent cartographier des migrations en utilisant des statistiques qui portent sur les migrants et inversement.
Et pour finir sur ce point qui est peut-être un peu technique et conceptuel, en général, on ne dispose qu'une seule migration, d'un seul déplacement pour une personne. Or, on sait bien, vous voyez bien, que dans la réalité, quand on part, même sur une journée ou dans la réalité d'un déplacement, on n'effectue pas un seul déplacement d'un lieu à un autre. on effectue toujours une multitude des déplacements qui ne sont jamais comptabilisés. L'intérêt des mots aussi s'interroger sur les mots qui sont ces migrants. Est-ce que ce sont des voyageurs ? Mais ça supposerait qu'ils n'ont pas coupé les ponts avec ce qu'ils ont laissé derrière eux, que chacun conserve en lui un espoir de retour.
Et ce n'est pas toujours le cas. Migrants, ce participe présent qui maintient les exilés en l'air, comme écrit Marie Dariussec, c'est quelque chose aussi qu'on peut rendre une carte plus humaine pour comprendre qui sont ces migrants. Oui, c'est vrai que le terme de migrant est vraiment très problématique parce que ces personnes dont on parle, on les observe à destination, donc elles ne sont plus en train de voyager. Elles sont déjà arrivées quelque part. Elles ne sont plus en train de migrer.
On les qualifie toujours de migrants de manière assez péjorative parce que ce terme qui est en fait un terme simple, le migrant, c'est la personne qui change de lieu de résidence pendant une période Voilà, c'est ça la définition de la migration et la migration est souvent et par défaut international, c'est le changement de lieu de résidence d'un lieu à un autre. Maintenant, chaque fois qu'une personne d'origine subsaharienne, pour ne pas dire noire, quitte son lieu de résidence antérieure pour rejoindre un lieu situé en Europe, on la qualifie de migrant alors qu'il s'agit souvent d'un voyageur, d'un touriste. Ça peut être aussi un étudiant.
Effectivement, ce n'est pas parce qu'on migre, ce n'est pas parce qu'on voyage qu'on change de résidence pour une raison économique qu'on doit, voyez, être... On est donc migrant d'abord au participe présent avant de peut-être un jour devenir émigré. Ça, c'est quand on peut souffler. On va prendre le temps après le journal de 8h de raconter les parcours de migration et d'exil, des témoignages que les ONG recueillent auprès de ces personnes et de ce qu'il est possible ou pas de raconter dans une carte. Vous restez avec nous Françoise Bauken et Mickaël Neumann.
7h09h, les matins d'été, Julie Gacon.
Nous sommes toujours avec nos invités, la géographe et cartographe Françoise Bauken et l'historien Mickaël Neumann, responsable de l'unité migration de médecins sans frontières, qui réfléchissent à comment raconter des parcours migratoires, des parcours d'exil du terrain pour Mickaël Neumann aux cartes. Pour vous, Françoise Bauken, car un parcours migratoire n'est pas toujours linéaire. On peut marcher droit devant soi, on peut s'arrêter quelques heures, quelques jours ou plusieurs semaines, on peut revenir sur ses pas, on peut faire des détours. Est-ce que tout ça, ça peut se montrer sur une carte, Françoise Bauken ?
Alors oui, effectivement, beaucoup d'informations peuvent se montrer sur une carte, mais on ne peut pas tout montrer en même temps parce que la carte serait trop confuse ou illisible. En réalité, on sélectionne toujours l'information et on montre comme ça en complexité. Donc les éléments d'un récit collecté sur le terrain dans le cadre d'un entretien portent par exemple sur déjà le projet migratoire, pourquoi la personne parle et quelles sont les raisons de son départ. Donc ça, c'est une approche plus sociologique qui va un peu donner le ton, l'ambiance, le ton de la carte. Ensuite, on a des éléments liés à l'étape du parcours, liés au type de parcours, liés aux modalités de déplacement.
Donc ça, ce sont des éléments sur l'individu et ensuite, il y a des éléments sur la géographie où il se déplace. Et sachant que pour les étapes du parcours, on peut encore affiner. Est-ce que l'étape est sociale ? Quelle est la région ? Quel était le lieu de départ ? Est-ce qu'elle est administrative ? Est-ce qu'il est passé dans un centre de rétention ? Est-ce qu'il est passé dans un centre d'accueil ? Est-ce qu'elle est économique ? Quel est le coût du transport ? Le coût des passages ?
Est-ce qu'on peut aller jusqu'à montrer sur une carte ce que c'est qu'une journée ordinaire d'exil, la météo à tel ou tel endroit, les blocages, la qualité du sol, les conditions de trajet à pied, s'il est dur, sablonneux, si on s'enfonce dans la boue ? Parce que les cartes de flux, même si vous nous disiez bien tout à l'heure qu'elles sont quand même importantes, mais il faut qu'elles soient complémentaires d'autres cartes, elles ne disent rien ces cartes-là du climat ou du dénivelé ?
Effectivement, en fait, les cartographies sur les parcours migratoires aujourd'hui de mémoire n'intègrent pas vraiment d'informations comme ça, contextuelles sur les éléments météo, alors que, historiquement, l'une des premières trajectoires, alors pas migratoires, mais c'est une trajectoire de l'armée napoléonienne, montrait justement, contextualiser justement le déplacement de cette armée, c'était la campagne de Russie de Napoléon, en montrant non seulement les dénivelés, les dénivelés du parcours qui était à cheval de l'armée, mais aussi les conditions météo, les températures en lien avec les altitudes, et montrer aussi toute la finesse des déplacements, le fait que, par exemple, certains sous-groupes de l'armée se trompent de route, donc il y avait des sous-branches comme ça de la route du trajet principal qui se perdait, c'est effectivement possible, et d'ailleurs, cette carte que j'évoque est faite par un Français qui s'appelle Charles-Joseph Minard, et est d'ailleurs considérée comme l'une des plus belles représentations d'un déplacement à l'échelle, alors pas d'un groupe là plutôt, mais c'est vrai que pour les migrants, les chercheurs qui s'intéressent à représenter tout ce qui est lié au côté humain, aux émotions, on s'intéresse plus aux émotions, en fait, essaye de retranscrire les émotions ressenties à différents lieux, à différents moments, plutôt que les conditions géographiques, mais je pense que c'est un sujet qui peut être...
On peut cartographier une émotion. Il y a des chercheurs qui travaillent sur ces questions, oui, en enquêtant, en demandant aux migrants ou aux personnes qui se déplacent, qu'avez-vous ressenti à tel moment ou à tel autre ? On a des collègues de l'IGN ou d'autres collègues qui travaillent de manière plus ou moins automatisée sur ce type de représentation. Alors, ces routes, par ailleurs, qui sont prises, ensuite, ces routes d'exil sont sans cesse en train de changer sur une carte interactive ou pas, ça donnerait des flèches qui se décalent, se déplacent, se redirigent, mais dans la vie réelle, Michael Neumann, ça veut dire quoi ? Que des routes changent ?
Est-ce que ce sont des personnes qui changent de parcours en cours de route parce qu'elles ont eu des informations ou des fausses informations, d'ailleurs, qui les convainquent que c'est ce qu'il faut faire ? Ou c'est au moment de partir que des hommes, des femmes, des familles décident qu'ils passeront par telle route plutôt que celle que leurs anciens voisins, amis ou proches, prenaient jusque-là ? Vous avez vraiment tous les scénarios. Il y a parfois des parcours qui peuvent être assez linéaires, embarqués dans des réseaux.
On en récupère certaines, enfin, certains et certaines et en particulier certaines en Ile-de-France, par exemple, des jeunes filles qui sont amenées par avion depuis la République démocratique du Congo. Mais on a surtout affaire effectivement à des gens qui, ayant pris la décision de partir, sont balottés par leurs rencontres, les ouvertures et les fermetures de frontières, les péripéties aussi, et par péripéties on associe assez facilement le terme d'aventure sans toujours bien comprendre la difficulté de ces parcours.
Là où vous en parlie Julie tout à l'heure, la cartographie a une valeur importante, c'est de montrer aussi les obstacles auxquels ces personnes sont confrontées et du coup les contournements auxquels ces difficultés donnent lieu. on a du mal aussi à restituer la temporalité. Vous parliez de jours, de semaines, de mois, on peut parler d'années.
Il faut vous rendre compte que, par exemple, pour rejoindre El Facher, la capitale du Darfour, d'où on fuit, pour ceux qui n'ont pas été assassinés cette année, des milliers de personnes, pour rejoindre, par exemple, l'enclave de Ceuta au Maroc, puisqu'il y a parmi les gens qui ont tenté de fuir Ceuta les derniers jours autour de 15 à 20% de sous-années, je crois, il faut faire 6 000 kilomètres. Pour rejoindre El Facher, pour rejoindre Tripoli depuis El Facher, il faut en faire entre 4 et 5 000 à pied, en bus.
Ce sont au minimum des mois de circulation et souvent des années puisque les personnes se retrouvent à la merci des passeurs qui vont les aider à traverser des déserts et les frontières, parfois kidnappés, enlevés, détenus dans des centres de détention plus ou moins officiels, soumis à des épisodes de torture, à des raquettes dont les durées de détention sont définies par leur capacité à payer des rançons. Bref, on a tout un ensemble de situations qui, comme je le disais tout à l'heure, doivent être renvoyées à la dimension individuelle des individus. Aucune des trajectoires n'est similaire à une autre.
Pour Ceota, on expliquait hier c'est Pierre Ramon dans sa chronique qui nous parlait d'une fausse information diffusée massivement sur les groupes Facebook des Haragas, comme on les appelle en Tunisie, ceux qui brûlent non pas leur papier mais les frontières comme on brûle des feux rouges sont des groupes Facebook qui comptent des dizaines de milliers de membres. Alors là, l'information fausse et malveillante était que les personnes qui arriveraient par la nage à Ceuta seraient désormais toutes régularisées puis la rumeur était accompagnée de conseils, des cartes avec les distances de nage, des recommandations de palmes. On ne sait pas qui a créé ses comptes sur les réseaux sociaux.
On sait que le Royaume du Maroc, enfin, beaucoup de chercheurs qui travaillent sur le Maroc se doutent très fortement que cela vient du Maroc qui voulaient faire pression aussi sur l'Union Européenne et sur l'Espagne. Mais il y a aussi tous ceux qui attendent et d'ailleurs, parmi ceux qui se sont précipités à Ceuta, il y en a qui attendaient depuis longtemps. Est-ce que, Françoise Bauken, ça se cartographie la tente ? La tente dans les centres de rétention ? La tente partout, la tente dans une ville en attendant qu'un passeur nous dise qu'il a trouvé un bateau, la tente dans un centre de rétention, la tente à un point de passage ?
En fait, la tente, je le comprends comme une durée de présence en un lieu et effectivement, c'est la composante temporelle du déplacement. Alors, comme vient de dire Michael Newman, la question du temps est une vraie difficulté à représenter sur une carte puisque le temps en général se représente sur un diagramme en une ou deux dimensions. Or, la carte prend déjà deux dimensions. Donc, en fait, il y a un problème méthodologique et technique dès le départ. Donc, il y a des solutions qui ont été inventées, notamment pour cartographier les mobilités individuelles, de représenter en trois dimensions, mais c'est difficilement lisible.
Donc, aujourd'hui, pour représenter, par exemple, des durées de présence, c'est tout à fait possible sous réserve que l'on ait l'information. Si on a l'information aux différents lieux, on a une durée de présence qu'on représente tout à fait sur une carte en utilisant, par exemple, des signes proportionnels au temps passé par certaines populations en certains lieux. On peut représenter donc le temps sur une carte, l'espace-temps, le temps dans un espace.
Il y a plusieurs possibilités de cartographie et de représentation graphique, sachant qu'aujourd'hui, il y a aussi une approche qui est intéressante, c'est tout ce qui est lié à l'animation pour pouvoir visualiser, géovisualiser la temporalité des phénomènes et on peut jouer sur les vitesses de représentation, etc. Je ne sais pas si on peut cartographier la prise de décision, la décision de partir. Alors, on peut être dans l'urgence de partir parce qu'une guerre vous menace, vous et votre famille du jour au lendemain, mais c'est aussi une décision qui peut se mûrir plus longtemps dans d'autres contextes.
La chercheuse Farida Souya, par exemple, qui a travaillé sur les parcours de migration, en particulier depuis la Tunisie, raconte ces jeunes au sens social du terme, parce que vous pouvez être jeune en ayant 35-40 ans, mais vous n'avez pas pris votre autonomie. Beaucoup racontent d'ailleurs la figure du père qui les traite d'incapables. Ces jeunes disent souvent aimer leur pays, mais avoir l'impression que leur pays ne le leur rend pas. Et cette impression réelle ou imaginée également, explique Farida Souya, que le quartier se vide. Et c'est comme ça qu'ils s'entraînent mutuellement dans leur désir de partir.
Ils se mettent souvent en scène, d'ailleurs, ils mettent en scène leur départ et même dans leur recherche d'une destination ou des moyens de partir. Le fait qu'ils recherchent sur Facebook, sur les réseaux sociaux, le passeur qui va les aider à trouver un bateau. Et ensuite, il y a, Michael Neumann, le choix de la route. Est-ce que la longueur de la route ? Vous disiez tout à l'heure que parfois les distances sont inouïes, sont insensées de la République démocratique du Congo vers Ceuta ou même vers Mayotte. Est-ce que la longueur de la route est un facteur important pour prendre sa décision ? Oui, oui.
Bien évidemment, je dirais que intuitivement, la personne qui va chercher à partir ou qui prend la décision de partir va tenter de prendre la route la plus courte. Elle va se faire conseiller par des réseaux communautaires de manière plus ou moins fiable par des réseaux sociaux. Et puis, elle va aussi largement être tributaire des barrières qui sont posées de son déplacement.
On trouve, encore une fois, il faut arriver à figurer ce que ça représente pour les individus, mais de plus en plus de ressortissants africains, y compris soudanais par exemple en Amérique latine, dont on se demande comment ils ont réussi comme ça à être au Brésil, en Guyane ou je ne sais où, parce qu'ils ont senti que c'était la seule, sinon évidemment la meilleure option possible. Et ces décisions n'ont pas été prises tout seules, évidemment. Elles ont été accompagnées, parfois rétribuées par des gens qui s'en sont donnés je dirais la fonction qu'on peut appeler des passeurs. Alors il arrive, vous le disiez tous les deux, que ces exilés fassent demi-tour.
Cela arrive parce que notamment les conditions d'accueil dans les lieux où ils s'arrêtent et parce que là où ils s'arrêtent souvent leur nom n'est rien. Je crois que c'est Léonard Ramiano qui parlait de ça, de la façon dont un nom de famille vibre dans son propre quartier, dans son propre pays et quand on est en exil ce nom ne vibre plus et ces hommes et ces femmes prennent ensuite la route du désert pour suivre comme ils pourront le tracé de leur ligne de vie.
Il arrive aussi que quand ils s'arrêtent quelque part ils ne savent pas du tout à quoi s'attendre et puis tout d'un coup ils tombent sur quelqu'un ce n'est pas du tout fait exprès ce n'est pas quelqu'un d'une association ce n'est pas quelqu'un qui travaille avec les migrants mais ils ont frappé à une porte et c'était la bonne celle de Mireille par exemple à Calais je voulais vous faire entendre c'est une personne que Omar Rouhaman avait rencontrée il y a très longtemps et que j'avais eu la chance de rencontrer à mon tour je crois en 2015.
J'ai toujours calme maintenant c'est plus comme avant avant j'avais une vie mouvementée que j'aimais bien j'aimais bien parce que je rendais service et maintenant c'est plus calme mais quand j'ai commencé à m'occuper des réfugiés j'avais qu'une table et six chaises c'était pour les faire allonger à côté d'un de l'autre parce que plus que vous avez des meubles dans la pièce moins que vous pouvez les faire allonger et moi ça me suffisait moi une fois que je dormais sur ma banquette de clac clac les uns à côté des autres j'étais contente c'était des garçons qui étaient fatigués épuisés blessés arrachés avec les filets barbelés ils criaient de la nuit je leur donnais des cachets pour les douleurs quand vous sauvez une vie madame vous ne pouvez pas l'oublier j'étais sur le terrain il y avait deux afghans il y avait un afghan de 17 ans il y avait un gros cachet autour du cou et il était avec son copain et il m'a tapé dans l'épaule il m'a dit regarde mon copain il dit il avait une de ses gorges la glande thyroïde qu'elle ne fonctionnait plus et il s'est tout fait de jour en nuit dans la jungle alors je lui ai dit mais c'est rien viens avec moi voilà l'hôpital non non il dit moi hier hôpital on m'a dit dégage dégage non viens avec moi on va y aller et j'ai bien tombé madame c'était un médecin qu'il était bi c'était pas un médecin français et quand j'ai retiré le cachet devant le médecin il m'a dit oh là c'est grave et il s'est fait opérer j'ai resté avec lui il a resté ici plusieurs je vais dire plusieurs mois pour faire sa convalescence et puis après il m'a dit au revoir il est parti
Mireille rencontrée à Calais il y a quelques années Michael Neumann quand par ailleurs Calais était déjà la proie de grandes manifestations d'habitants qui trouvaient que c'était trop mais il y avait aussi beaucoup d'habitants qui ouvraient leurs portes sans les mettre en opposition les uns aux autres mais cette personne d'ailleurs ne travaillait pas pour une association est-ce que là pour prendre le cas de Calais mais qui parlera plus généralement de tous les accords qui existent qui sont passés entre deux pays qui sont conclus en l'occurrence en avril dernier la France et le Royaume-Uni pour stopper les traversées de la Manche des moyens supplémentaires pour augmenter les effectifs des forces de police pour créer une unité de CRS spéciale la conditionnalité désormais des financements britanniques à l'efficacité du dispositif pour les exiler qu'est-ce que ça change dans quel délai leur parvient ce genre d'informations est-ce que ça peut modifier leur plan alors d'abord un grand merci à vous Julie pour la diffusion de ce témoignage qui nous replonge dans le Calais il y a 10 ans c'est extrêmement émouvant ce que fait Mireille et l'émission sur la route et les ces gens existent encore la force militante collective individuelle des gens qui viennent en soutien aux personnes exilées sur le Calais et d'une vivacité exceptionnelle donc c'est le moment de partager ça tout ça est quand même fondamentalement important aussi pour restituer la dimension individuelle non seulement des parcours de personnes exilées mais aussi de tous ceux qui essayent comme ça avec des petits moyens de leur venir en aide alors s'agissant des accords franco-britanniques on est comme vous l'avez dit dans une inflation de moyens de moyens alloués à la sécurité à la protection on va dire pour employer un vocabulaire que je consesse mais qui est celui largement usité qui a surtout pour conséquence de rendre la vie complètement impossible aux personnes exilées sur le littoral il y a entre 2 et 3 000 à n'importe quel moment de l'année entre Calais et Dunkerque qui sont complètement coincés pris dans une situation vraiment absurde puisque la Grande-Bretagne ne veut pas d'eux confie des moyens considérables à la France pour empêcher qu'ils rejoignent le territoire britannique et la France ne veut pas d'eux non plus donc finalement ces gens sont complètement coincés il n'y a pas aujourd'hui en tout cas de lien direct entre la décision des gens de changer le parcours et ses moyens donc on a des gens comme ça qui restent entassés sur les plages et on peut imaginer que c'est la même chose pour ceux qui de l'Espagne éventuellement veulent rejoindre la France je ne sais pas s'il y en a beaucoup mais en tout cas Emmanuel Macron a demandé à Laurent Nunez de renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne on verra s'il y a des effets sur les choix des uns et des autres peut-être pour conclure on est parti de la décision de partir jusqu'aux routes les traversées et Marie-Caroline Salliot qui est professeure d'anthropologie et psychologue clinicienne a raconté récemment dans son livre les plusieurs mois passés avec une famille guinéenne qu'elle et son mari ont accueilli le temps que leur situation soit régularisée et dans un récit elle rencontre un jeune Angolais à la stature impressionnante qui l'aide à apporter des matelas pour cette famille et qui lui raconte son histoire à lui il a rejoint l'Espagne sur un canoë ils étaient 60 au moins et elle écrit Siefu c'est son nom voilà frêle embarcation de la traversée bois pourri les hommes se tassent elle est simple la barque tangue tangue si dangereusement que l'eau noire est une gigantesque bouche ouverte prête à avaler les corps perdus un Angolais avait hurlé Omar et Mueto Fundo la mer est funda elle est profonde et dans le fundo il y a le fond dont on ne voit pas la fin les hommes torse nus ont la mort marquée sur le front le sel les dévore mêlés au carburant ils déchirent la peau et créent des lambeaux qui flottent dans le canot parmi les hommes brûlés et assoiffés certains vont devenir des fantômes très bientôt ils le sentent ils préparent leur mue Françoise Bauken vous m'avez dit que certains chercheurs cartographiaient les cimetières où sont enterrés les migrants oui d'ailleurs c'est un travail qu'on a pu réaliser dans le cadre du collectif micro-Europe dont j'ai souvent parlé et en l'occurrence moi j'ai collaboré avec Olivier Clochard à cartographier des remontées de terrain d'un collègue italien Charles Hiller sur justement cartographier la localisation des tombes du cimetière de Catane en Italie justement pour documenter le fait que ce sont quand même des individus qui sont morts et enterrés et qu'on puisse savoir quand même leur rendre un minimum hommage et leur rendre une identité leur famille et leur village ou leur nom de famille vivrait merci beaucoup Françoise Bauken merci d'avoir été avec nous je rappelle que vous êtes géographe et cartographe chargée de recherche à l'université Gustave Eiffel merci beaucoup Michael Neumann responsable de l'unité migration de médecins sans frontières merci merci
merci merci merci merci